Note de lecture n°23 – « Les Trois Mousquetaires », Alexandre Dumas

« Mieux vaut tard que jamais ». C’est exactement ce que je me suis dit quand j’ai réalisé que je n’avais toujours rien écrit au sujet des Trois Mousquetaires. Oui d’ailleurs, au passage, vous avez bien lu : Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas, D’Artagnan et compagnie, tout ça, tout ça… J’ai acheté le roman après avoir regardé la très (très) libre adaptation qu’en a fait la BBC avec sa série The Musketeers et, emballé que je l’ai été par ma lecture, je me suis dit que ça méritait bien un article sur la question. Et puis, partant du simple et triste constat que jamais ô grand jamais l’école, le collège ou le lycée ne m’ont donné l’occasion de lire la moindre ligne de ce pavé culte, je me dis que je ne suis certainement pas le seul de ma génération à avoir été dans cette situation. Alors autant en profiter. Et puis ça changera des notes de lecture habituellement postées sur ce blog.

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Il faut quand même se rendre à l’évidence : Les Trois Mousquetaires, quand on voit le bouquin posé comme ça sur une étagère, ça a de quoi rebuter. Fort de ses 900 pages, c’est le genre de roman qui vient bousculer les habitudes. Bon sang, 900 pages ! Même moi et ma formation littéraire, ça nous a fait bizarre. Et puis je me suis dit que si j’avais réussi à me farcir Le Guépard, Jacques le Fataliste et autres Confessions de Jean-Jacques Rousseau (je ne supporte pas ce livre au passage mais il faut aussi dire que je ne supporte pas Rousseau, auquel je préfèrerai toujours un Voltaire des grands soirs), si j’ai réussi à me farcir tout ça disais-je donc, je pouvais bien m’attaquer à Alexandre Dumas. D’autant que le garçon a la réputation de proposer des œuvres certes denses mais d’une simplicité dans la lecture qui fait assez bien oublier qu’on tient 900 pages dans les mains (oui, on revient toujours aux 900 pages mais c’est que ça m’a fait un choc voyez-vous, je n’étais plus habitué). Et ajoutons à cela que pour 4,60€, il eut été dommage de se priver d’une telle masse.

Le fait est en tous cas que j’ai énormément apprécié ma lecture. A ceux qui penseraient que le style d’Alexandre Dumas soit complexe à aborder en raison de son époque (certains auteurs du XIXème peuvent demander un réel investissement dans la lecture tels Victor Hugo sur Les Misérables ou Emile Zola avec sa Curée), je répondrai qu’il n’y a ici rien à craindre. Au contraire de l’imaginaire collectif qui consiste à croire que les grands auteurs français de cette époque sont tous plus ou moins difficiles à appréhender (et ce serait déjà mal connaître Balzac par exemple), Alexandre Dumas développe dans son écriture un style des plus faciles à lire. Sans chercher à donner dans la grandiloquence ou quoi que ce soit du genre, il se pose en véritable raconteur d’histoires et ne s’embarrasse que peu des détails sur lesquels des Victor Hugo ou des Emile Zola (encore eux) pourraient passer des pages. Se livrant totalement à son histoire en tant que récit épique, il passe les 900 pages de ses Trois Mousquetaires à raconter des événements et uniquement cela. Le lecteur ne peut en aucun cas se perdre ou se lasser puisqu’à chaque nouvelle péripétie succède une nouvelle qui vient sans cesse alimenter la dynamique du roman, laquelle est exemplaire. Misant sur une rythmique très maîtrisée qui consiste à faire s’enchaîner scènes d’action, chevauchées et dialogues sans rompre au moindre moment la mécanique, Dumas permet à cette œuvre de continuellement couler comme si de rien n’était. Les Trois Mousquetaires se veut être d’une fluidité impressionnante malgré la densité de son propos et c’est absolument remarquable.

Ce type était brillant !

Ce type était brillant !

Pourtant, il s’en passe des choses au cours de ce pavé ! Globalement, l’histoire des Trois Mousquetaires peut être divisée en quatre parties distinctes : le voyage de D’Artagnan et son arrivée à Paris, l’affaire des ferrets de la Reine, le siège de La Rochelle et enfin la conclusion de l’affaire Milady de Winter. Sans vous révéler le moindre détail de l’intrigue – car quand je vois le plaisir que j’ai eu à découvrir certains événements du livre, je ne voudrai pas gâcher celui de ceux qui voudraient se lancer – je vais quand même essayer de parler un peu de ces différentes parties. Enfin, je note que je dit « l’intrigue » mais je devrais d’ailleurs plutôt dire « les intrigues ». Car ce n’est pas un seul arc qu’Alexandre Dumas développe dans son roman mais bien plusieurs, lesquels se recoupent parfois tout en suivant ce qui constitue finalement le fil rouge de l’histoire : comment D’Artagnan est devenu un mousquetaire du Roi. Autour de cela gravitent alors les différentes parties du récit que je listais juste au-dessus. Et dans l’ensemble, il est permis de dire qu’Alexandre Dumas a su composer une véritable aventure, au sens propre du terme. Riche en événements et rebondissements, Les Trois Mousquetaires est l’archétype exact de ce qu’est un bon roman de cape et d’épée avec également une construction des personnages qui se prête idéalement à ce genre : le jeune bretteur qui devient grand trouve sa place en la personne de D’Artagnan tandis que Athos, Porthos et Aramis constituent d’excellents compagnons d’aventure. Le Cardinal de Richelieu est quant à lui un méchant parfait, sournois mais toujours classe (oui, oui, il en impose sévère) et Milady de Winter est une excellente composition de la femme fatale, désirable mais terriblement dangereuse. On ne pourra également pas manquer de noter Constance Bonacieux en parfaite demoiselle en détresse. Bref, Alexandre Dumas compose selon moi un incontournable du genre et contribue à la solidification, sinon l’élaboration, des bases de celui-ci.

Le siège de La Rochelle (qui a réellement eu lieu, pour ceux qui l'ignoreraient éventuellement) joue un rôle déterminant dans le roman et rappelle comment Les Trois Mousquetaires arrive à être un subtil mélange entre roman de cap et d'épée et roman historique.

Le siège de La Rochelle (qui a réellement eu lieu, pour ceux qui l’ignoreraient éventuellement) joue un rôle déterminant dans le roman et rappelle comment Les Trois Mousquetaires arrive à être un subtil mélange entre roman de cape et d’épée et roman historique.

Mais pour en revenir aux différents arcs de l’intrigue, je dois quand même avouer que si les trois premières parties du roman m’ont enchanté, j’ai été un peu moins emballé par la dernière, consacrée pour l’essentielle à Milady. Au cours de ce dernier quart du roman, Dumas passe notamment un certain nombre de chapitres à raconter comme celle-ci tombe dans un piège tendu par D’Artagnan et se retrouve prisonnière en Angleterre (sans trop vouloir vous en dire). L’auteur nous raconte alors la captivité de cette femme. Ce sont alors plusieurs passages qui nous sont racontés et au cours desquels il ne se passe pas grand-chose de palpitant. Ces chapitres ont en effet pour principale vocation de finir de nous convaincre de tout le machiavélisme dont Milady peut faire preuve et se résume essentiellement à des dialogues et autres élaborations de stratagème qui provoquent – contrairement à ce que je disais plus haut – une coupure assez franche dans la rythmique générale du récit… Fort heureusement, cela ne constitue pas l’intégralité de cette ultime partie et Dumas conclut au contraire cette dernière avec des événements parmi les plus forts de toute l’histoire. A l’inverse, si je devais désigner la partie que je préfère dans ce roman, je pense que je me tournerai vers l’affaire des ferrets de la Reine, qui constitue la première véritable intrigue dans laquelle D’Artagnan se retrouve mêlé. Dumas y construit une séquence particulièrement riche réussissant admirablement à développer ses tenants et ses aboutissants dans cette fluidité que j’évoquais tout à l’heure et qui lui permettrait presque de pouvoir être lue même sans s’intéresser aux autres parties. Cette affaire des ferrets constitue en effet à elle seule un vrai petit récit qu’on pourrait aller jusqu’à extraire du roman pour le donner à lire à ceux qui veulent s’essayer aux Trois Mousquetaires sans avoir à parcourir l’intégralité du roman.

Je sors donc de ma lecture des Trois Mousquetaires plus que ravi. Loin de ce que l’épaisseur du pavé pourrait laisser croire, ce roman se lit avec une aisance incroyable. D’une accessibilité folle dans le style et le propos, cette œuvre d’Alexandre Dumas n’est pas un incontournable classique pour rien. C’est un chef-d’œuvre du roman d’aventure, mettant en scène des personnages très bien composés et qui fonctionnent par ailleurs très bien ensemble. Ainsi, si D’Artagnan et ses trois mousquetaires d’amis valent le détour individuellement, il est très appréciable de les voir fonctionner ensemble et d’observer comment – au-delà de toute la dimension épique de l’histoire – Dumas arrive à écrire une ode à l’amitié. Fluide encore une fois, palpitant, ce roman ne perd un peu de sa saveur que lors des passages sur la captivité de Milady selon moi mais reste hautement recommandable, quel que soit votre « niveau » en tant que lecteur. Je n’ai pour ma part qu’une envie maintenant et c’est de me plonger dans la suite – Vingt Ans Après – mais aussi dans cette autre œuvre d’Alexandre Dumas qu’est Le Comte de Monte-Cristo !

Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas, Pocket, 902 pages (4,60€).

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2 réflexions sur “Note de lecture n°23 – « Les Trois Mousquetaires », Alexandre Dumas

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