« Thor – Ragnarok », Taika Waititi, 2017

Thor – Ragnarok, film de super-héros de Taika Waititi. Avec Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Tessa Thompson, Cate Blanchett…

Le pitch : Deux ans après les événements liés à Ultron (Avengers : L’Ere d’Ultron), Thor (C. Hemsworth) poursuit sa quête des Pierres d’Infinités mais en vain. De retour à Asgard après avoir affronté un redoutable ennemi, le Dieu du Tonnerre découvre que son frère Loki (T. Hiddleston) a usurpé l’identité d’Odin (A. Hopkins) et règne en son nom. Ensemble, ils vont néanmoins retrouver le Père de Toutes Choses qui va leur révéler un grand et imminent danger : Hela (C. Blanchett), la Déesse de la Mort. Après un premier affrontement, Thor se retrouve prisonnier sur la planète Sakaar, où il devra compter sur de nouveaux alliés mais aussi d’anciens pour retourner à Asgard et mettre fin à la folie vengeresse et conquérante d’Hela.

La critique : Thor, c’est un peu celui qui se cherche le plus dans l’Univers Cinématographique Marvel. Au très shakespearien premier opus avait succédé un second volet aux accents beaucoup plus prononcés de blockbuster super-héroïque hollywoodien, tandis que le dieu nordique tâchait de se fondre dans la masse lorsqu’il partageait l’affiche avec ses comparses des Avengers. Et voici ce troisième volet des aventures solo du héros à la chevelure d’or, réalisé par le quasi-inconnu du grand public Taika Waititi, l’homme derrière la comédie horrifique Vampires en Toute Intimité et que les fans de DC avaient déjà pu apercevoir dans l’oubliable Green Lantern, où il incarnait Tom Kalmaku, le meilleur pote d’Hal Jordan. Enfin bref, autant dire qu’avec le seul nom du réalisateur, difficile de dire à quoi s’attendre. Puis vint la bande annonce, aux accents ouvertement humoristiques et 80’s qui ont affirmé une chose : Ragnarok sera drôle ou ne sera pas.

L’humour est de toute façon (re)devenu partie prenante de la stratégie des studios Marvel depuis quelques films maintenant. En réaction, je pense, à un UCM qui s’était peu à peu assombri avec Le Soldat de l’Hiver, Avengers 2 et Civil War, la Maison des Idées a délibérément orienté son approche vers une dose de gaudriole bien plus prégnante qu’auparavant. Si l’on voulait résumer, on pourrait dire qu’à l’humour ponctuel et vif des premiers films, on a substitué une envie de grosse marrade, réaction logique au succès des Gardiens de la Galaxie, dont c’était la pierre angulaire. De là à dire que je m’attendais à une si grosse dose, peut-être pas quand même. Mais on y reviendra un peu plus tard et je vais d’abord parler du film de manière un peu plus générale, à commencer par son écriture.

Voilà une tête qui résume assez bien l’ambiance de Ragnarok.

La saga Thor a toujours été un peu compliquée sur le plan scénaristique. Pas dans le sens où les histoires racontées sont complexes mais plutôt dans celui où elles ont du mal à être, je trouve, particulièrement saisissantes. Le premier opus n’était de ce point de vue, disons-le, vraiment pas emballant tandis que le second, qui avait beau tenter de venir recoller à l’ambiance générale de l’UCM et à son style d’écriture, peinait malgré tout à être suffisamment prenant pour être réellement mémorable (même si j’appréciais la façon dont il peaufinait la mythologie Marvel du côté de Thor). En résulte donc l’attente, avec ce troisième volet, d’une histoire qui arrive enfin à emmener le spectateur avec lui. Or, si les différentes bande-annonces promettaient surtout de l’humour, il n’était pas à 100 % aisé de savoir à quoi s’attendre du point de vue de la narration.

Le traitement du personnage de Thor est fortement différent de ce qui se faisait auparavant, tant dans ses côtés les plus légers que sous le prisme du dieu qu’il est.

Et l’on se retrouve finalement, comme une évidence, face au meilleur scénario de la trilogie. « Pas difficile en même temps vu les précédents » me direz-vous et vous aurez peut-être raison. Mais le comparo avec les deux premiers Thor ne doit pour autant pas éclipser les qualités d’écriture de ce dernier-né : il n’est pas uniquement bon parce que les autres sont mauvais mais il l’est pas nature. Comprenons-nous, j’ai en ce qui me concerne assisté avec Ragnarok à une très chouette aventure, certainement pas révolutionnaire mais néanmoins agréable à suivre, franchement entraînante et plutôt bien écrite dans l’ensemble. Pour autant, ce n’est pas par le déroulé de son histoire que ce scénario brille le plus, tout classique qu’il l’est en la matière, mais plutôt par son écriture des personnages. Ce qui m’a notamment plu dans ce domaine, c’est que si l’on sort de la caractérisation outrancière que l’humour de cet épisode implique presque automatiquement, on se retrouve paradoxalement avec un lot de protagonistes bien moins stéréotypés que précédemment. Ce que je veux dire par là, c’est par exemple que Thor n’est plus seulement le fougueux dieu nordique assez premier degré qu’il fut. Quant à Loki, il n’est plus uniquement ce méchant ambivalent que l’on nous a dépeint jusqu’ici. Et chez les nouveaux personnages, impossible d’y voir des caractères absolument intangibles. Bien au contraire, tous sont amenés à évoluer, à s’adapter et à composer avec les différents événements et les enjeux qui se dressent progressivement face à eux. Tout ceci rompt avec un manichéisme certain et un sens de la dramaturgie que Kenneth Branagh avait profondément instillé dès le premier Thor, dont il était le réalisateur. Au final, seule Hela reste dans une seule et même ligne directrice sur le plan de l’écriture et l’on pourra trouver cette idée assez fine puisqu’à des héros ou anti-héros mouvants, l’on oppose alors une grande méchante absolument intransigeante et implacable, ce qui la rend d’autant plus impressionnante. Je dois bien admettre par ailleurs que cette Déesse de la Mort est sans aucun doute la meilleure antagoniste qu’il m’ait été donné de voir dans un Marvel depuis un bon moment.

Hela est géniale, pour dire au mieux le fond de ma pensée.

Thor – Ragnarok propose par ailleurs un lot de nouveaux protagonistes franchement bienvenus. Le personnage de la Valkyrie tout d’abord me semble somme toute plutôt bien composé. Jouant sur plusieurs tableaux (contre Thor, avec lui, pour elle-même…), elle ne manque pas d’un panache certain et s’insère au mieux dans la trame générale du scénario en devenant parfois une sorte de deus ex machina improvisé qui contribue à la poursuite des événements.

Dans ce grand méli-mélo humoristique, Korg est l’image parfaite de l’idiot sympathique.

On pourra également évoquer Korg (doublé en VO par Taika Waititi lui-même, pour l’anecdote), alien hautement sympathique s’offrant un rôle de faire-valoir plutôt bien composé et dans la parfaite lignée des personnages de ce genre. A lui alors la possibilité d’être un allié plus ou moins déterminant mais toujours fidèle dans la quête du héros mais surtout de devenir un élément humoristique par sa capacité à être drôle malgré lui. On parlera évidemment aussi du fameux Grand Maître campé par Jeff Goldblum et dont on attendait beaucoup. Et honnêtement, il ne déçoit pas. D’un premier degré à toute épreuve et par un état d’esprit loufoque au possible, quitte à en devenir grotesque (dans le bon sens du terme pour le coup), ce personnage est une clé de voute absolue pour l’ambiance générale du film, non seulement parce qu’il remplit admirablement sa mission humoristique mais aussi parce qu’il est le pivot sur lequel un certain nombre de rebondissements vont peser. Le Grand Maître, dans son écriture, s’acquitte de ces deux tâches avec une certaine réussite.

Dès l’arrivée sur Sakaar, tout devient bien plus flashy !

C’est donc face à un panel de personnages très bariolé que nous nous retrouvons et, bariolé, le film l’est évidemment tout autant dans sa charte visuelle. Jouant à fond (plus encore que Les Gardiens de la Galaxie !) la carte d’une ambiance so 80’s puisant nombre de ses influences dans les esthétiques psychédéliques et disco de l’époque, Ragnarok est une très jolie composition pour les yeux. Et si certains regretteront peut-être ce choix, qu’ils pourront sans doute à juste titre considérer comme kitsch ou comme une overdose de couleurs, je trouve bien au contraire qu’il s’inscrit idéalement dans l’esprit général du film. Car Ragnarok est autant un long-métrage de super-héros qu’une œuvre pop moderne et chatoyante. Cela va sans dire que cette direction artistique tranche énormément avec l’arc Avengers dans lequel les aventures de Thor s’inscrivent. Mais tout ceci lui confère automatiquement une identité propre et forte dont on pourra saluer l’audace (si l’on veut) car il n’est pas simple dans un univers ciné aussi dense et millimétré que celui tenu par Marvel et Disney de se faire sa place quand on a une proposition aussi détonante vis-à-vis de l’ensemble (de mon point de vue, Les Gardiens de la Galaxie sont encore un arc à part, distinct des Avengers pour le moment).

Et à tout ceci, il faut ajouter que la photographie ne manque pas de sublimer cette intention. Accompagné du directeur de la photo Javier Aguirresarobe (La Route, Blue Jasmine, Mar Adentro…), Taika Waititi compose des plans souvent de toute beauté mais qui savent en tous cas très bien jouer sur ces couleurs et les lumières qui permettent de les mettre en valeur. Parallèlement, Ragnarok s’offre le luxe de proposer des plans travaillés d’une toute autre manière et qui rappelleront cette fois-ci bien plus des tableaux de maître que l’ambiance des boites de nuit des années 1980. Il me vient notamment en tête cette séquence flash back où l’on découvre les Valkyries affrontant Hela, le tout dans une mise en scène et une photographie merveilleuses qui donnent à voir de très beaux tableaux sur les grands écrans de nos cinémas. Les ralentis employés lors de ces instants contribuent à cet aspect pictural qui ne peut qu’épater les mirettes.

Des plans comme celui-là, j’en veux tous les jours.

Mais trêve de détours, venons-en enfin à ce qui fait le cœur de ce Ragnarok : son humour. Surfant évidemment sur la vague initiée par Les Gardiens de la Galaxie, Marvel a décidé de prendre son public à contre-pied sur ce troisième volet de Thor en en faisant, tout bonnement, une comédie. Comme je le disais, cela tranche avec l’aspect beaucoup plus dramatique et théâtral des deux premiers épisodes mais force est de constater que ça fonctionne.
Globalement, l’humour de Thor – Ragnarok est semblable en bien des points à celui des Gardiens. Jouant sur le premier degré de certains personnages et leur attribuant bien souvent une grande nonchalance, quitte à en faire des caricatures, ce sens du comique repose sur des mécanismes qui ont prouvé leur efficacité si l’on en croit le box office des Gardiens notamment (encore eux). Tout ceci passe également par la mise en situation de personnages dans des milieux et ambiances qui leur échappent totalement. Ainsi en va-t-il notamment de Hulk et plus particulièrement de son alter ego Bruce Banner, source de bien des rires par ses angoisses. Ce qui est bien aussi avec l’humour de Ragnarok, c’est qu’il y en a pour tous les goûts : du comique de situation à celui de répétition, en passant par les références détournées et l’humour un peu plus potache parfois, tout un chacun arrivera nécessairement à lâcher quelques éclats de rire durant sa séance.  On reprochera cependant des gags parfois non-nécessaires qui brisent une tension que le film semble avoir peur de trop laisser monter à certains moments. Cela reste tout à fait pardonnable mais je pense par exemple au gag répétitif de la première séquence du film, qui aurait pu être moins appuyé.

Tout ce qui faisait jusqu’ici le sel de la relation Thor/Hulk, déjà drôle à l’origine, est énormément accentué dans ce film.

Cela étant, si cet humour fonctionne franchement bien (j’ai personnellement beaucoup ri), il pose des questions concernant la place de Ragnarok dans l’UCM. En tranchant autant avec le reste de la trilogie Thor mais aussi avec l’ensemble de l’arc Avengers, comment va-t-on envisager la suite chez Marvel ? Rappelons que la prochaine apparition de Thor, ce sera pour Avengers – Infinity War, qui promet d’être bien moins drôle, malgré la présence de Star-Lord et compagnie ! Mais le cas de ces derniers n’est pas totalement comparable car leur entrée dans le microcosme des Avengers va forcément passer par cette « confrontation des styles » qu’on pourrait résumer par « les super-héros qui rigolent (mais pas trop) face à ceux qui ont fait de la vanne leur fond de commerce ».

Thor a changé presque du tout au tout, démarquant plus radicalement son univers propre du reste de l’UCM.

Or, Thor n’est pas dans cet ordre d’idée selon moi puisque sa place au sein des Avengers est depuis longtemps acquise. Et elle repose sur un Thor théâtral sous certains aspects, fier mais aussi drôle à ses dépens, là où Ragnarok nous a présenté un dieu bien plus maître de ce qu’il fait (il subit les événements et réagit en fonction dans les précédents films), leader, rassembleur, bégueule et vanneur plus que vanné. Sur ce dernier point d’ailleurs, je préférais bien plus le Thor premier degré qui fait rire par son incompréhension d’un monde humain qu’il découvre et où ses mœurs étaient parfois en parfait décalage, ce qui donnait des situations certes ponctuelles (trop à mon goût, il en fallait plus à l’époque) mais néanmoins drôles. Cela ne signifie pas pour autant que j’ai peu goûté à cette version Ragnarok du dieu nordique, bien au contraire. Ce n’est juste plus tout à fait le même… Enfin bref, ce n’est pas un problème absolument terrible en soi mais je crois que ça pose la question de la réintégration d’un Thor transfiguré dans son univers cinématographique d’origine. Peut-être sa situation à la fin du film donne-t-elle la clé sur ce qui sera fait ou non, il faudra attendre pour le savoir.

Je vais maintenant tâcher de conclure rapidement en évoquant en quelques mots les acteurs de cette comédie (promis je fais vite). Evidemment, le plus en vue est clairement Chris Hemsworth, qui redécouvre son personnage avec nous. Thor n’étant plus abordé de la même manière, le comédien a le champ libre pour en donner une toute nouvelle interprétation. Et il s’en sort très bien si je puis me permettre, donnant au Dieu du Tonnerre tout ce qu’il lui fallait pour en faire un héros de comédie néanmoins héroïque. A mes yeux, Hemsworth a surtout bien plus largement révélé son potentiel comique, lequel n’était jusqu’ici que sous-jacent dans l’univers Marvel. A ses côtés, Tom Hiddleston assure un Loki toujours aussi plaisant tandis que Mark Ruffalo nous rappelle, encore et toujours qu’un film solo Hulk lui irait si bien…
Chez les nouveaux, on notera évidemment la présence de Jeff Goldblum en Grand Maître, un rôle dont on croirait qu’il a été fait sur mesure pour cet immense acteur. Chacune des apparitions du personnage est un régal mais c’est essentiellement grâce à l’impeccable et hilarante interprétation du comédien, lequel donne tout son flegme et toute sa loufoquerie assumée à ce mystérieux protagoniste. De son côté Cate Blanchett érige comme je le disais sa Hela en meilleure antagoniste Marvel depuis des lustres. Pour dire les choses plus franchement : elle a a la classe en tous points. Avec son impérieuse présence, Blanchett renforce à mes yeux le côté « folle sanguinaire » d’Hela, pour mon plus grand plaisir. Un mot très rapide enfin au sujet de Tessa Thompson, que j’ai apprécié dans les grandes largeurs mais dont je ne pense pas forcément garder un souvenir impérissable, l’actrice m’ayant donné le sentiment de faire de son mieux sans pour autant réussir à totalement s’affirmer en Valkyrie, un rôle qui (d’après moi) demande bien plus de prestance que cela.

Cate Blanchett, toujours au top.

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En guise de conclusion, je pense pouvoir dire que malgré mon affection pour ce sympathique film, j’ai un peu le cul entre deux chaises (si vous me passez l’expression). D’un côté, j’ai trouvé une comédie fantastique de très bonne facture, à l’humour parfois trop omniprésent peut-être mais néanmoins toujours efficace, le tout dans une aventure assez prenante malgré son absence de réelle audace ou inventivité. De l’autre, j’ai un opus de l’UCM qui dénote complètement avec ses fondations et le reste de ses petits camarades et dont je me demande quel impact il va avoir sur l’ensemble. Va-t-il l’emmener avec lui ou bien Ragnarok restera-t-il ce film à part dont l’influence ne dépassera pas la seule sphère des films solo de Thor ? A voir dans les prochaines années donc mais pour le moment, je vais me contenter de garder en tête le bon souvenir de ce troisième Thor, le meilleur du lot, et de l’hilarité devant cette déconstruction générale de ses héros. Et tant pis s’il se démarque tant de l’UCM !

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Une réflexion sur “« Thor – Ragnarok », Taika Waititi, 2017

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