[Avant-première] Quelques Minutes Après Minuit, Juan Antonio Bayona, 2017

Quelques Minutes Après Minuit, film fantastique de Juan Antonio Bayona. Avec Lewis MacDougall, Liam Neeson, Sigourney Weaver, Felicity Jones…
La note du Koala : 2,5/5

affiche-monsters-call

Le pitch : Alors que sa mère (F. Jones) est gravement malade, que sa grand-mère (S. Weaver) veut l’emmener vivre avec elle, que son père (T. Kebbell) est absent et que la vie à l’école n’est pas simple, le jeune Conor O’Malley (L. MacDougall) se réfugie malgré lui chaque nuit auprès d’un monstre (L. Neeson) qui lui racontera trois histoires jusqu’à ce que lui, Conor, raconte à son tour son histoire, qui sera sa vérité.

La critique : C’est grâce à Sens Critique que j’ai pu découvrir en avant-première le dernier film de Juan Antonio Bayona le 29 Novembre dernier, à l’UGC des Halles de Paris. C’est donc dans le confort de la salle 1 de ce cinéma que j’ai pu voir Quelques Minutes Après Minuit un peu plus d’un mois avant sa sortie officielle, le film n’arrivant réellement sur les écrans français qu’à partir du 4 Janvier 2017 (d’où le 2017 dans le titre, qui vous aura peut-être étonné). Mieux encore, le réalisateur était lui-même présent pour nous présenter le film et se prêter à un jeu de questions-réponses qui eut été bien plus agréable à suivre si les questions les plus pertinentes n’avaient pas été noyées sous la masse trop importante des questions sans réel intérêt (« C’est bien de tourner avec un enfant ? », « Comment vous faîtes pour passer dans un même film du live action à l’animation ? », non mais sérieusement…).

Quelques Minutes Après Minuit est l'adaptation de la nouvelle éponyme de Patrick Ness, illustrée par Jim Kay.

Quelques Minutes Après Minuit est l’adaptation de la nouvelle éponyme de Patrick Ness, illustrée par Jim Kay.

Adapté du livre Patrick Ness, Quelques Minutes Après Minuit a été d’ailleurs scénarisé par ce dernier. L’objectif du livre initial pour ceux qui le découvriraient ici était d’aider les enfants à affronter la maladie de leurs parents et, le cas échéant, le deuil. Déjà la mission n’est pas simple : faire passer un message encourageant à des enfants qui se retrouvent dans une situation d’une tristesse absolue. Le bouquin a pourtant rencontré un franc succès et sa façon de remplir cette tâche avec brio a été amplement saluée. Restait cependant à faire de même avec le film. Là encore, même objectif, mêmes enjeux. Car si Quelques Minutes Après Minuit s’adresse au final à tout le monde, il est censé rester un film pour enfants et qui s’adresse à ces derniers pour évoquer un truc qui fait foutrement mal. Et pour cela, on ne peut pas vraiment que Juan Antonio Bayona y soit allé avec le dos de la cuillère. Aucun doute n’est permis quant à l’état de la maman du jeune Conor et, d’entrée de jeu, le film te plombe l’ambiance en deux séquences et trois répliques. Si l’intention est intéressante (va faire un film pour enfants en commençant par ça toi), le défi que ça implique l’est tout autant, surtout qu’il est costaud. Comment arriver à composer un scénario qui puisse s’adresser aux plus jeunes (pas trop quand même) tout en sachant apporter un propos qui ne sera ni éculé, ni mal maîtrisé ? Seulement voilà, le défi est certes posé mais on ne peut pas dire qu’il soit totalement relevé… Au final, Quelques Minutes Après Minuit repose sur un schéma classique au possible qui ne surprend malheureusement jamais. Tout est relativement cousu de fil blanc, de la composition des personnages à l’enchaînement des événements et il est aisé de deviner comment les choses vont se dérouler dans la séquence suivante.

Pour évoquer son sujet, Quelques Minutes Après Minuit tâche d'élaborer une relation mère-fils vraisemblable et prenante et, de ce point de vue là, c'est assez bien fait.

Pour évoquer son sujet, Quelques Minutes Après Minuit tâche d’élaborer une relation mère-fils vraisemblable et prenante et, de ce point de vue là, c’est assez bien fait.

C’est d’autant plus dommage que la mise en scène ne se révèle pas non plus particulièrement originale. Pour tout dire, elle se laisse tranquillement aller sur un petit air de déjà-vu qui, sans réellement tout gâcher, n’enthousiasme pas plus que ça. Mais je ne veux pas trop exagérer et reconnaître à ce film sa capacité à malgré tout se laisser regarder. Car s’il est très attendu dans sa forme comme dans son fond, il n’en demeure pas moins sympathique et quelques uns de ses éléments pourraient presque être considérés comme des atouts. Je pense notamment aux séquences animées qui correspondent aux histoires que le monstre raconte et qui sont, à mon sens, franchement jolies et bien pensées. Mais hormis cela, les vraies grandes qualités de Quelques Minutes (ça va plus vite comme ça) sont assez rares et le film laisse un triste goût de déjà-vu un peu amer. Restent alors deux options pour le spectateur : prendre le film avec ses rares qualités et ses trop nombreuses faiblesses et finalement le trouver moyen (sinon assez mauvais) ou, seconde possibilité, y voir un film pour enfant, sorte de conte triste qui ne prétend à pas grand-chose de plus. Si j’ai d’emblée choisi cette seconde option à mesure que je regardais le film ainsi qu’en sortant de la salle de cinéma, le recul me fait dangereusement pencher pour la première aujourd’hui et je me vois forcé de revoir ma note à la baisse en accordant finalement à ce film tout juste la moyenne. J’aurais objectivement pu mettre même moins que ça mais force est de constater que je n’ai pas réellement passé un mauvais moment. Le côté « on me raconte une histoire comme à un enfant et ça me va » reste néanmoins présent mais il faut bien que je le nuance avec les choses qui, maintenant, me semblent évidentes. Et ces éléments-là ne jouent pas vraiment en la faveur de Quelques Minutes Après Minuit.

Le monstre a pour lui d'être très fidèle à l'apparence que Jim Kay lui a donnée dans les illustrations du livre original.

Le monstre a pour lui d’être très fidèle à l’apparence que Jim Kay lui a donnée dans les illustrations du livre original.

Restait cependant le casting pour tenter de faire en sorte que le prochain long-métrage de J.A. Bayona soit tout de même sauvé. Et il faut bien admettre que si l’on n’est pas face à une distribution dans la plus grande des formes, les principaux comédiens font néanmoins le job, à commencer par Lewis MacDougall, que je découvre totalement ici. Le jeune comédien fait certes preuve d’une prestation assez classique (en raison de l’écriture du personnage et de la direction qu’on lui a demandé de suivre, à n’en point douter) mais il a pour lui de le faire plutôt bien. Son jeu a beau être assez calibré pour rentrer dans le cadre qu’on lui a fixé, on sent tout de même quelque chose derrière, une volonté de très bien faire les choses ainsi qu’un talent en devenir, encore en construction mais qui pourra, avec l’expérience à venir, un jour pleinement éclater. Bref, un vrai bon potentiel chez cet acteur. Concernant les grosses têtes d’affiche, difficile déjà de juger Liam Neeson, dont on n’aura finalement que la voix (le monstre est bien entendu en images de synthèse et c’est à Tom Holland qu’a été confié le travail de motion capture). Mais quelle voix ! Avec son timbre puissant et son ton posé, l’acteur arrive malgré tout à donner une certaine consistance à son monstre. On ne pourra cependant pas forcément en dire tout autant de Sigourney Weaver, laquelle est toujours la bienvenue dans n’importe quel film mais qui assure ici une prestation assez minimale. Le constat est d’ailleurs le même pour Felicity Jones qui, sans faire n’importe quoi bien évidemment (de même pour Sigourney Weaver, qu’on s’entende bien), ne fait pas non plus grand-chose d’exceptionnel. Chacune des deux actrices joue son rôle tel qu’il semble être présenté sur le papier mais n’y apporte pas un supplément d’âme qui n’aurait pourtant pas fait de mal à un film qui en manque cruellement.

Si Lewis MacDougall livre une interprétation somme toute de qualité, il aurait cependant intéressant qu'il ne soit pas si cadré par son réalisateur. J'aimerais vraiment le voir à l'avenir dans des rôles plus libres.

Si Lewis MacDougall livre une interprétation somme toute de qualité, il aurait cependant intéressant qu’il ne soit pas si cadré par son réalisateur. J’aimerais vraiment le voir à l’avenir dans des rôles plus libres.

Quelques Minutes Après Minuit est un film assez particulier. Il s’adresse aux enfants mais en même temps on se verrait mal amener un gamin voir quelque chose d’aussi triste. Alors ça tâche de prendre la forme d’un conte pour faire passer la pilule mais déjà ça n’enlève rien à la tristesse de la chose mais en plus ça n’arrive pas à la hauteur de ses ambitions, ou tout du moins à faire preuve d’une originalité suffisamment convaincante. Le tout étant donné à voir dans un classicisme assez simple (sinon simpliste), certains finiront la séance déçus, d’autres avec le sentiment de ne pas avoir passé un mauvais moment mais pas vraiment un bon non plus. Avec le recul, on finira quand même tous par trouver Quelques Minutes Après Minuit un peu décevant, sinon totalement…

Le « Oh, au fait ! » :
A l’origine, le livre dont est tiré ce film n’est pas l’idée de son auteur Patrick Ness. Ce dernier a en réalité repris le travail initié par Siobhan Dowd, laquelle est malheureusement décédée avant de terminer son histoire.

Tom Holland, qui a donc prêté sa gestuelle au monstre doublé par Liam Neeson, est actuellement en négociations pour jouer dans une prochaine adaptation d’un autre livre de Patrick Ness, Le Chaos en Marche, aux côtés de Daisy Ridley.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s