Note de lecture n°24 – « Assassin’s Creed : Black Flag », Oliver Bowden

Après Alexandre Dumas et ses Trois Mousquetaires, retour à une littérature plus…terre-à-terre dirons-nous avec l’adaptation en roman du jeu vidéo Assassin’s Creed IV : Black Flag (dont on parlait ici si ça vous intéresse). Cela faisait un moment que je ne m’étais pas plongé dans un roman de cette série, rien depuis ma lecture de Renaissance, adapté d’Assassin’s Creed II. Avec Black Flag, je renoue avec le quatrième opus de la licence d’Ubisoft donc et avec l’un des personnages sur lesquels j’avais le plus envie d’en apprendre davantage. Par ailleurs, si l’on remet les choses dans l’ordre, ce livre-ci est sorti juste après Forsaken qui, à ce jour, reste celui que j’ai préféré. Avec la possibilité alors que Black Flag soit du même tonneau (de rhum, hu hu) ? A voir.

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Black Flag en tant que jeu m’a toujours semblé un peu à part dans la série Assassin’s Creed. Pour plusieurs raisons à vrai dire avec d’abord ne serait-ce que son personnage principal, Edward Kenway, lequel ne devient officiellement un Assassin qu’à la toute fin de l’histoire ou presque. Ensuite, et va savoir c’est peut-être lié, ce Black Flag avait moins de ressemblances avec un Assassin’s Creed qu’avec un jeu de pirates. Le seul cas du gameplay permettait de s’en rendre compte. Alors que l’effort avait été visiblement porté pour l’essentiel sur tous les aspects « piraterie » du soft (et c’était du bon boulot, on ne va pas se mentir), toute l’essence d’Assassin’s Creed se perdait complètement dans des missions de filature répétitives à souhait et jamais sans grande folie. Du coup je m’attends un peu à retrouver cette sensation-là avec le roman, ce côté « Edward est un pirate avant tout ». D’autant que l’histoire est ici racontée à la première personne avec les mots d’Edward lui-même. Cela peut donner quelque chose d’intéressant sur quelque chose qui est finalement assez mal évoqué dans le jeu, à savoir sa façon de considérer les choses et le regard qu’il porte justement sur les Assassins, les Templiers et toutes ces petites affaires. A noter d’ailleurs qu’il reprend en cela ce qui avait été fait dans Forsaken, où le récit nous était déjà narré à travers les mots d’Haytham Kenway, le fils d’Edward.

Edward Kenway est un ex-corsaire devenu pirate qui se retrouvera mêlé malgré lui à la lutte entre Assassins et Templiers.

Edward Kenway est un ex-corsaire devenu pirate qui se retrouvera mêlé malgré lui à la lutte entre Assassins et Templiers.

Concrètement, le livre se divise en quatre grandes parties. Et si la première permet de découvrir uniquement des événements non présents ou juste évoqués dans le jeu, les trois autres se contentent de reprendre le scénario d’Assassin’s Creed IV et de le romancer. Seule la quatrième partie tente d’aller un chouïa plus loin en nous racontant ce qui suit la fin du jeu. Pour rappel, ce dernier se termine sur la rencontre entre Edward et sa fille, lesquels repartent en Angleterre. Le roman d’Oliver Bowden approfondit un tant soit peu la chose en nous narrant les événements qui suivent justement ce retour aux terres d’origines de Kenway. Globalement donc, il y a à boire et à manger dans cet ouvrage qui, à l’image de La Croisade Secrète notamment, propose de mêler retranscription du scénario du jeu et passages tout spécialement conçus pour ces pages. Ainsi, le lecteur aura plaisir à parcourir toute la première partie du roman car il y trouvera de quoi alimenter un peu plus l’histoire d’Edward en revenant tout particulièrement sur la façon dont il a quitté l’Angleterre, sur sa réputation de bagarreur invétéré mais aussi et surtout sur cette espèce de serpent de mer présent dans tout le jeu d’origine, à savoir sa relation avec Caroline Scott. A titre personnel, j’ai réellement apprécié ces premiers chapitres puisqu’ils ont été une très chouette occasion de développer le personnage d’Edward au-delà de ce qu’on nous en donnait dans le jeu. J’ai découvert alors, peut-être pas un tout autre jeune homme, mais au moins le socle qui manquait à la biographie de Kenway in game. Le fait de revenir ainsi sur les événements qui précèdent ce qui fut finalement l’introduction d’Assassin’s Creed IV permet de renouer avec le personnage et de s’en faire, à mon sens, une toute autre vision. A noter que l’idée de faire d’Edward le narrateur de sa propre histoire rend la chose encore plus intéressante et l’on s’attache, je pense, beaucoup plus à ce dernier.

Dans sa première partie, le roman permet de revenir longuement sur la vie d'Edward en Angleterre et notamment sur sa relation avec Caroline.

Dans sa première partie, le roman permet de revenir longuement sur la vie d’Edward en Angleterre et notamment sur sa relation avec Caroline.

Et d’ailleurs, ce choix de narration n’est pas anodin pour la suite du récit. Comme je le disais, les trois parties suivantes du roman reviennent pour l’essentiel sur les péripéties que le jeu nous amenait à vivre et ne s’en éloigne qu’en de rares occasions ainsi qu’au cours des tous derniers chapitres. Forcément, on craint une redondance à la Renaissance, lequel était prompt à lasser le lecteur qui avait déjà parcouru le jeu puisqu’il ne proposait strictement rien qui n’avait été évoqué par le scénario de ce dernier. Pour autant, ça ne se produit pas totalement. Oh bien sûr, on anticipe à peu près tout quand on a déjà fait le jeu et le roman perd du coup un peu en saveur mais le fait que tout soit raconté à travers les mots qu’Edward consigne dans un journal permet de rattraper le coup. En fait, ce n’est plus tant en termes de construction du récit que l’on s’attarde si l’on connaît déjà l’histoire mais plutôt sur le regard neuf que ce choix nous permet de porter dessus. Ainsi on se retrouve à revivre les mêmes événements que ceux du jeu mais avec sous un autre angle. En revivant tout ceci à travers les yeux d’Edward je trouve que l’on redécouvre cette histoire et j’irais même jusqu’à dire que cela permet de répondre à certaines questions quant aux choix effectués par le héros. Par exemple, on peut se demander en jouant à Black Flag pourquoi ce pirate choisissait d’abord de ne pas coopérer avec les Assassins pour finalement les rejoindre à la fin du jeu. La chose est bien sûr vaguement expliquée in game mais l’approche que l’on en a dans cette adaptation littéraire est bien plus intéressante et détaillée. Et le constat est finalement valable pour l’ensemble du récit, lequel se renouvelle par cette approche subjective.

Les réflexions que se fait Edward après sa rencontre avec le chef Assassin Ah-Tabai sont rendues bien plus explicites par cette narration à la première personne.

Les réflexions que se fait Edward après sa rencontre avec le chef Assassin Ah-Tabai sont rendues bien plus explicites par cette narration à la première personne.

Et au final, qu’est-ce que ça donne ? Oh pas de la grande littérature bien entendu car tout cela reste un roman Assassin’s Creed et que c’est tout sauf son ambition. Non on a plutôt là un livre délassant, bien écrit (et bien traduit au passage) et qui arrive à renouveler l’expérience proposée par le jeu. Black Flag dans sa version novellisée réussit à faire ce qu’avait fait La Croisade Secrète avant lui donc en proposant de revivre le scénario du jeu tout en l’agrémentant assez généreusement de passages inédits et/ou d’à-côtés qui viennent régulièrement ponctuer des passages déjà connus et ainsi leur donner un second souffle pas toujours ultra rafraîchissant mais qui a au moins le mérite de faire l’effort de tenter quelque chose sans tomber à plat. Mais encore une fois c’est surtout le fait de revivre l’histoire par les mots d’Edward Kenway qui fait tout le sel de ce roman et lui permet de potentiellement proposer quelque chose de vraiment différent du jeu original. Par ailleurs, je crois sincèrement que le fait de lire ce récit et donc d’être complètement libéré du gameplay (forcément) rend le tout bien plus agréable à suivre, sans que l’on soit constamment à se demande pourquoi on fait toujours la même chose. Black Flag en roman peut au contraire s’offrir le luxe d’expédier des passages qui étaient pénibles à faire dans le jeu ou bien de s’arrêter plus longtemps sur d’autres sans pour autant lasser.

Pour conclure, je dirais que Black Flag peut prétendre avoir ce qui fait d’une adaptation de jeu vidéo un bon roman. Tout en s’attachant à respecter la trame établie par ledit jeu, il arrive à étoffer les événements déjà connus mais aussi et surtout à combler les manques, ces choses rapidement évoquées sans être approfondies et qui ponctuaient régulièrement cet Assassin’s Creed IV. Oliver Bowden peut aller tranquillement composer bon nombre de chapitres autour de ces non-dits et cela ne rend la lecture que plus plaisante. Sans pouvoir se permettre la même liberté qu’avec Forsaken, il arrive néanmoins à reproduire plus ou moins le même schéma qu’avec La Croisade Secrète. Au final, je me suis laissé emporter par la lecture, dont les péripéties déjà plutôt haletantes à l’origine sont rendues plus vivantes encore par un Edward qui l’hésite pas à raconter les choses avec une franc-parler qui correspond très bien au personnage. Pour tout vous dire, j’étais même presque triste d’en arriver au bout tant j’ai passé un bon moment.

Assassin’s Creed : Black Flag, Oliver Bowden, Editions Milady, 430 pages (8,20€).

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6 réflexions sur “Note de lecture n°24 – « Assassin’s Creed : Black Flag », Oliver Bowden

    • Oliver Bowden s’en sort toujours bien (sauf pour le 2…). C’est pas de la grande littérature mais ça reste un bon roman de pirates quoi. Avec la gouaille qui va bien avec. 🙂

      Là du coup, il me reste « Brotherhood » et « Revelations » mais j’aimerais faire les jeux avant. Sinon j’ai « Unity » et « Underworld » (lié à Syndicate celui-là) en vue maintenant. Ils me font bien envie d’ailleurs puisque « Unity » raconte les événements du jeu éponyme mais du point de vue d’Elise tandis que « Underworld » prend Henry Green comme personnage principal (et je crois qu’il se déroule avant les événements de Syndicate mais je ne suis pas tout à fait certain…).

  1. Comme Cinemax je suis assez surpris par la qualité des romans dont tu nous parles quand on voit ce que le jeu de base nous offre en terme d’écriture. Il serait peut-être de bon ton qu’Ubisoft lui laisse de la place dans le scénario ou au moins l’écriture des personnages.

    • Oh oui ! Un scénario écrit par Oliver Bowden ça pourrait peut-être bien être une bonne chose. 😀

      Après, comme je le dis, ce n’est pas du tout de la grande littérature mais il y a ce petit quelque chose en plus qui fait qu’on s’attache plus facilement aux personnages que dans les jeux parfois.

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