« Seven Sisters », Tommy Wirkola, 2017

Seven Sisters, film de science-fiction de Tommy Wirkola. Avec Noomi Rapace, Glenn Close, Marwan Kenzari, Willem Dafoe…

Le pitch : En 2043, face à la surpopulation mondiale, la Fédération Européenne a créé le Bureau d’Allocation des Naissances pour appliquer le plus strictement possible la politique de l’enfant unique. Mais alors que les technologies mises au point pour augmenter considérablement les rendements agricoles ont conduit à une explosion des naissances multiples, certains refusent de choisir lequel de leurs enfants sera sauvé et lesquels seront cryogénisés en attendant un avenir plus vivable. C’est le cas de Terrence Settman (W. Dafoe) et de ses 7 petites filles, lesquelles vont alors partager une seule et même identité. Mais, trente ans plus tard, le secret de leur existence commune est sur le point d’être révélé aux autorités.

La critique : Jusqu’ici, Tommy Wirkola était principalement connu pour ses deux Dead Snow (vous savez, ces films avec des nazis zombies) et pour son très facultatif Hansel et Gretel : Witch Hunters (avec Jeremy Renner et Gemma Arterton). Autant dire que ce n’est pas le pedigree le plus impressionnant qui soit et que ce seul constat pourrait peut-être en rebuter quelques uns. Fort heureusement pour lui, j’ai vu la bande annonce de Seven Sisters et ait été séduit par l’idée de ce film avant de faire le lien avec ce réalisateur et sa filmographie. Heureusement oui, car Seven Sisters est un bon film !

Le « futurisme » de Seven Sisters se contente de peu mais cela le rend assez réaliste.

Un bon film mais pas un film révolutionnaire, on va le dire tout de suite pour être débarrassé de cet état de fait. En réalité, Seven Sisters se rapproche d’une manière ou d’une autre de bon nombre de choses que l’on a déjà vues par ailleurs, influencé qu’il semble clairement l’être par des films comme Les Fils de l’Homme, Soleil Vert ou encore Blade Runner (sous quelques nuances, oui). Tommy Wirkola se nourrit de ces influences et les distille alors dans son propre film mais réussit à réaliser ce que nombre d’autres n’ont pas su faire dans le ciné d’anticipation des dernières années : s’émanciper. Dès lors, Seven Sisters réussit à s’octroyer une identité propre, tant visuelle (futuriste sans trop l’être et ainsi suffisamment proche de nous) que dans le propos. Il n’est pas ici question de refaire ce qui a déjà été proposé mais bien d’en donner une approche qui, à défaut d’être réellement originale ou révolutionnaire, sache au moins distraire un spectateur qui sent les influences sans pour autant y penser précisément une seule seconde pendant le film.

Les scènes d’action sont généralement de très bonne facture et plutôt prenantes.

Le film jouit ainsi d’un dynamisme très appréciable, servi par un scénario de Max Botkin et Kerry Williamson plutôt bien cousu et à la rythmique efficace. Autre atout, ce scénario arrive à répondre aux impératifs du sujet lourd qu’il aborde sans pour autant laisser ce dernier peser sur lui. Au contraire, l’histoire est construite de façon à nous rappeler le thème régulièrement mais réussit toutefois à s’en détacher un minimum de façon à donner au spectateur et en parallèle de cette réflexion un thriller d’action rondement mené dont je n’ai pas du tout décroché avant le générique de fin ! Mieux encore, la mise en scène est entièrement conçue pour servir ce dynamisme général. Et si ce n’est encore une fois pas digne de figurer au rang des grandes nouveautés, je dois quand même admettre que cette dernière est franchement bonne. Wirkola arrive à jongler entre thriller et action avec un charme certain. Cela étant, il est important de noter que l’issue de Seven Sisters est somme toute très prévisible et on ne pardonnera ce manque de surprise que si l’on a su apprécier le chemin emprunté pour y arriver. Sans cela, nul doute que le film vous parlera beaucoup moins qu’il ne m’a plu. C’était d’ailleurs d’une stupidité confondante d’écrire en gros sur les affiches promotionnelles qu’on ne devinerait jamais la fin. Il suffira d’avoir vu ne serait-ce qu’une poignée d’œuvres du cinéma d’anticipation depuis 1973 pour comprendre que cette conclusion n’est vraiment pas inventive…

Seven Sisters est ponctué de quelques jolis moments sur le plan visuel.

Mais après tout, Seven Sisters a pour lui d’aborder un thème intéressant : la surpopulation. A l’heure où nous sommes déjà 7 milliards sur Terre et où l’on devrait atteindre les 10 milliards d’êtres humains d’ici 2050, le sujet et clairement d’actualité et bien des questions se posent quant à l’impact d’une telle augmentation de la population mondiale. Quels effets sur l’environnement et le climat ? Comment nourrir tout ce monde alors que la famine sévit encore et toujours aujourd’hui dans certaines parties du monde ? Allons-nous être forcés de recourir massivement aux OGM pour satisfaire le besoin en nourriture de 10 milliards d’hommes, de femmes et d’enfants ? Ces questionnements, Wirkola les intègre dans son film dès cette introduction qui mêle astucieusement les constats actuels et solutions qu’on avance déjà aujourd’hui à un propos plus fictionnel mais néanmoins de l’ordre du plausible. Par ce bref passage d’une poignée de minutes, le réalisateur amène le spectateur d’un point A (le monde aujourd’hui et ses enjeux) à un point B (ce qui risque d’arriver) dans un enchaînement maîtrisé qui rend le tout particulièrement réaliste aux yeux du spectateur.

Volontairement excessif, le propos de Seven Sisters n’est pour autant pas à côté de la plaque, ni oturancier.

C’est pourtant une thématique risquée car il serait aisé d’être à côté de la plaque dans la façon de l’aborder ou dans les réponses qu’on lui donne mais ce n’est pas le cas ici. Car si l’on aurait pu craindre que le choix de porter un œil sur la logique du contrôle des naissances (assaisonnée ici de malthusianisme) puisse être très manichéen, ce n’est finalement pas tant le cas que ça. C’est notamment grâce au personnage de Glenn Close qui, malgré son étiquette de méchante du film, arrive à contrebalancer ce manichéisme attendu en appliquant des méthodes injustifiables pour des idéaux justifiables (sauvegarde de la planète, bien-être de ceux qui y vivent, etc…). Evidemment, la méthode n’est pas bonne et reste inqualifiable mais cette approche au final assez ambiguë trouve toute sa synthèse dans la question finale du personnage : qui sera là pour prendre les décisions difficiles si personne n’y consent ? Cette interrogation doit évidemment être prise avec tout le recul nécessaire et personne ne devra y voir un quelconque message réellement militant de la part de Wirkola à mon avis mais on ne lui enlèvera pas sa capacité à nous renvoyer à notre situation actuelle, en écho au constat alarmant de l’introduction. La boucle et bouclée d’une bonne manière et précise encore s’il le fallait que toute cette thématique n’est pas ici prise que comme un banal prétexte au scénario.

Le personnage du docteur Cayman (G. Close) synthétise assez bien toute la difficulté de cette thématique.

Heureusement que c’est Noomi Rapace finalement.

Concernant la distribution enfin, il faut bien évidemment évoquer le cas de Noomi Rapace, qui campe pas moins de sept personnages puisqu’elle incarne les sept sœurs Settman. Objectivement, la comédienne fait très bien le job mais je n’en attendait pas moins de cette actrice de talent. Elle tâche de marquer autant que possible ses différentes incarnations de façon à bien les distinguer et c’est d’autant plus appréciable qu’elle s’y efforce étant donné que les septuplées ne sont pas assez caractérisées dans leur écriture. Si on leur enlève que Noomi Rapace leur apporte, ne leur reste au final qu’un distinguo vestimentaire très en surface et un manque certain de profondeur pour au moins 4 des 7 frangines. Et finalement, on se dit qu’il aurait du coup été bien plus intéressant d’en voir plus sur leur enfance, celle-ci étant à peine évoquée, toujours très succinctement, dans une poignée de scènes qui donne des clés sans pour autant établir un vrai background psychologique pour ces protagonistes. L’absence d’au moins deux ou trois séquences sur ce passé est donc dommage de ce point de vue mais également dans le sens où cela nous prive d’apparitions plus nombreuses d’un Willem Dafoe certes excellent (comme toujours) mais néanmoins sous-exploité. Evoqué uniquement par ces flash back, le personnage de Terrence Settman est donc très peu présent. Ça n’empêchera pas Willem Dafoe, en 10 minutes d’apparition totales je pense, d’être l’un des meilleurs comédiens de ce film.

Dommage qu’on n’ait pas vu plus de scènes de ce genre, ça aurait apporté un vrai plus au film.

Aux côtés de Rapace et Dafoe, Glenn Close est évidemment très efficace et d’une grande classe, comme à son habitude. Elle prête ici ses traits si durs au docteur Cayman, à la tête du bureau de contrôle des naissances et offre à ce personnage une stature aussi imposante que froide sous des atours pourtant distingués. L’actrice offre alors un jeu tout en subtilité et en mesure qui oppose la cruauté et la rigidité au charme tout bonnement d’une grande dame. Un mot enfin pour évoquer très rapidement Marwan Kenzari et Christian Rubeck. Le premier incarne ici Adrian, allié des sœurs Settman, et le fait plutôt bien. Si son jeu est loin d’être absolument mémorable, il apporte quand même un petit quelque chose qui suffit à ne pas faire de ce second rôle un personnage à oublier totalement. Quant à Christian Rubeck, il joue le rôle de Joe, un agent à la solde du docteur Cayman, et il apporte à ce personnage une sorte de froideur scandinave particulièrement bienvenue et faisant de Joe un des meilleurs seconds rôles de Seven Sisters.

Il n’est donc pas le plus grand film de SF ou d’anticipation de tous les temps mais Seven Sisters reste un bon thriller, bourré d’action et surtout bien construit. Scénario aussi simple que bon, mise en scène de qualité, distribution très honnête… Tommy Wirkola nous donne finalement à voir un film tout à fait correct dont les seuls problèmes résident sans doute dans des moyens trop en-deçà des objectifs et du potentiel général du film. On passera outre cela étant et Seven Sisters saura capter l’attention du spectateur sur la durée, laissant ce dernier passer un bon moment devant un divertissement d’action franchement sympa malgré tout.

6 réflexions sur “« Seven Sisters », Tommy Wirkola, 2017

  1. Salut,
    J’ai eu l’occasion de visionner cette réalisation et j’ai vraiment adoré. Je trouve que le scénario sort de l’ordinaire ! Je pense que c’est le meilleur film que j’ai vu tout dernièrement.

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