Note de lecture n°28 : « InCarnatis, Tome 1 – Le Retour d’Ethelior »

Lors des derniers Pop Culture Days, dont je vous avais parlé ici, j’avais eu l’occasion de me rendre sur le stand d’InCarnatis, saga romanesque (et au-delà) qui avait fortement attiré mon attention. Chaleureusement accueilli sur le stand, j’étais même reparti de ce dernier avec le premier volume de cette trilogie en devenir qui m’avait été gracieusement offert. Un roman que j’avais entamé dans la foulée et dévoré très rapidement avec la ferme intention de vous en toucher un mot ici. Le temps passant, j’ai manqué d’occasions pour rédiger l’article que vous vous apprêtez à lire mais, la rentrée justifiant de replonger dans des livres, voilà l’erreur réparée ! C’est donc avec InCarnatis que j’entame donc cette nouvelle saison sur le blog, après plus d’un mois de repos bien mérité et salvateur. 

Ce premier tome d’InCarnatis, intitulé Le Retour d’Ethelior, est l’oeuvre de Marc Frachet, tout comme le reste de la trilogie. Si son nom ne vous dit rien, c’est forcément parce que vous n’avez jamais entendu parler d’InCarnatis. Car plus qu’une simple trilogie romanesque, cette saga est un véritable projet de vie que l’auteur porte depuis 1987, alors âgé qu’il l’était de 17 ans. Un parcours long et dense au cours duquel il s’est formé progressivement à bien des choses : arts, technologies, production, etc… Pourquoi tant de domaines pour écrire trois romans, me demanderez-vous. Mais parce qu’InCarnatis n’est pas qu’une oeuvre de papier : c’est un univers transmédia à part entière. Un concept qui, à l’époque où Marc Frachet y songe pour les premières fois, n’avait même pas de nom ! Et si depuis, d’autres licences s’y sont essayées (et je pense particulièrement à Assassin’s Creed, sans doute le projet transmédia le plus connu du grand public), InCarnatis se veut finalement un peu être à l’avant-garde. Enfin bref, revenons-en au roman pour commencer et je vous détaillerai tout cet attirail ensuite.

Marc Frachet, porteur du projet, auteur, compositeur…

Le Retour d’Ethelior est donc la première étape d’une trilogie depuis complétée par un volume 2 – que je n’ai pas encore lu – et dont le volume 3 se fait attendre pour Mars 2020. Notez que tout ceci a été financé via Ulule. Ce premier volume en tous cas prend place au XXIVème siècle, sur une Terre bien différente de la nôtre. Notre bonne vieille planète a en effet vu son visage drastiquement modifié en 2199 lors d’un épisode connu dans ce lointain futur comme celui des Lunes Sombres. Cette année-là, et pendant un nombre incalculable de semaines, la Terre est ravagée par des catastrophes naturelles inexpliquées, les continents sont en grande partie submergés et près de 80 % de la population mondiale périt. Bonne ambiance. Notre histoire quant à elle se déroule donc près de 300 ans plus tard, dans un monde reparti de zéro où la population s’est scindée en deux : ceux qui ont décidé de vivre sous l’eau dans les Domas, et ceux qui ont choisi de rester à la surface dans les Teks. Au milieu de tout cela, la Guilde des Commerçants fait en quelque sorte le lien entre ces deux univers. Tout ceci pourrait être sympa si le monde n’était pas tombé entre les griffes du régime technofasciste du terrible Tara Nex. Je ne vais pas vous faire tout le background du livre (ce serait long et il vaut mieux aller le lire soi-même) mais sachez déjà cela. Sachez également que nous suivons dans cette aventure le périple de Yarel Grinh, un aérostier (aka pilote d’aéroplaneur), bien déterminé à obtenir vengeance après le massacre de sa famille et qui va se découvrir en chemin des pouvoirs insoupçonnés.

Exemple de Tek, ces immenses villes verticales.
Illustration réalisée par Etienne Le Roux.

Ce qui saute aux yeux avec InCarnatis, c’est qu’à mesure des pérégrinations de Yarel Grinh, les lecteurs et lectrices sont emporté(e)s dans un univers profondément dense. S’il met en place l’essentiel de son arrière-plan assez rapidement, c’est tout aussi vite que le lore développé dans Le Retour d’Ethelior continue de grandir, encore et encore. Technofascisme, science arcanique, Teks et Domas, moult personnages, Lunes Sombres… Marc Frachet met énormément de choses en place dans ce premier roman et si cela s’avère très appréciable en ce sens que la chose se voit ainsi conférer une richesse surprenante, on ne peut s’empêcher de penser parfois que tout va peut-être un peu vite. On ne va pas se mentir, je me suis quelques fois retrouvé à me demander à quoi correspondait tel nom ou telle appellation alors que je savais qu’on m’en avait parlé auparavant.
Fort heureusement, le « souci » (si c’en est un) s’estompe à mesure que la lecture avance mais aussi grâce à la mise en place en fin d’ouvrage d’un large lexique qui permet en un rapide coup d’œil ponctuel de tout de suite se remémorer les choses. Un point dont certains diraient que c’est une solution de facilité mais que je considère plutôt comme le témoignage d’un auteur soucieux de son oeuvre autant que de son public. Au final, tout cela tend à prouver que Marc Frachet sait très bien où il va avec son récit. Il faut dire aussi que le projet ne datant pas d’hier, il aura eu le temps de le construire, de le détailler et de l’enrichir au cours de ces nombreuses années, pour notre plaisir.

L’univers d’InCarnatis est vaste, au point de s’offrir une carte !

Ce faisant, l’auteur conçoit un univers qui mêle fantastique et science fiction, le tout avec une précision certaine. Quelques aspects de l’ensemble évoqueront sans doute d’autres œuvres, InCarnatis me rappelant ainsi parfois Assassin’s Creed avec des éléments qui, sans trop en dire afin de ne pas gâcher votre plaisir, m’ont ramené à l’idée de mémoire génétique développée dans les jeux vidéo d’Ubisoft, la possibilité de revivre des souvenirs… Mais la comparaison ne saurait aller plus loin, non seulement parce que je ne voudrais pas vous spoiler bêtement, mais aussi et surtout parce qu’InCarnatis développe vraiment son propre univers, sa propre façon de mettre tout cela en scène, le tout n’ayant évidemment rien à voir les jeux cités juste au-dessus, ce n’est pas mon propos.
Se dégage alors de ce premier roman une identité forte par sa capacité à aller assez loin dans ses idées fondatrices en matière de construction de son univers. Encore une fois, c’est là le signe de tout le travail de précision de Marc Frachet. Et s’il cherche parfois à complexifier un peu trop tout cela (pour un premier tome s’entend), on ne pourra que reconnaître une volonté ferme de tout de suite se démarquer en proposant quelque chose qui réussisse à la fois à être fantastique et tangible, cohérent.

Tara Nex est le grand antagoniste auquel le jeune Yarel Grinh devra faire face.

Tout ceci est en tous cas au service d’une histoire plutôt solide dans l’ensemble. Marc Frachet développe un récit assez intelligemment construit, fluide et simple d’accès malgré les ruptures de linéarité qu’il amène parfois. Flashbacks et autres réminiscences de vies passées sont ainsi régulièrement au rendez-vous, toujours imbriquées dans l’histoire principale, celle du temps présent et de Yarel Grinh, afin de sans cesse l’étoffer. Rythmé et entraînant, Le Retour d’Ethelior s’avère finalement tout à fait apte à retenir l’attention de qui le lit jusqu’à la dernière page et sans discontinuer. L’auteur fait preuve d’une rythmique propre et efficace ainsi que d’un sens du rebondissement plutôt appréciable qui empêchent une véritable lassitude de s’installer. Mieux encore, les choses s’accélèrent franchement dans le dernier tiers du livre pour mieux emmener vers une fin en cliffhanger, laquelle ne fait que susciter l’impatience d’entamer la suite au plus vite.
Malgré tous ces bons côtés, on ne pourra s’empêcher de penser parfois qu’il semble un peu trop se précipiter sur l’ensemble de l’ouvrage et oublie en quelque sorte de prendre le temps d’appuyer son propos en ce qui concerne notamment ses personnages. Pour être plus clair, je crois que le seul véritable défaut que je trouve à ce livre une fois que je l’ai eu terminé, c’est d’avoir passé plus de temps à mettre sur pied son univers que ses protagonistes. Si ces derniers font évidemment l’objet d’une attention particulière et inhérente à tout premier tome d’une saga, je regrette que certains aspects de leurs personnalités respectives ne soient pas un tout petit peu plus détaillés. Mais je chipote, certainement, et ce n’est au final pas bien dommageable pour ce premier volet. Cela ne fait même que plus de matière à intégrer dans ses successeurs.

Mais parler du roman et seulement du roman n’est pas pertinent car le plus intéressant avec InCarnatis reste encore cette volonté d’en faire un concept transmédia comme je l’évoquais plus haut. Bien sûr, le transmédia, on en a déjà soupé et ça n’a pas souvent été tellement digne d’attention. Je pense encore une fois à Assassin’s Creed notamment, qui a fait de cette approche un des cœurs de son projet fut un temps avant de progressivement le laisser sur la touche au profit des seuls jeux. Subsistent encore aujourd’hui un film au succès mitigé, des romans et quelques BD mais cela ne va guère beaucoup plus loin. A l’inverse, InCarnatis réussit globalement son coup et je dis cela malgré la circonspection que mes précédentes expériences avec des concepts du genre m’ont amené à formuler en amont. Ainsi, InCarnatis va se construire au-delà des seuls livres un véritable réseau fait de médias audio, d’une expérience VR, d’un jeu de rôle et même d’une chasse au trésor à venir courant 2020 ! Le tout centralisé via une application disponible sur iOS et Android gratuitement. Cette dernière comprend les médias audio en question, des illustrations et bien d’autres choses toutes promptes à enrichir la mythologie du roman encore et encore.

Marc Frachet entouré par une partie de son casting de doubleurs (de gauche à droite) : Julien Escalas, Thierry Desroses et Benoît Allemane.

Les parties audio constituent sûrement le principal atout de ces médias supplémentaires et ce pour plusieurs raisons. La première c’est leur insertion directe dans les pages du livre. En effet, ponctuellement, le roman vous propose un QR code à scanner grâce à l’application dédiée afin d’accéder à des musiques (dont certaines composées par l’auteur Marc Frachet lui-même), une séquence narrative ou un zapping radio visant à expliciter des éléments jusqu’ici plus ou moins anecdotiques ou flous dans le texte. C’est assez intelligent quand on y pense car cela empêche tout ce travail autour du roman de n’être qu’un add-on vers lequel on ne pensera pas nécessairement aller suite à la lecture. Bien au contraire, ces ajouts loin d’être vains ou purement décoratifs se rappellent à notre bon souvenir avec fluidité et parcimonie et c’est sans réellement hacher notre lecture qu’on se prend à aller écouter tout ceci. L’autre raison qui fait de ces enregistrements un des gros atouts d’InCarnatis, c’est la capacité qu’a eu le projet se s’attirer quelques grands noms du doublage français ! Je pense notamment à Benoît Allemane (VF de Morgan Freeman), Thierry Desroses (VF de Samuel L. Jackson) ou encore Odile Schmitt (VF d’Eva Longoria) parmi ce joli lot de doubleurs et doubleuses pour ce premier volume. Notez également la présence à venir de Patrick Poivey (VF de Bruce Willis) pour de prochaines séquences audio, ce qui n’est pas pour me déplaire ! Comédiens et comédiennes se succèdent donc dans divers enregistrements visant à étendre le propos du livre en donnant corps à des événements qui ne sont parfois qu’évoqués dans les pages du roman. InCarnatis devient donc peu à peu une expérience riche et complète grâce à tous cas à-côtés parfaitement intégrés au corps du récit. Oh bien sûr, il est possible de se contenter de lire le roman et cela n’enlèverait rien aux qualités ni à la compréhension de ce dernier, mais ce serait dommage de se priver de tout ce contenu additionnel.

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Je vous invite donc, un peu de mots comme en 2000, à aller lire Le Retour d’Ethelior et (si vous tombez sous le charme de cet premier volume) ses suites ! Vous y découvrirez un univers divertissant et intelligent, emprunt d’un esprit d’aventure et épique qui vous portera de la première à la dernière page, à l’issue de laquelle vous n’aurez envie que d’une chose : retrouver Yarel Grinh et ses acolytes pour aller avec eux casser la gueule de l’infâme Tara Nex ! Le roman justifie à lui seul d’être lu mais il va sans dire que tout le concept transmédia, maîtrisé comme rarement, constitue un autre énorme atout dans la manche d’InCarnatis. On ne peut d’ailleurs que féliciter Marc Frachet d’avoir réussi, après tant d’années et tant de travail, à porter ce projet au jour et de lui donner tout le dynamisme qu’on lui connaît quand on suit tout ceci sur les réseaux sociaux ou sur le site officiel de la saga. Espérons que l’aventure ne se terminera pas vraiment avec le troisième tome : je sais d’ores et déjà que j’ai bien envie de la continuer au-delà de cette trilogie !
En attendant, si la curiosité vous a piqué mais que vous voulez y goûter avant d’acheter le livre, je vous invite à vous rendre sur cette page du site officiel où vous pourrez écouter un des médias audio de la saga ainsi que lire les deux premiers chapitres de ce premier tome gratuitement !

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