Bilan financier 2016-2017 de Nintendo : le retour du roi ?

Le 27 Avril dernier, à la veille du lancement de Mario Kart 8 Deluxe, Nintendo et plus précisément son président, Tatsumi Kimishima, faisait son bilan de l’année fiscale écoulée. L’occasion, comme chaque mois d’Avril, de faire le point sur les finances de l’entreprise, ses succès, ses échecs mais aussi de parler de l’avenir en évoquant la stratégie à mettre en place pour l’année fiscale suivante, qui s’achèvera donc le 31 Mars 2018. Après lecture dudit bilan, j’ai eu envie d’en faire un résumé avec vous, y glissant mon point de vue au passage, car à ceux qui pensent qu’il ne s’agit là que de bla bla peu intéressant, sachez que bien au contraire, cet événement est l’occasion idéale de savoir à quoi nous attendre de la part de Nintendo dans les 12 mois à venir !

2016-2017 : la relance

La réussite Switch

Même si elle n’est sortie que le 3 Mars dernier, soit 28 jours avant la fin de l’année fiscale (oui, ça s’arrête au 31 Mars, c’est comme ça), la Switch est clairement un des éléments majeurs de cette dernière. Le fait est en tous cas que, jusqu’à présent, la dernière née de Nintendo connaît un réel succès. En rupture de stock un peu partout dans le monde, la bête a été distribuée à 2,74 millions d’exemplaires à la fin du mois de Mars. Et l’on rappellera que l’objectif initial de Nintendo était de 2 millions d’unités écoulées. Les ventes réelles (car distribution et vente ne sont pas les mêmes choses) suivent en tous cas, sinon on ne serait pas en situation de pénurie… Un constat absolument parfait pour Nintendo qui prévoit donc de revoir sa production pour la nouvelle année fiscale 2017-2018 avec 10 millions d’unités à produire et distribuer sur l’ensemble de cette année qui s’achèvera le 31 Mars 2018.

Ça marche.

Histoire d’illustrer un peu la situation, et à défaut de tenir les chiffres définitifs pour le reste du monde et en particulier l’Europe, Kimishima fait un focus sur le cas des Etats-Unis. Là-bas, ce sont plus de 900 000 consoles qui se sont vendues en un seul mois, ce qui constitue tout bonnement un record pour une machine Nintendo sur son mois de lancement. Question détails plus ou moins intéressants, Nintendo of America révèle notamment via une étude (dont les détails ne sont pas fournis ici) que 90 % des acheteurs sont de sexe masculin et que 69 % ont entre 19 et 34 ans.
Plus intéressant en revanche, 72 % des consoles Switch vendues sur le territoire des Etats-Unis sont utilisées par plus d’un joueur. Une tendance similaire serait observable également en Europe, sans plus détails là non plus. Ce chiffre semble en tous cas montrer qu’un des éléments de base du concept de la Switch a été saisi : la possibilité de jouer à plusieurs, dès l’achat et sans frais supplémentaires grâce aux Joy-Cons. Des manettes sur lesquelles Kimishima dit vouloir insister dans l’avenir pour continuer de vendre cet aspect de la machine. A mon sens il serait néanmoins plus intéressant de voir si les joueurs jouent principalement dans leur salon ou si la Switch les accompagne aussi dans leurs divers déplacements. Car au-delà du partage, c’est bien cet aspect mi-nomade, mi-sédentaire qui est au cœur de la communication autour de la Switch. Le slogan sur les pubs de Mario Kart 8 Deluxe, c’est « carapaces et bananes sur place ou à emporter », ce n’est pas pour rien ! Rien ne filtre donc pour l’instant à ce sujet et peut-être attendra-t-on le bilan au premier quart de l’année fiscale pour entendre parler clairement sur la question.

Les Joy-Cons et le multi à tout instant comme clé du succès de la Switch ? Peut-être mais l’avenir nous le dira.

Mais peu importe au fond, Kimishima est là pour faire un bilan financier et il est bon non seulement grâce à la Switch mais aussi et bien sûr grâce à The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Arrosé de critiques dithyrambiques, dont la mienne ici, le dernier jeu de cette fameuse licence s’est vendu à près de 3 millions d’exemplaires en un mois, un chiffre qui tient évidemment compte des ventes sur Switch ET sur Wii U. Breath of the Wild est clairement identifiable comme le moteur de ventes de la Switch. On se souvient notamment de cette news il y a quelques semaines qui annonçait même que le jeu (version Switch) s’était mieux vendu encore que la console elle-même. Une situation évidemment lié à la rapide rupture de stock de cette dernière mais qui prouve bien que Zelda est un vendeur de machines ! Nintendo précise d’ailleurs dans cette présentation que 90 % des acheteurs de Switch ont pris Zelda avec. Logique et ça devrait se poursuivre à tel point que Breath of the Wild devrait bientôt être amené à pulvériser tous les records de ventes de la série, ni plus ni moins.
Ce succès sans précédent trouve son écho dans une autre étude menée par Nintendo et qui révèle que ce jeu a amené de nouveaux joueurs vers la Switch, ces derniers étant considérés comme nouveaux dans le sens où ils n’avait pas de consoles auparavant. Là encore j’aimerais avoir les détails de l’étude, histoire d’être le plus clair possible, mais elle n’est pas communiquée par Big N… Reste en tous cas que le fait d’accueillir de tous nouveaux joueurs console était un objectif clair de Nintendo. Mission accomplie donc a priori.

Zelda + Switch = combo gagnant par KO.

Notons très rapidement qu’aux côtés de The Legend of Zelda : Breath of the Wild, plusieurs autres titres de lancement tirent plus ou moins leur épingle du jeu, à commencer par 1-2 Switch et sont presque million d’unités distribuées. De son côté, Snipperclips a été téléchargé 350 000 fois tandis que Super Bomberman R a atteint les 500 000 jeux distribués. Des chiffres qui ne parlent pas forcément à tout le monde mais que Nintendo communique avec le sourire d’une firme qui a su tenir son pari et même le dépasser.
Mais la Switch n’est pas la seule raison de s’enthousiasmer chez Nintendo pour cette année 2016-2017 !

La relance 3DS

On ne savait pas trop, il y a quelques mois encore, ce que l’avenir réserverait à la 3DS (et à ses dérivés) avec l’arrivée de la Switch. Cette dernière allait-elle remplacer d’office la petite portable de Nintendo, la compléter ? Et, tout simplement, la 3DS n’était-elle pas déjà en fin de vie ? Que nenni ! En fait, on peut même parler de nouvel élan pour la famille 3DS, avec de meilleures ventes cette année (environ 7 millions de consoles) qu’en 2015-2016 (environ 6 millions), où l’on observait une baisse par rapport à 2014-2015 (environ 8 millions). D’après Nintendo, ce nouveau souffle est notamment lié à la popularité nette de Pokémon GO, qui a su attirer de nouveaux joueurs (enfants et filles en particulier, ce qui était une volonté de Big N) à un moment où Pokémon Soleil et Lune sont sortis de leur côté. Une stratégie finement goupillée sur le plan temporel pour un succès remarquable.

Parfois vue comme en fin de vie mais jamais réellement en peine, la famille 3DS redémarre de plus belle !

Autre fait intéressant, les ventes de jeux augmentent également de manière nette, passant de 25 millions de jeux écoulés en 2015-2016 à 35 millions en 2016-2017. Et on ne parle ici que des jeux développés directement par Nintendo ! Là encore, les sorties de Pokémon Soleil et Lune ne sont pas étrangères à ce phénomène, ces deux opus surpassant largement les ventes de Pokémon X et Y et des versions Rubis Omega et Saphir Alpha. De sont coté, Super Mario Maker 3DS s’est vendu à près de 2 millions d’unités dans le monde, avec des ventes stables sur le dernier quart de l’année 2016-2017, ce qui laisse présager une certaine continuité.

Meilleur score affiché depuis les résultats de l’année 2013-2014 !

Nintendo a donc su sortir au cours de l’année fiscale qui vient de s’achever plusieurs gros hits qui se sont donc très bien vendus, qui ont fait vendre des consoles et, mieux encore, qui a créé de la demande en jeux. De nouveaux joueurs sont en effet arrivés sur les consoles de la famille 3DS et ceux-là n’ont pas encore goûté aux plaisirs offerts par le vaste catalogue qui leur est désormais ouvert. Face à ce nouvel afflux de joueurs, Nintendo a dû revoir à la hausse sa distribution de jeux :

  • Mario Kart 7 : +1,96 millions d’unités distribuées
  • Pokémon Rubis Omega/Saphir Alpha : +1,90 millions
  • Pokémon X/Y : +1,42 millions
  • New Super Mario Bros. 2 : +1,02 millions
  • Super Smash Bros. 3DS : +0.60 millions

Sur le marché des consoles, Nintendo conclut donc cette année fiscale avec des résultats plus que satisfaisants. Des ventes qui augmentent, une nouvelle console qui rencontre immédiatement son public et le succès… Reste le marché des smart devices, sur lequel Big N s’est aventuré pour la toute première fois au cours des 12 derniers mois.

L’effort payant sur les smartphones et tablettes

Rappelez-vous, c’est encore sous la présidence de Satoru Iwata que Nintendo, après avoir longtemps esquivé la question, se lance officiellement sur le marché des smartphones et tablettes et promet donc l’arrivée d’applications et de jeux dédiés à ces supports, en partenariat notamment avec DeNA (on en parlait à l’époque sur cette autre page). Mais ce n’est qu’en 2016 que les choses sérieuses ont commencé avec la mise sur le marché des trois premières applications mobiles de Nintendo : MiitomoSuper Mario Run et Fire Emblem Heroes. Trois titres qui, dès cette première année dans ce secteur, montre la volonté de Nintendo d’agripper le plus large public possible en proposant de la variété, tant en termes de contenus qu’en termes de paiements. Là encore donc, le maître mot reste la nécessité de capter l’attention de nouveaux consommateurs qui, jusqu’ici ne touchaient pas à Nintendo (voire même aux consoles ou aux jeux vidéo de manière générale). En ce sens, l’arrivée sur smart devices constitue un pan fort de cette stratégie globale de conquête en allant titiller un parc installé déjà plus qu’énorme et en présentant à ceux qui en font partie les produits Nintendo. L’effort a payé car les applis ont très bien fonctionné. On se souvient de l’engouement et de la folie Pokémon GO (même si elle n’a pas été développée et éditée par Nintendo, elle y est automatiquement rattachée dans l’inconscient collectif). Et en plus de cela, on l’a vue, il y a eu un effet de transfert de ce public smartphones/tablettes vers les consoles 3DS/2DS par la suite.

Tout le monde a oublié Miitomo depuis bien longtemps mais Super Mario Run et Fire Emblem Heroes devraient connaître une meilleure carrière.
L’effet Mii, sans doute…

Kimishima insiste notamment pour illustrer cette réussite sur Super Mario Run. Avec bientôt 1,5 millions de téléchargement à son actif (sur iOS et Android), le jeu se démarque des autres titres Nintendo sur les supports plus « classiques » par sa présence hors des grands marchés habituels du jeu vidéo (comprendre ici Japon, Etats-Unis et Europe). Nintendo arrive donc à toucher un public qui, initialement, n’est pas le plus consommateur de ses consoles et jeux. A voir si dans l’avenir ce public suivra l’entreprise sur ses secteurs d’activité les plus habituels.
Au-delà de ça, le nombre de joueurs sur la version payante (et donc complète) du jeu ne cesse d’augmenter, d’abord grâce à la sortie du titre sur Android en Mars dernier à l’occasion de la publication de la version 2.0, qui incluait notamment Yoshi comme personnage jouable. En passant d’un public strictement iOS à un autre qui comprend également les consommateurs Android, forcément, les téléchargements augmentent.
Concernant très très brièvement Fire Emblem Heroes, Kimishima affirme que les ventes sont satisfaisantes mais ne donne aucun chiffre précis.

Pour rappel, Super Mario Run coûte 10€. Je vous laisse faire le calcul.

Peu importe en tous cas, l’essentiel pour cette année 2016-2017 est dit et trois idée principales sont à tirer de cela :

  • La Switch effectue un excellent départ, quelque peu au-delà des attentes initiales
  • La 3DS connaît un nouvel élan qui a amené de très bonnes ventes de consoles et de jeux
  • Le marché des smartphones a montré que Nintendo avait su relever ce défi et occupe désormais un vrai pan de la stratégie de Big N

Tatsumi Kimishima a donc de quoi être satisfait. Reste à voir ce que l’on peut attendre des prochains mois !

2017-2018 : poursuivre, se maintenir et s’imposer

Imposer la Switch

On l’a vu, la Switch rencontre un franc succès dès ses premiers mois et même premières semaines de vie. La question est maintenant : comment l’imposer dans le marché actuel des consoles ? Il est légitime de s’interroger étant donné la force de frappe de la PS4 et de la Xbox One (toutes versions confondues) et le « retard » technologique de la console de Nintendo face à des concurrentes dont les versions Pro pour Sony et Scorpio pour Microsoft vont probablement balayer les standards techniques du gaming console, la où la Switch ne semble pas réellement y penser à 100 % (ce qui est aussi bien que pas bien cela dit mais c’est un autre débat).

La PS4 Pro dépasse déjà largement la puissance de la Switch mais la Xbox One Scorpio (ici son kit de développement) devrait finir de la distancer. Comment lutter dans une telle course à la puissance ?

Mais finalement, la Switch n’est-elle pas déjà en train de s’imposer d’elle-même, en attesterait alors la pénurie que les joueurs connaissent ? La demande est bel et bien là, et elle est forte. Tant et si bien que Nintendo, on l’a dit, a décidé de revoir sa production à la hausse en promettant de distribuer 10 millions de Switch d’ici le 31 Mars 2018, histoire de monter le total à près de 13 millions ! Le chiffre de 10 millions en a interrogé certains d’ailleurs lors de la conférence de Nintendo, auxquels Kimishima a répondu que ce chiffre tenait non seulement compte de la demande pour éviter une possible seconde pénurie lors de l’été prochain mais en plus constitue un message fort adressé aux partenaires de Big N : nous sommes là, la Switch aussi, le public aussi, rejoignez nous ! Nintendo veut donc faire perdurer ce premier élan de sa nouvelle console et atteindre une forte base installée, ce qui passera selon Kimishima par un entretien perpétuel du buzz autour de la machine, de ses spécificités et de ses jeux, surtout cet été.

Comment ? Tout simplement en sortant le plus régulièrement possible des jeux, en ancrant les joueurs dans un usage à long terme grâce à des jeux à forte teneur multi/sociale/compétitive et enfin en donnant plus de valeur ajoutée à la console via les gros titres d’éditeurs tiers (le plus tôt possible d’ailleurs) qui viendront renforcer le catalogue. Nintendo promet ainsi en particulier de distribuer pas moins de 35 millions de jeux d’ici Mars 2018 et rappelle que 8 jeux de son cru sont à venir (ou déjà sortis) cette année pour permettre ce score : Breath of the Wild1-2 SwitchSnipperclipsMario Kart 8 DeluxeARMSSplatoon 2Super Mario Odyssey et Xenoblade Chronicles 2.
Concernant les jeux multi et compétitifs, Big N mise d’ores et déjà sur les trois titres que sont Mario KartARMS et Splatoon 2, dont les dates de sorties respectives (28 Avril, 16 Juin et 21 Juillet), attestent déjà de cette volonté de régularité qui viendrait renouveler autant que possible l’envie et l’attention des joueurs, tout comme sont censés le faire les deux DLC de Breath of the Wild. A noter également que Mario Kart 8 Deluxe occupe actuellement la première place des ventes de jeux vidéo en France devant Zelda et Horizon : Zero Dawn sur PS4 (d’après les chiffres pour la semaine du 24 au 30 Avril). Enfin bref, tout ça pour dire que Nintendo identifie clairement le jeu à plusieurs, notamment compétitif, comme un des facteurs principaux de la Switch, qu’on nous vend encore une fois depuis le tout début comme une console multijoueur. L’idée étant donc de maintenir l’envie de jouer par un challenge constant et renouvelable et Nintendo compte bien l’étendre aux softs des tiers, évoquant notamment FIFA et NBA 2K18, tous deux annoncés sur cette console et pouvant être naturellement vus – de par leur genre sportif – comme d’excellents moyens de brasser cette optique auprès d’un grand public déjà conquis par ces licences. Encore faut-il que les versions Switch de ces jeux n’accusent pas un certain retard vis-à-vis de leurs homologues sur PS4 et Xbox One, sans quoi, il demeure peu probable que les amateurs de ces franchises passeront sur Switch « juste » pour la différence de gameplay que celle-ci peut apporter. On se souviendra notamment de l’horrible portage infantilisant de FIFA 10 sur Wii et de la versions datée de FIFA 13 que la Wii U avait accueillie…

Nintendo mise (pour l’instant) essentiellement sur ses propres jeux pour vendre. On attend quand même de voir plus de gros éditeurs tiers, dont on sait qu’ils peuvent peser de tout leur poids sur le destin d’une console.

Les tiers, puisqu’on en parle, Kimishima compte bien les faire entrer dans l’univers Switch et estime même qu’ils sont déjà là, évoquant d’ores et déjà plusieurs jeux et contenus exclusifs hors « Nintendo made » disponibles ou annoncés sur la console. On pensera évidemment à Ultra Street Fighter II par exemple, prévu uniquement sur Switch pour ce 26 Mai, ou aux contenus spécialement prévus pour Nintendo de Minecraft pour ne citer que celui-ci. Reste que les tiers, il faut encore leur donner envie de travailler avec soi, contrairement à ce que l’architecture de la Wii U avait fait. Pour cela, Kimishima promet en particulier un cadre de travail aussi collaboratif que possible pour leur faire du pied. Et c’est sans doute l’une des meilleurs choses à faire que de promettre une simplicité de développement car, on ne va pas se mentir, se reposer uniquement sur les spécificités propres de la Switch en tant que concept (hors hardware je veux dire), ça risque de ne pas être suffisant du tout. Alors Nintendo aura beau estimer que la possibilité de jouer n’importe où et n’importe quand peut amener une certaine fraicheur dans les jeux des tiers et considérer que ces derniers ont alors pouvoir être très variés, encore faut-il que les y développer ne soit pas une épreuve insurmontable. On peut toutefois espérer que la disparition du gameplay asymétrique relance l’envie de collaborer avec Big N… C’est agréable en tous cas de voir l’entreprise autant insister sur la présence des tiers sur sa nouvelle console. Cela donne l’impression que la leçon a été prise : Nintendo s’est trop centrée sur elle-même et doit désormais s’ouvrir, ou plutôt se ré-ouvrir aux studios extérieurs ! Espérons juste que ça ne soit pas de vaines paroles en l’air comme au lancement de la Wii U…

Douze titres d’éditeurs tiers sont mentionnés dans la présentation. Rappels plus qu’annonces, ils marquent tant par leur diversité que par leur relatif manque d’originalité (Monopoly et Skyrim notamment, ça fait un peu mal).

Maintenir l’élan de la 3DS

Pour la 3DS, les choses devraient s’annoncer un tantinet plus simples qu’avec une Switch qui a encore absolument tout à faire et à prouver. Largement établie (plus de 63 millions de machines vendues, tous modèles confondus), la console connaît donc aujourd’hui un nouveau souffle qui ne peut être que profitable pour Nintendo, qui a globalement toujours su gérer la jolie carrière de sa console portable. Et c’est bien cette base installée forte qui servira de support à la stratégie de Big N dans les mois à venir pour faire perdurer ce nouvel élan que connaît la 3DS, laquelle occupe encore et toujours une place bien précise et identifiable dans la stratégie de l’entreprise, qui n’a aucune envie de la laisser s’effacer derrière la Switch (« Nous mènerons ces affaires (celles de la 3DS et celles de la Switch, ndr) séparément et en parallèle« ). Considérant que les deux consoles n’ont rien à voir ni en termes de prix, ni en termes de caractéristiques, ces deux machines n’ont pas vocation à être en compétition, bien au contraire. C’est judicieux.

Et quoi de mieux pour continuer sur une bonne lancée qu’une énième itération de la console ? Nintendo a donc annoncé la New 2DS XL, fusion entre la 2DS et la New 3DS XL qui peut d’ailleurs se résumer à une version plus légère de cette dernière sans 3D et avec un prix plus bas (149,99$ contre 199,99$ pour la New 3DS XL). Voilà, voilà… Franchement, à titre très personnel, ce genre de choses je m’en balance prodigieusement avec souplesse et vélocité mais nul doute que ça pourra faire marcher le business. Quand on voit comment tout le monde se précipite à chaque fois sur les nouvelles 3/2DS… D’ailleurs vous saviez qu’en Europe, il y a désormais 50 % de 3DS et 50 % de 2DS ? Kimishima l’a affirmé lors de cette réunion et j’avoue que ça m’a surpris, ne pensant pas que la 2DS ait pu connaître un si bel engouement. Sur la base de ce constat, on comprend mieux le choix d’en sortir une nouvelle version. Et plutôt que de vous faire la liste de ses particularités, je vous laisse ici la vidéo d’annonce de la machine.

Mais si vendre des consoles c’est bien, vendre les jeux qui vont avec c’est mieux. Et pour cela, Nintendo promet certes une foultitude de nouveaux titres mais cible cependant plusieurs anciens succès qui seront dans les mois à venir probablement mis en avant pour développer les ludothèques de ceux qui arriveront sur ce support prochainement ou qui y sont tout juste arrivés au cours de l’année écoulée, parmi les quels les récents Pokémon mais aussi des jeux plus anciens comme Luigi’s Mansion 2 ou d’autres tirés de la sélection Nintendo Selects. En soi l’idée est loin d’être stupide, Big N cherchant à miser sur des valeurs sûres qui se vendront quasi certainement sans aucune difficulté. Et à ceux qui pourraient s’imaginer que c’est un pari de risqué que de tout miser sur d’anciens titres, Kimishima répond qu’il ne faut cependant pas oublier que le catalogue de la 3DS ne végétera pas, avec tout plein de titres inédits à venir : Fire Emblem Echoes ce 19 Mai par exemple mais aussi Hey ! Pikmin, Ever Oasis ou encore les trois jeux Kirby, tous annoncés lors du Nintendo Direct du 13 Avril dernier.

Ce n’est pas en 2017 que le catalogue 3DS va cesser de s’étoffer !

Peu de choses à dire donc sur la 3DS qui voit sa stratégie perdurer au fil des années. C’est un peu un cas particulier cette console qui, grâce à ses nombreuses variations et à un catalogue de jeux faramineux (les indés sur 3DS, c’est une mine d’or sans fin), a su constamment renouveler l’attention qu’on lui portait. Rien de bien surprenant au final : Nintendo tient son filon d’une main ferme et assurée depuis bien assez longtemps maintenant et comme il ne s’épuise pas, il ne le lâche pas.

Poursuivre les efforts sur les smartphones et tablettes

Restent donc les smart devices, comme ils disent. On l’a vu plus haut (mais c’était il y a longtemps, vous avez dû oublier depuis…), la première année de Nintendo dans ce domaine s’est avérée assez concluante. Avec le succès plus que certaine de Super Mario Run et Fire Emblem Heroes, l’entreprise l’a vu : le marché est porteur. Elle se fixe donc trois objectifs majeurs pour cette nouvelle année fiscale : maximiser le nombre de personnes touchant aux licences Nintendo en multipliant les utilisateurs de leurs titres sur smartphones et tablettes pour les amener ensuite sur consoles ; faire du marché nomade un secteur profitable à lui seul dans le business de Big N ; créer une synergie entre ce secteur et celui des consoles, ce dernier point découlant automatiquement des deux premiers.

Dernier titre smartphones/tablettes en date de Nintendo, Fire Emblem Heroes a continué de prouver l’engouement que le constructeur pouvait susciter sur des supports autres que les siens.

Mais pour faire tout cela, Nintendo reste néanmoins assez flou sur ses plans. Si une application Animal Crossing est brièvement évoquée (sans date ni rien) durant la session de questions-réponses, rien de précis ne filtre ici et tout juste nous dit-on que la volonté de Big N est de proposer des expériences de qualité optimisées pour ces supports qu’elle « découvre » en quelque sorte. Le tout se fera avec non seulement l’approvisionnement constant en contenu des applis déjà lancées (là encore cette idée de maintien de l’attention des joueurs qu’on évoquait notamment au sujet de la Switch) mais aussi en sortant un total de deux à trois applications/jeux par an. Le chiffre peut sembler bas mais c’est au final légitime. En aucun Nintendo ne peut se risquer à trop en faire ici. Certes les résultats dans ce domaine sont encourageants pour leur première année mais il ne faut pas s’emballer et, en tant qu’entreprise, Nintendo ne peut que faire attention à ne pas se laisser dépasser. Commencer par 2-3 titres annuels, c’est déjà bien et si les résultats se maintiennent ou s’améliorent même avec ce rythme, peut-être viendra-t-on à un rythme de sorties plus soutenu. Reste que je doute que Nintendo sorte plus de 5 applications/jeux par an, grand maximum. Le but principal, même si on nous parle de business autosuffisant, c’est d’appâter ceux qui ne sont pas encore sur leurs consoles. Nous verrons bien.

Un rythme de 3 sorties par an maximum semble (pour le moment) tout à fait judicieux.

____________________

C’était dense mais voilà tout ce qu’il y a à dire de ce bilan financier. On résumera tout cela en trois mots : tout va bien ! Nintendo est actuellement dans un véritable état de grâce qui, s’il perdure, lui permettra d’enfin revenir aux finances les plus saines que l’entreprise ait connues depuis pas mal de temps maintenant. La Switch fait un excellent départ, la 3DS s’envole à nouveau et l’expérimentation smartphones/tablettes s’avère concluante. Que demander de mieux ?
Eh bien on peut demander à ce que tout ceci se poursuive et s’intensifie évidemment et c’est le souhait le plus cher de Nintendo, qui va donc visiblement se donner les moyens de ses ambitions. Nul doute que l’on va beaucoup entendre parler de la Switch dans les mois à venir, laquelle est évidemment le point n°1 des initiatives majeures de Nintendo pour cette nouvelle année fiscale, lesquelles sont au nombre de trois :

  • imposer la Switch donc mais aussi…
  • …maintenir l’élan de la 3DS en soutenant la New 3DS XL et en promouvant la richesse d’un catalogue de jeux en expansion…
  • …et enfin poursuivre l’effort mené sur le front des smart devices

A ces trois objectifs clairs et nets s’ajoute évidemment un autre, transversal : toucher toujours plus de public. Je pense sincèrement que Nintendo peut y arriver. Les conditions sont actuellement réunies pour que cette année 2017-2018 réponde à ces attentes. Et je pense également que l’année 2018-2019 sera également profitable, notamment avec les arrivées de Super Mario Odyssey (il sort fin 2017 mais il y a fort à parier que son impact portera aussi sur l’année fiscale suivante, c’est Mario quoi) et d’autres titres majeurs pour 2018 (je pense notamment au Fire Emblem de la Switch, la licence connaissant elle aussi un véritable état de grâce en ce moment). A voir cependant si tout ira bien jusqu’au bout. Si la Switch arrive à attirer les tiers comme Nintendo l’espère, ça le fera sans doute, sauf si ces derniers nous refilent des portages au rabais (c’est un vrai risque, il est inutile de se leurrer) ou des titres qui feront plus office de roues de secours que de véritables hits. Tout reste à faire, c’est ce que je disais plus tôt dans l’article. Mais jusqu’ici tout va bien et l’on attendra de voir l’E3 où, d’ailleurs, Nintendo a fait le choix de ne toujours pas tenir de conférence cette année. Attendons nous donc plutôt à un ou plusieurs Nintendo Direct et au désormais sempiternel Treehouse

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9 réflexions sur “Bilan financier 2016-2017 de Nintendo : le retour du roi ?

  1. Une bonne année pour Nintendo. A voir si la dynamique se poursuivra après l annonce de la scorpio (perso je pense que Microsoft est au fond du trou, mais tout en envisageable dans le marché). Pour les jeux, l’E3 devra être prometteur, sinon on repartira dans une spirale pourrie !
    Hâte de voir se qu’il se passera dans les mois à venir .

    • Ce que je crains avec l’E3 c’est qu’en se concentrant sur les jeux Switch de 2017 ils en oublient une véritable vue d’ensemble à moyen terme et que ça soit non seulement rédhibitoire pour ceux qui n’ont pas encore acheté ou eu envie de cette console mais aussi frustrant pour ceux qui l’ont déjà.
      Parce que si on doit passer notre temps à parler de Super Mario Odyssey et de Xenoblade Chronicles 2 (en caricaturant, évidemment), ça va vite faire peu…
      Et, honnêtement, ça exclue pas mal la possibilité de voir de grosses annonces de gros éditeurs tiers qui, sans doute, iront chez Sony et Microsoft pour présenter leurs prochains hits. FIFA, Nintendo a beau le mettre en avant, ce n’est pas chez eux qu’ils iront présenter leur nouvelle itération… Malheureusement.

    • Pour ce qui est de la 2DS, elle a eu un succès fou auprès des enfants.

      Dans mon entourage tous les gosses en ont une et puis le design si singulier de cette version donne aussi plus de confiance aux parents, cette esthétique jouet solide et puis pas besoin de la plier donc moins de risque de la casser, sans compter la 3D qui pose des questions sur la santé vu qu’elle n’est pas forcément adapté pour les mirettes des mioches.

      Sinon ça fait plaisir pour Nintendo, enfin sortir la tête de l’eau malgré tant d’efforts pour sauver la Wii U.

      • La 2DS faisait partie intégrante de ce grand objectif de l’année passée qui était « attirer les gosses dans notre public ». Et ça a plus que bien marché mais je dois bien admettre que je ne pensais pas autant !

  2. Merci pour ce bilan super détaillé ! Je suis bien contente de voir que Nintendo s’en sort bien, ça me faisait un peu de souci depuis la Wii U et l’écart par rapport à la concurrence, mais il semblerait qu’on ait encore le temps de voir sortir quelques Zeldas avant de paniquer 😀 La bonne nouvelle du jour !

  3. Pingback: Nintendo à l’E3 2017 : Entre effets d’annonce et force tranquille | Dans mon Eucalyptus perché

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