Cinexpérience du 19 Avril 2016 : Dough, John Goldsmith, 2016

Bon, niveau Cinexpérience, je ne vous ai pas parlé de tout ces derniers temps. Je ne vous ai pas parlé de Jodorowsky’s Dune par exemple parce que je n’ai pas été foutu de pondre un truc sur un documentaire pourtant génial que je recommande encore et encore. Et je ne vous ai pas non plus parlé de High-Rise parce que j’ai mis beaucoup trop de temps à me mettre à écrire à son sujet, tant et si bien que je ne savais au final plus quoi dire si ce n’est qu’il m’a fait l’effet d’une double paire de claques sur mes petits joues rebondies. Du coup je m’étais dit que pour la prochaine cinexpérience à laquelle je participerais, je me ferais un peu violence et je tâcherais de rédiger un truc rapidement, histoire de. Pas de bol, la prochaine fut celle où l’on nous a projeté Dough de John Goldmisth, mardi dernier.

Cinexperience_de_Sens_Critique

Dough, comédie dramatique de John Goldsmith. Avec Jonathan Pryce, Jerome Holder, Ian Hart, Philip Davis…
La note du Koala : 2/5

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Le pitch : D’un côté, il y a Nat (J. Pryce), vieux boulanger juif qui refuse encore et toujours de céder son bail à Sam Cotton (P. Davis), ambitieux promoteur immobilier. De l’autre, il y a Ayyash (J. Holder), jeune réfugié du Darfour et musulman qui veut travailler pour Victor (I. Hart), dealer de son état. A première vue, rien ne devrait pousser les deux personnages à se rencontrer mais quand Nat recherche un nouvel apprenti et qu’Ayyash a besoin d’un travail de façade pour bosser en parallèle pour Victor, forcément, ça précipite un peu les choses.

La critique : Sans rien savoir du film, jusqu’à ignorer son existence même, avant de le voir, Dough a pourtant tout fait très vite. Trop, en fait. Cette espèce de comédie dramatico-sociale de John Goldsmith a réussi le pari d’être pliée dans les dix premières minutes et de se laisser tranquillement couler sans grand élan d’inventivité jusqu’à son terme pendant la quasi heure et demie qui suit.

Dough partait pourtant avec de bonnes intentions. Enfin, « bonnes », disons surtout qu’il n’y avait visiblement rien de bien méchant dans ce film qui se voulait être une énième sympathique comédie dont le principal ressort est la mise en présence et en confrontation d’univers qui, sur le papier, s’opposent sur nombre de points. En l’occurrence, il s’agit de mettre face à face le vieux boulanger anglais et juif et le jeune dealer darfouri (qui vient du Darfour, pour ceux qui l’ignorent) et musulman. Il faut dire que c’est à la mode ça en ce moment, illustrer l’éternelle et intestine lutte entre judaïsme et islam au cinéma. Mais jusque là, c’est surtout de notre côté de la Manche qu’on s’en occupait principalement avec quelques comédies clichées au possible comme le récent Qu’est-ce Qu’on a Fait au Bon Dieu ?, lequel brillait essentiellement par son incapacité à dépasser les stéréotypes… Du coup, on pourrait se dire : « Tiens, voilà une comédie britannique qui s’intéresse au sujet, voyons comment on parle de ça là-bas ! » . Et finalement, on se retrouve avec exactement la même chose que ce qu’aurait pu nous pondre un quelconque réalisateur français avec la « crème » des acteurs cosmopolites du moment, si vous voyez ce que je veux dire, à savoir une comédie bancale, stéréotypée, caricaturale et limite insolente. Alors je ne dis pas, qu’on vienne se reposer sur quelques uns de ces clichés au tout début du film histoire de planter le décor, ce n’est pas si mal même si ça peut paraître attendu ou maladroit ou les deux à la fois. L’essentiel réside surtout dans la capacité du film à s’affranchir ensuite de tout ça et de composer intelligemment sur les thèmes que cela soulève (conflits religieux, culturels, générationnels aussi pour le coup) afin de déconstruire ce ramassis de préjugés. Dough tente cela mais en vain, annulant tout simplement ces essais par un retour constant à un humour peu inventif et qui puise toute son inspiration dans lesdits clichés. Le film s’enferme alors dans un cercle vicieux où la tentative de briser un a priori est automatiquement annihilée par l’utilisation de l’a priori en question pour le faire. Et sans le mettre au niveau de trucs comme Qu’est-ce Qu’on a Fait au Bon Dieu ? encore une fois ou de Dany-Booneries comme Bienvenue Chez les Ch’tis ou Rien à Déclarer – car il leur demeure néanmoins supérieur, ce n’est pas spécialement difficile – Dough rate son coup un peu de la même manière : du cliché sans saveur ni intelligence pour tuer les clichés, ce n’est pas une bonne idée.

Le mantra de Dough c'est un peu "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Trop peut-être...

Le mantra de Dough c’est un peu « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Trop peut-être…

Alors on pourrait se dire que malgré ses difficultés à être pertinent dans les thèmes qu’il aborde, Dough pourrait au moins se payer le luxe d’être bien construit, avec un scénario sympathique et tout. On pourrait se le dire… Sauf que voilà, il ne fait même pas cet effort-là. Comme je le disais un peu avant, Dough est plié en dix minutes. Il suffit de quelques séquences pour tout voir venir, le film étant tout simplement scénarisé comme un téléfilm de TF1. On nous présente le vieux qui a des problèmes avec sa boulangerie, puis le jeune qui veut faire du deal mais qui a besoin d’un job de façade pour justifier ses revenus… Allez, c’est bon, on a compris, ils vont se retrouver dans la même galère, leurs différences vont d’abord poser problème mais ils vont se kiffer quand même comme des bros jusqu’au moment où il y en a un qui va faire une connerie, etc… Le tout saupoudré de quelques bonnes leçons de morale sur « il faut accepter les gens malgré leurs différences » et le tour est joué. Reste alors à suivre les 84 minutes restantes, lesquelles se déroulent sans surprise, sans le moindre petit effet. Alors oui, on sourit parfois (j’ai même pouffé à un moment, je ne sais plus pourquoi) mais ça reste affolant de banalité. On n’oubliera pas non plus de parler de la façon dont le thème de la drogue a été traité. Moi si vous voulez, je veux bien croire que tous les scénaristes du monde ne s’y connaissent pas en la matière mais il y a faire un film « sur la drogue » (avec des guillemets parce que ce n’est pas à proprement parler le sujet de Dough même si on nous le vend comme tel) et le faire comme si on écrivait la chose pour un public si sage qu’il ne sait sans doute pas comment on prend du cannabis, tu vois ? Alors encore une fois, ce n’est pas spécialement le sujet mais un meilleur traitement de la chose aurait peut-être pu sauver le film en jouant sur des ressorts humoristiques d’autant plus costauds qu’ils auraient été cohérents. Là, on navigue tranquillement dans les eaux de l’exagération sur la mer de l’incohérence. C’est mignon quoi.

Le schéma du scénario de Dough est d'un classicisme absolu : rencontre --> c'est cool mais on ne se dit pas tout --> patatra, etc...

Le schéma du scénario de Dough est d’un classicisme absolu : rencontre –> c’est cool mais on ne se dit pas tout –> patatra, etc…

Au final, ce qui peut éventuellement prétendre rattraper le coup dans Dough c’est son duo de tête avec Jonathan Pryce et Jerome Holder. Les deux comédiens forment en effet un duo somme toute très sympathique et qui fonctionne, il faut bien l’admettre, assez bien. Le meilleur dans l’histoire reste encore qu’ils ne contribuent fort heureusement pas avec leurs interprétations à renforcer les clichés, comme on aurait pu le craindre et comme cela a déjà été fait dans d’autres comédies citées précédemment. Bien au contraire, Pryce et Holder se « contentent » de camper leurs personnages avec une justesse qui n’est peut-être pas égale sur la durée mais qui a au moins le mérite d’être la chose la plus agréable du film et celle que l’on retiendra le plus une fois la séance terminée. Leurs échanges se font dans une fluidité très correcte et ils arrivent à donner un réalisme à leur personnage qui réussit à ne jamais dépasser la ligne qui les aurait fait tomber dans la caricature que d’autres auraient bien eu du mal à esquiver vu l’inégale qualité d’écriture du film. Tant dans leurs échanges qu’individuellement donc, ces deux acteurs sauvent à mon sens le film d’un échec total en lui donnant une « supplément d’âme » (appelons ça comme ça, tiens…). Côté seconds rôles, c’est un peu fifty-fifty quoi. Car si l’on a d’un côté des acteurs comme Ian Hart (il a changé le professeur Quirrell quand même…) ou Pauline Collins qui offrent des compositions pas exceptionnelles mais quand même correctes (bien mais pas top quoi), on a d’un autre côté des gars comme Philip Davis qui en font un chouïa trop. Pas de beaucoup mais suffisamment hélas. D’ailleurs j’ai eu un mal fou à retrouver dans quoi j’avais vu pu avoir déjà vu cet acteur mais c’était le chauffeur de taxi du premier épisode de la première saison de Sherlock. Enfin bref, sur la distribution comme sur le reste du film, un bilan mitigé bien qu’un peu plus positif grâce à Jonathan Pryce et Jerome Holder pour l’essentiel. C’est au moins ça.

Pryce et Holder sont les deux seuls atouts de ce film, leur duo fonctionnant plutôt bien.

Pryce et Holder sont les deux seuls atouts de ce film, leur duo fonctionnant plutôt bien.

Dough est donc un de ces films gentils qui ne font pas de mal à grand-monde mais qui n’en font pas vraiment bien non plus. Maladroit dans son écriture, il peine à aborder ses thématiques sans se saborder lui-même par un retour constant à un humour bourré de clichés qui finissent finalement par plus s’alimenter que se démonter. Si le duo de tête arrive à donner à cette comédie un côté agréable malgré tout, on regrette quand même pas mal l’absence d’audace, d’inventivité et d’intelligence qui auraient pu faire de Dough un chouette film. On passe au final un bon moment mais on ne s’en souviendra pas dans un mois. Dough sortira au cinéma le 4 Mai prochain.

Le « Oh, au fait ! » :
Il s’agit du premier film de John Godlsmith depuis son Maschenka, sorti en 1987.

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