[Avant-première] Brimstone, Martin Koolhoven, 2017

Brimstone, western de Martin Koolhoven. Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Emilia Jones, Carice Van Houten…
La note du Koala : 4,5/5

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Le pitch : A la fin du XIXème siècle dans l’Ouest américain, Liz (D. Fanning) est une sage-femme muette menant une vie tranquille et élevant avec son mari le fils de ce dernier et leur fille. Mais un jour, à la messe, Liz découvre qu’un nouveau révérend (G. Pearce) vient de faire son arrivée dans le petit village. La venue de cet homme est pour Liz un très mauvais présage qui lui fait comprendre que son passé violent et tumultueux est sur le point de la rattraper et que, pour s’en sortir, les échappatoires sont aussi peu nombreuses que difficiles.

La critique : Une fois n’est pas coutume, c’est au cours d’une Cinexpérience organisée par Sens Critique que j’ai pu découvrir ce film dont j’avais à peine entendu parler jusqu’ici, si ce n’est grâce à quelques photos et une bande-annonce qui m’avaient néanmoins alléché. Pour rappel, le principe d’une Cinexpérience est simple : vous recevez une invitation pour assister à une séance de cinéma à l’aveugle dans un cinéma de Paris (ici le Club de l’Etoile) et au cours de laquelle vous ne découvrez le film du soir que lorsque la projection commence. A la fin du film, une séance de questions-réponses peut être organisée avec un ou plusieurs membres du casting, le producteur ou encore le réalisateur. Ce fut le cas ici avec la venue de Martin Koolhoven, réalisateur et scénariste de Brimstone qui répondra très bientôt à une petite interview tout spécialement pour l’Eucalytpus ! Soyez aux aguets !

Cinexperience_de_Sens_Critique

Brimstone est particulier et je dois bien vous dire qu’à l’heure où j’écris ces premières lignes, deux jours se sont écoulés depuis la projection mais j’y pense encore et j’ai du mal à me remettre de la gifle que je me suis prise en regardant ce chef-d’œuvre (ne mâchons pas nos mots). J’ai un peu de mal à décrire de qu’est Brimstone. Vendu, y compris par son réalisateur, comme un western, je le vois plus comme une sorte de pot-pourri entre ce fameux genre et le thriller, auquel on aurait ajouté une pincée de la dimension mystique qu’un film fantastique pourrait revêtir. J’ai d’ailleurs longtemps cru au cours de la projection qu’une part de fantastique à proprement parler se glisserait plus largement dans le film mais il n’en fut rien au-delà de ce mystique donc, par à-coups principalement. Reste que Brimstone est une expérience à part entière. Fin mélange entre différentes influences et divers genres, c’est un film qui emprunte autant à John Ford qu’à Sergio Leone pour finalement en quelque sorte transcender ce qu’est le western : violent, brutal, sauvage… Martin Koolhoven met ici en scène une histoire éprouvante aux thèmes à la fois simples et complexes : la femme dans ce contexte historique, sa place, celle de la religion et plus précisément du fanatisme religieux… Chacune de ces problématiques cependant est abordée avec le regard le plus sombre que le cinéaste ait pu poser dessus, construisant d’office pour son film une atmosphère lourde qui va non seulement peser sur le spectateur mais aussi donner le sentiment que chacun des personnages est victime d’une imparable fatalité et constamment accompagné par un destin aussi obscur que peuvent l’être la plupart des personnages également. Car la palette de protagonistes qu’a donné Martin Koolhoven a Brimstone ne fait que participer à cette ambiance et, évidemment, le révérend se pose en exemple parfait sur cette question. Chacune de ses apparitions est à elle seule un moment de tension palpable au cours duquel un frisson parcours la longueur de ta moelle épinière pour te faire comprendre que tu n’as plus qu’une chose à faire : craindre. Beaucoup. Mais on pourrait également citer le personnage de Frank, incarné par le même Paul Anderson qui jouait merveilleusement l’un des frangins Shelby dans Peaky Blinders, le sherif Zeke ou encore Liz elle-même ou Anna. Qu’ils soient bons ou méchants, aucun personnage n’arrive à apaiser le spectateur, lequel se retrouve constamment pris à la gorge. Seul peut-être le personnage de Samuel (Kit Harrington) pourrait prétendre donner une once d’espoir avec ses allures angéliques, sinon messianiques, mais Martin Koolhoven ne se prive pas, là encore, de couper court à tout élan optimiste.

Le personnage de Liz est la pierre angulaire du film et c’est le lien qui l’unit au révérend qui donne à Brimstone son fil rouge, que l’on remonte jusqu’aux origines.

L’optimisme est d’ailleurs bien la chose la plus absente du film, y compris à la fin avec cette morale assez ambiguë qui ne laisse qu’une seule question en tête : à quoi bon ? Chaque fois que l’on croit qu’une situation ou qu’un personnage peut amener quelque chose de bon, le scénario reprend la main (avec intelligence) pour retourner les choses et continuer à faire s’empirer la vie de Liz. Et la construction générale du film ne fait que contribuer avec une finesse certaine à ce schéma. Choisissant une narration non-linéaire, Martin Koolhoven impose une situation initiale déjà complexe mais, à grands coups de flash backs qui sont autant de chapitres de l’histoire, il continue de forger cette atmosphère sordide, froide et qui te prend sans cesse à la gorge. Avec une ingéniosité remarquable, Martin Koolhoven développe son récit en remontant aux sources du mal qui pèse sur Liz, dévoilant à chaque instant de nouvelles facettes toujours plus sombres, toujours plus dramatiques et au final toujours plus malsaines. J’avoue m’être retrouvé à de nombreuses reprises particulièrement mal à l’aise face à ce que je voyais à l’écran mais le talent de Martin Koolhoven, c’est justement d’arriver à rendre l’ignoble à la fois insoutenable et regardable par une mise en scène admirable qui propose le plus souvent une violence suggérée plutôt que montrée. Alors oui, bien sûr, il y quelques « instants barbaque dégueulasses » dans le film mais j’ai ressenti tout autant sinon plus de tension avec des sons et un regard détourné de la caméra que lorsque l’on me mettait le résultat de la violence ou cette dernière elle-même directement sous le nez. Mais au-delà de parfaitement servir le scénario et le propos, la mise en images de cette histoire est somptueuse, notamment grâce à une photographie exemplaire et réfléchie qui fait de chaque plan une merveilleuse petite pépite pour les mirettes. Martin Koolhoven peut être fier du travail de Rogier Stoffers, son directeur de la photographie.

Chaque scène est une occasion de donner à Brimstone un visuel d'une qualité exceptionnelle.

Chaque scène est une occasion de donner à Brimstone un visuel d’une qualité exceptionnelle.

Brimstone a tout pour lui a priori. Scénario fin, récit puissant, narration intelligente, mise en scène et photographie impeccables… Alors on aurait pu se dire que face à tant d’atouts, il aurait au moins un souci quelque part et comme il ne restait plus que le casting à observer, on aurait (naïvement) pu croire que ce serait là qu’on le trouverait. Perdu, il n’en est rien. En plus d’être une véritable pépite visuelle et narrative, Brimstone s’offre en plus le luxe de jouir d’une distribution efficace à souhait. Dakota Fanning tout d’abord est incroyable. Muette sur une bonne moitié du film, elle arrive néanmoins à porter son personnage avec une émotion qu’on ne peut que partager. Liz n’en est que plus intéressante et son parcours plus prenant grâce à cette interprétation, laquelle est partagée avec Emilia Jones, qui l’incarne dans son adolescence et qui se trouve être LA révélation de Brimstone. La jeune actrice en est encore à ses tout débuts de comédienne puisque l’on a pu l’apercevoir pour la première fois au cinéma dans Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence avant de la retrouver plus récemment dans le Youth du génial Paolo Sorrentino puis dans l’extravagant High-Rise de Ben Weatley (autre Cinexpérience d’ailleurs sur laquelle je n’ai toujours pas réussi à mettre des mots). Malgré cela et du haut de ses 15 ans, Emilia Jones crève l’écran et confère à la Liz adolescente une teneur d’une force dont on pourrait dire qu’elle est impressionnante presque sans exagérer. Le seul hic dans tout cela, c’est peut-être que les deux versions de Liz (adulte et ado donc) ne se répondent pas totalement, les deux comédiennes apportant un jeu assez différent, Dakota Fanning semblant plus évanescente alors qu’Emilia Jones est beaucoup plus dure et brute. Mais c’est un détail.
Un mot également sur l’immense Guy Pearce qui ne fait rien d’autre ici que rappeler quel acteur surprenant et accompli il est. Et si le personnage du révérend est aussi puissant et à-même de créer le malaise par sa simple apparition, c’est avant toute chose grâce à ce merveilleux acteur, admirablement servi par la mise en scène de Martin Koolhoven. En un regard, avec une seule torsion de sa bouche ou un seul geste, Guy Pearce arrive à imposer son révérend comme l’un des personnages les plus malsains et les plus marquants que j’aie pu voir ces derniers temps (pour ne pas dire ces dernières années). A eux trois, ces comédiens portent le film sur les épaules et contribuent sans peine à en faire le chef d’œuvre qu’il est mais il convient néanmoins de citer les interprétations tout aussi honorables de Carice Van Houten et de Paul Anderson. En fait, seul Kit Harrington m’a plus ou moins laissé sur ma faim, l’ayant trouvé un peu trop…banal dirais-je. Mais c’est pour si peu de choses et c’est tellement un détail au milieu de cette si belle distribution qu’on n’en tiendra rigueur à personne.

Emilia Jones est une excellente actrice qui, aux côtés d'un géant comme Guy Pearce ou d'une très bonne comédienne comme Dakota Fanning, n'a aucun mal à se forger une solide présence.

Emilia Jones est une excellente actrice qui, aux côtés d’un géant comme Guy Pearce ou d’une très bonne comédienne comme Dakota Fanning, n’a aucun mal à se forger une solide présence.

Surprise par sa simple nature de Cinexpérience, Brimstone en fut également une par toutes les qualités dont il fait preuve. Subtil et audacieux mélange entre western et thriller, le denrier film de Martin Koolhoven saisit le spectateur à la gorge et ne le lâchera qu’à la fin du générique, après lequel on restera encore un peu sonné par ce que l’on aura vu pendant ces deux heures et demie. Brutal et violent, Brimstone l’est non seulement par la succession d’événements et d’actes difficiles qui s’enchaînent mais aussi par ce qu’il raconte au-delà de tout ça sur le fanatisme religieux ou la difficile condition de la femme à cette époque. Une vraie pépite qui sort le 22 Mars prochain et que je vous recommande plus que chaudement d’aller découvrir !

Le « Oh au fait ! » :
Le rôle principal tenu par Dakota Fanning devait à l’origine revenir à Mia Wasikowska. Quant au personnage campé par Kit Harrington, c’est d’abord à Robert Pattison qu’il devait être confié.

Brimstone a été présenté en premier lieu à la Mostra de Venise 2016, où il concourrait en sélection officielle.

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6 réflexions sur “[Avant-première] Brimstone, Martin Koolhoven, 2017

  1. Brimstone… Ça a l’air cool ! Très peu de communication autour de ce film, je comprends mieux pourquoi je n’en avais pas entendu parler avant ton article. Et merci pour cette grande découverte qu’est Cinexpérience ! J’ignorais aussi que ça existait ^^

    • Si tu es sur Paris, les Cinexpériences sont à faire ! J’ai déjà assisté à plusieurs d’entre elles et j’ai quasiment à chaque fois assisté à la projection de pépites : « Belgica », « High-Rise », « Jodorowski’s Dune »… C’est génial ! Et gratuit !

      Quant à « Brimstone », il est vrai que la communication n’est pas intense autour de lui, mais comme souvent au final avec les films présentés en Cinexpérience justement, lesquels sont toujours plus ou moins indés !

      Je t’encourage plus que chaudement à aller le découvrir en tous cas ! Et si jamais tout ceci t’intéresse, je publierai très bientôt une interview que le réalisateur Martin Koolhovoen a très gentiment accepté de donner pour le blog ! Ce sera en ligne le 15 Mars ! 🙂

  2. Le genre de film qui jette un froid ! (Ah ah)

    Casting trois étoiles pour ce film que tu me fais découvrir, je vais me jeter dessus en espérant un accueil des plus chaleureux ! (Oh oh)

    • Mais qu’il est drôle ! La joie vit dans tes jeux de mots, on ne s’en lasse pas !

      Mais ouais, va voir ce film, je pense qu’il te plaira pas mal !

      Et la semaine prochaine je publie une interview que j’ai eue avec le réalisateur justement donc, si ça te dit de repasser par là à ce moment… :3

  3. Pingback: Interview avec Martin Koolhoven, réalisateur de « Brimstone  | «Dans mon Eucalyptus perché

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