Nintendo à l’E3 2018 : De l’expéditif à la litanie

Après avoir marqué les esprits l’an dernier, profitant sans doute des vents favorables que soufflait sa Switch, Nintendo était attendu de pied ferme par les fans et autres amateurs de jeux vidéo. Car comme le disait Tatsumi Kimishima dans le dernier bilan financier : réussir sa première année, c’est crucial, réussir la deuxième, ça l’est tout autant. Il ne faudrait effectivement pas donner l’impression que la Switch n’est qu’un gros soufflé, dont les Breath of the Wild, Splatoon 2 et autres Super Mario Odyssey auraient été les ingrédients majeurs, mais qui serait en train de tranquillement retomber. Ce sentiment, il est pourtant là dans l’esprit des joueurs et joueuses qui ont acheté la petite console hybride. Et l’on comptait sur l’E3 2018 pour rassurer un peu !

On ne va pas se mentir : on l’attendait tous un peu ce Nintendo Direct spécial E3. Qu’on ait la Switch ou non, un minimum de curiosité pour l’actualité vidéoludique suffisait pour attendre cet événement annuel et enfin voir ce que la console allait nous promettre pour les mois à venir !

Tout ce qu’on avait, c’était un logo mais Super Smash Bros était annoncé comme la star de Nintendo pour cet E3.

Sauf que, peu à peu, le doute s’installe. D’abord, on nous annonce que ce Direct ne se concentrera que sur les jeux Switch et qu’il n’y aura donc rien pour la 3DS dedans. A la rigueur, cela ne dérange pas car si la 3DS reste chère aux yeux de nombre de personnes, son catalogue est déjà largement étoffé et n’a au final pas vraiment besoin d’annonces majeures, la petite portable allant doucement mais sûrement vers sa fin de carrière (horizon 2020 en gros). Puis on nous affirme qu’on ne nous parlera que des jeux prévus d’ici la fin de cette année 2018. Voilà qui réduit considérablement le champ des possibles pour cette présentation. En fait, on ira même jusqu’à dire que ce choix exclut quasi de facto des titres comme Metroid Prime 4 (sur lequel l’espoir était néanmoins toujours de mise) mais aussi et surtout Pokémon Switch, que les récentes annonces de Pokémon Let’s Go Pikachu et Let’s Go Evoli ont inconsciemment repoussé aux attentes valables pour 2019 seulement. Un mot enfin nous affirmait que Super Smash Bros allait être au cœur de cette vidéo, comme on pouvait s’y attendre, celui-ci étant déjà considéré en amont du rendez-vous comme LE grand jeu Switch de cette année. Car même dans l’éventualité où Metroid Prime 4 aurait eu une date pour 2018, la licence de combat made in Nintendo reste bien plus grand public et vendeuse de consoles que ne peuvent l’être les aventures de Samus Aran.

Et ce que l’on peut dire après visionnage, c’est que ceux qui ont réfréné leurs ardeurs au maximum ont bien fait. Peut-être même n’était-ce pas assez. Sur la forme déjà, il y a de quoi redire. En fait, ce Direct donne le sentiment que Nintendo a pris l’E3 à la légère. Rien que le fait d’appeler ça Nintendo Direct pourrait éventuellement en dire long sur son approche de cette édition. Ni Digital Event, ni Spotlight, il s’agissait bien d’un « simple » Nintendo Direct comme on en a toute l’année. D’une quarantaine de minutes, la vidéo se contente d’enchainer les jeux sans faire plus de chichis autour. Hormis Reggie Fils-Aimé ou Masahiro Sakurai par exemple, nul intervenant au cours de la présentation ne vient développer un peu autour des différents titres présentés. Je dis bien « présentés » d’ailleurs et non « développés » puisqu’en dehors de Super Smash Bros Ultimate, aucun jeu n’a été dévoilé en profondeur. Se contentant pour l’essentiel de les amener aux yeux des spectateurs comme on lirait un catalogue de jouets, ce Direct n’avait rien pour répondre aux questions de fans sur tel ou tel jeu, hormis Super Smash Bros mais nous en reparlerons ensuite. Et finalement, il ne se dégageait pas grand-chose de cette émission, laquelle n’était ni amusante, ni enthousiasmante, préférant se présenter comme un banal catalogue donc, servi par un Reggie qui faisait plus allure de VRP que d’autre chose. On est loin de l’humour amené par Robot Chicken en 2014, des marionnettes de 2015 ou même ne serait-ce que de l’envie de développer les choses comme en 2017. Sur la forme, le Nintendo Direct spécial E3 2018 ne s’est démarqué en rien.

Reggie était bien seul…

Le souci, c’est que le fond pose question à son tour. Car depuis l’E3 2017, il y avait un certain nombre de choses que l’on espérait voir, qu’elles aient été annoncées/teasées avant ou après le salon. J’évoquais notamment Metroid Prime 4 ou Pokémon Switch mais on pourrait également ajouter à ces grosses cartouches de futurs titres comme Bayonetta 3, le projet sur lequel plancherait Retro Studios depuis si longtemps (et qu’on a cru un temps être un StarFox Grand Prix finalement pas révélé au public et peut-être bien totalement imaginaire) ou encore Shin Megami Tensei V et Fire Emblem, lesquels avaient été rapidement teasés dès la présentation de la Switch en direct depuis Tokyo il y aura deux ans en Octobre prochain.

Pokémon Let’s Go sera là pour faire patienter les fans.

Hélas ces jeux furent chacun, à une exception près, de grands absents au cours de ce Direct. Pour SMT V, on pouvait éventuellement s’en douter, son développement n’ayant en réalité commencé que très récemment. C’est vraisemblablement le cas également pour Bayonetta 3 mais il n’en demeure pas moins que quelques nouvelles au sujet de ces deux titres produits en exclusivité pour la Switch eurent été bienvenues. Au moins en quelques mots, comme cela avait le cas avec Pokémon Switch l’an passé. Concernant ce dernier, on pouvait se douter que sa présence allait être moins envisageable au cours de cet E3. Nous savions en effet que le développement prendrait du temps et il y a fort à parier que la préparation des deux Pokémon Let’s Go Pikachu et Let’s Go Evoli a nécessairement décalé la sortie effective de ce RPG tant attendu. Ces deux versions, inspirées par Pokémon GO en termes de gameplay notamment, justifient donc l’absence de ce titre dans la vidéo en se posant comme deux os à ronger d’ici sa présentation, qu’on espère la plus proche possible.

Mais pour Metroid Prime 4, j’ai encore du mal à réaliser que nous n’avons rien eu. Strictement rien. Pas une image, pas une bande annonce, pas un mot à son sujet : rien. Le message est donc clair et net : il ne sortira pas avant l’année prochaine, et vraisemblablement pas en début d’année, auquel cas il aurait été cité aux côtés de Daemon X Machina et de Fire Emblem, lesquels sortiront au début de l’année 2019. Je suis d’ailleurs ravi d’enfin voir quelque chose de ce dernier titre, sous-titré Three Houses et qui sera clairement un de mes incontournables de l’année prochaine sur Switch ! Ce que j’en ai vu ici m’a enthousiasmé et a su renouveler la hype que j’éprouvais déjà au sujet de ce soft dont je ne savais pourtant rien jusqu’ici.
Mais pour Metroid Prime 4 par contre, je reste assez estomaqué de n’avoir eu droit à rien. C’est une vraie déception. On m’a vendu un jeu très attendu en 2017 et, un an plus tard, on ne m’en dit pas plus ? Cela pose plusieurs questions, dont en premier lieu la primeur de l’annonce. Sans doute était-ce trop tôt pour annoncer la suite de la fameuse trilogie en 2017. Ou alors Nintendo cherche-t-il à créer une frustration qui pousse à toujours plus exulter quand la date de sortie du jeu sera officiellement fixée ? Peut-être aussi cela signifie-t-il que le développement de Metroid Prime 4 connaît des revers et des difficultés ? Si cette hypothèse est la bonne, il y a de quoi être frustré mais pas encore de quoi paniquer. Souvenons-nous ainsi de Breath of the Wild, tant de fois repoussé depuis son annonce initiale en 2014 ! Et quel chef-d’œuvre finalement ! C’est toute la chance de Nintendo de toute façon : pouvoir se permettre de sans cesse repousser les sorties de ses jeux propres afin d’en livrer la meilleure itération possible.

Rien de rien…

Une fois passée la frustration due à ces absences majeures, il s’agit tout de même de regarder avec le recul ce à quoi nous avons eu droit au cours de ces presque 45 minutes. Avec autant de précision que possible, ce sont 37 jeux qui ont été montrés dans le Direct, tout du moins 37 titres au sein desquels plusieurs DLC (pour Splatoon 2, Mario+The Lapins Crétins ou encore la mise à jour gratuite spéciale Coupe du Monde de FIFA 18). Hormis cela, un certain nombre de portages comme Crash Bandicoot, Dark Souls Remastered, Captain Toad, ARK – Survival Evolved… Il y a donc de quoi faire cette année sur Switch, sans conteste. Et si la politique actuelle consiste toujours à porter encore des jeux déjà parus ailleurs, cela me gène toujours moins que le fait de voir que, parmi cette grosse trentaine de titres, il y en a un certain nombre qui a déjà été révélé précédemment. C’est le cas de Mario Tennis ACES, de Crash Bandiccot – N’Sane Trilogy, de Captain Toad, de Minecraft… Bref, aussi enthousiasmante que cette accumulation de softs à venir puisse être, elle sent quand même énormément le réchauffé.

Daemon X Machina a été très remarqué en ouverture du Direct !

Cela étant, que Nintendo ne sorte pas QUE des grosses cartes et se concentre sur une sorte de piqure de rappel générale, on pourrait faire avec et être juste un peu déçu de ne pas voir les jeux qu’on attendait le plus. En revanche, que cela se fasse en moins de 20 minutes, dont 3 où 27 des titres en question sont expédiés sans plus de détails dans une avalanche d’extraits de trailers quasi illisibles parfois (pas plus de 3 secondes par jeu en moyenne), c’est autre chose. Nintendo ne prend le temps de rien pour la majorité des titres que sa Switch s’apprête à accueillir. Et c’est ainsi qu’après avoir parlé un chouïa plus longuement de Daemon X Machina, Super Mario Party, Fire Emblem – Three Houses, Pokémon Let’s Go et du DLC de Xenoblade Chronicles 2, Big N expédie le reste de son catalogue pour passer à la suite au plus vite. En fait, je reprocherais à Nintendo de beaucoup trop s’appuyer sur ses présentations du Treehouse, retransmises en live pendant le reste du salon. Surtout que cette année, c’était assez pauvre. Là où Metroid – Samus Returns avait été révélé lors de ces sessions, aucune nouvelle annonce n’a été faite au cours de celles de cet E3. L’on aura dû se contenter alors de regarder des gens jouer à des jeux qu’on avait l’impression de déjà connaître par cœur, hélas. Le tout sans nous apporter de nouvelles informations qui soient réellement intéressantes/inédites. Qu’on s’affranchisse de trop longues présentations de gameplay dans le Direct pour se concentrer sur les annonces de jeux à proprement parler, l’idée n’est pas mauvaise mais l’équilibre est ici carrément à revoir.

La hâte est grande !

Et l’équilibre justement, il n’était pas non plus bon dans le Direct en ce qui concerne la place accordée à Super Smash Bros Ultimate d’une part et le reste d’autre part. Bien sûr qu’on attendait d’en découvrir davantage sur ce prochain opus de la licence de baston mais la façon dont ça a été fait laisse songeur. Avec une présentation de près de 25 minutes, soit plus de la moitié de l’émission, ce nouveau Smash Bros est certainement l’un des jeux qu’on aura la plus longuement présenté au cours d’un E3. On en voulait on en a eu, on ne pourra dire le contraire. Dommage que ça ait été jusqu’au gavage le plus complet. Rétrospectivement, qu’y a-t-il à retenir des annonces faites ?

C’est, pour l’instant, la principale révélation autour de ce Super Smash Bros Ultimate.

La première nouvelle, et elle n’est pas des moindres, c’est l’heureuse et super annonce résumée en trois mots : « Everyone is here! » . C’est bien simple, tous les personnages étant apparus à un moment donné dans un des jeux de la série Super Smash Bros seront présents dans cet opus du coup très judicieusement baptisé Ultimate. De Solid Snake à Wolf en passant par les Ice Climbers ou Pichu, certains personnages apparus une seule fois ou bien disparus depuis plusieurs épisodes vont revenir dans la bataille, laquelle s’annonce toujours aussi brutale avec le retour des combats à 8 également. Masahiro Sakurai, tête pensante de Super Smash Bros, affirme également que s’ils seront tous là, les différents personnages ne seront pas disponibles en intégralité dès le début du jeu, privilégiant donc un retour aux sources avec un nombre restreint de combattant au tout début (comme dans l’opus initial sur Nintendo 64) et un déblocage progressif des autres, d’une manière que Sakurai présente comme repensée. Hélas, nous n’en saurons pas plus sur le sujet, tout comme nul mot ne sera dit sur les modes de jeu proposés, sur le retour ou non d’un mode solo similaire au fameux Emissaire Subspatial de Super Smash Bros Brawl sur Wii, etc… En fait, après visionnage, l’armature globale du titre reste absolument floue.

Et c’est bien là le grand problème de la présentation de ce SSBU, il parle un peu de son principe général puis il s’enlise dans une longue énumération. Celle-ci concerne d’abord les personnages et, pendant une bonne dizaine de minutes, on nous les présente comme si on ne les avait jamais vus, n’insistant que sur des détails comme le fait que Ike ou Bayonetta ont deux costumes différents et que les effets sonores diffèrent de l’un à l’autre, que tel ou tel personnage revient après 10 ans d’absence, que tel autre a des subtilités de gameplay… Tout juste nous rappelle-t-on que les Inklings de Splatoon seront de la partie. Sans oublier évidemment, en toute fin de vidéo, l’arrivée de Ridley (Metroid) comme personnage jouable. En dehors des combattants, on nous parle ensuite des trophées aides, d’une poignée de nouvelles techniques…
Bref, pendant un tout petit peu moins de 20 minutes au total, Nintendo en la personne de Sakurai se contente de dresser des listes. C’est froid, c’est barbant, on s’ennuie de pied ferme. Insister autant sur un jeu pour seulement nous livrer de tels détails, c’est incompréhensible ! C’est le genre de choses qu’il faut garder pour un ou deux Nintendo Directs spéciaux et intégralement consacrés au jeu et à ses subtilités jusque dans les moindres recoins du gameplay ! Là ce qu’on voulait, c’était plus vaste que ça, c’était une vue d’ensemble du titre, de ses promesses, des challenges qu’il va nous proposer ! Et au final, on m’a froidement listé une soixantaine de personnages… Ce n’était pas le sujet et c’était le genre de choses qui n’intéresse personne dans le contexte d’une présentation à l’E3 hormis, peut-être, les néophytes.

Le reste de la présentation fut très laborieux, jusqu’à l’annonce de l’ajout de Ridley au roster. Puis plus rien.

Et au final on se demande si ce n’est pas tout simplement à ces néophytes justement que l’on s’est adressé ici. Comme si, conscient que la Switch a su ramener beaucoup de monde dans l’escarcelle de Nintendo, l’entreprise s’est dit que c’était aux nouveaux venus qu’il fallait parler en premier de cet énorme best seller à venir. C’est même au-delà sans doute, Big N visant certainement par cette vidéo ceux qui n’ont pas encore acquis sa dernière console et aux yeux desquels il faut faire de Super Smash Bros Ultimate une nécessité. Malheureusement, cette option laisse pantois dans la plupart des chaumières et au bout de 25 minutes d’une interminable litanie, on a surtout l’impression qu’on nous a beaucoup parlé pour ne rien nous dire. Un constat qui pourrait éventuellement beaucoup jouer en la défaveur du titre concerné, s’il n’avait pas la chance de s’appeler Super Smash Bros.

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On me l’aurait dit, je n’y aurais pas cru. Avec le souvenir des teasings de l’an dernier et les différentes promesses faites depuis, l’E3 2018 de Nintendo devait être marquant. Au lieu de cela, il dégaine un Nintendo Direct bien triste, incapable de profiter des jeux qu’il présente pour sortir du lot. Même la présence de Super Smash Bros Ultimate n’y aura rien fait : Nintendo a fait de nombreuses erreurs dans cette émission à commencer par l’oubli d’un équilibre dans les annonces et présentations qui aurait permis de tenir le spectateur attentif. Au lieu de cela, ce Direct fait n’importe quoi, manque cruellement d’enthousiasme et d’informations réellement saisissantes. Il s’est révélé d’un ennui mortel malgré les jolies choses qui se profilent et même en le regardant plusieurs jours après pour préparer cet article, je le trouve toujours aussi décevant. Cela fait de toute façon presque un an que la communication de Nintendo semble se chercher et à l’évidence, elle ne s’est toujours pas trouvée, loin de là.

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Une réflexion sur “Nintendo à l’E3 2018 : De l’expéditif à la litanie

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