« GLOW », saison 2 : Deuxième round !

Il y a quelques jours, sur Twitter, je disais croire que j’étais un des rares à apprécier GLOW, n’en ayant jamais vus que des retours négatifs ou, au mieux, peu enthousiastes. Et même si l’on me dit ensuite qu’il y a au contraire plein de gens qui aiment (ça me rassure car j’aurais eu peur que la série soit annulée faute de succès), me voilà cette semaine avec mon propre papier sur la question. Une chronique que je rédige après avoir consulté un Conseil des Sages personnel qui m’a judicieusement indiqué que ça serait toujours plus intéressant qu’un article sur la saison 2 de Luke Cage, que je vous épargnerai donc.

GLOW est une série Netflix arrivée sur ce service au début de l’été 2017. Avec ses paillettes et ses néons, j’ai d’abord cru à un énième format prenant à son compte les années 1980 pour espérer séduire un public nostalgique et avide de références à cette décennie. Un peu comme Stranger Things quoi, qu’on aime ou non. Bref, je pars comme souvent avec des a priori qui en viendraient presque à réfréner mon envie de regarder cette série. Je me laisse néanmoins tenter par le pilote, puis le deuxième épisode, le troisième… Et je me surprends bien vite à aimer ce que je vois à l’écran. Loin de la série un peu nunuche que je craignais, je trouve bien au contraire dans GLOW une série éminemment sympathique et agréable à regarder, intelligente sur le fond comme sur la forme, capable notamment de lier drama et comédie avec un sens de l’à-propos qui manque, hélas, à bien des productions Netflix. Le tout en plus avec un cast tout à fait correct.

Tout commence avec une annonce pour un casting.

Enfin bref, c’est somme toute très agréable à regarder. Question pitch, GLOW raconte l’histoire d’un groupe de nanas, pour la plupart comédiennes plus ou moins ratées, qui se retrouvent engagées dans un projet d’émission télé de catch féminin. Une histoire inspirée d’une véritable émission de catch féminin effectivement intitulée GLOW et qui remporta un franc succès à l’époque*. Ensemble, et sous la direction du réalisateur Sam Sylvia (dont la petite gloire est alors déjà bien passée), elles vont tâcher de s’imposer sur le petit écran comme le nouveau divertissement incontournable. Alors dit comme ça, on pourrait trouver que ça ne casse pas trois pattes à un canard mais je peux vous l’affirmer : ça se laisse regarder sans aucun souci. Tant et si bien que de la petite méfiance du début, je suis passé à l’impatience de découvrir la suite une fois les 10 premiers épisodes vus !

*Un documentaire sur le sujet est disponible sur YouTube.

Et cette suite, elle est arrivée ce 29 Juin (sur Netflix toujours). Pour cette deuxième saison, GLOW poursuit avec le même format, à savoir 10 épisodes d’une durée variant entre 30 et 40 minutes à peu près. Nous retrouvons alors nos « sublimes dames du ring » plus ou moins là où nous les avions laissées : poursuivant les enregistrements de leur émission tout en devant lutter hors du ring avec leurs propres problèmes personnels. Qu’il s’agisse de la tension grandissante entre Ruth et Debbie (les deux personnages principaux de la série), des difficultés de Sam à maintenir le programme, des troubles de Bash vis-à-vis de son vieil ami Florian porté disparu, rien ne va vraiment bien.

Un des enjeux de cette saison : GLOW va-t-elle rester sur l’antenne de KDTV ?

Pour autant, la série ne se résume absolument pas qu’à ça. En fait, il serait bien plus habile de la présenter comme une sitcom qui n’oublie pas sa dramaturgie au profit d’un humour malavisé. Je crois que c’est l’un des éléments-clés de GLOW qui ont sur m’accrocher pendant la première saison et m’y faire rester fidèle. GLOW est tout simplement bien écrite. Elle arrive avec une certaine justesse à passer d’un ton à l’autre sans que la rupture entre les deux ne soit trop brutale ou déconcertante pour les spectateurs. Sans doute est-ce parce qu’il y a toujours, comme un fil rouge, un peu des deux (dramaturgie et humour) à chaque instant. Car si l’on pourrait avoir tendance à schématiser les choses en affirmant que tout ce qui touche au catch en tant que tel se fait la part belle dans le comique de cette série, tandis que les côtés les moins drôles concernent essentiellement les aspects de la vie privée des protagonistes, il n’en demeure pas moins que ces deux univers se mêlent très vite et parfois de manière assez forte. N’allez pas croire cependant qu’on est dans ce modèle un peu éculé ou, comme de bien entendu, les problèmes se règlent systématiquement sur le ring. Car si cela se produit parfois, ce n’est pas fait de manière caricaturale et, mieux encore, ce n’est pas tout le temps. Là encore, les auteurs arrivent à faire preuve d’un sens de la mesure qui permet à l’ensemble de devenir un tout, sans s’éparpiller, sans cloisonner ses différents propos.

La séquence de l’hôpital résume assez bien cette idée de passer d’un ton à l’autre.

Tout ça pour dire que la chose est plutôt finement menée au cours de cette saison 2, comme ce fut globalement le cas dans la précédente. L’on se plait à suivre ainsi les différentes intrigues qui se nouent, lesquelles évitent bien judicieusement de se vouloir plus grosses que nécessaire. Un atout dans la manche de cette série créée, j’oubliais de le préciser, par Liz Flahive et Carly Mensch, deux noms qui vous disent peut-être quelque chose si vous aimez Nurse Jackie. Un atout disais-je car ce côté un peu terre-à-terre se développe sans pour autant sombrer dans la banalité et amène donc le public dans son sillage.
Et le maître rouage dans toute cette mécanique, c’est sans doute le rythme. En établissant son format sur une rythmique suffisamment soutenue pour ne pas endormir qui la regarde, GLOW arrive à raconter des histoires qui captent l’attention avec des choses simples mais efficaces. Sortis de cette série, des thèmes comme la honte possible quand il s’agit d’assumer son rôle de catcheuse ou les bisbilles entre deux anciennes copines pour des histoires de coucheries, cela pourrait facilement désintéresser un public gavé jusqu’à l’overdose de ce genre de thématiques. Mais GLOW évite les écueils tout bonnement en ne s’appesantissant pas sur ces sujets. Elle les traite bien sûr, mais elle n’ennuie pas avec, bien au contraire. Elle navigue d’une intrigue à l’autre, glisse du catch au milieu de tout ça ainsi qu’une bonne dose d’humour bien placé et le tour est joué : l’air de rien, GLOW est devenue un de ces feuilletons fourmillant de péripéties mais qui ne se noie pas pour autant. Et la recette fonctionne d’ailleurs encore mieux dans cette deuxième saison que j’ai encore plus appréciée que la première.

GLOW capte l’attention avec une certaine aisance. Ceux qui accrochent le feront sans doute jusqu’au bout.

Mais je crois qu’en réalité la principale valeur forte de cette série, ce sont ses personnages. A l’instar du catch en tant que tel, GLOW semble avoir décidé qu’il lui fallait avant toute chose une palette d’individualités marquantes. Cela donne alors lieu à la mise en place d’une galerie de personnages franchement attachants pour la plupart, vers lesquels on revient avec plaisir. Chacun de ces différents protagonistes synthétise même à mon sens ce que j’évoquais tout à l’heure, à savoir cette capacité de la série à jongler entre différents tons sans pour autant manquer de cohérence. C’est à travers Ruth, Debbie, Sam, Bash ou encore Carmen que toute la force de GLOW (si l’on peut dire) s’exprime.

Le grand nombre de personnages amène à l’oubli de certains, dommage.

On regrette simplement que le fait d’avoir un assez grand nombre de personnages pousse finalement à en laisser certains de côté. Rapidement, et plus encore dans cette nouvelle saison, plusieurs demoiselles du ring sont ainsi mises sur le banc et ne profitent que très peu d’apparitions à l’écran, lesquelles relèvent parfois beaucoup plus de l’anecdotique qu’autre chose. En fait, peut-être aurais-je préféré qu’en dépit d’une intrigue principale qui serve de fil conducteur à l’ensemble, on fasse le choix de varier un peu les plaisirs d’épisode en épisode, histoire de s’intéresser un peu à tout le monde, presque à tour de rôle. On sent cela étant que la série tâche de le faire au cours de cette saison, notamment avec Britannica ou Melrose (pour reprendre leurs pseudonymes de catcheuses) mais j’aurais aimé que l’idée soit appliquée sur toute la saison. Cela n’enlève cependant rien à la qualité globale de l’ensemble et les apparitions des unes et des autres restent toujours bien amenées, même si parfois succinctes. Après, n’allons pas jusqu’à dire que GLOW est un bijou d’écriture, ce serait fortement exagéré. Mais c’est bien fait, plutôt fin parfois mais en tous cas toujours plaisant. Il n’y a pas de moments où je hausse des sourcils pleins d’exaspération ou bien d’instants où je soupire d’ennui.

Il faut dire aussi que le format jouit du côté ultra pétillant des 80’s, sans excès encore une fois. Loin du simple fan service sans fondements, cette série utilise les années 1980 à bon escient, s’en servant plus d’écrin que d’argument de vente.

Les années 1980 les enfants.

Jouant alors sur cette décennie, GLOW use de son côté flashy, de sa musique et des ses styles tant vestimentaires que capillaires pour poser une identité visuelle et sonore dont certains trouveront peut-être que ça sent le vu et revu mais que je préfère voir comme une sorte d’hommage, à son petit niveau. Ou plutôt disons que ça porte sur ces années un regard amusé, sans se forcer. Il faut dire également que cela sert plutôt la mise en scène générale du show, bien plus que dans Stranger Things encore une fois (que je cite à nouveau parce qu’on pourrait finir par croire qu’il n’y a que cette série pour évoquer les 80’s et non pour comparer ces deux séries qui n’ont en vérité pas grand-chose à voir…). Que ce soit dans le grain parfois donné à l’image, dans les lumières ou la photo, il y a ce rappel régulier à la façon dont on faisait les séries télé à l’époque. Cette orientation touche d’ailleurs à son paroxysme lors du 8ème épisode de cette saison 2, dans un délire dont j’avais peur que ça ne tienne pas la route sur l’ensemble de l’épisode mais qui s’avère finalement on ne peut plus concluant. A noter également la qualité de la mise en scène des combats sur le ring. Il y a un dynamisme très agréable dans ces affrontements, auquel se mêle toujours le côté un peu loufoque que GLOW tâche d’avoir parfois histoire de ne pas trop se prendre au sérieux. C’est vif, c’est rapide, c’est même plutôt joli, bref on s’y accroche assez facilement. Là encore, pas de quoi crier au génie mais on apprécie principalement le fait que ça change un peu de ce que l’on a pris l’habitude de voir.

Au passage, j’aime beaucoup Zoya la Destructrice, l’alter-ego sur le ring de Ruth, grandement servie par un Alison Brie en grande forme.

Un mot pour terminer concernant la distribution, au sommet de laquelle brille Alison Brie. Dans le rôle de Ruth, la comédienne tâche d’incarner le moteur du groupe malgré ses propres difficultés, que ce soit vis-à-vis d’elle-même ou bien face à Debbie, avec qui elle partage une sorte de rivalité de circonstance dont je tairai ici les tenants et les aboutissants. Alison Brie s’emploie donc à livrer une interprétation assez douce dans l’ensemble mais qui ne manque pas de se tailler la part du lion pour autant. Elle devient alors un personnage principal très agréable à voir évoluer car finalement très simple (et non simpliste).
Elle se situe ainsi en quelque sorte en opposition avec Betty Gilpin, qui campe quant à elle la fameuse Debbie. Plus forte, plus affirmée, ce personnage a un peu le mauvais rôle de la série dans le sens où elle se construit au fur et à mesure des épisodes dans la confrontation avec Ruth, ce qui ne manque pas d’exploser dans cette saison 2 (enfin !). Betty Gilpin cherche donc à imposer cette affirmation de soi qui semble transpirer de tous les pores de Debbie et si son incarnation de celle qui a pris le pseudonyme de « Liberty Belle » ne manque pas d’un certain panache, lequel tranche avec la subtilité dont elle fait preuve dans certaines séquences, je ne peux toutefois pas m’empêcher de noter chez elle une certaine tendance au surjeu. Pas de quoi gâcher le visionnage mais tout de même. Etant donné l’évolution des événements à l’issue de cette saison, j’ose espérer que cela évoluera dans le bon sens dans la prochaine (bien qu’elle n’ait toujours pas été officiellement annoncée à l’heure où j’écris ces lignes…).

Peut-être reprocherais-je à Betty Gilpin d’être trop inégale dans ses scènes de dialogue…

Je vous épargne un tour d’horizon complet du reste du cast et ne vous toucherai pour finir que quelques mots concernant Marc Maron. L’acteur mais aussi humoriste interprète Sam, le réalisateur de GLOW (l’emission, vous suivez). Caution « cynisme désabusé » de la série, on pourrait presque reprocher au personnage comme à l’acteur de ne jouer que sur ce terrain-là, aussi balisé puisse-t-il être. C’est en tous cas ce que je vous aurais dit à l’issue de la première saison si j’avais écrit un article à son sujet. Reste qu’au cours de ces 10 nouveaux épisodes, l’un comme l’autre évoluent un tantinet. Si le cynisme reste de mise, il y a autre chose, un truc un peu touchant qui se développe gentiment de fil en aiguille. Rien qui ne puisse dénaturer l’essence-même du personnage mais disons qu’il s’inscrit dans cette espèce de mouvance globale en termes d’écriture de GLOW où, après nous avoir imposé les différents personnages, on cherche à nous les approfondir un peu.
Maron sert alors cette nouvelle direction avec pas mal de réussite, à l’instar de Chris Lowell dans le rôle de Bash, lequel m’a particulièrement plu au cours de cette saison 2. Après n’y avoir trouvé précédemment qu’un « banal » faire-valoir relativement humoristique, j’ai trouvé cette fois-ci un personnage un peu plus complexe, allant vers des thématiques un peu moins drôles mais tout de même bien filées, en particulier toutes celles développées autour de la relation entre son personnage et celui de Florian (vu dans la saison 1, il n’est qu’évoqué ici, à dessein). Le mieux reste encore le fait que tout ceci soit fait de manière presque implicite, avec une sorte de pudeur ou de délicatesse, je ne sais pas trop, qui évite le grand drama hors de propos. Or, Chris Lowell compose admirablement avec cette approche du personnage et il en deviendrait presque ce que j’ai préféré dans cette saison.

Chris Lowell est une vraie bonne surprise au sein de cette distribution !

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Ni un chef-d’œuvre absolu, ni un truc passable, GLOW est de ces séries agréables à regarder qui, sans verser pour autant dans la facilité, arrivent à lier intérêt et une certaine forme de simplicité. Pas là pour prendre la tête de qui la regarde, cette série confirme dans sa deuxième saison son côté feel good, aussi éculé que cette appellation puisse être, sans toutefois remiser sa part de dramaturgie au placard. Au contraire, elle mêle les deux, avec cohérence et un soupçon de finesse, livrant ainsi un format où les épisodes d’une trentaine de minutes passent très facilement. Oh, on n’ira peut-être pas se faire des binge-watching intenses de cette série mais on y revient régulièrement, comme si de rien n’était. Vivement la suite.

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