« Stranger Things », saison 2 : Better things

Stranger Things fut, du temps de la saison 1, une série qui n’a échappé à personne. Jouissant d’une hype conséquente qui arrivait même à éclipser alors le côté Marvel de Netflix et la sortie dans le même créneau de Luke Cage, la production des frères Duffer avait su trouver son public et créer un bel enthousiasme. Pour ma part, si je comprenais que cette toute première saison puisse autant plaire, je gardais à son sujet quelques réserves que j’évoquais dans l’article que je lui ai consacré il y a un an maintenant. Malgré cela, je restais attentif au futur de la série et attendais cette saison avec l’envie de voir si elle allait entériner définitivement mon avis ou être capable de dépasser la précédente, pour mon plus grand plaisir le cas échéant.

Globalement, mon appréciation de la première saison de Stranger Things consistait à dire que c’était une saison très influencée mais sans doute trop étant donné qu’elle semblait incapable d’aller au-delà de ses références, souvent trop appuyées d’ailleurs. Je trouvais sa rythmique classique, suffisamment efficace pour relancer l’intérêt à chaque fin d’épisode mais néanmoins pas assez dynamique, la mise en place de la saison se poursuivant jusque dans l’avant-dernier chapitre… Tout ceci, j’espérais que la saison 2 allait le corriger, l’améliorer et finalement le faire oublier pour s’imposer de manière bien plus positive dans ma mémoire télévisuelle. Il s’agissait tout simplement pour me conquérir de se transformer suffisamment pour devenir une œuvre qui puisse réellement prétendre à l’originalité.
La deuxième saison de cette série SF s’inscrit donc dans la continuité directe de la précédente et nous ramène à quelques encablures des derniers événements de celle-ci. L’on retrouve alors toute la bande de gamins et l’Upside Down un peu là où on les avait laissés. Je dois bien admettre que même après avoir fini de regarder cette seconde saison, j’ai toujours au fond de moi le regret que celle-ci n’ait pas été indépendante de la première. Je reste ainsi toujours autant persuadé qu’un modèle de série anthologique où chaque saison raconterait de nouveaux événements étranges sans lien entre eux eut été une bonne idée, quitte à conserver le personnage de Hopper comme lien. Enfin bref, le projet Stranger Things n’a pas pris cette direction et il faut bien faire avec.

Grosso modo, l’histoire redémarre avec les 4 gamins qui tentent de reprendre une vie normale. Mais Will a encore quelques soucis de connexion avec l’Upside Down

La série va donc poursuivre son histoire avec toute cette marmaille et, pour ce faire, va voir son scénario scindé en deux arcs narratifs : un premier centré sur Dustin, Mike, Lucas et Will dans leur lutte contre l’Upside Down ; et un second qui nous parlera quant à lui d’Eleven et de ses pouvoirs. Ces deux axes doivent à mon sens être observés l’un sans l’autre non seulement parce qu’ils poursuivent deux pans de scénario bien différents mais aussi et surtout parce qu’ils font preuve d’une hétérogénéité qui les distingue totalement. Une différenciation qui trouve son écho, très subjectivement, dans la différence d’appréciation que j’ai eue à leur égard.

Bob, c’est LA bonne surprise des seconds rôles de cette seconde saison !

J’ai ainsi bien plus apprécié l’arc avec les gosses que celui avec Eleven. Dans le premier cas, j’ai trouvé que l’ensemble tenait assez bien la route en réussissant à mêler suspense, dynamisme et ambiance dans une histoire plutôt bien construite sur la durée. Par ailleurs, l’intégration de nouveaux personnages a permis, à mon sens, de renouveler un tantinet l’ensemble, suffisamment pour accrocher en développant de nouvelles choses, notamment dans les relations entre tous ces protagonistes. A leur sujet, on notera également un sursaut de qualité dans l’écriture générale avec non seulement une poignée de personnages inédits plutôt cool (si Maxine ne marquera pas l’Histoire, son frangin a quant à lui laissé un souvenir bien plus prégnant, à l’instar de Bob, un des meilleurs personnages secondaires de toute la série) mais aussi des personnages revenus de la saison 1 avec une meilleure construction. Je pense notamment ici à Dustin (à la fois tout aussi drôle mais plus fin dans l’écriture), Nancy et Jonathan (dont l’arc romantique n’est pas totalement déplaisant) mais surtout Steve, dont l’approche beaucoup plus second degré m’a particulièrement plu.

Alors qu’il y avait quelques bonnes pistes dès le 1er épisode, l’arc Eleven tombe peu à peu à plat…

Du côté d’Eleven en revanche, mon constat est bien plus nuancé, à savoir que j’ai eu le sentiment qu’on me donnait plein de cartes mais qu’on peinait à en faire un château. Pour tout dire, j’ai trouvé tout l’arc consacré à la demoiselle  d’une lenteur excessive, pour ne pas dire carrément plan-plan à certains instants et incapable de transformer l’essai quand ça tente de s’envoler. Alors ouais, tout ce qui touche sa relation avec Hopper est touchant, sinon intéressant mais c’est surtout l’autre personnage de ce binôme qui attise le plus la curiosité alors ! Eleven, elle, se lance dans une sorte d’ego trip à la recherche de ses racines qui introduit plein d’idées sans leur permettre d’aboutir réellement (le cas de Kali en particulier) et qui pose plus de question qu’elle n’apporte de réponses, notamment sur le projet MKULTRA, dont j’attendais un retour plus poussé ici… Et je dois bien admettre que j’ai trouvé le personnage central de toute cette affaire franchement agaçant, comme si ça ne suffisait pas…
Et au final, on a là deux pans scénaristiques qui se frôlent, s’entrechoquent parfois mais qui ne se croisent jamais, sauf à la fin de la saison, laquelle nous offre un merveilleux exemple de conclusion en « Toc toc badaboum » où tout est plié par un deus ex machina de la dernière seconde. C’est dommage car cela donne à cette deuxième saison une fin abrupte qui aurait pu (je crois) être amenée sur au moins deux épisodes afin d’offrir un final réellement spectaculaire. Car si celui auquel nous assistons ici ne manque pas vraiment de panache, son arrivée en mode « cheveu sur la soupe » lui ôte une large part du grandiose auquel il prétend pourtant.

Le personnage de Kali (2ème en partant de la droite) revêt une certaine importance mais reste à mon avis largement sous-exploité.

Tout ceci étant dit, il n’y a aucun doute à avoir au terme du visionnage : cette saison 2 est meilleure que la précédente, sans problème ! Malgré cet arc Eleven peu enivrant, son côté inachevé (j’aurais voulu en apprendre bien plus sur Kali, MKULTRA et tout ce qui va avec) et la brutalité de la conclusion, l’ensemble tient bien plus la route qu’auparavant, les défauts étant rattrapés par quelques bonnes idées d’écriture encore une fois mais aussi par un soin en matière de cinématographie qu’il convient de noter. Reprenant pour l’essentiel les bases du style affirmé et ouvertement référencé de la saison 1, cette suite s’offre donc une mise en scène et une photographie qui ne manquent pas de qualités. On sent en effet la volonté d’apposer sur cette série une ambiance et, de manière générale, un esprit qui la démarque des productions télévisuelles actuelles et je dois bien admettre que la recette choisie fonctionne franchement bien. Jouant sur l’alchimie entre modernité et un regard résolument tourné vers les années 1980, toute l’esthétique de Stranger Things me réjouit assez par sa capacité à naviguer entre les côtés les plus kitsch des 80’s et ceux plus sombres d’un cinéma qui ne manque pas d’évoquer John Carpenter et ses comparses.

Mention spéciale à ce super duo de buddies improvisé comme on n’en faisait que dans les 80’s !

D’ailleurs, puisqu’on parle de références et autres influences, je crois qu’il est important de noter qu’après une première saison aux clins d’œil poussifs et exagérément soulignés, cette saison 2 s’en sort bien mieux sur le sujet. En effet, si les rappels à notre bon souvenir de différents standards du cinéma des années 1980 (notamment SF et horrifique évidemment) sont toujours bien présents, ils le sont de manière bien moins outrancières. Loin de nous désormais cette impression qu’on nous saisit la tête pour nous mettre le nez dans la référence et si quelques éléments sont évidemment bien plus visibles que d’autres (les costumes de SOS Fantômes pour ne citer qu’eux), la plupart des références s’offrent au contraire le luxe d’être plus discrètes et donc fines, ce qui les rend plus intelligentes et au final bien plus appréciables, tant pour celui qui les trouve que pour le spectateur à qui elles échapperont, ce dernier ne ressentant alors pas forcément le sentiment d’être passé à côté d’un truc qui s’apparenterait presque à une private joke.

Quelques mots pour terminer sur la distribution de cette saison 2. Bien entendu, les principaux acteurs sont tous de retour dans leurs rôles respectifs et le bilan global que je ferais à leur égard pourrait se résumer en disant que plusieurs d’entre eux ont su entériner l’avis que j’avais à l’issue de la saison 1. C’est le cas notamment de David Harbour ou Gaten Matarazzo, qui confirment par exemple leurs places à mes yeux de meilleurs comédiens du lot. Mention toute particulière pour David Harbour qui était clairement la bonne découverte de la première saison et qui continue de s’imposer tranquillement dans cette série. J’en attends beaucoup de lui en Hellboy prochainement ! A leurs côtés, d’autres rejoignent le mauvais côté de ce constat comme c’est le cas de Millie Bobby Brown, dont je ne dirais pas que je l’ai trouvée insupportable…mais presque. Son jeu se résume à très (trop) peu de choses et n’a franchement que peu de saveur. Et vas-y que je baisse la tête parce que je suis en colère tout en levant les yeux et en fronçant les sourcils, et bla bla bla… C’est tout le temps la même rengaine et si l’on me répondra peut-être que c’est le personnage qui veut ça, je dirais de mon côté que ça ne justifie vraiment pas ce manque de variété dans sa palette d’émotions. Chez les revenants, je mentionnerai enfin rapidement Winona Ryder, Caleb McLaughlin, Natalia Dyer et Joe Kerry, tous bien plus à l’aise dans leurs rôles respectifs, pour mon plus grand plaisir.

Une fois encore, c’est David Harbour qui en impose le plus !

Chez les nouveaux arrivants, on ne pourra que regretter que Sadie Sink arrive si peu à rendre son personnage de Maxine réellement intéressant. De Mad Max (son surnom dans la série), on ne retiendra que Max. Pour le Mad, on repassera… En revanche, l’acteur qui interprète son frangin, Dacre Montgomery, est bien au contraire une bonne surprise.

Le personnage le plus répugnant de la série doit tout à Dacre Montgomery, qui l’incarne à merveille.

Rappelons qu’il incarne le frère raciste et violent de Maxine (bref, un odieux connard) et qu’il fallait le rendre détestable. Mission largement accomplie par le comédien qui a su faire de ce Billy un protagoniste qui m’a tout bonnement dégoûté à chacune de ses apparitions et au moindre de ses mots. Et c’est à croire que les frères Duffer ont voulu faire attention à leurs personnages secondaires sur cette saison puisqu’en plus de cet immonde Billy, ils nous ont également proposé Bob Newby ! Et quel second rôle ! Composé à l’exacte antithèse du personnage de Billy justement, Bob est le gentil, l’amoureux, un peu naïf sur les bords mais pas tant que ça au final. Bref, c’est la grandeur d’âme incarnée et Sean Astin a réussi à sublimer cette idée de personnage. Par sa bonhommie mais aussi toute sa capacité à passer d’une émotion à l’autre en nous entraînant avec lui, l’acteur fait clairement partie des grands atouts de cette deuxième saison ! Prends-en de la graine Millie !

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En quelques mots comme en mille, cette saison 2 de Stranger Things m’a au final bien plus parlé que la première. Je l’ai trouvée plus maîtrisée, sur tous les plans. Le scénario, malgré cette scission en deux arcs, était mieux amené la plupart du temps, le style était parfaitement tenu, le casting somme toute assez efficace (à quelques exceptions près donc…). Laissant de côté tout le sentiment d’inachevé de la saison 1, cette suite ma rassure assez quant à l’avenir de la série. Sa conclusion d’ailleurs a également su me donner envie d’en voir davantage, ce qui n’était pas forcément gagné.
Je vais donc désormais attendre la suite des événements, peut-être pas avec une véritable impatience mais au moins avec le sentiment que l’attente ne devrait pas être gâchée par un résultat en demi-teinte.

Une réflexion sur “« Stranger Things », saison 2 : Better things

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