Un jour, un album n°25 : « Wrong Creatures », Black Rebel Motorcycle Club

Il y a un an, je parlais pour la dernière fois de musique sur ce blog, une thématique que j’ai malgré moi mise de côté pour me consacrer plus en avant à mes thèmes de prédilection que sont le jeu vidéo, le cinéma et, désormais, les séries. Et déjà à l’époque, lorsque j’évoquais les 11 Short Stories of Pain & Glory des Dropkick Murphys, cela faisait déjà une bonne année aussi que je n’avais pas touché au sujet. Mais pour 2018 j’ai décidé de reprendre gentiment le chemin des sillons de nos 33 tours et autres disques et de recommencer à alimenter vos oreilles. Et pour ce faire, on attaque ce retour à la mélomanie dès maintenant avec un article consacré au dernier album en date de Black Rebel Motorcycle Club (BRMC pour les intimes et les feignasses que nous sommes) : Wrong Creatures.

BRMC l’a enfin publié et ce n’était pas trop tôt. Après bien du teasing et le lancement de pas moins de 4 singles, l’album est sorti le 12 Janvier dernier. Et cela faisait un moment que le Club s’était fait assez discret. En fait, on n’avait strictement rien eu à se mettre dans les crasseuses depuis 2015 et le Live in Paris, lequel faisait suite à la tournée lancée dès 2013 pour soutenir la sortie de l’opus Specter at the Feast. Alors je vous parle de BRMC comme si j’en étais un expert mais loin de moi l’idée d’avoir cette prétention.

La formation actuelle de BRMC avec (de gauche à droite) Peter Hayes, Robert Levon Been et Leah Shapiro.

En réalité je n’ai découvert BRMC qu’en 2016, me laissant tenter par l’écoute de Howl, un album dont je connaissais un ou deux extraits mais même pas le titre, c’est dire. Alors évidemment, depuis, j’ai appris un certain nombre de choses sur le groupe et me suis même fait l’intégrale de leur discographie, histoire de savoir à qui j’avais affaire. Il faut bien dire que Howl m’avait emballé et que j’avais envie d’en écouter plus de la part de ce trio. Cela étant, avec le recul on se rend facilement compte que là où la première moitié des années 2000 a été très bonne avec le bon début que constituait B.R.M.C. (2001), la très bonne suite que fut Take Them On, On Your Own (2003) et l’excellent opus qu’était donc Howl (2005), la musique de BRMC a progressivement évolué et, à mon sens, pas toujours dans la bonne direction. Si l’on excepte Specter at the Feast, les albums du groupe sortis depuis 2007 et Baby 81 sont en-deçà des productions précédentes. Mention spéciale en tous cas à The Effects of 333, dont l’orientation electro/shoegaze/noise/whatever lui conférait une originalité certaine mais qui a bien du mal à me toucher. Sorti en 2008, cet album est (de loin), celui que j’aime le moins du groupe…

BRMC à l’Elysée Montmartre en Novembre dernier.
(Crédit photo : Alain Bibal)

Mais revenons maintenant au temps présent et à ce Wrong Creatures tant attendu. Annoncé officiellement en Mai 2017 pour une sortie à la fin de cette même année, l’album est finalement arrivé en ce tout début 2018 après la publication comme je le disais de 4 singles : Little Thing Gone Wild en Septembre 2017, Haunt un mois plus tard et enfin Question of Faith ainsi que King of Bones en Novembre. Quatre pistes qui m’ont, pour dire le moins, assez peu enthousiasmé, hormis la première. J’y trouvai cependant à l’écoute un truc très BRMCien (si vous voyez ce que je veux dire) qui m’a d’abord laissé croire que Wrong Creatures pourrait être un album malgré tout sympa à entendre. Il fallait cependant attendre encore un peu (à l’époque, on n’avait toujours pas de date de sortie précise ma bonne dame !) et, entretemps, le trio est passé à l’Elysée Montmartre. Un concert auquel j’ai assisté, où j’ai passé un bon moment mais où, déjà, j’aurais pu me rendre compte d’un truc. Comme l’a résumé ma nana à la sortie du show, c’était mou. Je ne m’en suis pas aperçu sur le coup mais, avec le recul, je dois bien admettre que c’était on ne peut plus vrai. Il n’y a qu’à se souvenir de leur interprétation de Beat the Devil’s Tatoo ce soir là pour s’en rendre compte. C’était lent…
Mais ça n’a pas suffi à entamer trop sérieusement ma curiosité et, aux alentours du 12 Janvier, je me suis écouté ce tout nouvel album, dont voici la liste des chansons :

1- DFF
2- Spook
3- King of Bones
4- Haunt
5- Echo
6- Ninth Configuration
7- Question of Faith
8- Calling Them All Away
9- Little Thing Gone Wild
10- Circus Bazooko
11- Carried From the Start
12- All Rise

Douze nouveaux titres donc à l’issue desquels, autant le dire tout de suite, je suis globalement déçu. Et si The Effects of 333 n’existait pas, Wrong Creatures serait clairement l’album que j’aime le moins de Black Rebel Motorcycle Club. Pour vous résumer mon avis avant de détailler un peu sur quelques morceaux, je trouve cet album un peu fade. Il est à l’image en fait de ce concert de Novembre dernier que j’évoquais juste avant. Lent et mou du genou la plupart du temps. C’est là son principal défaut, d’aller puiser ainsi dans cette ambiance que certains qualifieront de geignarde propre à une partie des morceaux de BRMC mais que je me contenterais de seulement trouver pleine de minauderie. En fait, Wrong Creatures sent parfois bien trop le « rock à minettes », si vous me suivez.

Ça ne partait pourtant pas si mal

Après l’introductif DFF dont on n’a que peu de choses à dire, Spook laissait envisager un album semblable à quelques galettes parmi les plus anciennes de la discographie du trio. C’est un morceau qui correspond assez à ce que j’aime chez BRMC, à savoir un petit côté rock alternatif so 2000’s, celui-là même qui surclassait à mon sens des groupes comme les Arctic Monkeys ou d’autres formations du même acabit. C’est sympa, assez rock’n’roll dans un sens (ou plutôt tel que le groupe le pratique), pas chiant pour un sou. Et même si, dans les premiers instants, le morceau ne se veut vraiment incisif que sur les refrains, il s’envole plus agréablement à sa moitié. Bref, ça commençait pas mal.

La suite directe de l’album, avec King of Bones, fait elle aussi penser que l’on est là face à un classique de BRMC. On y trouve, au contraire de Spook, cet autre pan de la musique du trio, fondé sur une batterie très présente et des guitares moins enlevées car plus portée sur le riff brut, même si celui-ci (et ce n’est pas nécessairement un mal) ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Dans cette même optique, la voix se veut plus lancinante, trainante, comme pour créer cette atmosphère brumeuse qui plane parfois au-dessus des titres de BRMC.
Je trouve même dans ce King of Bones des allures semblables à celles du morceau Let the Day Begin, présent sur Specter at the Feast, ce qui crée au final un peu de liant entre ces deux albums. Ce n’est encore une fois pas si mal, même si la chose manque un peu de réelle audace et, surtout, d’originalité au regard de ce que Black Rebel Motorcycle Club a déjà pu proposer autrefois.

Puis les choses commencent à se gâter…

Dès la quatrième piste, Haunt, on sent que l’on part sur une pente glissante. Et c’est là aussi que je commence à trouver, à l’écoute, des similitudes avec le ressenti que j’ai avec le recul sur le concert de l’Elysée Montmartre. Pour dire les choses comme elles sont, Haunt est passablement ennuyeuse… BRMC tâche ici de proposer un morceau doux et emprunt d’une certaine mélancolie mais la sauce ne prend définitivement pas comme elle le faisait auparavant avec des chansons comme The Line ou Howl sur l’album éponyme de 2005. Forte en plus de ça de ses 5min50, ce qui en fait l’une des pistes les plus longues de Wrong Creatures, cette chanson semble presque interminable.
Hélas, cent fois hélas, Echo ne change ensuite pas la donne et poursuit le sillon ouvert par Haunt. Inscrit dans la même veine que son prédécesseur, ce titre manque de l’engouement que l’on trouvait pourtant autrefois dans les chansons de ce type chez BRMC. Comme si les influences Americana du groupe ne suffisaient plus, ou plutôt comme s’ils ne savaient plus quoi en faire. Alors il y a bien ce refrain qui tente de faire rebondir le morceau mais, honnêtement, ça ressemble au mieux à du Coldplay de l’époque X&Y

Il faudra finalement attendre Ninth Configuration, sixième piste du disque, pour trouver à nouveau de quoi être à peu près satisfait. Car si le morceau ne débute pas de la meilleure des manières (on croit tout d’abord que ça va se finir comme les deux précédents…), il réussit cela dit à proposer une mélodie qui va crescendo, prenant son élan avant de réellement finir de grimper à partir de la troisième des presque sept minutes que dure cette chanson qui s’achève finalement sur un meilleur goût que les deux précédentes.
Mais peut-être est-ce justement parce qu’elle passe après Haunt et Echo que Ninth Configuration marque plus facilement l’esprit. Car au final, je me dis que sans être mauvaise (au contraire), elle est sans doute davantage meilleure que réellement excellente. Ça se laisse néanmoins écouter sans trop de peine et réussit alors à sortir l’auditeur que je suis d’une torpeur qui commence à peser.

Entre torpeur et sursauts

Malheureusement, la reprise en main de l’ensemble peine à réellement se faire puisque succède à Ninth Configuration le troisième single de cet album : Question of Faith. Je passe très rapidement sur ce titre, répétitif et fade au possible. La batterie m’y ennuie, les voix sont sans sans saveur et la guitare a l’air complètement paumée… Peut-être l’un des morceaux les moins intéressants de Wrong Creatures. Sans doute même.
Je ne dirais en tous cas pas que c’est le pire avec certitude parce que cette triste place revient certainement à Calling Them All Away, parfaitement oubliable. Si BRMC avait aussi pu oublier de le mettre dans l’album, je crois que je ne m’en serais pas plus mal porté tant cette chanson ne rime à rien.
Fort heureusement cette fois, voilà que Little Thing Gone Wild me réveille un peu alors que j’étais de nouveau assoupi comme devant les plus prenants épisodes d’Arabesque. On y aura mis le temps depuis Spook mais le voilà, il est là, le morceau qui tâche de faire la même chose que ce qu’on a cru avoir au début de l’album. Rythmé, cherchant à rappeler à BRMC qu’il est aussi un groupe d’alternatif et que c’est toujours intéressant de voir un groupe grandir sur ces bases-là (quand c’est bien fait), Little Thing Gone Wild, qui n’attend pas 20 ans pour se lancer et repose sur une construction huilée, a pour seul réel défaut d’être le morceau le plus court de ce disque qui aurait bien eu besoin d’un peu plus de cette petite énergie qui s’en dégage.

Concernant Circus Bazooko, je dois bien admettre que je ne suis pas fan à 100 % du titre, dont le style général ne me parle pas, mais je lui reconnais plusieurs choses et en particulier sa capacité à se détacher du lot en proposant quelque chose qui soit à la fois différent de ce que l’on aura entendu dans Wrong Creatures mais également différent de la très grande majorité des chansons de Black Rebel Motorcycle Club.
Et puis surtout, ce morceau arrive (contrairement à de trop nombreux autres sur ce même album) à être un peu plus lent sans pour autant oublier de se créer une ambiance, quelque chose qui saisisse au moins un peu les oreilles et garde leur attention jusqu’au bout. Oui, je pense vraiment que Circus Bazooko est à l’image de ce qu’aurait dû être Wrong Creatures : il tente, sans oublier pour autant les fondamentaux sur lesquels reposent de manière indéboulonnable l’alpha et l’omega de la musique made in BRMC. Il plaira ou non selon les goûts de chacun(e) mais il cherche à faire le taf et c’est déjà ça.

Wrong Creatures s’achève, enfin, sur les deux ultimes titres que sont Carried From the Start et All Rise. Je me contenterai de conclure cet article déjà bien assez long en parlant de ces deux morceaux conjointement, histoire de gagner du temps mais aussi et surtout parce que, si différents qu’ils puissent être l’un de l’autre, ils ont suscité en moi le même ressenti emprunt d’une impression de déjà-vu.
C’est du BRMC mélancolique pur jus, ni plus, ni moins. Sans chercher à faire dans la grande originalité, le groupe conclut cet album par deux morceaux assez banals mais néanmoins objectivement solides. Je leur reconnais au moins ce dernier point même si Carried From the Start ne m’a pas plus emballé que ça. Quant à All Rise, il me rappelle énormément Howl (la chanson, pas l’album en entier). C’est quasiment la même chose et, par conséquent, je l’apprécie autant que j’ai envie de lui reprocher d’être presque feignante.

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En définitive, que dire de Wrong Creatures ? Qu’il n’est pas à la hauteur ? Sans doute, oui. Qu’il n’a pas su exploiter son potentiel ? Clairement. Il y a dans ce dernier album de BRMC des idées, disséminées çà et là, qui auraient pu en faire quelque chose de bien plus intéressant. Il suffit d’écouter Little Thing Gone Wild ou Circus Bazooko pour se rendre compte que le Club n’a rien perdu ni de son ton habituel, ni de son envie de tester des trucs. Mais alors, que diable, pourquoi n’en profitent-ils pas plus dans Wrong Creatures ? Au lieu de cela, on se retrouve avec un album assez plat, fade, avec quelques sursauts hélas insuffisants pour en faire quelque chose qui prenne sur la durée. Et même si je l’apprécie plus à la deuxième ou troisième écoute, il n’en demeure pas moins que Wrong Creatures loupe le coche à de trop nombreuses reprises pour pouvoir se targuer d’être inoubliable. Presque, donc.

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