« Shazam! », David F. Sandberg, 2019

Shazam!, film de super-héros de Davd F. Sandberg. Avec Zachary Levi, Asher Angel, Mark Strong, Jack Dylan Grazer…

Le pitch : Billy Batson (A. Angel) est un garçon de 14 ans qui passe de familles d’accueil en foyers, incapable de se fixer où que ce soit et toujours à la recherche de sa mère qu’il a perdue des années auparavant dans une fête foraine. Son destin prend un tour particulier quand un vieux magicien l’appelle dans son antre pour lui révéler qu’il l’a choisi pour être son Champion et combattre les incarnations des sept péchés capitaux récemment libérées. Pour cela, le magicien va lui confier ses pouvoirs, que Billy pourra utiliser dès qu’il prononcera son nom : Shazam !

La critique : Malgré le fait que le cinéma super-héroïque court à folle allure depuis quasiment deux bonnes décennies maintenant (remontons donc jusqu’aux premiers X-Men et Spider-Man) et malgré aussi le fait qu’en dépit de mon appréciation de l’ensemble je commence à trouver cette vague un peu longue, il y a une chose de positive que je ressors des récentes productions du genre. Après avoir écumé les grands noms les plus connus des écuries DC et Marvel, les deux concurrents en sont arrivés au point où, fatalement, c’est vers un catalogue de héros relativement moins connus et marqués dans l’inconscient collectif qu’ils doivent se tourner. Ce fut le cas avec Black Panther et Captain Marvel chez les uns, ça l’est désormais avec Shazam chez les autres. Et si je reste évidemment un amateur certain de héros et héroïnes encapé(e)s ou masqué(e)s, je dois bien admettre que mon champ de connaissances à leur sujet a été grandement couvert par ce qui a été fait jusqu’ici en matière d’adaptations ciné. Du coup, me voilà à découvrir des héros que je ne connais pas ou presque, à l’instar de ce fameux Shazam. Et c’est assez plaisant de sortir des sentiers battus un peu.

Tout ce que je connaissais de Shazam jusqu’ici, c’était ce merveilleux dessin d’Alex Ross.

C’est plaisant parce qu’en conséquence, j’ai des attentes différentes, sinon moindres, à l’égard de ces nouvelles productions. Ne connaissant que de loin les différents personnages qu’ils mettent en scène, je ne peux pas juger ces films sur leurs qualités en matière d’adaptation d’un comics ou de transposition à l’écran d’un personnage par nature déjà très défini par ses aventures papier. Je me retrouve donc dans les salles obscures avec le seul espoir de passer un bon moment devant un film où le personnage se trouve être un super-héros, ni plus, ni moins. C’est très agréable en un sens parce que je me laisse automatiquement bercer par la découverte d’un univers que je maîtrise moins et qui a donc tout à me présenter, contrairement aux fois où je vais voir un film mettant en scène Batman, Superman, Captain America ou je ne sais qui d’autre…

Objectif lol

J’aborde donc Shazam! avec cet état d’esprit, dénué de tout a priori autre que celui qui se résumerait à dire que, malgré leurs efforts, les studios Warner/DC sont sacrément à la traîne et n’arrivent pas à rejoindre le niveau de leurs concurrents de chez Marvel. Entre un Man of Steel qui se gâche tout seul sur son dernier tiers, un triste Batman v Superman quasi insipide, un Wonder Woman bancal voire banal et un Aquaman qui semble avoir décidé de se la jouer décomplexé à fond, il n’y a rien qui va avec le reste dans cet univers étendu (et je ne vous parle même pas de Suicide Squad…). Shazam!, lui, a annoncé la couleur assez vite : ce sera un film de super-héros avec sa dose d’action évidemment mais ce sera aussi drôle. Voyant qu’à trop jouer la carte du sérieux et du « dark » , DC s’enlise, les studios semblent avoir pris le parti de changer la donne. Aquaman était la première pierre à tout cela avec ses allures de film d’action 80’s presque nanardesque et assumé, Shazam! prend le relais. Mais comme bon nombre d’observateurs l’ont fait remarquer : ce n’est pas en mettant des blagues qu’ils nous feront oublier que leur univers étendu ne tient pas la route.

Shazam! se livre presque à un chouïa d’irrévérence parfois mais rentre toujours très vite dans le rang.

Et pourtant, voilà que je me surprend à trouver tout ceci relativement drôle. J’irai même jusqu’à dire que ça marche pas mal du tout. Shazam! semble rapidement être conscient de l’état actuel de l’univers dans lequel il évolue et ponctue son récit de blagues et autres gags qui, dans la grande majorité des cas, prêtent au moins à sourire, sinon à rire. Il se dégage alors du film une ambiance bon enfant qui lui confère tout son charme et en devient certainement l’un des principaux atouts. Côté « trucs marrants », on pourra penser à cette séquence de l’inaudible monologue du grand méchant ou à quelques gags jouant sur la dualité du personnage central, tout enfant coincé dans un corps d’adulte qu’il est. Shazam! distille ainsi son humour tout du long mais, à terme, on se rend compte des faiblesses de l’oeuvre en la matière. En fait, tout ceci est finalement très éculé. Ça n’enlève évidemment rien ou presque au potentiel comique de la chose (une bonne blague reste une bonne blague tant qu’elle est bien amenée) mais on regrette que le film n’essaie pas de faire preuve de plus d’inventivité. Ce côté vu et revu, on le doit je pense au caractère très 90’s de l’humour ici employé. Il y a un ton, un décalage constamment mis en place qui rappelle les comédies plus ou moins culte d’il y a 20 ans (presque 30), une sorte de goût pour l’absurde ou le gentiment idiot qui rappelle les Wayne’s World ou diverses productions du genre, sans jamais atteindre leur niveau qualitatif pour autant. L’intention reste néanmoins louable et plaisante.

Ce côté années 1990, on le retrouve finalement dans l’intégralité du film et dans la façon dont il prend forme. Car au-delà du seul aspect humoristique, Shazam! semble prendre à bras le corps pas mal d’éléments qui faisaient le cinéma familial de l’époque. Je ne sais pas s’il faut y voir un lien avec le fait que Captain Marvel se déroule dans les années 1990 ou non (ou même le simple fait que les 90’s sont à la mode) mais le fait est que le cinéma qui nous est donné à voir ici rappelle bien des choses.
Cette approche, on la remarque notamment dans les nombreuses ruptures de rythme et de ton que le film amène, ce qui est d’ailleurs étroitement lié à son humour. A de nombreuses reprises, l’on va ainsi passer de l’humoristique au sérieux et inversement, le plus souvent pour faire rire et ainsi de suite. L’idée n’est en soi pas révolutionnaire, loin de là (et le film ne prétend pas l’être au-delà du seul univers DC dans lequel il évolue), mais elle est mise en application avec cette touche qui fleure bon les années 1990 et son humour à l’américaine tel qu’on le connaissait à l’époque, tout ceci contribuant à l’ambiance conviviale qui se dégage de Shazam!. La mise en scène participe également à cette espèce d’élan nostalgique en composant avec des codes qui rappellent cette fois-ci les heures de gloire des films d’action d’il y a 20 ans, tout en ralentis notamment et que le bullet time des Matrix a contribué à faire vieillir prématurément à l’aube du XXIème siècle.

Les scènes de combat ne sont pas exceptionnelles.

Mais ces choix ne sont pas sans risques et Shazam! en paie tout de même le contrecoup. En fait, et même si je garde au fond un assez bon souvenir du film, il est indéniable qu’il souffre de nombreuses faiblesses justement apportées par les intentions de fond et de forme qu’il se donne. A trop vouloir varier les tons par exemple, il se déséquilibre tout seul. A plusieurs reprises, le film va ainsi donner l’impression de se forcer, lui ôtant une grande part du naturel qui semblait pourtant s’en dégager dans les premières minutes. Il apparaît chancelant, incapable de déterminer avec intelligence sur quel pied danser à tel ou tel moment, etc… L’intention est louable mais l’exécution est à la peine sur le long terme.
Il en va de même pour la mise en scène générale, dont le côté daté se fait de plus en plus sentir à mesure que les minutes s’écoulent. C’est aussi le problème quand on fait le pari de livrer, en 2019, un film qui tend à s’approprier des codes et effets de styles vieux de 20 ans ou plus. C’est une idée qui peut fonctionner cela dit si la façon de faire est fine et se veut dans l’hommage pur et simple, sinon la parodie ou le pastiche. Il faudrait donc que l’intention soit spécifiquement de donner à voir un film dont l’objectif est bien de s’imprégner de tout cela. Or, ce n’est pas le cas de Shazam! qui va au contraire utiliser ces influences et ces idées comme autant d’ornements dont la seule volonté est sans doute de créer du décalage. Cela fonctionne un temps mais les effets attendus deviennent bien trop ponctuels à partir d’un certain moment. Et du coup, ça tombe parfois à plat.

Au-delà des thèmes de Big, Shazam! s’interroge aussi sur les familles reconstituées. Là encore, on connaît la chanson.

Notons aussi que le scénario n’est pas particulièrement faramineux. Shazam! ne serait presque qu’une énième origin story de plus s’il n’avait pas pour lui les quelques idées que j’évoquais précédemment. Mais encore une fois ces dernières sont bancales et n’arrivent pas à relever le niveau d’un récit qui est quant à lui relativement banal. Un gamin se découvre des super pouvoirs et ça tombe bien parce que des méchants sous la botte d’un méchant encore plus méchant vont mettre le boxon, bla bla bla… Oui, c’est-à-dire qu’on connaît l’affaire depuis un certain temps voyez-vous. En termes de récit et de narration, le scénario de Henry Gayden et Darren Lemke est loin de casser trois pattes à un canard. Il tente pourtant avec beaucoup de bonne volonté d’imposer son personnage (et ça marche pas mal malgré tout), ses personnages secondaires (idem, dans l’ensemble) et surtout des thématiques qui, finalement, vont largement prendre le dessus vis-à-vis de tout les aspects super-héroïques du film. Très inspiré par le Big de Penny Marshall (avec Tom Hanks dans le rôle principal évidemment), le scénario de Shazam! reprend à son compte nombre des thèmes et problématiques soulignées à l’époque par cette excellente comédie. Pêle-mêle on pensera notamment aux thématiques de la responsabilité à l’âge adulte, de la non-nécessité de vouloir grandir trop vite, etc…
Au final, le personnage de Shazam est presque moins un super-héros qu’une métaphore générale du passage à l’âge adulte. C’est quelque chose qu’on a vu moult fois et qui avait été parfaitement mis en images dans Big donc mais cela a en tous cas le mérite d’apporter un peu de changement à la variation sur un même thème que représentent les origins stories de super-héros. « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » nous disait l’oncle Ben chez Sam Raimi et c’est ce mantra que Shazam! va finalement reprendre à la différence près que les responsabilités sont ici celles que quiconque se découvre en devenant adulte. Le souci, c’est qu’à l’image du film dans son ensemble, cette posture est finalement assez éculée et n’a pour elle que l’originalité (si l’on veut) de l’appliquer à un super-héros, même si celui-ci s’y prête plutôt bien pour le coup. On apprécie quand même l’hommage fait à Big à travers quelques références plus ou moins évidentes, c’est toujours ça de pris. Tout comme on apprécie que malgré le manque de conviction de l’ensemble, ce film tâche finalement de se démarquer un peu en se voulant plus familial et moins grandiloquent aussi que ses congénères.

Shazam! devient sans difficulté le plus léger et le moins pompeux des films de l’univers DC.

Quelques mots pour conclure concernant la distribution de Shazam!, à commencer évidemment par ses deux acteurs principaux : Zachary Levi et Asher Angel. Sur ce dernier, je n’ai pas grand-chose à redire, le jeune homme livrant une prestation globalement correcte, ce qui revient à dire chez moi qu’il ne m’a pas gonflé. Car j’ai ce problème avec les films d’action mettant en scène des enfants/adolescents dans des rôles-clés que ces derniers peuvent très vite me soûler. Je vais les trouver hors de propos, à côté de la plaque, inutiles, etc… Et si quelques exceptions existent sans doute, j’avoue avoir du mal à en trouver au moment d’écrire ces lignes. Asher Angel en tous cas tire plutôt bien son épingle du jeu, tout comme son camarade Jack Dylan Grazer, presque plus amusant et intéressant que lui quand on y regarde de plus près.

Une excellente surprise.

Mais c’est évidemment Zachary Levi qui attire tous les regards et l’acteur réussit à s’imposer comme le principal atout du film. Le comédien, que l’on a pu découvrir à l’époque dans la série Chuck, se veut essentiel pour tout dire. Toutes les intentions que Shazam! formulait sur le papier, c’est en lui qu’elles se cristallisent. Les ruptures de ton, la légèreté, l’humour, le dynamisme… Zachary Levi apporte tout cela au film par son seul jeu et s’impose finalement comme le meilleur choix pour faire découvrir ce super-héros auprès d’un grand public qui le connaît certainement moins que ses collègues Batman et Superman. J’ai en tous cas été très agréablement surpris par cet acteur que je connais relativement mal en vrai et si je dois revoir Shazam! un jour, ce sera clairement pour lui.
Je ne peux en tous cas pas en dire autant de Mark Strong, lequel fait son retour dans le monde des super-héros après sa très oubliable prestation de Sinestro dans le tout aussi oubliable Green Lantern de 2011… Reste que Mark Strong, par sa stature et son jeu particuliers, est à mon sens un de ces acteurs auxquels on pourrait penser en premier lieu pour jouer un super-méchant. C’est donc sans surprise que je le découvre ici dans le rôle du docteur Sivana. Sauf que, voilà, ça ne prend toujours pas. Le pauvre Mark a beau souvent être un impeccable méchant, c’est à croire que le registre des adaptations de comics (hormis Kick-Ass) ne lui convient pas. Et le voilà qui cabotine, surjoue, en rajoute toujours une couche. Son méchant en devient caricatural, sans grande saveur et me fait tristement penser au docteur Fatalis des Quatre Fantastiques (ceux avec Jessica Alba et Chris « Captain America m’a sauvé » Evans). On passe donc sur son cas pour mieux terminer en affirmant que le reste de la distribution n’est pas si mal, avec une mention spéciale pour les gamins et vous aurez compris que venant de moi c’est un sacré compliment.

Mouais…

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Ce n’est donc ni un immense film de manière générale, ni une excellente comédie, ni une inoubliable aventure de super-héros mais Shazam! arrive malgré tout à ne pas être une catastrophe et réussit même à devenir le meilleur film DC depuis que l’éditeur a décidé de lancer son propre univers cinématographique. Cela en dit long sur la qualité de la chose mais il faut arriver à y voir le verre à moitié plein : Shazam! n’en demeure pas moins divertissant, amusant et plutôt drôle. Il apporte malgré ses faiblesses une bonne bouffée d’air frais à l’univers dans lequel il prend place, même si cela ne fait que contribuer à l’hétérogénéité grandissante de ce dernier. Au milieu d’un ensemble de plus en plus instable, le film de David F. Sandberg peut en tous cas être vu comme l’opportunité de redresser la barre. Et si un Shazam! 2 est d’ores et déjà prévu, il sera surtout intéressant de voir si son passage aura une conséquence sur le reste des films DC par la suite.

Une réflexion sur “« Shazam! », David F. Sandberg, 2019

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