Parlons jeu, parlons bien n°29 – Soldats Inconnus [Xbox One]

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Profitant de ma période d’essai gratuit du Xbox Live Gold – que je n’avais pas encore consommée – je me suis laissé tenter par plusieurs jeux offerts via le programme Games with Gold en Septembre et Octobre derniers dont le Tomb Raider de 2013, que je n’ai pas fini en raison de l’arrêt de cet abonnement que je n’ai pas encore renouvelé, et la saison 1 du jeu The Walking Dead de Telltale mais aussi et surtout un jeu sur lequel j’attendais depuis longtemps de poser mes mains : Soldats Inconnus – Mémoires de la Grande Guerre.

Sorti à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, Soldats Inconnus est un jeu développé par la branche montpelliéraine d’Ubisoft et qui a été conçu comme un hommage aux poilus qui ont combattu sur les différents fronts du conflit entre 1914 et 1918. Et qui dit hommage lié à une période historique pareille, dit généralement public élargi au maximum. En théorie, n’importe qui ayant une console de jeu ou un PC aujourd’hui aurait dû avoir accès à ce jeu-ci. Mais Ubisoft n’avait visiblement pas la même vision des choses et a tout bonnement décidé de sortir son jeu sur toutes les plateformes du moment exceptions faites de la Wii U et de la PS Vita, privant ainsi certains joueurs de Soldats Inconnus. Un choix d’autant plus ahurissant que le jeu a été développé en partenariat avec la Mission Centenaire créée par le gouvernement en 2012 et s’est vu attribuer le Label Centenaire que cette mission décerne aux « projets développés dans le cadre de la préparation du centenaire de la Première Guerre mondiale » . On aurait alors légitimement pu s’attendre à ce qu’Ubisoft pense pour une fois à ces deux consoles mais il n’en fut rien… Enfin bref, j’ai attendu en conséquence et je n’ai donc pu jouer à Soldats Inconnus qu’au cours de cet automne 2015. Mieux vaut tard que jamais, non ?

Surtout qu’en l’occurrence, il aurait été dommage que ce soit le « jamais » qui l’emporte sur le « tard ». J’avais entendu ça et là que si Soldats Inconnus valait le coup d’œil, ce n’était pas forcément non plus un grand jeu. En conséquence, il fallait bien je juge par moi-même. Saisissant donc l’opportunité que me donnait les Games with Gold d’Octobre dernier, je récupérai le jeu et me lançait donc dans sa découverte. Soldats Inconnus est un jeu développé dans le cadre d’UbiArt Framework, ce moteur développé par Ubi Montpellier pour ses jeux à vocation particulièrement esthétique. En gros, UbiArt c’est un peu l’estampille qu’Ubisoft pose sur les jeux qu’elle cherche à te vendre comme du simili-indé, si l’on considère que l’indé dans le monde du jeu vidéo repose essentiellement sur une charte graphique originale. Avant Soldats Inconnus, UbiArt avait fait ses preuves sur Rayman Origins, Rayman Legends et le très joli Child of Light (que je n’ai toujours pas terminé soit dit en passant…). Enfin bref, tout ça pour dire que dès que tu vois le logo UbiArt s’afficher en ouverture du jeu, tu sais que tu peux t’attendre à voir quelque chose dont l’esthétique est à la fois soignée et éloignée des standards imposés par les AAA qu’Ubisoft pond à tour de bras avec ses Far Cry et autres Assassin’s Creed. Au fond, tu peux aussi éventuellement t’attendre à un jeu qui sache se différencier du lot dans sa manière d’appréhender le gameplay (Child of Light réaménageait assez bien le modèle du RPG tandis que les deux Rayman cités plus haut revitalisaient pas mal la plateforme 2D). Qu’en est-il d’ailleurs du gameplay de Soldats Inconnus ? Sur le papier, le jeu nous est présenté comme un jeu d’énigmes/aventure (c’est ce que le site officiel avance) au cours duquel nous serons amenés à incarner plusieurs personnages différents dans des niveaux en 2D a défilement horizontal et dans lesquels il faudra parfois user de nos méninges pour surmonter des obstacles. En soi, c’est loin d’être révolutionnaire et ça le semble encore moins une fois la manette en main. Les niveaux sont en effet d’un classicisme assez important et ne recèlent que peu de véritable originalité dans leur déroulement. S’il s’agit de récupérer divers items, de pousser une armoire ou de jouer sur l’arrière-plan pour pouvoir avancer, d’autres proposent exactement la même chose et en cela Soldats Inconnus n’a rien de véritablement flamboyant qui lui vaudrait nombre d’éloges. Attention cependant à ne pas me faire dire ce que je n’ai pas écrit : si tout ceci n’a pas grand-chose d’exceptionnel, ça n’en demeure pas moins très agréable à faire. Le jeu jouit en effet d’une fluidité dans son déroulé qui est hautement appréciable et la résolution des énigmes (le terme me chagrine un peu cela dit, on n’est pas non plus en face d’énormes casse-têtes) se laisse appréhender d’une manière somme toute assez sympathique. En bref, ce n’est pas une révolution mais cela repose sur des fondations solides car ancrées sur un modèle si classique qu’il en est devenu ultra-robuste.

Le jeu tente parfois de diversifier son gameplay comme ici avec une phase de rythme en incarnant Anna soignant une petite fille. Mais l'effort n'est pas assez poussé et laisse Soldats Inconnus se contenter d'une expérience très classique.

Le jeu tente parfois de diversifier son gameplay comme ici avec une phase de rythme en incarnant Anna soignant une petite fille. Mais l’effort n’est pas assez poussé et laisse Soldats Inconnus se contenter d’une expérience très classique.

Non au fond ce qui fait la véritable force de Soldats Inconnus, c’est moins son gameplay que les choix qu’il opère en termes d’esthétique et de narration. Oh de ce dernier point de vue, on ne peut pas non plus dire que le jeu révolutionne son monde mais il offre néanmoins une expérience intéressante, sinon touchante dans sa façon d’aborder le récit et les parcours des différents personnages que l’on rencontre à mesure que l’on progresse dans l’histoire. Car oui, nous incarnerons à tour de rôle différents protagonistes, chacun étant le pilier d’arcs narratifs qui finissent par se rejoindre de manière récurrente. Par ailleurs, chaque personnage est censé permettre de proposer une progression dans les niveaux concernés qui se voudrait sensiblement différente par les « capacités » que chacun met à disposition du joueur. Le souci à ce sujet c’est que cette idée est finalement tuée dans l’œuf, et le fait de jouer avec Anna, Emile ou Karl ne change pas grand-chose, sinon rien. Seul le chien Walt permettra de diversifier un peu un gameplay qui, encore une fois, manque d’originalité. Celle-ci donc se retrouve plutôt dans l’aspect de Soldats Inconnus, à commencer comme je le disais plus haut par la narration. Le jeu nous propose en effet de suivre différents arcs narratifs qui se croisent et se séparent mais qui restent toujours intimement liés, le tout narré en VF par Marc Cassot, que nous connaissons pour être la voix de Paul Newman, de Michael Gambon dans les Harry Potter ou encore de Ian Holm dans Le Seigneur des Anneaux (entre autres). Oh évidemment ça ne fait pas tout mais ça aide pas mal à rendre cette voix off encore plus agréable à l’oreille. Voix off qui permettra alors à Soldats Inconnus de se laisser raconter comme on raconterait une histoire, un peu de la même manière que cela avait été fait avec Child of Light finalement, lequel était un véritable conte. Ici, le jeu nous est narré à la manière d’une histoire vécue, inspirée qu’elle est par des témoignages de soldats de la Première Guerre mondiale. Les fonds recueillis en amont du développement du jeu permettent d’ailleurs de doter ce dernier d’une solide base historique qui donne à Soldats Inconnus toute sa dimension pédagogique, laquelle s’inscrit assez bien dans le jeu grâce à différents menus permettant d’en découvrir plus sur le conflit sans pour autant couper le joueur dans sa progression, chaque nouvelle information n’étant accessible que depuis le menu dans lequel l’on ne se rendra que si l’on en a envie.

C'est en partenariat avec la série documentaire Apocalypse que Soldats Inconnus propose ses aspects les plus pédagogiques, documents photographiques à l'appui.

C’est en partenariat avec la série documentaire Apocalypse que Soldats Inconnus propose ses aspects les plus pédagogiques, documents photographiques à l’appui.

Mais au fond, ce qui fait que Soldats Inconnus arrive à paraître bien mieux qu’il ne l’est objectivement (son gameplay étant, comme on l’a dit, d’un classicisme à toute épreuve), c’est sans conteste sa direction artistique, laquelle au passage mérite à mon sens toute sa place dans l’expo du musée Arts Ludiques consacrée à l’Art dans le Jeu Vidéo. Avec un style qui rappelle la bande dessinée, Soldats Inconnus se regarderait presque comme une sorte de joli mélange entre roman graphique et jeu vidéo où le joueur, pad en main, évolue de case en case et de page en page dans des décors magnifiques et avec la main mise sur des personnages au design tout trouvé, quelque part entre un trait presque grossier et un souci du détail qui a notamment conduit à toujours cacher les yeux de chacun des protagonistes. La direction artistique n’est pas là uniquement pour faire dire du jeu qu’il est joli mais se veut bien être porteuse d’un sens. Certes, ce n’est pas signe d’une réflexion absolue sur ce que le jeu a à raconter mais il y a quand même quelque chose qui laisse deviner que tout n’a pas été fait au hasard. Ajoutez à cela la musique de Ian Livingstone (qui a plus récemment travaillé sur LEGO Dimensions) et vous obtenez finalement un ensemble qui m’est apparu très intéressant dans sa capacité à largement trancher avec la période et le conflit dont il est question mais aussi avec les histoires qui nous sont racontées. Le propos du jeu ne consiste en effet pas seulement à traiter de la Première Guerre mondiale mais cherche en effet, comme je l’évoquais plus haut, à évoquer des parcours certes fictifs mais qui restent néanmoins ceux – assez vraisemblables – de personnages pris comme le furent ceux qui l’ont réellement été dans le délire de ces quatre ans de guerre. C’est touchant, ce n’est pas mal écrit et si l’ensemble reste assez sobre, il n’en demeure pas moins que tout ceci est prenant. On s’attache quoi qu’on en dise à chacun de ces personnages et l’on ne peut que ressentir une profonde empathie à leur égard.

Non, vraiment, sur le plan esthétique il n'y a rien à redire : c'est très joli.

Non, vraiment, sur le plan esthétique il n’y a rien à redire : c’est très joli.

Conclusion.

Soldats Inconnus propose-t-il une expérience de jeu nouvelle ?
Non, pas vraiment. Le jeu repose sur des mécanismes éculés qui font les grands ingrédients du platformer 2D à énigmes pour progresser et surmonter les différents obstacles. Eculés mais néanmoins efficaces et le jeu reste plaisant à parcourir par sa façon de proposer au final une expérience de jeu classique mais dont la simplicité de prise en main ne le dessert absolument pas.

La promotion du jeu le vendait comme un soft à portée pédagogique, est-ce réellement le cas ?
Oui et non. Oui d’une part parce que le jeu propose nombre d’informations et anecdotes relatives à la Première Guerre mondiale et constituent des éléments plutôt solides pour saisir les enjeux et le déroulement du conflit dans ses grandes lignes. Des étapes déterminantes au matériel et à l’armement utilisés, Ubisoft propose une découverte globale de cette guerre somme toute correcte. Non en revanche dans le sens où la chose est finalement assez diluée dans le soft et la plupart des informations ne seront accessibles que depuis un menu où l’on ne se rendra pas tant que ça. Par ailleurs, si le fil général de chacun des protagonistes reste assez vraisemblable dans les grandes largeurs (la mobilisation, le front, l’arrière, la désertion…), l’aventure de Soldats Inconnus reste ponctuée de choses très peu réalistes et se veut avant tout être une fiction très libre. Ce n’est évidemment pas une mauvaise chose, ce n’est pas ce que je dis, mais les aspects pédagogiques doivent être pris avec le recul nécessaire.

En guise de conclusion générale, je dirais que Soldats Inconnus est un de ces jeux qui rappellent encore que les équipes d’Ubisoft peut aussi faire de très belles choses quand ça leur prend. Globalement, je me suis retrouvé là avec un jeu non seulement très agréable à l’œil et à l’oreille mais aussi d’une prise en main des plus agréables. Cette simplicité on la doit bien sûr à un classicisme qui déplaira à certains et que je pointe volontiers du doigt pour le manque de réelle originalité qu’il implique mais je ne peux m’empêcher de penser néanmoins que le gameplay était tout sauf le plus important dans ce jeu dont la réelle portée se trouve certainement dans sa narration et sa force d’évocation. Là encore cependant, le travail est bien fait mais laisse un léger goût d’inachevé qu’on lui pardonnera tout de même. Pondez-moi ce genre de choses plus souvent Ubisoft, je vous aime quand vous me donnez des choses pareilles.

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7 réflexions sur “Parlons jeu, parlons bien n°29 – Soldats Inconnus [Xbox One]

  1. Je n’ai pas grand chose à rajouter à ton article. Tu pointes effectivement les faiblesses du titre, à savoir son classicisme dans sa prise en main et une narration déjà vue. Et pourtant cela fonctionne bien. J’ai ressenti beaucoup d’empathie en jouant à ce jeu, et le gameplay « facile » l’a rendue accessible à des amis à moi qui jouent peu mais qui aiment l’histoire. De plus l’esthétique avec ce côté très BD qui me fait penser un peu à Manu Larcenet par moment et les onomatopées avec lesquelles s’expriment les protagonistes m’ont vraiment charmé. Je garder de très bon souvenirs du jeu même si je n’y retoucherai sans doute jamais. Une belle expérience, vraiment enrichissante pour qui prend le temps de s’y investir.

    • Comme toi, je n’ai pas dans l’idée de refaire ce jeu pour le moment. Peut-être bien plus tard, quand mes souvenirs se seront bien estompés.
      Mais tu as raison, c’était une belle expérience. 😀

  2. Pingback: TFGA n°14 – « Back in 2014  | «Dans mon Eucalyptus perché

  3. Comme je le disais sur un autre article sur ce jeu, on pense tous approximativement la même chose. Ta critique est beaucoup plus poussée que la mienne et c’est fort agréable. Certes le jeu ne révolutionne rien, mais.. Moi j’y ai surtout trouvé un super support de boulot et ça c’est quelque chose de chouette. Et puis les studios indé Ubi’ fond vraiment des efforts.
    Je ne parle même pas du côté BD française des graphismes qui m’a beaucoup plu. Bref, très très bel article. 🙂

  4. Lorsque j’ai vu ton titre, j’ai tout de suite pensé que c’était un énième jeu sur les guerres mondiales. Cependant, en lisant ton article et n’ayant pas encore joué au jeu, je trouve que c’est un mélange de bande dessinée et de jeu vidéo. J’y jouerais bien.

  5. Pingback: TFGA n°23 – « La marche du progrès (?)  | «Dans mon Eucalyptus perché

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