« Star Trek : Discovery », saison 1 : Avancer vers l’inconnu

Je n’ai jamais été ce que l’on appelle un trekkie, surnom affectueux donné aux fans de Star Trek. De cette licence, je peux même dire que je ne connais pas grand-chose si ce n’est une poignée des premiers épisodes de la première série (merci Netflix), les films de la trilogie lancée par J.J. Abrams et, enfin, le film initial de 1979. C’est bien peu au regard de l’ahurissant univers que forme Star Trek ! Sept séries pour un total de 731 épisodes, 13 films, des dizaines de jeux vidéo, des centaines de romans… Etre trekkie, je pense que c’est un travail à temps plein. Reste que je n’en suis pas un et que c’est donc en parfait néophyte que je me suis lancé dans Star Trek : Discovery, dernière production télévisuelle en date de la licence.

Discovery est une série diffusée chez nous (et ailleurs) par Netflix mais qui est initialement originaire du groupe CBS. Je dis bien du groupe et non de la chaîne car si le pilote de cette toute nouvelle série a été diffusé à la télévision, le reste des épisodes ne fut accessible que sur le service de VOD du groupe : CBS All Access. Un choix qui peut interroger quant à l’ambition de la série. Pourquoi priver Star Trek d’une diffusion télévisuelle classique ? Enfin, peu importe, là n’est pas l’important et le fait est que la série a été lancée le 24 Septembre dernier avec une première saison de 15 épisodes (et non 16 comme je le disais pourtant dans le sixième podcast de Ketchup-Mayo dont j’étais, à mon grand plaisir, l’invité). Quant à ce qui est des têtes pensantes derrière ce projet, les créateurs de Discovery sont Bryan Fuller (Star Trek : Deep Space Nine et Voyager, mais aussi Dead Like Me et Heroes) et Alex Kurtzman (producteur et scénariste de J.J. Abrams sur ses deux Star Trek mais aussi sur Mission : Impossible 3, entre autres).

Bryan Fuller (en haut) et Alex Kurtzman (en bas) sont aux commandes de cette nouvelle série.

Discovery se déroule en 2256 et cette mention n’est pas des moindres puisqu’elle signifie que ce nouveau programme se déroule tout bonnement 10 ans avant les événements de la série originale, laquelle débutait en 2266. Voilà qui laisse imaginer l’apparition dans de futures saisons de personnages emblématiques de l’univers Star Trek. CBS fait en tous cas le choix de la renaissance en proposant non seulement quelque chose qui viendra, dans l’idéal, bien compléter la mythologie de la série en venant s’insérer entre Enterprise (la première dans l’ordre chronologique, bien longtemps avant les autres) et la série originale, mais qui permettra  aussi de construire une toute nouvelle porte d’entrée pour ceux qui n’ont jamais plongé dans Star Trek et qui se voient peut-être mal se lancer dans la première série, laquelle a pris un sacré coup de vieux, qu’on le veuille ou non. A ceux qui craignent par ailleurs des incohérences ou ce genre de petites erreurs, je dirais simplement que vu l’importance que revêt l’univers de Star Trek aux yeux de ses fans, il y a de fortes chances pour que tout ceci soit composé avec un regard porté très attentivement sur la chronologie d’ores et déjà établie depuis plus de 50 ans maintenant ! Bref, Star Trek : Discovery est là pour relancer une machine qui a su prendre un nouveau souffle avec les trois récents films, lesquels ne s’inscrivent cependant pas dans la même continuité que les différentes séries, attention !

Je m’engage donc dans ce tout nouveau format avec l’esprit de découverte qui a depuis toujours marqué la licence. Sauf qu’au lieu de créatures, peuples et planètes, ce que je viens chercher, c’est un nouvel univers SF, saisissant à la volée l’opportunité qui m’est ici offerte de découvrir quelque chose dont j’ai toujours entendu parler sans jamais me donner l’occasion d’aller beaucoup plus loin. Et, très vite, je prends mes marques. Je retrouve progressivement tout ce qui fait le peu de connaissances que j’ai de cet univers-ci : la Fédération, Starfleet, les Vulcains, les Klingons et bien entendu les fameux vaisseaux, au beau milieu desquels le Discovery éponyme. Je m’installe donc assez vite dans les propositions de cette série mais certaines me dérangent tout de même.

Je ne l’ai pas évoqué mais j’adore ce générique !

La première, il faut en parler tout de suite et elle m’a posé question instantanément. C’est d’ailleurs quelque chose qui heurte bien souvent lorsque l’on veut faire un préquel à un film ou une série de SF : le degré de technologie. Dans ce cas bien précis, Discovery reproduit tout simplement l’erreur qui m’avait déjà dérangé dans le cadre de la licence Alien avec les films Prometheus et Covenant : ça se passe avant mais la technologie est plus avancée.

C’est chouette hein, mais ça reste incongru.

Alors bien sûr, on est en 2017 au moment où la production commence et on a donc bien plus de moyens qu’en 1966 mais, tout de même, ne me donnez pas des écrans ultra performants et des projections holographiques de cartes et plans quand on nous a dit que, 10 ans plus tard, il n’y en avait pas ! Et surtout, ne me donnez pas un vaisseau absolument hors du commun dont la technologie dépasse de très loin tout ce qui a pu être introduit dans les séries précédentes et donc dans le futur ! En évitant de vous gâcher l’intrigue, étant donné que ce vaisseau et sa technologie justement sont au cœur du scénario, sachez que ce dernier dispose à son bord d’un moteur qui dépasse tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici et qui offre des possibilités en termes de voyages spatiaux que l’on ne reverra jamais dans le futur de cette galaxie.

L’autre proposition qui peut en faire rechigner certains, je ne m’en suis rendu compte qu’a posteriori, c’est que l’approche de cette série est différente de ce que les cinq précédentes ont toutes définitivement installé et même codifié. Auparavant, nous avions affaire à des formats imprégnés d’un esprit d’aventure et d’exploration où les différents héros découvrent sans cesse de nouvelles cultures et de nouveaux horizons. C’était, pour n’évoquer que ce que je connais, ce qui faisait tout le sel de la série originale notamment, où chaque épisode racontait une histoire complète, avec un début et une fin et, entre les deux, un scénario amenant l’équipage de l’Enterprise à rencontrer de nouvelles formes de vie et le cas échéant à s’y confronter.

Ce n’est pas un journal d’explorateurs que l’on trouve dans Discovery mais bien le récit d’une guerre.

A cette vieille habitude succède ici une nouvelle façon de faire où l’ensemble est lié par un fil rouge duquel aucun épisode ne s’éloigne jamais. Adieu les épisodes en one shot et bonjour la scénarisation à long terme ! Trahissant ainsi l’esprit de la licence pour certains, je trouve au contraire que ce choix modernise une franchise qui n’a pas périclité pour rien, n’en déplaise aux plus mordus. A une époque où les plus grands succès télévisuels sont des formats au long cours (Game of Thrones, Breaking Bad, House of Cards ou même The Walking Dead), il aurait été à mon sens très difficile d’imaginer une série de science fiction se détacher de ce modèle qui se vend si bien lorsqu’il est mis entre les bonnes mains. Alors oui, ça marque un tournant et comme à chaque fois qu’il y en a un, il apporte son lot de déçus. Mais je suis intimement convaincu que c’était le meilleur choix à faire concernant Star Trek.

Dès lors, deux options : soit on lâche l’affaire séance tenante, soit on passe outre. La seconde option est d’ailleurs privilégiée par le simple fait que Discovery réussit à attirer l’attention et piquer la curiosité. En fait, cette incohérence technologie ne rebutera à mon sens que les fans purs et durs, les simples amateurs de SF comme moi n’étant peut-être pas suffisamment tatillons pour voir en cela une raison de zapper la série. Et il eut été dommage de s’arrêter après les deux premiers épisodes (qui vont de paire pour installer l’intrigue) car c’est à une bonne surprise que l’on a affaire ici. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance car, après deux épisodes introductifs bien fichus et assez prenants, on pourrait avoir tendance à trouver que la suite s’enlise un tantinet. Peinant à s’emballer, elle continue tranquillement d’installer son intrigue et ses différents tenants et aboutissants. Pour tout vous dire, il y a des moment dans les 3-4 premiers épisodes où l’on s’ennuie un peu.

Tournant essentiellement autour de son personnage principal plus que des événements qui s’y produisent, la série démarre assez lentement.

Puis voilà qu’à partir de l’épisode 5, les choses commencent à accélérer. Les personnages se retrouvent de plus en plus dans des situations plus ou moins complexes, le rythme est plus maîtrisé, le suspense aussi. Et cela continue encore et encore, cette première saison prenant à chaque épisode un peu plus d’ampleur et gagnant sans cesse en qualité. D’un début où l’on se dit que c’est sympa sans casser trois pattes à un canard, on passe à un sentiment de possibilités qui commencent à être vraiment exploitées, notamment en termes d’écriture.

J’ai beaucoup aimé l’approche qui est faite des Klingons dans cette première saison.

Puis viennent les 5-6 derniers épisodes d’une saison qui, alors, révèle son plein potentiel. Dès lors, Discovery s’emballe sans perdre pied et emmène le spectateur dans l’approche d’un final qui promet d’être très bon. Une impression renforcée par les astucieuses pirouettes scénaristiques que l’on nous met sous le nez pour notre plus grand plaisir et je pense notamment au twist final de l’épisode 12, que je n’ai pas vu venir ! Cette toute première saison s’achève donc sur une très bonne impression même si l’on ne pourra que regretter la façon dont le dernier épisode est expédié (un seizième eut été le bienvenu). Reste que le chemin parcouru jusqu’à lui était des plus plaisants !

En ce qui concerne tous les atours les plus visuels de Discovery, je n’ai franchement pas grand-chose à redire. Question mise en scène, déjà, cette série n’a pas à rougir. Le tout est réalisé avec un côté certes assez télévisuel en matière de plans par exemple mais fait également le choix de se draper assez régulièrement d’un côté très cinématographique, notamment lors des scènes d’action ou de batailles. La photographie en particulier est à souligner je crois car elle a non seulement tout le loisir de régaler nos mirettes mais elle réussit également à donner à Star Trek : Discovery une identité. Elle n’est certes pas la plus prononcée et la plus révolutionnaire de l’histoire de la télévision mais elle est propre et soignée. C’est essentiel pour ancrer une série dans les esprits et s’attirer la fidélité des spectateurs le temps de la saison mais aussi sur le long terme, j’en suis absolument persuadé.

Discovery s’offre quelques très jolis moments de photographie.

Quant aux effets spéciaux, on aurait pu craindre (naïvement, peut-être) le contre-coup d’un budget forcément inférieur à ce que le projet aurait eu s’il avait été cinématographique et que cela ne nuise à la qualité globale des effets visuels. Après tout, on est dans un Star Trek et il s’agit là d’un élément déterminant pour la réussite de la série. Entre les créatures, la création d’environnements nouveaux et bien entendu ne serait-ce que les voyages et combats spatiaux, on ne peut pas lésiner sur les moyens alloués à cette partie du projet. Et si vous craignez que ce ne soit le cas, soyez rassurés : ils ont fait le job sur Discovery. En toute franchise, les effets spéciaux de cette première saison ne sont peut-être pas les plus grandioses qu’il nous ait été donné de voir mais ils sont adéquats et ne jurent en aucun cas. Bien au contraire, ils offrent à cette série un background visuel de qualité, cohérent et même carrément beau parfois, notamment lorsque l’on parle d’environnement mycélien (vous verrez).

Reste enfin à évoquer une autre pierre angulaire de cette série : ses personnages. Et là, j’ai trouvé un peu de tout. Des protagonistes charismatiques, d’autres plus effacés. Des bons et des mauvais. D’autres encore sauvés par leurs interprètes tandis que quelques uns s’enfoncent à cause de ces derniers. De tout donc mais il convient de commencer par le personnage principal de Discovery : Michael Burnham.

Sonequa Martin-Green tâche de faire le job mais reste encore trop inégale.

Le personnage est intéressant sur le papier à plus d’un titre : humaine élevée dans la philosophie vulcaine, rebelle et, surtout, femme ! Car malgré ce que son prénom indique, Michael est une héroïne, incarnée par Sonequa Martin-Green, à laquelle je reprocherai sans doute une forme de théâtralité non-maîtrisée et un panel d’émotions trop étroit. Alors on me dira bien que, si elle a grandi au milieu des préceptes vulcains ça semble logique, mais vous verrez en regardant la série qu’on va quand même bien au-delà de ça et que ce monolithisme est parfois contraignant. Enfin bref, Burnham est une forte tête ultra pragmatique, ou tout du moins autant qu’elle peut, tant et si bien qu’on a parfois envie de la secouer comme on aura souvent eu l’envie de mettre des claques à un Vulcain effarant de détachement émotionnel, si vous me suivez. Autre aspect intéressant, Michael Burnham n’est pas capitaine de son vaisseau. Mieux encore : en raison de ses agissements, elle doit tout reprendre depuis le début. Il sera intéressant sur le long terme de la voir reprendre la place qui fut la sienne plutôt que de partir sur le classique schéma du capitaine déjà bien installé.

Mais c’est surtout dans le reste de ce panel de nouveaux personnages que j’ai trouvé le plus de choses réellement positives. Discovery s’offre en effet le luxe de composer avec bien des personnages plus ou moins secondaires d’excellente facture et j’en retiendrai deux essentiellement : le capitaine Lorca et le lieutenant Stamets. Le premier est le capitaine du Discovery et jouit d’un charisme naturel à toute épreuve. Fier et fort, le personnage est également assez retors sous certains aspects et le scénario ne manque pas d’en faire un pilier de son déroulement. Et il va sans dire que l’idée d’avoir confié le rôle à Jason Isaacs est brillante. Tout aussi charismatique que son personnage, Isaacs est LA valeur sûre de cette production. Acteur de grand talent, il apporte toute son immense classe à ce personnage qui ne démérite pourtant pas de base. Quant à Stamets, c’est un personnage que j’ai beaucoup aimé, très humain et auquel on peut aisément s’identifier grâce en particulier à la très subtile et douce interprétation qu’en donne Anthony Rapp.

Anthony Rapp et Jason Isaacs sont les deux principaux atouts de cette distribution.

Un mot très rapide enfin pour évoquer le personnages de Saru, une créature extra-terrestre, officier scientifique et commandant en second du vaisseau. En gros, c’est le Spock de Discovery et l’on retrouvera bien des similitudes entre ces deux personnages, à la fois intransigeants et loyaux. A noter que c’est Doug Jones qui prête sa silhouette à ce personnage, lui qui est si habitué à camper ce type de protagonistes (il a été notamment La Gueule dans Gainsbourg, Vie Héroïque, le Surfeur d’Argent dans le second 4 Fantastiques mais est aussi un fidèle de Del Toro puiqu’il a joué dans ses Hellboy, Le Labyrinthe de Pan et tout récemment La Forme de l’Eau). Mais enfin bref, son nom s’ajoute à la liste des acteurs à retenir de cette distribution et parmi lesquels il faudrait encore évoquer Michelle Yeoh ou Mary Wiseman, deux bonnes surprises.

____________________

J’ai donc été très agréablement surpris par cette première saison de Star Trek : Discovery. Rondement menée, je trouve qu’elle est idéale pour s’adresser à un néophyte tel que moi et l’emmener dans l’univers Star Trek. Sans doute les fans purs et durs trouveront-ils bien des choses à en redire mais j’ai pour ma part passé un très agréable moment. Car malgré quelques faiblesses, cette nouvelle série se veut très prometteuse et se conclut certes trop rapidement mais appelle à découvrir la suite. Référencée, elle tâche de s’inscrire au mieux dans le vaste lore composé au cours des 50 dernières années. J’attends la saison 2 avec une petite impatience !

Publicités

3 réflexions sur “« Star Trek : Discovery », saison 1 : Avancer vers l’inconnu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.