Des Nouvelles de la Planète Mars, Dominik Moll, 2016

Des Nouvelles de la Planète Mars, comédie de Dominik Moll. Avec François Damiens, Vincent Macaigne, Tom Rivoire, Jeanne Guittet…
La note du Koala : 3,5/5

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Le pitch : Philippe Mars (F. Damiens) mène une vie tranquille. Informaticien divorcé, il partage sa vie entre son travail et ses enfants mais il se sent dépassé tant par ces derniers que par sa sœur artiste, son ex-femme journaliste mais aussi et surtout Jérôme (V. Macaigne), un collègue quelque peu perturbé qui va peu à peu s’incruster dans sa vie et y mettre son grain de sel, transformant ce quotidien paisible en véritable chaos.

La critique : C’est à l’occasion d’une avant-première organisée au cinéma UGC Ciné-Cité de Bercy que j’ai pu découvrir une semaine avant sa sortie Des Nouvelles de la Planète Mars. Une soirée au cours de laquelle le réalisateur Dominik Moll et ses deux acteurs François Damiens et Vincent Macaigne – tous trois d’excellente humeur et prompts à rigoler – sont venus échanger avec le public en fin de projection. L’occasion d’ailleurs pour François Damiens de faire le show avec notamment une formidable tirade sur la « nullité » du film après une question posée par un spectateur qui trouvait un élément du film un peu hors-sujet. Cinq à dix minutes au cours desquelles tant le public que Dominik Moll et Vincent Macaigne étaient pliés de rire (au sens littéral pour Vincent Macaigne d’ailleurs). Un excellent moment donc qui faisait suite à un bon film qui est depuis sorti dans toutes les salles.

Mais on va le dire franchement, si Des Nouvelles de la Planète Mars est un bon film, ce n’est pas non plus un grand film. Il n’est pas exceptionnel, pas grandiose, peut-être même n’est-il pas inoubliable. Mais, comme l’a dit non sans humour François Damiens par la suite, « c’est un film sympa » . Le genre de film dont on notera les faiblesses tout en lui reconnaissant ses qualités et qui n’en demeure pas moins divertissant. Mieux encore, il réussit ce pari toujours difficile de l’être tout en étant également intelligent. « Quoi ? Une comédie franco-belge intelligente ? Comment cela est-il encore possible de nos jours ?  » Et pourtant ! Loin des tristes standards comiques actuels (ironie quand tu nous tiens…), Des Nouvelles de la Planète Mars se veut être ce genre de film plutôt familial, non pas dans le sens où tout le monde peut le regarder mais plutôt dans celui où il a quelque chose à dire à chacun. Les parents, les gosses, les collègues, les ex-femmes… Plus ou moins tout le monde a droit à son écho dans ce film. Car après tout c’est bien de cela que Dominik Moll veut nous parler, de ce quotidien qui s’écoule tranquillement et dans lequel on évolue en ayant toujours l’impression d’avoir un train de retard sur les autres. Alors oui, du coup on se retrouve face à des situations somme toute assez banales. Une banalité dont on pourrait presque dire qu’on la retrouve dans cette mise en scène sobre mais néanmoins délicate. Enfin, ce n’est pas là qu’il faut chercher le principal atout du film, qui brille plus par sa capacité à nous renvoyer à nos propres petits tracas de tous les jours.

Les scènes oniriques de Philippe Mars sont les seules à chercher à faire dans la fantaisie en termes de mise en scène.

Les scènes oniriques de Philippe Mars sont les seules à chercher à faire dans la fantaisie en termes de mise en scène.

Là où Des Nouvelles de la Planète Mars fait réellement preuve de cette intelligence dont je parlais tout à l’heure, c’est donc dans la façon avec laquelle il aborde justement ces choses banales et communes sans pour autant lasser le spectateur. Il y avait pourtant de quoi craindre sur le papier avec ces relations père-enfants, cette question du doute quant au fait de faire le travail qu’il faut, l’amitié et tout ce genre de choses. Il serait même facile pour le cinéaste lambda de tomber dans le cliché et d’en tirer une œuvre sans saveur, quelconque. Fort heureusement pour nous, Dominik Moll réussit dans l’ensemble à éviter ces écueils et à nous proposer cette espèce de monsieur tout-le-monde qu’est le personnage de Philippe Mars sans nous perdre en cours de route. Des clichés pourtant, il y en a quelques uns comme ce collègue faux-cul, cette fille qui croit avoir tout compris à la vie du haut de ses 15 ou 16 ans parce qu’elle a 18 de moyenne ou cette frangine artiste à tendance hippie… Ils sont bien là, on n’y échappe pas. Mais on pardonne ce choix à Dominik Moll parce qu’il arrive à construire quelque chose autour qui, sans heurter, fait qu’on les accepte plus facilement. En fait, c’est toute la dimension du personnage de Philippe Mars qui rend des clichés acceptables. Ce dernier est en effet écrit avec un sens du réalisme qui non seulement arrive à faire passer lesdits clichés pour des « ça-va-de-soi » assez naturels mais en plus réussit à en tirer tout le comique du film, lequel repose essentiellement sur cette normalité du personnage et sa confrontation parfois difficile avec les choses qui sortent du quotidien (on y revient toujours). On rit pas mal de ces décalages qui se créent alors mais c’est essentiellement parce que, dans la plupart des cas, on sait qu’on serait dans la même situation que Philippe Mars.

La scène où Philippe et ses enfants regardent un film constitue une vraie synthèse de tout le propos du scénario.

La scène où Philippe et ses enfants regardent un film constitue une vraie synthèse de tout le propos du scénario.

Dominik Moll nous emmène alors dans ce scénario pétri de choses simples et de petits tracas qui n’en sont pas toujours vraiment, le tout avec une douceur bienvenue à laquelle se joint un ton décalé qui fait tout le sel de la recette. Ce décalage, François Damiens l’incarne à merveille. « Comment se dit-on que François Damiens va incarner la normalité ? » a d’ailleurs demandé un autre spectateur le soir de cette avant-première. Et si je ne me souviens aujourd’hui plus de la réponse qui fut donnée mais il est vrai que la question se pose. Quand on est habitué aux caméras planquées ou aux rôles du comédien dans différentes comédies et notamment Dikkenek, il y a de quoi trouver ce choix incongru. Et pourtant, Damiens avance actuellement dans de nouveaux registres, ce que Les Cowboys de Thomas Bidegain nous prouvait déjà. Ici, il incarne avec un naturel saisissant ce père divorcé lunaire et un peu perdu face aux éléments que j’évoquais plus haut. Damiens joue juste et, loin des habitudes qu’il nous a données, il se prouve et à nous également quel acteur il peut être. Son interprétation coule de source et c’est un peu « le papa commun » qu’on retrouve là. Et il n’est pas en reste dans ses échanges avec ce Vincent Macaigne que j’avoue découvrir mais qui m’a très largement séduit. En incarnant ici le perturbé Jérôme, il est amené au cours du film à passer d’un extrême à l’autre, de sa folie furieuse du début à l’espèce de dépression qui le tient tout le reste du temps. Macaigne a alors tout le loisir de passer d’un état à l’autre et il le fait habilement. Sa voix douce et son ton posé apportent eux aussi encore un peu plus de décalage dans cette comédie où, visiblement, tout semble là où on ne l’attend pas forcément. A leurs côtés, les jeunes Jeanne Guittet et Tom Rivoire – qui incarnent les enfants de Philippe Mars/François Damiens – font plutôt bonne figure. Si Jeanne Guittet a peut-être un peu trop tiré sur la corde de l’ado qui croit tout savoir mieux que tout le monde, je dois bien dire que Tom Rivoire m’a assez fait rire avec ses allures de jeune un peu benêt et naïf. Et si leur personnages étaient certes un peu clichés, ils ont su jouer sur une forme de premier degré qui – justement – collait plutôt bien dans cette envie de perdre un peu plus le personnage de leur père face à des repères qui se dissipent.

Le duo Damiens/Macaigne fonctionne à merveille et est l'un des principaux atouts du film.

Le duo Damiens/Macaigne fonctionne à merveille et est l’un des principaux atouts du film.

Au final, Des Nouvelles de la Planète Mars a été une vraie bonne surprise. Oh ce n’est pas du grand cinéma, ce n’est pas écrit avec excellence et ce n’est pas une incroyable leçon de mise en scène mais ça reste quand même une comédie à la fois sympathique et intelligente qui n’oublie pas son objectif premier : faire décrocher quelques rires et sourires. Mission accomplie quoi.

Le « Oh, au fait ! » :
La relation entre Philippe et Jérôme dans ce film ne manquera pas de faire penser à cet autre film de Dominik Moll qu’est Harry, Un Ami qui Vous Veut du Bien.

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