« Avengers : Endgame », Anthony & Joe Russo, 2019

[A l’attention des lecteurs et lectrices n’ayant pas vu le film : cet article, comme toujours, ne vous racontera aucun événement fatidique de l’histoire. A  100 % spoil-free, ce papier n’est là que pour partager mes impressions sur un film dont je ne vous révélerai aucun détail du scénario. Cependant, il y a un paragraphe dans lequel mon propos aiguille en quelque sorte un ou deux éléments d’intrigue, concernant notamment la fin du film. Ce paragraphe vous est indiqué par un rappel écrit en gras et en rouge et se conclut par un autre message dans les mêmes formes. C’est facile à éviter donc ! Libre à vous de contourner ce paragraphe ou de revenir lire l’article une fois le film vu. Dans tous les cas, bonne lecture !]

Avengers : Endgame, film de super-héros de Anthony & Joe Russo. Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth…

Le pitch : Suite aux événements d’Infinity War et à l’attaque de Thanos (J. Brolin), le monde et l’univers tout entier sont bouleversés. Quelques rares survivants tentent de recommencer à vivre malgré le désastre provoqué par le titan fou. Parmi eux, une poignée de super-héros au rang desquels Captain America (C. Evans) ou Black Widow (S. Johannson), désireux de prendre leur revanche sur leur pire ennemi. S’engage alors pour eux une lutte sans merci dont l’issue pourrait s’avérer irrémédiable pour le destin de chacun de ces héros et héroïnes ainsi que pour l’univers. Un combat qui va définitivement bouleverser leurs existences.

La critique : Nous y voilà, un an après Inifinity War, à cette conclusion tant attendue. Onze ans après les premiers pas d’Iron Man sur grand écran, la première grande fresque Marvel touche à sa fin avec Endgame, ultime chapitre d’une vaste épopée au cours de laquelle nous avons découvert moult personnages, avons appris à les apprécier (ou non) et les avons vus changer, évoluer au gré de tendances opportunes ou de besoins de relance bienvenus. L’an dernier, Infinity War ouvrait les premières pages de ce « dernier » chapitre. Entre guillemets parce qu’il serait évidemment faux de croire que c’est la fin absolue de tout cela : les projets pleuvent encore et encore chez Marvel/Disney, entre films et séries d’ores et déjà annoncés. Et voilà donc Endgame, enfin sorti et prompt à mettre un terme à tout ce joyeux bordel.

Quand je parle de bordel, c’est avec une tendre affection. Comprenez qu’en onze ans, on nous a quand même pondu (celui-ci inclus) 22 films, mettant en scène pas moins d’une bonne vingtaine de héros et héroïnes, le tout dans des arcs narratifs divers mais qui se rejoignent néanmoins ponctuellement à la faveur de films estampillés Avengers. Oui, objectivement, c’est le bordel tout ça. Mais on a aimé ça, ce plaisant bazar foutraque où les personnages s’accumulent, se lient et se délient dans des histoires rocambolesques, incongrues, incohérentes s’il le faut. Avec de grands moments mémorables comme la première réunion des Avengers dans le film éponyme de 2012 ou tout le côté iconoclaste des Gardiens de la Galaxie de James Gunn, mais aussi des erreurs qu’on accepte malgré tout comme le premier Thor ou le troisième Iron Man en ce qui me concerne (et ça n’engage que moi).

L’an dernier, Thanos venait mettre le boxon dans l’univers des super-héros Marvel : cette fois-ci, il s’agit de prendre sa revanche !

Tout cela pour composer cette vaste fresque qui touche donc à son premier gros terme cette année. Infinity War a, comme je le disais, ouvert cette conclusion avec un film qui s’avérait relativement inégal. Je ne vous referai pas ici la critique de la chose – et je vous renvoie pour cela à mon article dédié (lien en haut de celui-ci) – mais souvenez-vous qu’on pouvait notamment lui reprocher en particulier de désamorcer sa dramaturgie de manière assez maladroite. A côté de cela, le film restait néanmoins prenant et, mieux encore, promettait de grandes choses à venir pour sa suite. Réussissant à imposer son immense antagoniste, Infinity War avait su ouvrir un champ des possibles considérable concernant les événements à construire dans Endgame. Et si j’estimais en amont de l’écriture de mon article l’an dernier qu’Infinity War était le point culminant de la saga, c’était surtout parce que j’imaginais qu’il serait une véritable première pierre à l’édifice de ce diptyque final. Or, il s’était avéré que le film était finalement plus une immense et spectaculaire introduction qu’autre chose, remettant le gros de la chose à plus tard.

De la multitude à la solitude.

En conséquence, Endgame avait fort à faire. A lui désormais de poursuivre le récit en y apportant tout ce que son prédécesseur n’a pas apporté, ou pas suffisamment. Et la principale chose sur laquelle il fallait se concentrer (à mon très humble avis), c’était la dramaturgie. Par les événements qu’il tend à raconter au vu des précédents, Endgame ne peut que jouer cette carte, au moins parmi d’autres. Par les tenants et aboutissants qu’on lui connait avant même que le film ne sorte, on sait que le film ne peut pas à 100 % bien se finir. La façon dont Endgame va s’y prendre repose d’ailleurs en partie sur la conclusion d’Infinity War. En se séparant d’une large partie de son panel de super-héros, la fin de l’un permet à l’autre de se recentrer sur une poignée de protagonistes. Et pas n’importe lesquels puisqu’à y regarder de plus près, ce sont les six Avengers originaux qui vont occuper tout le devant de la scène dans cet ultime chapitre. Vous avez beau voir Captain Marvel, Okoye ou War Machine sur l’affiche, ces derniers n’occuperont au final que des rôles secondaires dans l’intrigue. Alors oui, Ant-Man, Nebula et War Machine justement ont un rôle à jouer qui n’est pas infime dans l’ensemble mais on ne peut que se rendre compte que leur façon d’occuper l’espace dans le scénario n’a rien à voir avec celles des six Avengers. Ant-Man a certes un rôle prépondérant en devenant rapidement l’élément déclencheur qui va lancer le fil conducteur mais on va très vite le laisser à ce rang-là. Nebula quant à elle est assez présente mais son principal fait d’armes sera au final d’être un élément perturbateur de l’intrigue, une péripétie qui va conduire le scénario à prendre une nouvelle branche au passage.

Bien qu’accompagnés de quelques comparses, les Avengers originaux sont les fers de lance de cet Endgame.

Mais n’est-ce pas logique finalement ? Après tout ce temps, les Avengers originaux sont restés les principales forces de cet univers ciné, les personnages que l’on retrouve le plus souvent d’un film à l’autre. Hulk pourrait presque faire figure de cas à part avec son unique film et que dire alors de Black Widow et Hawkeye, n’apparaissant pour la première que pour accompagner les autres dans leurs aventures respectives (Iron Man 2Captain America – Le Soldat de l’Hiver…) ou pour le second à la faveur seulement de rassemblements généraux (les Avengers donc ainsi que Civil War) après une discrète introduction dans Thor ?

Nebula et War Machine par exemple ne font office que de faire-valoirs.

Pour autant, il réside une certaine force dans le fait de les voir à nouveaux réunis, tous les six, parés à faire équipe pour leur plus grosse aventure. Comme un symbole, à la fois parce que ce sont en quelque sorte nos champions planétaires mais aussi parce que le vécu du public avec ces derniers est différent. On aura beau aimer ou non le docteur Strange, Ant-Man ou Black Panther, l’affect n’est pas le même. Je ne dis pas qu’on ne peut qu’aimer, de manière tout à fait inconditionnelle, ces six héros. Ce que je veux exprimer c’est le fait qu’on les suit depuis toujours, qu’on les a vu casser du bad guy et de l’alien à tour de bras avant de se mettre copieusement sur la gueule. On nous a construit une sorte de famille dysfonctionnelle qui a mal tenu la route. Mais ça reste une sorte de petite famille et, de les voir réunis une dernière fois, ça fait toujours son petit effet. En tous cas, c’est ce que ça m’a fait. Alors oui, Rocket, Ant-Man, Nebula et les autres peuvent être là mais ils ne font que graviter autour de ce noyau dur, y apportant un truc, une patte ou je ne sais quoi. Mais les Avengers restent les Avengers : ils pèsent. Par ailleurs, le fait de se concentrer ainsi sur ces six lascars n’est pas anodin puisqu’en cela Endgame prend l’exact contre-pied d’Infinity War, grand-messe qu’il était de cette franchise.

Mais tout cela relève de l’intention finalement et il faudra bien que le scénario ne manque pas de finesse pour en tirer parti. Et, autant le dire tout de suite, si l’on note que certains efforts sont faits pour alimenter cette idée générale de « retour à la base » en gros, le film s’avère toutefois assez maladroit sur certains points. Bon en soi, le scénario est presque cousu de fil blanc et l’intrigue ne surprend guère la plupart du temps. Néanmoins, on se plait à suivre cette aventure, tout bonnement parce que c’est ce qu’on est venus chercher. Enfin je l’espère pour vous. Reste que les plus gros efforts sont moins faits dans la cohérence et l’intelligence de l’histoire développée que dans le propos général et l’approche privilégiée.

Ils avancent fièrement mais on avait déjà tous plus ou moins deviné où on allait.

En effet, comme je le disais, le récit d’Endgame ne casse pas trois pattes à un canard et repose sur un ressort scénaristique vu et revu bien des fois, à tel point qu’on avait tous plus ou moins deviné que la solution choisie par les Avengers pour vaincre Thanos une bonne fois pour toute serait celle-là. Le souci avec cette approche (que je ne nomme pas pour celles et ceux qui n’auraient pas encore vu le film), c’est qu’elle apporte toujours son lot d’interrogations (au mieux) ou de paradoxes et d’incohérences (au pire). Même les meilleures références du genre (dont celle citée dans Endgame, notez) offrent leur part de cohérence rompue, quoi qu’on m’en dise. En conséquence, on se demande bien pourquoi cet Avengers y échapperait. C’est là que se pose la question de ce que vous venez chercher en venant voir ce film. Si vous êtes venus pour une dose de grand cinéma, eh bien, ce n’était peut-être pas la meilleure option. C’est à la rigueur du grand spectacle, mais du « grand cinéma », dans toute la noblesse que cette expression discutable implique, non, absolument pas.
A titre personnel, c’est la conclusion de 11 ans de blockbusters que je suis venu voir, et rien de plus. Assis dans mon fauteuil, j’ai serré fort la main de ma suspension volontaire d’incrédulité et je me suis laissé porter par ce que j’ai vu. Le voyage n’en fut que plus plaisant et c’est bien tout ce que je souhaitais, à bien y réfléchir. C’était d’autant mieux de limiter mes attentes qu’encore une fois, la cohérence et la finesse du scénario en tant que récit ne sont pas l’objet des principaux efforts derrière la caméra. C’est au contraire le propos (à commencer par ce retour sur les 6 Avengers de base donc) et l’approche choisie qui semblent avoir été au cœur des réflexions. On ira même jusqu’à penser que, finalement, l’intrigue générale a moins pesé dans le processus de création que la façon dont allait la mettre en scène. Cela perdra certainement une partie du public et/ou des fans mais il ne faut pas non plus hurler à l’inconsistance. Malgré ses défauts, l’histoire d’Avengers : Endgame se laisse suivre sans souci et je dois même dire que je n’ai absolument pas vu passer les trois heures durant lesquelles j’étais au cinéma, signe que la chose m’a happé plus que je ne l’aurais imaginé.

On s’accroche dans son fauteuil et on se laisse porter.

Le fait est en tous cas que tout ceci donne à Endgame une drôle d’allure. Clairement scindé en deux parties assez distinctes l’une de l’autre, le film semble vouloir jouer sur plusieurs tableaux. Au fond je comprends la chose assez aisément et y voit la volonté de synthétiser en trois heures l’intégralité des styles et approches dont l’UCM a fait l’objet depuis 2008. Ainsi, cet ultime Avengers va autant aller flirter du côté des tonalités sérieuses de certains films dont Captain America (notamment le deuxième et le troisième), y glisser un aspect un peu caustique à la Iron Man, insérer l’humour initié par Les Gardiens de la Galaxie, composer un Thor qui prend autant sa construction du côté de l’opus réalisé par Kenneth Branagh que de celui de Taika Waititi, etc…

Que t’ont-ils fait ?

Cela nous amène notamment à cette première partie plutôt étonnante. Au cours de cette dernière, Avengers prend le temps de poser et lancer son intrigue, de multiplier les effets d’accroche, les rebondissements et péripéties et va ainsi accrocher son public assez rapidement. Mais le plus intéressant (certain(e)s diront même plutôt déconcertant), c’est le traitement des personnages. Je pense ici à Hulk et Thor en particulier. Les deux héros font l’objet d’une vision qui en surprendra beaucoup et qui, je dois bien l’admettre, m’a bien fait tiquer. Sans en révéler trop, le moins que l’on puisse dire c’est que les deux personnages sont devenus les cautions « humour » de ce film et surtout de sa première partie. Sauf qu’au terme « humour », on pourrait bien vite raccrocher l’adjectif « lourdingue ». L’un comme l’autre sont à des années lumières de ce que l’on a connu d’eux, comme s’ils avaient suivi une ligne directrice qui découle en quelque sorte de leurs apparitions les plus récentes (et notamment de Thor : Ragnarok) mais où tout se serait prodigieusement précipité pour arriver à…ça.
En soi, je comprends ce qu’on a voulu dire et faire par cette transfiguration complète des deux personnages mais sans doute était-ce trop d’un coup. J’avoue même qu’à titre personnel, quitte à proposer cette idée à laquelle on n’ôtera cependant pas l’audace, j’aurais inversé les rôles, mettant Hulk dans une situation comparable à celle de Thor et vice versa. Reste que tout ceci conduit à quelque chose d’assez déstabilisant en soi (l’écart de tonalité avec Infinity War est notable) et même parfois gênant (je vous renvoie pour cela à la première apparition de Hulk dans le film en particulier). Mais il faut en convenir : l’ensemble de cette première partie d’Endgame repose sur des éléments de ce genre, où l’humour se rappelle à nous très régulièrement, parfois grossièrement (dans le sens où c’est forcé, pas vulgaire hein) et je dois bien dire que si le film avait fait le pari de tenir ainsi sur l’ensemble des trois heures qu’il dure, c’eut été un désastre.

¯\_(ツ)_/¯

Fort heureusement, vient ensuite la deuxième partie, celle qui concentre à elle seule tout ce que l’on était en droit d’attendre d’Infinity War et Endgame cumulés : le point final épique d’une fresque de 22 films. A sa façon, Infinity War m’en donnait déjà une partie, avec quelques frustrations cependant mais tout de même, cela ouvrait les choses d’assez belle manière. Aussi, voyant la façon dont les choses (re)démarrent dans Endgame, j’ai pris peur. Et si les Russo avaient carrément pété un plomb et décidé de nous laisser plantés là avec un dernier chapitre foutraque et décomplexé ? C’est cependant assez mal connaître la maison Marvel qui, malgré ses essais vains ou réussis de chambardement, est toujours restée fidèle à ses idées premières.
Ainsi, Endgame s’embarque à partir d’un certain point dans une autre mouvance, évoquant bien plus les plus grands moments de la saga et œuvrant à construire un final dantesque et fort qui ravira tou(te)s celles et ceux qui sont venus chercher le grand spectacle tant attendu. Cette deuxième partie est un concentré d’action, de suspense, de dramaturgie tel qu’on en voulait. J’irai même jusqu’à dire que c’est tel qu’il le fallait car Endgame ne pouvait se terminer sans ce vaste lot émotionnel à la fois brutal et saisissant. C’est ici que cet Avengers apporte les impacts forts que j’aurais aimé voir arriver dès Infinity War. Le film déroule toute la conclusion de la saga dans cette deuxième partie, qui renforce plus encore le côté très introductif de la première et, par extension, du précédent épisode. Et j’ai beaucoup apprécié la chose.

Toute en tension, la deuxième partie du film emporte le spectateur.

Pour autant, je ne suis pas aveugle et cet autre gros morceau fait preuve de faiblesses, la principale étant la manière dont les arcs de certains personnages sont rushés, conclus avec une certaine rapidité un tantinet maladroite. Ainsi en va-t-il de certains protagonistes qui, malgré leur ancienneté, voient leur histoire arriver à son terme sans que cela ne soit réellement bouleversant. Bien sûr, l’exécution l’emporte grandement mais une fois passé le climax dans lequel s’aventure tel ou tel héros, on en ressort assez vite pour passer à la suite.

Si Black Widow demeure à son éternel second plan, Hawkeye laisse espérer ici un renouveau mais l’effort est vain.

Il y a donc une certaine forme de brutalité ponctuelle dans la façon dont les frangins Russo et leurs scénaristes mettent un terme à tout cela. Sur le coup je me suis laissé porter mais, avec le recul, on ne peut plus trop nier qu’hormis deux personnages (allez, trois, tout au plus), les autres font vite office de figures de second plan. C’est le cas notamment de Black Widow ou Hawkeye, éternels seconds couteaux de la bande comme je l’évoquais plus haut, mais également de Docteur Strange et de Captain Marvel, deux deus ex machina dont l’insertion dans ce vaste tableau s’avère finalement assez maladroite. Alors oui, on pourra toujours dire que cette relégation à un rôle relevant surtout de la construction scénaristique se fait à juste titre en quelque sorte mais cela reste dommage, en particulier pour Captain Marvel, laquelle a vu son film solo sortir quelques mois avant Endgame et dont il était absolument légitime d’attendre un plus grand temps de présence à l’écran que ce n’est le cas ici.

Coup de frein notable dans la composition de Thanos.

Mais l’écriture des personnages est de manière générale une des faiblesses que je mentionnais pour ce film. C’est le cas pour les quelques uns que je citais juste au-dessus et une poignée d’autres mais également pour Thanos, globalement moins bien écrit que dans Infinity War. Dans ce dernier, le titan fou s’était taillé la part du lion dans le panel de personnages que le film proposait. Cantonné jusqu’alors à de brèves apparitions par-ci par-là et aux scènes post-génériques, le grand méchant avait joui dans le précédent film d’un travail des plus appréciables, plutôt intelligent assez fin pour finalement réussir à l’imposer comme un protagoniste franchement charismatique. Tout au long du film, Thanos, non content de frapper comme la brutasse qu’il est, déroulait sa philosophie, son idéologie et composait sa vision du monde et de l’univers avec un fond qu’on a rarement (jamais ?) vu dans un quelconque autre film de la franchise. Et sur tout cela, et notamment sur la façon dont le parcours de Thanos se termine dans Infinity War, voilà Endgame qui déboule en reprenant certes les grandes lignes directrices énoncées pour lui dans son prédécesseur mais sans chercher un seul instant à poursuivre ce travail. C’est comme si tout avait été déjà dit, comme si on n’était pas capable de rendre ce personnage encore plus marquant après cela. A l’idéologue succède le tyran destructeur, sans plus de formes que cela. Thanos n’est plus que « le méchant de l’histoire », le bad guy qui ne dépasse plus les autres que les Avengers et consorts ont affronté toutes années que par l’ampleur de ses ambitions. On est passé à ça de voir Thanos relégué au rang de prétexte scénaristique, un comble.

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[ATTENTION ! A partir de ce point, je parle des cas précis de Captain America et Iron Man. Ce sera sans spoil majeur mais si vous ne souhaitez rien savoir du tout et même encore moins que ça, je vous invite à contourner ce paragraphe et à reprendre votre lecture plus bas !]

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Malgré cela, je reste convaincu que je ne suis pas spécialement venu voir ce film pour Thanos. Non, non, c’est la conclusion des parcours d’Iron Man et de Captain America que je suis venu chercher. Une question sur laquelle il y aurait tant et tant à dire, du bon et du moins bon sans aucun doute, que je ne sais absolument pas par où commencer. Ce qui est certain déjà, c’est qu’il ne faut pas se mentir : quand je parlais de retour à la base des Avengers tout à l’heure, il ne faut pas occulter toute la dimension accordée à leurs deux leaders. Car la fin de cette première grande fresque, c’est aussi et peut-être même surtout le bout du parcours pour Steve Rogers et Tony Stark.
Evidemment, fidèle à moi-même, je ne vous révélerai rien ici concernant la façon dont les choses se passent pour ces deux personnages et me contenterai de vous livrer mes impressions. Si vous n’avez pas encore vu Endgame mais que vous lisez tout de même ce papier, non seulement je vous en remercie mais je vous rassure : aucun spoil en vue ! Reste que voir les aventures de Captain America et Iron Man prendre fin, c’est quelque chose. Les deux héros sont évidemment les chouchous du public, seuls (avec Thor) à avoir eu les honneurs d’une trilogie solo. Une chose qui s’explique évidemment par l’aura qui entoure, de base, ces deux personnages, sans doute les super-héros les plus connus aux côtés de Spider-Man, Batman et Superman. Il était donc important de leur offrir une voie de sortie qui soit à la hauteur des personnages. Et en cela, je crois que Endgame livre, peut-être pas la meilleure conclusion possible mais sans doute quelque chose d’approchant.

Concernant Tony Stark, je dirais que la chose était inéluctable, plus encore que Thanos ne prétend l’être dans le film. Malgré mon désamour pour ce film, Iron Man 3 a lancé le personnage sur une piste qu’il n’a plus quitté depuis, cherchant à ramener un peu plus en avant l’homme sous l’armure.

Iron Man, c’est l’histoire d’un mec qui fait tout ce qu’il peut.

Ce troisième volet solo marquait selon moi une rupture avec le fait que Stark se définissait presque plus comme Iron Man que comme Tony. Dans sa bouche, « Je suis Iron Man », ce n’était pas juste « Je porte l’armure », c’était littéralement « Je SUIS Iron Man, c’est ce qui me définit ». Iron Man 2 comme Avengers premier du nom ont poursuivi sa caractérisation dans ce sens jusqu’à cet épisode 3 donc, où Tony Stark ôte l’armure, de gré ou de force, et revient vers son état d’homme, conscient de sa propre mortalité. Cela explique d’ailleurs, je crois, pour beaucoup la façon dont Stark appréhende les événements de Avengers 2 puis, notamment, de Civil War. Mais bref, toute cette digression pour dire que l’issue accordée à ce personnage est finalement somme toute très logique, surtout si l’on a assisté au passage de flambeau auquel ressemblait grandement Spider-Man : Homecoming. Voir ainsi Iron Man partir de cette manière offre une jolie fin à ce travail de redéfinition entamé par Shane Black.
Quant à Captain America, je sais que la façon dont les choses sont tournées le concernant en ont surpris, sinon déçu, plus d’un(e). Mais à l’instar d’Iron Man, je crois que c’était l’une des meilleures options à envisager le concernant, même si j’admets pour le coup ne pas l’avoir vu venir. Steve Rogers est un personnage des plus nostalgiques, emprunt malgré son côté très affirmé et tout le tralala d’une sorte de mélancolie qui transparaît très régulièrement à partir de Captain America : Le Soldat de l’Hiver. Et la chose n’a fait que se renforcer ces dernières années, Civil War étant là aussi une étape importante. Je vois sa réaction face au retour de Bucky non seulement comme l’expression de son désir de justice et d’aider son ami mais aussi comme celle d’un homme qui, loin de son temps, n’a pas l’intention de laisser filer la seule branche qui l’y rattache.
Mais évidemment, c’est toute la relation avec Peggy Carter qui définit le mieux tout cet aspect du personnage et de nombreux échos y sont faits dans Endgame, suffisants pour rappeler une dernière fois toute cette mélancolie que je mentionnais. Aucune surprise donc au final de voir le parcours de Captain s’achever de cette manière. Un soulagement presque, au contraire, celui provoqué par la vision d’un homme qui touche enfin à ce à quoi il aspirait depuis si longtemps. Alors oui, il y en aura pour dire que ça ne colle pas avec l’esprit général de Captain America et que cette option apporte un gros lot d’incohérences. Je me range en ce qui me concerne aux côtés des scénaristes du film, qui livraient récemment leur vision des faits. Et je me dis aussi qu’au fond, c’est tout ce que je souhaitais pour ce personnage. Je n’insisterai d’ailleurs pas plus sur la question des incohérences et si je comprends que cela heurte une partie du public, je préfère rester dans la même crédulité qui fait que j’aime tant les Retour vers le Futur malgré tout.

Quant à l’histoire de Captain America, c’est celle d’un type qui a toujours tout donné.

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[Fin de la zone à risque, vous pouvez reprendre votre lecture sereinement !]

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A ce stade de l’article, j’ai globalement fait le tour de tout ce que je voulais vous dire au sujet de ce film mais demeure toutefois l’impression que j’en ai beaucoup oublié et qu’il y a encore énormément de choses à raconter. Difficile face à pareille oeuvre d’avoir le sentiment d’avoir fait le tour de la question facilement, preuve en est que tous les blockbusters ne sont finalement pas que les pièges à public que l’on pourrait croire.
Enfin bref, continuons et je me rends d’ailleurs compte que je n’ai pas touché un mot au sujet de l’aspect visuel d’Endgame. Et sur la question, je dois bien admettre que je n’ai pas grand-chose à redire. Le film se place dans la continuité de son prédécesseur, bien entendu, et livre un résultat qui permet de maintenir la cohérence esthétique entre les deux épisodes. Notez que c’est Trent Opaloch qui officie en qualité de directeur de la photographie sur ce film, fidèle des frères Russo puisqu’il a déjà officié sur Infinity War (on s’en serait douté) mais également sur les deux films Captain America réalisés par les frangins. C’est également à lui que l’on doit les excellentes photographies de District 9Elysium et Chappie, tous trois réalisés par un Neil Blomkamp dont je serais d’ailleurs bien curieux de voir ce que sa patte pourrait apporter à Marvel un jour…
Mais passons, le fait est qu’à l’image de ce qu’il a livré sur Infinity War, Opaloch compose ici des tableaux d’une certaine qualité générale dans la composition mais qui manquent, parfois, d’une véritable patte. Endgame comme son prédécesseur sont en effet des films-synthèses, reprenant dans l’ensemble tout ce qui a fait la vingtaine de films précédents pour se l’approprier et en faire un gros pot-pourri résumant une dizaine d’années de mise en scène, avec la variété que cela implique. En conséquence, ce film-ci tâche de n’en prendre que le meilleur bien sûr mais cela lui confère par instants un caractère assez hétérogène qui en gênera sans doute quelques un(e)s, tout comme la variété des tons employés dans le récit en rebutera d’autres. A titre personnel, je considère que c’est – sur le papier – une bonne idée mais qu’elle s’avère finalement un petit peu maladroite dans son application à l’écran. Rien de rédhibitoire je trouve, mais si on arrive à le noter c’est que ce n’est pas fait au mieux du mieux.

Endgame souffre de la rareté de plans réellement marquants mais certains sont toutefois très joliment construits.

Un mot toutefois pour évoquer cette bataille finale dantesque. J’y vois un écho profond à la bataille de New-York dans le premier Avengers. C’est la réunion générale, la grande partie de mandales où les coups s’enchaînent aussi vite que les plans, ces derniers arrivant cependant à se succéder dans une fluidité générale des plus appréciables. Je sais qu’une partie du public reproche son manque de visibilité en raison de décors trop sombres mais cela ne m’a pas spécialement choqué ni gêné. Pour tout dire, je pense même que cette ultime bataille est encore meilleure que celle du Wakanda dans Infinity War qui, malgré ses grandes qualités et ses moments de bravoure ou de badasserie jouissive, s’avérait un peu fouillis.
A l’inverse, j’ai le sentiment que cette bataille-ci offre plus de construction, une sorte d’enchaînement des fronts et des personnages qui se veut très plaisante à suivre et offre un final fabuleux pour les yeux et les émotions. Là encore, même s’il y a cet écho que je mentionnais plus haut, c’est une véritable synthèse qui est offerte au public, lequel trouvera dans cette grande séquence finale autant d’éléments venus des films Avengers que de Thor ou de Black Panther. Demeure en tous cas le sentiment d’avoir assisté à une séquence épique et longue, accrocheuse au possible et où rien ou presque ne semble laissé au hasard, même dans les choix faits concernant certains héros y prenant part. Mais ce dernier point est à l’image du film : après avoir introduit tout au long de son histoire des super-héros et super-héroïnes de plus en plus puissants, il fallait bien que la franchise canalise tout cela afin de ne pas donner à voir un chapitre final qui dure seulement une heure. Thor (dont la surpuissance à la fin d’Infinity War reste en mémoire !), Hulk et Captain Marvel (notamment) en font ainsi les frais tout au long d’Endgame et jusque dans cette dernière page. Un mal pour un bien, je crois.

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Ainsi s’achève l’aventure, onze après ses débuts et les premiers pas d’Iron Man sur grand écran. Un final explosif, retentissant, spectaculaire et bien d’autres qualificatifs encore, fort d’ambitions inégalées et d’une aura qui se nourrit de tout le travail exécuté en amont durant toutes ces années. Alors oui, au fond, Avengers : Endgame est suffisamment osé pour désarçonner, surprendre ou décevoir. Aucun doute que le public ne peut pas être unanimement conquis par ce film, trop dense pour être réellement complet. Son seul véritable défaut en définitive, c’est d’être la deuxième partie d’un diptyque qui aurait certainement mieux vécu le fait d’être une trilogie. Disney et Marvel pouvaient se le permettre et je pense qu’il est dommage qu’ils n’aient pas osé. Auraient-ils conscience que ça aurait peut-être fait trop ? Vu le calendrier de l’UCM pour les mois et années à venir, je ne pense pas.
Endgame et ses partis pris immédiats et pour l’avenir divisent donc, forcément, et il aurait difficilement pu en être autrement. J’y ai en ce qui me concerne trouvé la conclusion que je cherchais, à quelques détails près, en particulier dans l’écriture. Mais ce n’est pas grave si je n’ai pas eu tout ce que je voulais. Par sa seule nature de conclusion d’une épique fresque, Avengers : Endgame ne pouvait pas satisfaire tout le monde : nous en attendons toujours beaucoup de ce genre de films. Nous voulons que cela se passe de telle ou telle manière pour ce héros ou cette héroïne que nous préférons, égoïstement. Les frères Russo ont donc fait le pari, risqué, d’offrir leur vision des choses. On y adhère totalement ou pas du tout, ou encore on peut simplement s’en contenter. Se dire qu’on n’a pas passé un si mauvais moment et que, malgré tout, ça restait un sacré spectacle.

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