Baby Driver, Edgar Wright, 2017

Baby Driver, film d’action d’Edgar Wright. Avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jon Hamm…
La note de Koala : 4,5/5

Le pitch : As du volant et grand amateur de musique, Baby (A. Elgort) est chauffeur pour braqueurs, sous les ordres de Doc (K. Spacey). Bientôt, Baby et Doc sont quitte et le jeune homme pense pouvoir tourner la page, avec Deborah (L. James), cette serveuse qui lui a tapé dans l’œil. Mais Doc n’a pas dit que c’était fini.

La critique : Attendre un nouvel Edgar Wright, c’est comme attendre un cadeau de Noël : impatience et excitation sont au rendez-vous. Il faut dire que le réalisateur britannique a su par le passé gagner le cœur du public avec de très bons films comme ses pastiches Hot Fuzz et Shaun of the Dead ou son adaptation de Scott Pilgrim. Après le rendez-vous manqué Ant-Man, Wright revient donc cette année avec Baby Driver, une pépite qui sort aujourd’hui sur nos écrans et que j’ai eu la chance de voir en avant-première avec Sens Critique la semaine dernière.

On va le dire d’entrée de jeu : Baby Driver est une pure réussite. Tant et si bien que je pourrais me contenter de dire ça, publier l’article et vous laisser avec cette seule et unique phrase, m’épargnant ainsi le peine de chercher par où commencer tant il y a à dire ! Jolie petite claque dans son genre, Baby Driver est tout d’abord servi par un scénario très bien ficelé mais qui pêche à un moment, coupé qu’il est dans son élan par un passage en perte de vitesse venant rompre avec son rythme pourtant bien calé et sa construction à la précision chirurgicale qui l’apparenterait presque à une jolie composition musicale alternant couplets aux riffs tenus, refrains endiablés, ponts mesurés et autres solos de haute volée. Dire donc que cette pépite d’écriture soit la plus grosse faiblesse du film vous laisse alors envisager la qualité de ce dernier. On inclura d’ailleurs dans ce vaste champ résumé sous l’intitulé « écriture » non seulement celle du scénario mais aussi celle des personnages qu’il met en scène, tous plus flamboyants les uns que les autres. Du jeune et intrépide Baby au ténébreux Buddy en passant par le déglingué Bats et le sobre Doc, Edgar Wright livre ici une éclectique galerie de personnages aux identités fermement établies, renvoyant automatiquement à un Reservoir Dogs dont l’influence se ressentira d’ailleurs à plusieurs reprises dans Baby Driver, à l’image d’autres œuvres de Tarantino et de plusieurs autres cinéastes. On y revient plus tard.

Le scénario de Baby Driver est à l’image des scènes de voiture : vif, dynamique et prenant.

Pour en revenir à la musicalité de cette œuvre, elle est de toute façon évidente dès la toute première séquence, accompagnée par la chanson Bellbottoms de The Jon Spencer Blues Explosion. L’idée de faire des chansons qu’écoute continuellement le personnage de Baby la bande originale du film permet d’établir cette analogie musicale dès cette ouverture au dynamisme des plus prenants. Lors de cette première scène, Edgar Wright livre un échantillon très représentatif de ce que sera son film, lequel est ensuite confirmé par la séquence déambulatoire au cours de laquelle Baby marche dans les rues sur un fond de Harlem Shuffle de Bob & Earl, un type de séquence régulier chez ce cinéaste comme nous le rappelait Simon Riaux de Ecran large, présent lors de cette avant-première.
Enfin bref, la musique est là, omniprésente, pilier essentiel de ce film dont la bande son (excellente) sera indiscutablement liée à sa construction, jusque dans ce montage sonore millimétré où chaque action, geste ou coup de feu accompagne les chansons choisies sans aucune fausse note. Mais le montage est de toute façon excellent dans sa globalité. Cadencé, rythmé à l’image du scénario qu’il sert, il offre alors une expérience visuelle et auditive peut-être pas sans pareille mais qui aura le mérite d’accrocher le spectateur de A à Z. Car si Baby Driver brille, c’est aussi visuellement grâce à une alchimie photographie/montage qui rappelle qu’Edgar Wright n’est pas un piètre esthète. Bien au contraire, le cinéaste compose ses plans à merveille et frôle une perfection dans le cadrage et la perspective mais aussi et surtout dans le déroulé de ses plans (notamment les plans-séquences) qui fait alors que le film glisse délicatement sur nos rétines pour notre plus grand plaisir.
C’est en fait un film très chorégraphié qui nous est donné à voir ici, chaque mouvement étant inscrit dans une sorte de danse continue, que ce soit à pied ou en voiture, et dont le personnage de Baby se veut être un excellent représentant. On notera d’ailleurs la jolie analogie faite entre cette gestuelle dansante qui anime ce jeune homme et sa conduite, effectuée au millimètre et vis-à-vis de laquelle le moindre faux pas serait une grossière erreur, comme dans une chorégraphie donc. Au-delà de ça, coloré et jouant très bien avec les lumières, Baby Driver mérite bien des louanges et des récompenses sur ce plan, comme sur les autres.

Très musical, Baby Driver est une chanson et sa chorégraphie à lui tout seul.

Mais le mieux encore dans tout cela, c’est clairement la capacité d’Edgar Wright à puiser dans ses racines de cinéphiles, à y chercher des idées, des influences, pour mieux les placer dans son film sans pour autant se reposer sur ces dernières et espérer que ça va marcher tout seul. Loin de cette forme de feignantise, Wright œuvre plutôt à construire son identité propre sur ces solides bases. Et si Quentin Tarantino, Michael Mann, Brian De Palma et même Jacques Tati (regardez bien la façon dont marche Baby au début du film) sont clairement passés dans la tête du réalisateur, on ne peut qu’apprécier le fait que ce dernier ne cesse de constamment chercher à dépasser ces influences et à non pas en appliquer des leçons comme on réciterait une poésie mais plutôt à tâcher de les transcender, d’aller encore au-delà, de pousser leurs idées plus loin, ce qui est au fond le plus bel hommage qu’on puisse leur faire. Chaque fois qu’une référence est sentie dans le film de Wright (et finalement dans son cinéma en général), on sent que c’est avec l’humilité du jeune cinéaste qui en profite pour remercier ses maîtres mais qui n’en oublie pas pour autant qu’un bon élève est aussi celui qui cherche à voir plus loin. C’est le cas en chaque instant ici et c’est vraiment réjouissant. Je suis même ressorti de ma séance avec le sentiment que, d’ici peu, Edgar Wright pourrait facilement devenir une sorte de « nouveau Tarantino ». Entre sa maîtrise des compositions, ses dialogues et son esthétique de la violence, le réalisateur se donne presque les mêmes allures que le réalisateur américain au début des 90’s. Sous peu, il ne serait pas étonnant qu’on le considère comme encore meilleur que le QT de la grande époque des Reservoir Dogs et autres Pulp Fiction.

Quand on sait que le film de braquage préféré de Wright est le Heat de Michael Mann, la qualité de la référence devient encore plus flagrante.

Mais évidemment, la maestria de Wright n’est pas la seule raison à ce succès et il faut également jeter un œil du côté de la distribution de Baby Driver. Et c’est avant tout sur Ansel Elgort qu’il convient de s’arrêter en premier lieu, lui qui tient le rôle-titre du film. Je dois bien avouer que je ne connaissais rien de ce jeune comédien avant Baby Driver. Tout juste ai-je appris depuis qu’il a notamment joué dans le remake de Carrie, dans la saga Divergente ou encore dans Nos Etoiles Contraires. Rien qui puisse me dire quelque chose donc. Je découvre donc totalement l’acteur ici et la surprise est bonne ! J’ai trouvé ici un comédien très à l’aise, plutôt charismatique et dont les quelques défauts de jeu sont rattrapés par une intelligence et une fraicheur qui font plaisir à voir. Malgré un casting plutôt prestigieux à ses côtés, Elgort ne loupe pas l’occasion qui lui est donnée de briller face à des comédiens de renom dont les talents ne sont plus à prouver (pour la plupart). Une très bonne surprise donc que cet Ansel Elgort dont le nom est, je pense à retenir. Et, juste comme ça, il aurait fait un super Han Solo jeune. A ses côtés, Lily James dans le rôle de Deborah offre une interprétation plutôt convenue mais qui colle néanmoins très bien au personnage. Et si l’on pourra reprocher à la comédienne de venir parfois casser le rythme, c’est peut-être plutôt vers son personnage qu’il faudra en réalité orienter ce reproche, elle qui est au centre de ce très léger pépin.

Ansel Elgort et Lily James forment un joli duo à l’écran mais c’est clairement le premier des deux qui tire le mieux son épingle du jeu.

Concernant le reste de la distribution, je vais tâcher de ne pas m’éterniser et vais commencer par évoquer un Kevin Spacey tout à fait correct dans le rôle de Doc, cet affranchi organisateur de braquages de banques. Il déroule son personnage tout du long avec la classe qu’on lui connaît. Il n’en est du coup pas absolument surprenant mais ça fonctionne et c’est tout ce qui compte, d’autant qu’il contribue grandement au capital sympathie du personnage. Il en est de même pour Jamie Foxx, qu’on retrouve ici dans ses chaussons. Cabotin au possible, il livre une performance certes agréable mais dont on pourra éventuellement regretter le (très) relatif manque d’originalité au vu de ses précédents rôles. Là encore cela dit, le personnage de Bats jouit énormément du jeu de son interprète malgré tout, dont on sent d’ailleurs que ce dernier s’éclate.
Mais c’est surtout Jon Hamm qui m’a marqué dans ce film. Lui qui ne m’a pas réellement convaincu avec le peu que j’ai vu de Mad Men, je le redécouvre complètement ici dans le rôle d’un bad guy dont l’évolution au cours du film est un crescendo constant jusqu’à un final en termes de composition qui en foutra plein la gueule au spectateur. Brutal, spectaculaire même parfois, Jon Hamm est ici à l’image du film dans lequel il joue. De plus, il bénéficie d’une partenaire de choix en la personne de Eiza González, qui incarne Darling, la petite amie du Buddy de Hamm. Car non seulement les deux protagonistes sont très bien écrits dans leur relation et forment un super duo mais en plus de cela leurs interprètes respectifs constituent un tandem brillant qui se renvoie la réplique avec un naturel et une aisance déconcertants.
Au final, mon plus grand regret c’est de ne pas avoir assez vu Jon Bernthal, dont le personnage me laissait pourtant espérer qu’on puisse profiter plus longtemps de son impeccable brutalité de jeu.

Mention très spéciale pour Jon Hamm, impeccable de bout en bout.

En conclusion, Baby Driver aura été une sacrée surprise. Pas dans le sens où je n’attends rien d’un Edgar Wright (bien au contraire) mais plutôt dans celui où ce film m’a bien plus parlé que d’autres œuvres du cinéaste, non dénuées de très bons arguments pour autant. S’aventurant dans un style différent de ses films précédents, Baby Driver est un nouvel argument quant à la capacité de Wright d’offrir un cinéma varié mais toujours emprunt de son inimitable personnalité. Drôle, astucieux, référencé mais tout de même avec sa forte identité, ce film-là est clairement à voir, le plus vite possible, et ne pourra que finir de convaincre les amateurs d’Edgar Wright pas encore tout à fait séduits, comme moi. Du divertissement de la plus grande qualité.

Le « Oh, au fait ! » :
Au tout début du développement du film, Emma Stone a été envisagée pour le rôle de Deborah tandis que celui de Doc aurait pu revenir à Michael Douglas.

Les amateurs les plus pointus d’Edgar Wright auront sans doute fait le rapprochement entre ce film et le clip de la chanson Blue Song de Mint Royale. Un clip réalisé justement par Wright.

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6 réflexions sur “Baby Driver, Edgar Wright, 2017

  1. Ah mais j’ai tellement HATE de le voir !!! Déjà que je mourais d’envie de voir The World’s End au cinéma jusqu’à ce qu’on apprenne à moitié qu’ils l’avaient annulé dans toutes les salles à 2h de route à la ronde… Ce coup-ci, c’est hors de question que je le rate 😀

  2. Pingback: Instant ciné. | 45 State

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