« Frontier », saison 1 : La révolte à tâtons

Je n’avais strictement jamais entendu parler de Frontier avant de lui tomber dessus complètement par hasard en errant sur le catalogue Netflix un soir où je n’avais visiblement pas grand-chose de mieux à faire. Et cette méconnaissance de la série est presque surprenante quand on sait quel intérêt je porte à l’époque ici concernée, à savoir la fin du XVIIIème siècle. Riche en événements historiques majeurs, cette période est propice à la mise en place de bon nombre d’intrigues potentiellement de haute volée ! Or, Frontier fait de cette période de tumultes et de prémices des remises en question des empires coloniaux son cadre général, celui dans lequel évolueront des personnages dont on espère au prime abord qu’ils y seront un tantinet lié. Ne suivant que ma brave curiosité (et la joie d’avoir enfin trouvé un truc à regarder après avoir passé tant et tant de pages sur ce maudit catalogue), je me suis donc lancé dans cette première saison.

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Co-produite par Netflix et Discovery Canada, Frontier a été créée (entre autres) par Brad Peyton, habitué des formats télévisuels puisqu’il a aussi été à l’origine de What It’s Like Being Alone, réalisateur de quelques épisodes sur Republic of Doyle ou encore scénariste et producteur du téléfilm canadien Pirate’s Passage. Au cinéma, Peyton ne s’est réellement « illustré » qu’avec les réalisations de Comme Chien et Chat : La Revanche de Kitty Galore, Voyage au Centre de la Terre 2 (il fera aussi le 3…) et de San Andreas. En bref : Brad Peyton n’est pas encore quelqu’un dont le nom parle réellement ou inspire d’office la plus grande des confiances. Rien qui puisse me rebuter néanmoins puisque je n’ai cherché cette information qu’après avoir regardé la série dont il est question ici. A son sujet d’ailleurs, sachez qu’il s’agit d’un format ne comprenant pour le moment qu’une seul et unique saison de six épisodes seulement. L’intrigue se situe quelque part vers la fin du XVIIIème siècle, à une époque où le Canada est encore dominé par l’Empire Britannique, le tout prenant place dans la Baie d’Hudson, une vaste région qui fut au cœur de luttes entre la France et le Royaume-Uni à l’époque, les deux pays cherchant à y obtenir l’exclusivité du marché des fourrures. Et c’est justement sur cet aspect que se base l’intégralité de l’intrigue de Frontier, laquelle se choisit comme personnage principal Declan Harp (Jason Momoa), lui-même vendeur de peaux et fourrures qui cherche à faire cesser le monopole de l’Hudson’s Bay Company sur ce marché. Se profile alors un scénario probablement fait de luttes commerciales intestines, de complots, de trahisons, le tout dans un contexte historique tendu. Sur le papier, l’idée reste intéressant tant qu’elle est bien traitée.

Campé par Jason Momoa, Declan Harp est le personnage principal de Frontier, à défaut d'en être le héros.

Campé par Jason Momoa, Declan Harp est le personnage principal de Frontier, à défaut d’en être le héros.

Sauf que voilà, Frontier est mal maîtrisée… Et ce n’est pourtant pas la faute à ses thématiques de base. Rien que son titre déjà pourrait laisser envisager de belles choses car la « frontier » anglais, ce n’est pas la frontière au sens de délimitation politique d’un territoire mais plutôt au sens d’un espace limité, pas encore totalement conquis et apprivoisé, en croissance constante et où la civilisation s’impose progressivement. C’est un espace encore relativement sauvage, à l’image de celui des zones les plus à l’Ouest des ex-colonies britanniques d’Amérique après leur indépendance en 1776. Tout y est à faire et c’est une zone qui suscite pas mal de fantasmes de par sa nature sauvage dont on pourrait associer l’atmosphère à celle qui régnera plus tard au far west. Au-delà de ça, Frontier a plusieurs pistes intéressantes dessinées droit devant elle : le commerce de peaux et les concurrences qui en découlent, l’empire britannique et sa main de fer sur ses colonies, la place et le rôle des indiens (ici les Cris en particulier) ou encore, peut-être, les prémices d’une révolte… La série s’empare de chacun de ces plans-là et tâche de tous les traiter pour se donner une consistance, un background fort et porteur. Seulement, à vouloir tout traiter en même temps, Frontier le fait avec maladresse. Pas sans intelligence car ce n’est pas bâclé pour autant, mais on regrette de constater au fur et à mesure des épisodes que tout ceci ne sert plus que de prétexte à un scénario qui pourrait bien au contraire s’en nourrir de la meilleure des façons ! Au lieu de cela, la série se laisse aller à une histoire assez banale de vilains impériaux et de rebelles qui ne sont pas trop trop contents. Le tout dans une schéma où l’on se retrouve finalement à une multiplicité de destins qui se croisent et s’entremêlent plus ou moins par hasard. A l’issue de cette saison, je me dis finalement que je me suis accroché essentiellement pour savoir comment tout ceci allait se terminer (en attendant la saison 2 évidemment). Car même si j’ai trouvé que Frontier pouvait parfois cruellement manquer d’originalité, je dois bien admettre que je me suis laissé prendre au jeu et que je n’ai en aucun cas passé un mauvais moment devant cette série. Pas excellent non plus cela dit.

Avec la fameuse frontière comme terrain de jeu, Frontier aurait pu jouir d'un univers aussi obscur que brutal et à la limite du mystique. De tout cela, elle ne garde que la brutalité, pas toujours au top non plus.

Avec la fameuse frontière comme terrain de jeu, Frontier aurait pu jouir d’un univers aussi obscur que brutal et à la limite du mystique. De tout cela, elle ne garde que la brutalité, pas toujours au top non plus.

En fait, au-delà de cette apparente banalité dont on peut quand même tout à fait passer outre, le réel souci avec Frontier repose dans sa construction générale, que celle-ci touche à l’intrigue ou aux personnages. Dans le premier cas, non seulement ce n’est pas révolutionnaire mais en plus c’est assez bancal, notamment dans le sens où la mécanique s’essouffle assez vite. Sans jamais trouver son rythme de croisière, Frontier tente à plusieurs reprises de renouveler l’intérêt du spectateur par quelques pirouettes scénaristiques mais ce n’est pas suffisamment audacieux. En s’appuyant pour l’essentiel sur des ressorts un peu rouillés, le scénario n’arrive pas à proposer une succession de péripéties qui soit suffisamment emballante pour apporter constamment un nouveau souffle qui saurait tenir le spectateur en haleine. Pire, il faut attendre l’épisode 4 (et j’irai même jusqu’à dire la fin de ce dernier) pour qu’il se passe un événement qui soit assez fort pour qu’on se dise devant son écran : « Ah ! Il va se passer quelque chose là !« . C’est dommage que ça n’arrive qu’à la fin de la saison quasiment. Surtout que l’événement en question n’est au final fort qu’en comparaison des autres qui se sont produits avant lui dans les épisodes précédents. Sans compter qu’en plus de ça, le dernier épisode de la saison n’arrive à dépasser le reste que parce qu’il précipite en une cinquantaine de minutes ce qui aurait dû se passer bien plus tôt dans une saison qui aurait demandé à être plus longue en plus de ça.

"Bon les gars, on va se révolter hein, mais pas trop vite quand même !"

« Bon les gars, on va se révolter hein, mais pas trop vite quand même !« 

Le souci de construction se retrouve (hélas) également dans le cas des personnages, lesquels sont profondément inégaux. Multipliant les protagonistes, Frontier cherche à juste titre à offrir un panel plus ou moins large de figures dont les enjeux se croisent, s’entremêlent, s’opposent, le tout conduisant a priori à offrir non seulement de quoi donner une teneur scénaristique au projet (mais on a vu que ce n’était pas gagné) mais aussi une vision assez réaliste de la situation de l’époque sur les rives de la baie d’Hudson. N’étant pas historien, j’apprécie ce dernier effort (la patte Discovery Canada, à n’en point douter) mais ne ferait évidemment pas de Frontier ma référence en la matière. Reste que cette multiplicité de personnages, aussi louable soit-elle, frise l’écueil à plusieurs reprises. Inégaux donc, ces protagonistes ne jouissent en aucun cas d’un traitement qui puisse être solide. Les personnages principaux occupent la place qu’ils méritent mais les secondaires sont d’un anecdotique à deux doigts d’être navrant. Mais le pire reste encore que même les principaux sont inégaux entre eux. En fait tout semble avoir été mis sur les épaules de Declan Harp (J. Momoa), au détriment d’autres individus qui mériteraient pourtant d’être un chouïa plus approfondis comme Michael Smyth (Landon Liboiron) ou Lord Benton (Alun Armstrong). Et le souci est qu’en faisant comme cela, Frontier n’arrive même pas à donner à Declan toute l’épaisseur qu’il mériterait. On a beau sentir tout au long de la saison tout le vécu qu’il y a derrière le personnage, on n’y touche que trop peu, par à-coups trop fugaces pour faire en sorte qu’il soit assez étoffé. Et si des révélations sont faites à son sujet en toute fin de saison, c’est déjà trop tard malheureusement. Quant au casting, il n’y a pas forcément grand-chose à dire de plus et l’on oscille gentiment entre le convenable et le passable. Alun Armstrong par exemple est parfait en Lord Benton froid et cruel, d’un cynisme absolu. A ses côtés, Jason Momoa ne fait pas pâle figure mais peine néanmoins à totalement convaincre. Pour autant, il serait injuste de dire qu’il ne fait pas convenablement le job qui lui est demandé. Brutal, assez peu fin, son jeu est au final à l’image de son personnage, cette espèce de brute épaisse marquée qui n’en demeure pas moins touchante. Je ne ferai pas l’intégralité de la distribution comme ça mais un mot tout de même sur Landon Liboiron, qui ne demande qu’à peaufiner son interprétation de Michael Smyth, lequel est encore trop bancal, pour ne pas dire banal ; ou encore pour Evan Jonigkeit, appréciable capitaine Chesterfield par un jeu somme toute assez naturel qui se veut presque être l’un des plus corrects de l’ensemble de la distribution.

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Evan Jonigkeit, que je ne connaissais pas avant cette série, en est certainement la meilleure surprise.

Frontier part donc sur des postulats intéressants a priori mais les dessert malheureusement par un certain manque d’inventivité et de construction. Assez peu emballante, la série se laisse suivre presque malgré nous et laisse le spectateur dans une double impression pas toujours très agréable, hésitant finalement entre l’envie de croire qu’il y a mieux à faire et que la saison 2 apportera et le sentiment que tout ceci restera quand même assez brouillon et incapable de réellement dépasser son propre niveau, lequel est largement en deçà de ce qu’il promet sur le papier. On se retrouve alors avec une série dont la faiblesse du scénario pénalise plutôt tout le côté historique de cette dernière. A titre personnel, je pense que je poursuivrai au moins sur la saison 2 mais que si celle-ci ne fait pas mieux que la précédente, je finira par passer mon chemin pour m’intéresser à des œuvres plus travaillées. A voir…

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7 réflexions sur “« Frontier », saison 1 : La révolte à tâtons

  1. Je sais toujours pas si j’ai aimé cette série ou non. Par contre, je sais que j’ADORE le générique.
    Je te rejoins sur certain point, le manque d’épaisseur de Momoa (du perso’ pas de l’acteur.. L’acteur est plutôt épais lui.. Ha. Ha. Je sais je sais) bref, … J’ai adoré la (me demande pas son nom.. me souviens plus) tennancière du bar. Le rôle d’Evan Jonigkeit est incroyable et l’acteur aussi. Mais c’est vrai qu’on côtoie tellement de personnages qu’à un moment donné, je ne savais plus où donner de la tête. J’attends la saison 2 pour me décider une bonne fois pour toute sur cette série. Dans l’ensemble j’ai été quand même agréablement surprise n’en attendant rien de particulier.
    Maintenant, est-ce que tu as vu The Expanse? (qui pour moi mérite clairement un coup d’oeil!!) Dirk Gently (avec mon Elijah Wood!) Et bien sur la dernière de Netflix Santa Clarita Diet qui est… a voir parce qu’à mourir de rire (je trouve) 🙂 En tout cas, très bon article, comme toujours! 🙂

    • Ah oui j’aime bien le générique aussi !

      La tenancière de bar, je ne l’ai pas évoquée mais j’avoue que je l’ai plutôt appréciée aussi. Les personnages féminins sont pourtant assez peu intéressants dans l’ensemble mais celle-là s’en tire bien.

      The Expanse je n’ai pas encore vu, je me tâte. Dirk Gently j’ai vu deux épisodes, il faudrait que je finisse.
      Quant à Santa Clarita Diet, j’ai vu oui et…enfin on en reparlera. 😉

      • The Expanse est une petite merveille pour moi. J’ai adoré. Bon après, je reconnais qu’il faut aimer le genre.
        Dirk faut s’accroché aussi, j’ai rien compris pendant un petit moment avant d’avoir la lumière à tous les étages.
        Et Santa Clarita, … L’humour. Avec mon conjoint on s’est marré comme des teubé pendant une journée en se mangeant la série.

        Et bah; les perso feminin c’est ce qui m’a le plus plu dans cette série je pense.

  2. Je n’aime pas Momoa, mais j’aime ton blog.

    T’as réussi à me donner envie mais aussi le contraire donc bon.

    Enfin moi et les séries…

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