Note de lecture n°22 – « Lennon », Foenkinos, Corbeyran & Horne

Je me rends compte en attaquant cet article que ça fait un sacré bout de temps qu’on n’a pas parlé bouquins sur ce blog. Depuis Juillet dernier en fait ! Pourtant ce n’est pas comme si je n’avais rien eu à lire depuis Killing Joke (puisque c’est bien de lui que j’avais parlé la dernière fois). Et mon brouillon sur Les Trois Mousquetaires (oui oui, Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, brace yourselves) qui attend d’être finalisé pendant ce temps… Son heure viendra bientôt vraisemblablement mais en attendant, on va aujourd’hui parler d’une BD que mon frangin m’a généreusement offert pour mon dernier anniversaire et dont j’ignorais jusqu’à l’existence-même : Lennon.

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Comme son titre l’indique, Lennon est une bande-dessinée consacrée à John Lennon, illustre leader des non mois illustres Beatles, groupe de mon cœur au sein duquel Lennon m’est toujours apparu comme une idole absolue, plus encore que Paul McCartney dont le talent se mesure pourtant en Gigowatts. Mais il faut avant toute chose savoir que ces planches sont construites en tant qu’adaptation du roman éponyme de David Foenkinos édité chez Plon en 2010. Pour ceux qui auraient besoin qu’on le leur signale, David Foenkinos est notamment l’auteur de romans tels que La Délicatesse ou encore Le Potentiel Erotique de ma Femme. Enfin bref, dans les deux cas Lennon se veut être une œuvre qui s’empare d’une période de la vie du chanteur où ce dernier s’était totalement retiré de la vie médiatique et artistique (1975-1980 en gros). Foenkinos s’empare alors de ces cinq ans pour imaginer de fictives séances de psychanalyse où, au cœur-même du fameux Dakota Building de New York, Lennon se serait livré à une rétrospective de sa vie afin d’en observer les tenants et aboutissants mais aussi et surtout les réussites et les échecs. Quand on sait la vie que John Lennon a vécu, on ne peut que s’attendre à quelque chose de potentiellement intéressant mais la difficulté demeure : comment se mettre à la place de ce dernier ? Car c’est bien ce qui fait la particularité de Lennon : l’auteur ne s’y exprime pas à la troisième personne mais fait du musicien le narrateur de sa propre histoire, afin de coller idéalement à l’idée de séances chez le psy où il se serait totalement livré avec ses propres mots et ses propres souvenirs. Et se mettre dans la tête de John Lennon, je pense que c’est loin d’être aisé. Pour en revenir à la BD, c’est avec le scénariste Eric Corbeyran et le dessinateur Horne que Foenkinos a adapté ses pages en planches. Corbeyran est notamment connue pour avoir travaillé sur les bandes dessinées tirées des jeux Assassin’s Creed ou encore sur les séries Asphodèle et Zélie & Compagnie. Horne fait partie de ses partenaires les plus réguliers, notamment sur Malpasset.

David Foenkinos (à gauche), Eric Corbeyran (au centre) et Horne (à droite) sont les trois hommes derrière cette bande dessinée.

David Foenkinos (à gauche), Eric Corbeyran (au centre) et Horne (à droite) sont les trois hommes derrière cette bande dessinée.

Et pourtant, la chose est faite avec un talent indéniable. A travers ses textes, David Foenkinos arrive à faire passer son propre propos comme s’il lui avait été rapporté par Lennon lui-même. Si l’on n’en est pas au point de se laisser tromper par la réussite de cette espèce de jeu de rôle audacieux, il n’en demeure pas moins que l’on prend chaque réplique du charismatique chanteur comme si c’était lui qui s’adressait directement à nous. Nous, lecteurs, qui jouons d’ailleurs un rôle particulier dans cette affaire. En effet, avec ces fictives séances chez le psy, Lennon se livre assez librement en s’adressant à un personnage dont on sait qu’il est là mais qui reste constamment dans l’ombre, en retrait, comme le ferait peut-être n’importe quel psychanalyste mais surtout qui nous ramène à une autre place que celle de simple lecteur. En ne venant jamais instaurer clairement ce personnage dans les différentes séances – grâce notamment au scénario d’Eric Corbeyran et au dessin de Horne – Lennon nous laisse nous immiscer à la place de ce protagoniste de l’ombre et rend ainsi le propos de John encore plus intéressant à suivre en ce sens qu’on nous donne ainsi aisément l’impression que c’est bien nous qui sommes au cœur de la confession. C’est ce subtil mélange entre un auteur qui laisse sa place de narrateur à son personnage et un lecteur qui prend part au récit qui donne à Lennon tout son sel et j’irai même jusqu’à dire tout son impact. Car écouter quelqu’un vous raconter sa vie et tout ce qu’il a sur le cœur, le voir enfin dire ce qu’il pense dans ce genre de circonstances, c’est un exercice particulier et ceux qui ont déjà été amené à vivre ce genre de choses avec un ami ou autre par exemple savent très bien de quoi je parle. Et je crois que c’est cela qui aide pour l’essentiel à faire passer ce propos fictif comme crédible, le fait que c’est à nous qu’il s’adresse le plus directement possible.

C'est allongé sur le divan de sa psy que Lennon se livre à cette dernière mais aussi à nous.

C’est allongé sur le divan de sa psy que Lennon se livre à cette dernière mais aussi à nous.

En conséquence de ces choix, la lecture de Lennon devient particulièrement prenante. De sa plus tendre enfance jusqu’à son statut de superstar en passant par la Beatlemania, John Lennon revient ainsi sur toutes les étapes de sa vie avec un regard très posé. On retrouve dans la façon dont il raconte ses souvenirs tout ce qui fait l’image que l’on a de John, c’est-à-dire cet artiste provocateur et parfois cynique mais aussi cet homme timide et profondément meurtri par le contexte familial qu’il a connu enfant. Ce n’est pas linéaire et même un peu décousu mais l’œuvre dans son ensemble fait preuve d’une cohérence certaine avec du liant toujours bien trouvé. Une construction qui correspond finalement assez bien au cadre psychanalytique que Foenkinos a donné à son récit. Et c’est quelque chose que l’on retrouve dans le dessin de Horne et la construction des planches du livre puisque certaines cases sont réutilisées à plusieurs reprises, soit telles qu’elles, soit par un jeu de focus qui attire alors l’attention sur un détail ou un personnage en particulier. Si j’ai d’abord pensé que cela était fait tel qu’on le voit parfois dans les bandes-dessinées, où certains dessins sont utilisées plusieurs fois (mais pas trop non plus) par mesure de simplicité, je me suis peu à peu rendu compte que cela correspondait peut-être ici à quelque chose de plus réfléchi qui renvoie encore une fois à toute cette idée de souvenirs remémorés par Lennon lui-même. Un souvenir se compose d’images plus ou moins fixes mais dont le nombre n’est jamais énorme et qui en plus s’étiole peu à peu. Il n’est alors pas surprenant en partant de ce principe de retrouver certains dessins plusieurs fois à mesures que les chapitres (ici intitulés séances) se succèdent. Et puisque l’on en est à parler du travail de Horne sur cet ouvrage, je n’ai pas grand-chose à redire à ce sujet. L’illustrateur compose ses cases dans un noir et blanc appréciable et finalement bienvenu et a fait preuve d’un talent certain pour dessiner les différents personnages de cette histoire. John, George, Paul, Ringo, Yoko… Tous sont fidèlement portés sur le papier et c’est une qualité que l’on retrouve de toute façon dans l’ensemble de l’ouvrage, jusque dans les moindres détails.

Le dessin appuie très bien le propos et certains choix de mise en scène sont très bien trouvés.

Le dessin appuie très bien le propos et certains choix de mise en scène sont très bien trouvés.

En conclusion, Lennon est un excellent ouvrage. Parfaitement maîtrisée, cette adaptation du roman original de David Foenkinos arrive à trouver le juste équilibre entre son propos et sa forme, le dessin répondant idéalement au texte, mais surtout, elle arrive à rendre ces monologues imaginaires parfaitement crédibles en réussissant à s’approprier l’état d’esprit de John Lennon, à deviner quels pouvaient être ses gloires personnelles et ses déception mais également quel regard il pouvait porter sur son parcours. Sorte de biographie à la première personne, Lennon est une réussite et il ne me reste plus qu’à lire le livre original pour avoir fait le tour de la question.

Lennon, David Foenkinos, Eric Corbeyran & Horne, Marabout, 156 pages (17,90€)

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