« The Defenders », saison 1 : Difficile melting pot

Après 4 inégales séries, Marvel revient sur le devant de la scène Netflix avec le crossover mettant en scène Daredevil, Luke Cage, Jessica Jones et Iron Fist en tant qu’équipe : The Defenders ! De mon point de vue, la principale mission de cette série était de relever le niveau après les deux premières saisons respectives de Luke Cage et Iron Fist, qui ont apporté un coup de mou à un univers télévisuel Marvel qui semble finalement avoir du mal à être à 100 % captivant. Alors, The Defenders, nouveau souffle ou réchauffé ?

La première chose qui fera sans doute tiquer l’habitué des séries Marvel, c’est sans aucun doute la durée de cette première saison de Defenders. Là où les quatre autres séries de cette continuité comptent pas moins de 13 épisodes par saison (ce qui est d’ailleurs à mon sens un bon chiffre dans l’ensemble), celle-ci n’en comprend que 8. Et à la question « Pourquoi ? », la réponse que le showrunner de la série (Marco Ramirez) nous donne est : « Le calendrier des acteurs »*. Soit… On se demande alors par quelle astuce les scénaristes de Defenders vont réussir à caser une histoire aussi complète que dans Daredevil ou Luke Cage. Comment vont-ils arriver à suffisamment installer leurs personnages et leurs situations, à dérouler les péripéties à un rythme acceptable, etc, avec 5 épisodes de moins. La réponse : ils n’y arrivent pas (ha ha !). Et The Defenders de souffrir alors d’un sérieux problème d’écriture.
D’abord, The Defenders pose quelques questions du point de vue de sa cohérence. Si le lien avec les quatre séries préliminaires ne pose pas de problème, il y a au cours de cette première saison plusieurs mal amenées qui peuvent surprendre, ce qui n’est qu’un autre défaut à ajouter à celui plus général de l’écriture. Je pense notamment au cas d’Iron Fist, dont le chi, tout d’un coup et comme un grand, décide enfin de ne plus se décharger aussi vite qu’avant. Là où l’on pouvait pester jusqu’ici de voir le fameux Iron Fist perdre son seul pouvoir après un coup de poing ou deux, le voilà qui l’utilise soudain presque sans limite. Alors on mettra ça sur le compte d’un héros qui mûrit mais bon… Et puis, vu le caractère et le comportement du petit Danny Rand au cours de cette série, je ne vois pas trop où est la maturité.

*Je vous invite à lire l’interview complète de Marco Ramirez sur FilmsActu.

Avec un délai aussi court imposé par un total de 8 épisodes, la seule question d’en arriver à cette réunion se pose : quand ? Et à quelle vitesse y arrive-t-on ?

Alors oui, il y a bien quelques passages mieux sentis que les autres (comme cette première bataille à 4 à la fin de l’épisode 3), voire quelques rebondissements plus inspirés que d’ordinaire (je vous renvoie ici à la fin de l’épisode 6), et l’on peut reconnaître à cette première saison de former un pont assez solide avec les premières aventures des quatre justiciers mais ça n’en fait vraiment pas un chef-d’œuvre d’écriture pour autant, hélas. Malgré la perte de 5 épisodes comparé aux séries précédentes, celle-ci se paie le luxe inabordable dans de pareilles conditions d’être trop lente, trop peu palpitante… Il aurait à mon sens fallu que les héros se réunissent et forment une véritable équipe soudée bien plus vite ! En laissant traîner cette unification sur quasiment l’ensemble de la saison, le série perd le plaisir de voir Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist combattre côte à côte. Il faut tout de même attendre le troisième épisode pour que commence (et j’insiste bien sur « commence ») à se mettre en place toute cette petite affaire de Defenders. Sachant qu’il ne reste alors plus que 5 épisodes derrière, on peut trouver cela trop tardif.

Jusque dans les images promotionnelles, on a ce sentiment de 4 ambiances côté à côté plus que de réunion véritable.

Mais au fond, je crois que la mise en scène du tout premier épisode pouvait laisser présager ce manque d’unité et la difficulté d’associer ces personnages. Dans ce pilote, chaque héros apparaît dans une mise en scène qui est systématiquement reprise sans bouleversement de sa série d’origine. A Luke Cage alors cette espèce de filtre jaune, à Jessica Jones cette ambiance brumeuse, etc… Et cela laisse un sentiment qui perdurera tout le long de la saison : on n’arrive pas à fondre ces quatre univers dans un tout. Du coup, à trop vouloir les faire coexister sans altérer leurs identités si marquées, The Defenders en tant que série en oublie malheureusement de se forger sa propre patte, son style bien à elle.

Mais la mise en scène n’est de toute façon, dans sa globalité, pas exceptionnelle. Elle repose sur des choses somme toute très classiques, utilisées auparavant dans les quatre séries de base (même si l’on emprunte ici plus à Daredevil et Iron Fist qu’aux deux autres). On notera quand même quelques bonnes idées, notamment en matière de photographie avec un joli jeu sur les perspectives, les miroirs et la géométrie. Les combats sont quant à eux assez revus et parfois même caricaturaux. Il leur manque une qualité chorégraphique qui était celle de Daredevil en particulier mais d’Iron Fist également sous certains aspects. J’ai néanmoins plutôt apprécié le fameux combat de la fin de l’épisode trois et celui de l’ultime épisode, on ne va pas se mentir, juste pour le plaisir des les voir tous ensemble. Et restera quand même de Defenders quelque chose qui n’est absolument pas moche dans l’ensemble, évidemment, mais dont on pourra critiquer le manque d’audace. C’est la réunion des Defenders bon sang, épatez nos mirettes !

Le scènes de combat sont souvent très convenues mais donnent parfois lieu à quelques plans au minimalisme assumé qui n’est pas pour me déplaire.

Un autre problème avec Defenders réside à mon sens dans son scénario, même si je crois que ceci relève pour l’essentiel de mes sensibilités propres, lesquelles font déjà que je n’en peux plus de La Main. Présente dans Daredevil (et en particulier sa sison 2) mais aussi et surtout dans Iron Fist, cette organisation criminelle ancestrale me sort par les yeux. Elle ne m’intéresse pas ou, tout du moins, elle n’est pas amenée dans cet univers télévisuel de manière à m’intéresser. De plus, la plupart des personnages qui y sont liés ne m’accrochent pas vraiment, que ce soit Madame Gao ou Bakuto. Tout juste Alexandre arrivera-t-elle ici à relever l’ensemble mais le résultat reste toutefois le même : j’ai eu le sentiment, à cause de La Main, que Defenders s’appuyait essentiellement et qausi exclusivement sur les intrigues de Iron Fist tout en y associant les trois autres héros, dont seul le Démon de Hell’s Kitchen semblait approprié puisqu’il est l’unique autre membre des Defenders à avoir déjà combattu cet ennemi. Pas que Jessica Jones ou Luke Cage soient illégitimes, évidemment, mais leur insertion dans tout ce micmac aux allures mystiques (qui me lassent) ressemble plus à du remplissage forcé par les impératifs de la série qu’à autre chose. C’est finalement un sentiment de Iron Fist saison 1.5 qui demeure pour moi…

Alexandra apporte quelque chose de nouveau à La Main. Dommage qu’on n’explore pas plus dans ce sens.

Concernant les personnages principaux, puisqu’on en parle, je trouve par ailleurs qu’ils sont très survolés. Si cela vaut aussi bien pour les méchants que pour les gentils (j’ai l’impression d’avoir quatre ans écrivant ça…), ce constat reste particulièrement dommage pour ces derniers. On semble considérer comme acquis et fini tout ce qui a été fait et établi pour chacun des Defenders dans leurs séries respectives, comme si l’on avait déjà fait le tour des personnages. Cela rejoint finalement ce que je disais plus haut : on cherche à faire coexister quatre protagonistes et leurs univers propres sans réussir (ou même réellement tenter) à les associer de manière pleine et entière. Du côté des bad guys, je regrette également que le personnage d’Alexandra subisse ce même sort et qu’aucun épisode de la saison, faute de quantité, ne s’attarde plus amplement sur elle. Son background n’est qu’esquissé, fait de détails et d’anecdotes qui ne demandent pourtant qu’à être développés.

J’ai au passage eu un peu peur concernant Daredevil, lequel est parti dès l’épisode 3 dans une direction qui ne m’a pas totalement rassuré. Pour vous la faire courte sans le moindre petit spoiler, il découvre quelque chose dans cet épisode qui va le faire un peu trop cogiter ensuite, quitte à ne plus trop savoir quoi faire. Fort heureusement, l’homme sans peur est revenu à son meilleur par la suite pour finalement s’imposer, comme je l’avais imaginé en petit fanboy que je suis, pour le titre de mon Defender favori. En revanche, j’ai eu envie de gifler l’immortel mais néanmoins insupportable Iron Fist du début à la fin (à peu près, on ne va pas chipoter). Le personnage est arrogant, irréfléchi, susceptible… Alors oui, c’est le but afin qu’il évolue ensuite vers la quintessence de ce qu’est le Iron Fist, mais de là à en faire une caricature d’ado tardif… Quant à Jessica Jones et Luke Cage, ils me sont apparus comme d’habitude dans une certaine indifférence découlant de mon incapacité à m’y attacher véritablement. Je ne le déteste pas hein, mais je ne les adore pas non plus. Allez, on notera quand même une toute petite préférence pour Luke Cage, comme ça.

Si Jessica Jones et Luke Cage se rapproche assez en termes de « saveur », Iron Fist et Daredevil se démarquent plus, pour le meilleur et pour le pire.

Il est amusant d’ailleurs (si, si un peu, je vous jure) de voir que je porte sur ces quatre super-héros un avis quasi similaire que celui visant leurs interprètes. Ainsi, là où je trouve Charlie Cox somme toute aussi efficace que dans Daredevil, je vais en revanche trouver Finn Jones vraiment peu emballant. J’avais pourtant l’espoir de le voir partir dans de belles directions après la première saison de Iron Fist mais j’ai plutôt trouver qu’il voulait en faire trop, rendant son personnage (déjà très marqué sur le plan de la personnalité) assez caricatural. Et ensuite, là où Kristen Ritter me laisse relativement froid, Mike Colter me semble quant à lui faire le job tout en laissant le sentiment cela dit que tout n’est pas encore calibré au mieux dans son interprétation. Il peut clairement emmener Luke Cage plus loin et, rien que pour ça, j’attends la saison 2 de sa série propre de pied ferme (j’ai moi-même du mal à le croire).

Sigourney Weaver, c’était de toute façon un atout assuré.

Un mot très rapide enfin juste pour dire que je n’ai toujours autant de mal avec Elodie Yung (elle a l’air toute rigide, c’est triste) mais que Sigourney Weaver, c’est toujours un plaisir. Incarnant à mon sens le personnage non-Defender le plus intéressant du lot, la comédienne apporte une plus-value certaine à cette première saison et réussit même à en relever le niveau lors, sans exagérer, le tout avec classe et talent. Et c’est aussi pour cela que je regrette l’absence d’un épisode plus spécialement centré sur Alexandra.

Comment conclure ? La difficulté est d’autant plus grande qu’en me relisant, je trouve mon avis plutôt sec. Plus que je ne l’aurais dit avant. Mais c’est la faute à Defenders aussi ! Il me promet monts et merveilles, Avengers télévisuel et il me donne un best-of sans frites. Alors il n’y a pas de raison objective de dire que cette série est absolument et indéniablement nulle, non, mais je ne peux pas m’empêcher d’être déçu. Je disais avant d’écrire cet article que Defenders s’en sortait dans le sens où elle ne faisait pas pire que Iron Fist. Alors je maintiens qu’elle ne fait pas pire mais au final ça ne veut pas dire qu’elle fait mieux. La faute à la filiation trop prononcée entre les deux séries, au détriment des trois autres ? Peut-être oui mais c’est surtout la lassitude qui pèse. Des super-héros portés à l’écran en général, de La Main en particulier en ce qui concerne cet univers-là. J’ai juste hâte qu’on en finisse avec ça et qu’on passe à autre chose. Sans quoi je me contenterai de regarder Daredevil, par fanboyisme pur et simple (et assumé).
Le seul truc vraiment très bien avec Defenders, c’est que ça n’a fait qu’accroître mon impatience de découvrir The Punisher dans deux mois, pour s’éloigner de ces intrigues tout en retrouvant mon deuxième personnage préféré de ces productions Marvel/Netflix. Vivement ça tiens !

8 réflexions sur “« The Defenders », saison 1 : Difficile melting pot

    • « Jessica Jones », j’ai à peine commencé la S1 mais c’est assez chiant de base.
      Quant à la S2 de « Daredevil », tout le pan avec Punisher est super cool mais tout ce qui touche à La Main gâche la saison.

      Il faut en finir avec La Main, au plus vite !

      Par contre, comme je dis dans la conclusion, j’attends la série « The Punisher » avec une énorme impatience !

  1. Coucou,
    J’ai entendu parler de cette série télévisée, mais j’hésite encore à commencer à regarder la première saison. Toutefois, en lisant ta description détaillée de cette production, cela me donne envie de la découvrir.

  2. Pingback: « Daredevil , saison 3 : Red Dead Redemption | «Dans mon Eucalyptus perché

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