« Stranger Things », saison 1 : Pot pourri

Loin devant un Luke Cage encore tout chaud sorti du four (et qui ne semble pas faire l’unanimité), Stranger Things aura sans doute été la série Netflix la plus attendue ces derniers temps. La plus regardée, je n’en sais strictement rien mais la plus présente au cœur des conversations entre sérievores certainement. Fort de son caractère SF – voire horrifique sur les bords – ainsi que de son penchant assumé pour les références 80’s, le projet avait tout pour s’imposer comme une nouvelle référence de la science-fiction telle qu’on la connaissait il y a 30 ans, bercés que l’on fut par les œuvres de Steven Spielberg, George Lucas et Robert Zemeckis (entre autres). Tout pour plaire je vous dis. Tout pour réussir, un peu moins…

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A priori, je suis le public-cible de Stranger Things. Entre 25 et 40 ans (spectre large, n’est-ce pas ?), amateur de SF, fan des trois cinéastes que j’ai évoqué plus haut… Cette série a clairement été conçue (certainement avec les meilleures intentions du monde) pour ce genre de personnes que la plupart des geeks de cette tranche d’âge pourront dire être. C’est même, si on y réfléchit bien, un pur produit de consommation pensé pour être vendu à une partie bien précise de la population télévisuelle. Le risque alors quand on prend conscience de cela (et c’est facile de le faire, il suffit de regarder la bande annonce et le résumé de la chose), c’est de se retrouver face à quelque chose qui parlera aux uns sans penser aux autres, à un pot pourri de ressorts connus et ce genre de choses qui pourraient éventuellement faire de la série, en l’occurrence Stranger Things donc, un semi-échec. Semi seulement car l’on peut toujours espérer que ça soit bien fait néanmoins, rien ne l’en empêche.

Pour la faire courte, Stranger Things est une série en 8 épisodes d’environ 50 minutes chacun qui raconte comment un jeune garçon va mystérieusement disparaître et comment sa mère et ses amis vont tout faire pour le retrouver, le tout avec un côté « organisation militaro-scientifique secrète qui cache des choses mystérieuses ». Bon, a priori, la chose rejoint un peu ce que je disais avant par le côté légèrement ressassé de ce pitch. Disparition sans explication, phénomènes étranges et paranormaux, secrets gouvernementaux (ou pas, on laissera planer le doute un bon moment)… On a déjà vu ça. Cependant, on se laisse porter par cette idée de plonger dans un univers obscur, potentiellement dense (voire complexe), fait de monstres et de gamins aux accents geek so 80’s. Et le fait est qu’on suivra finalement l’intégralité de cette saison première sans déplaisir et même avec envie la plupart du temps. Stranger Things est d’ailleurs construite de façon à ce que chaque épisode renouvelle un tant soit peu l’intérêt du spectateur en se calant sur une rythmique certes éculée mais qui fonctionne toujours bien (d’où le fait qu’elle soit éculée d’ailleurs…). Situation initiale, péripétie(s), situation nouvelle, suspense, épisode suivant et on recommence… Soit, ça marche assez bien dans la majorité des cas alors pourquoi pas ?

Des gamins aux prises avec des trucs surnaturels, c'est un truc qui fonctionne quasiment toujours sur le papier alors allons-y !

Des gamins aux prises avec des trucs surnaturels, c’est un truc qui fonctionne quasiment toujours sur le papier alors allons-y !

Le hic c’est qu’en fait, non, ça ne marche pas si bien que ça. Je ne dis pas que c’est l’ensemble de la saison qui ne fonctionne pas et qui serait à revoir mais elle souffre de véritables lacunes. Cette construction peut être une bonne idée dans le sens où, à défaut d’être originale, elle peut être un bon support pour un récit maîtrisé, calculé, surprenant aussi. Sauf que c’est exactement ce que n’est pas (totalement) Stranger Things. Bien au contraire, la série des frères Duffer n’arrive pas à vraiment se donner les moyens de ses ambitions (à savoir vraisemblablement devenir une nouvelle référence pour la SF à l’écran, qu’il soit grand ou petit) et tout ce qui fait ses qualités ne lui est en rien propre. La mise en scène ? Déjà vue chez Spielberg. La musique originale à grands coups de synthés ? Déjà entendue chez Carpenter. Les chansons non-originales qui ponctuent la BO ? Déjà entendus partout ailleurs depuis les années 1980. Dans sa forme, Stranger Things n’invente rien et c’est pourtant un peu ce qu’on espérait qu’elle ferait. Parce que se construire sur un schéma classique, c’est une chose, ne rien en faire pour s’émanciper de ça, c’en est une autre. Le pire de cette observation réside dans le constat global qu’on fera de la saison. Si chaque épisode arrive parfois laborieusement à s’en sortir individuellement, le lien qui les unit est certainement la principale faiblesse du tout qu’ils forment. En fait, Stranger Things n’arrive pas à se développer correctement. Tant et si bien qu’au septième et donc avant-dernier épisode, la série est ENCORE en train de mettre en place certains éléments de son intrigue. Elle a posé bien des questions et n’y aura apporté que trop peu de réponses, aura développé des arcs et personnages initialement prometteurs mais finalement quasiment dispensables. Tout ce qui touche au projet MKULTRA est un exemple. Ça ne vous dit rien ? C’est bien ce que je disais… Alors oui, on me répondra qu’on verra tout ça plus tard, dans cette saison 2 déjà annoncée mais là encore, de manière certainement très subjective, je trouve l’idée d’une suite directe dommage. On aurait très bien pu en finir avec ce récit-là et proposer autre chose en suite, de nouveaux personnages, de nouveaux phénomènes étranges… Le titre se prêtait déjà à faire de Stranger Things une série anthologique mais il n’en sera rien. Tant pis…

Stranger Things

Stranger Things

Pour autant qu’on puisse trouver moult défauts à Stranger Things, la série se laisse néanmoins regarder, sans doute pour les quelques qualités qu’elle arrive quand même à avoir. Car, qu’on le veuille ou non, son schéma a beau être éculé il n’en demeure pas moins efficace. Encore une histoire de vieux pots et de meilleures confitures… Ça me chagrine un peu d’ailleurs parce qu’au final mon avis sur cette première saison est à son image : ambivalent. Je pourrais autant passer mon temps à énumérer ses problèmes qu’à me contenter de ses quelques idées au-dessus de la moyenne. Reste qu’à la fin, c’est tout le penchant négatif de mon point de vue qui reste car, rapidement, les références s’effacent devant l’incapacité à les dépasser. Et surtout à ne serait-ce que les toucher du doigt en termes de qualité. La bande de gamins de cette série est bien bien loin d’égaler la sympathie de la troupe des Goonies ou d’E.T. et tout le caractère SF assez sombre est bien loin de faire autant douter et éventuellement flipper que les œuvres de Carpenter. Et puis concernant la distribution, on a du mal à y trouver réelle satisfaction. La plupart des comédiens (Winona Ryder incluse) peinent à offrir un jeu qui ne soit pas trop caricatural, sinon outrancier. Je n’ai en plus pour ma part apprécié quasiment aucun des quatre jeunes acteurs que cette série nous fait découvrir, si ce n’est Gaten Matarazzo (Dustin, celui à qui il manque des ratiches). Et encore, le jeune garçon s’enferme assez rapidement dans la caricature du « rigolo de la bande », celui qui a un truc physique dont on se moque mais qui a un grand cœur quand même parce que « les moches sont nos amis ». Ce genre de trucs, ça marchait déjà assez bizarrement dans les 80’s, je crois qu’on pourrait passer à autre chose en 2016, non ? Et finalement il n’y a guère David Harbour, qui campe le policier Hopper, qui m’a vraiment plu et que j’avais plaisir à retrouver, d’autant que son personne était sans conteste possible le plus intéressant et le mieux écrit du lot. J’irais même jusqu’à dire que dans l’optique d’une saison 2, j’aurais bien aimé qu’on passe à une toute nouvelle affaire mystérieuse mais en gardant ce personnage comme personnage principal. Ouais, ça aurait été pas mal du tout comme plan.

Meilleur personnage, meilleur acteur de la saison, on en demande plus (pour une fois dans cette série) !

Meilleur personnage, meilleur acteur de la saison, on en demande plus (pour une fois dans cette série) !

Stranger Things m’a donc largement laissé sur ma faim. On m’avait vendu une série qui saurait me faire renouer avec les plaisir des films SF avec gamins et monstres inclus des années 1980 et finalement je me retrouve avec huit épisodes d’un format qui cumule les références sans jamais les dépasser ou les transcender, préférant trop facilement se reposer sur l’espoir que ces influences satisferont les foules et sur des mécaniques tellement huilées qu’on glisse dessus sans vrai plaisir. Alors oui, des bonnes idées il y en a quelques unes mais elles sont quasiment toutes flinguées par une construction au classicisme affolant. Sans réelle inventivité sur le fond comme sur la forme, Stranger Things a été portées aux nues pour des raisons qui me dépassent et c’est d’après moi bien à cette série qu’on aurait dû faire le procès qui fut celui du très bon Super 8 de J.J. Abrams, lequel regorgeait certes de références mais qui savait aussi aller plus loin et, surtout, mettre en scène une histoire et des personnages sinon passionnants, au moins vraiment appréciables. Dommage.

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5 réflexions sur “« Stranger Things », saison 1 : Pot pourri

  1. Je suis une grande fan de cette série télévisée ! Je trouve que c’est l’une des meilleures productions de Netflix. C’est grâce à une amie que j’ai découvert cette réalisation.

  2. Pingback: « Stranger Things , saison 2 : Better things | «Dans mon Eucalyptus perché

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