Parlons jeu, parlons bien n°39 – «Cuphead» [Xbox One]

Il est de coutume de dire que Microsoft, et plus spécifiquement sa Xbox One, n’a pas d’exclusivités. On a bien du Forza, du ReCore, du Gears of War, du Halo et prochainement du Sea of Thieves par exemple mais le manque de récurrence en termes de sorties de ces jeux et surtout leur inégale qualité ne plaide pas en la faveur de la firme de Richmond, hélas. Pour autant, c’est bien un jeu exclusif à Microsoft qui fait parler de lui ces derniers temps : Cuphead. Développé par le studio MDHR des frangins Moldenhauer, ce titre a suscité un réel engouement dès ses premières apparitions et rencontre aujourd’hui un franc succès. Et ce n’est pas pour rien.

Cuphead, ce n’est sans doute pas la genèse la plus compliquée de l’histoire du jeu vidéo mais elle a tout de même eu son lot d’incertitudes. Présenté à l’E3 2014 (déjà !) par un studio MDHR naissant et dont il est le 1er et encore seul titre, le soft m’avait tout particulièrement intrigué à l’époque, effet renouvelé lors de l’édition suivante de l’E3. Puis Cuphead s’était fait plus discret, le développement prenant du temps et il fut même carrément absent de l’E3 2016, en plus d’être reporté de cette année-ci à la mi-2017. D’ailleurs, Cuphead est entré dès lors dans une phase où, comme No Man’s Sky, il a perdu de sa hype et a vu un certain nombre de joueurs l’oublier gentiment.

Cuphead s’annonçait d’emblée comme une merveille graphique (et référencée) de chaque instant !

Et pourtant, que de jolies promesses depuis le début ! Rien que sur le style déjà, avec cette ambiance héritée des cartoons à l’ancienne jumelée à un aspect rappelant la piètre qualité de nos plus anciens postes de télévision et à une musique réjouissante dès les premières notes entendues dans la plus ancienne bande-annonce du jeu. Des promesses, il y en avait aussi concernant le gameplay avec notamment celle d’un jeu centré sur le boss fighting et surtout sur l’éminente difficulté qu’il annonçait. Mais ces engagements laissaient tout de même flotter quelques interrogations. Sur la difficulté justement : Cuphead n’allait-il s’adresser qu’aux meilleurs d’entre nous, à ces férus des die & retry comme Super Meat Boy pour ne citer que lui ? Ou bien allait-il savoir se montrer sévère mais juste afin de toucher un public potentiellement plus large ? Quid également du contenu véritable du jeu ? Uniquement du boss fighting ? Dès le début, plusieurs voix se sont élevées pour évoquer la question de la présence ou non de niveaux de plateformes ? Sur ce sujet, la réponse fut donnée bien plus tard avec l’affirmation que si Cuphead reposerait essentiellement sur les affrontements avec les boss, des moments orientés du style platformer seraient également proposés. Et si l’on nous disait de s’attendre à un partage entre le premier et le second de ces modes de jeu à 75/25, on n’en savait pas davantage pour autant sur ce qui ferait le cœur de ces différents niveaux. Au final, je trouve que Cuphead a su à la fois se montrer très alléchant mais aussi rester très mystérieux jusqu’au dernier moment. Et ce n’est véritablement qu’à sa sortie, le 29 Septembre dernier, que j’ai pu découvrir très exactement de quoi il en retournait, là où d’autres plus malins l’avaient sans doute judicieusement deviné. Enfin peu importe, dès la première session de jeu, ce fut la claque, dans tous les sens du terme.

Même la carte, inspirée RPG en quelque sorte, est d’un niveau de détail qu’on ne peut qu’adorer.

La première claque, c’est évidemment toute l’esthétique du jeu qui la donne et, sans trop m’étendre sur ce sujet, il convient de souligner la qualité des animations promises ! Rappelons d’ailleurs que l’intégralité de ces dernières ont été réalisées à l’ancienne, sur papier. Avec cette approche finalement très puriste, les frères Moldenhauer ont réussi à livrer un Cuphead éminemment réussi sur ce plan-ci. Ajoutons à cela l’incroyable bande originale composée par Kristofer Maddigan. Mêlant jazz, ragtime et swing, la musique de Cuphead est un atout indéniable qui contribue grandement à toute l’identité du titre car elle est non seulement d’excellente facture mais en plus de cela, elle accompagne très judicieusement chaque passage du jeu, rendant les affrontements encore plus prenants et sachant faire de chaque temps-mort un instant où la légèreté primera et permettra de se rassembler après moult échecs face à tel ou tel boss. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de vous la proposer ici.

Car c’est bien là que la seconde claque se trouve, dans la difficulté du soft ! C’était d’ailleurs, comme je l’évoquais plus haut, un argument de vente de Cuphead dès le départ. Qu’en est-il au final ? Le jeu est-il si insurmontable que cela ? Si l’on s’en tient à ce que les réactions les plus véhémentes semble vouloir affirmer, Cuphead serait le jeu le plus difficile que bien des joueurs, même ceux habitués au die & retry, auraient connu depuis longtemps. A mon sens, il convient néanmoins de tempérer ce propos en affirmant qui si le jeu est effectivement d’une difficulté redoutable, il n’en est pas pour autant irréalisable. Bien au contraire, il fait partie de ces jeux qui sauront se montrer sévères mais justes où l’apprentissage ne se fera que par l’échec, ni plus ni moins. Et si le tout premier boss que j’ai affronté s’est vu vaincu du premier coup, ce n’était clairement qu’un échauffement, un stage de préparation aux obstacles qui allaient se dresser en travers de ma route. Pour la faire simple : je n’ai renversé aucun boss depuis en moins de 4 ou 5 tentatives. Et il arrive que le nombre d’essais soit bien plus élevé que cela…

Chaque niveau peut être fait en Regular ou en Simple. Mais attention, le choix de facilité empêchera la progression dans le jeu et ne fera en réalité qu’office d’entraînement !

Nul doute donc que cet aspect en rebutera plus d’un. Je m’étonne d’ailleurs d’autant apprécier ce jeu alors que je ne suis vraiment pas un amateur de die & retry en temps normal. Nul doute que, séduit par toute la joyeuse esthétique du jeu, j’ai réussi à passer outre cette fois-ci. Mais il faut bien avouer que si Cuphead se donne des allures de titan impossible à terrasser, il n’en demeure pas moins qu’il donne au joueur les clés nécessaires pour que ce dernier arrive à en venir à bout malgré tout. Ainsi, un système de power ups est présent dans le jeu et permet de modeler les capacités de son personnage en fonction de sa façon de jouer. Parmi toutes ces améliorations, l’on pourra obtenir des cœurs supplémentaires, des tirs alternatifs ou encore des coups spéciaux ravageurs. A chacun alors de choisir sa combinaison fétiche pour s’en sortir le mieux possible une fois dans les différents stages. A titre personnel, j’ai pris l’option qui permet d’obtenir deux cœurs supplémentaires ainsi que le tir à visée automatique en tir alternatif et je trouve ça très utile. Tout ceci rendra donc les choses un chouïa plus aisées mais rien, absolument rien, ne rendra jamais Cuphead facile.

Dans la boutique, différents items permettront de personnaliser ses attaques et sa défense afin de se préparer au mieux !

Quant aux stages donc, ils se divisent comme prévu en deux catégories : boss fighting et run & gun. Dans le premier cas, Cuphead affronte (accompagné de Mugman si l’on joue à deux) un ennemi donné en plusieurs actes dont chacun donnera lieu à une nouvelle technique d’attaque à laquelle il faudra s’adapter. L’objectif est au passage de vaincre ledit boss afin de récupérer son âme pour le Diable. Cela donne lieu à des batailles épiques et je passerai évidemment sur le fait qu’on s’y reprendra bien des fois avant de réussir pour plutôt évoquer ici la qualité de ces combats. Très exigeants donc, ils sont d’un dynamisme ahurissant et forcent constamment le joueur à faire preuve d’une vigilance à laquelle nous sommes de moins en moins habitués. Si l’affrontement s’avérera toujours âpre, une bonne observation et un apprentissage des différents coups de l’ennemi sera la clé d’une victoire aussi savoureuse que méritée. De l’autre côté, les séquences de run & gun représentent une moindre part dans le jeu, comme annoncé, mais n’en sont pas moins prenantes et presque tout aussi complexes que les combats à proprement parler. Lors de ces stages, le joueur arpente un niveau à défilement horizontal d’un point A à un point B où l’attend un « mini-boss » plus facile à vaincre que les principaux. Ces niveaux n’en sont pas moins difficiles eux aussi en raison d’un level design où la linéarité n’a d’égale que l’affluence d’ennemis aux actions variées et, au premier run, parfaitement imprévisibles. Là encore, l’échec et les nouvelles tentatives plus observatrices seront la clé pour en venir à bout.

En run & gun, les ennemis déferlent sur nous dans un flot aussi ininterrompu que brutal !

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Cuphead est donc LA bonne découverte de cette année ! Un premier opus qui promet au Studio MDHR toute notre attention quant à ses prochaines productions, dont on ne peut qu’espérer qu’elles seront du même tonneau. C’est un jeu au contenu certes assez homogène mais n’est-ce pas là tout ce qu’on lui demande ? Un sentiment arcade nous pousse à constamment renouveler les tentatives face à chaque boss et qui trouve son carburant dans le sentiment de satisfaction intense qui se fait sentir dès qu’on y arrive ! Avec ses trois mondes et un final, Cuphead est en tous cas déjà bien assez dense, la difficulté du titre faisant que ce nombre est tout à fait suffisant. Reste qu’il se murmure une arrivée prochaine d’un ou plusieurs DLC contenant chacun une quinzaine de nouveaux boss à affronter… Il s’agira alors de voir sous quelles conditions ceci nous sera proposé mais tâchons déjà de terminer le jeu dans son contenu initial, ça sera déjà énorme. Et j’ai hâte de m’y remettre !

Une réflexion sur “Parlons jeu, parlons bien n°39 – «Cuphead» [Xbox One]

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