[Rétrospective] Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, David Yates, 2009

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Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, film fantastique de David Yates. Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Michael Gambon…
La note du Koala : 2,5/5

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Ce film est la suite de Harry Potter et l’Ordre du Phénix (D. Yates, 2007).
Il est suivi par Harry Potter et les Reliques de la Mort – 1ère Partie (D. Yates, 2010).

Le pitch : Plus personne ne peut le nier désormais : Voldemort (R. Fiennes) est de retour. Et il rassemble ses Mangemorts pour retrouver son pouvoir d’antan. Harry Potter (D. Radcliffe) et ses amis, qui en sont à leur sixième année à l’école de sorcellerie Poudlard, doivent désormais faire face à un danger absolu dans lequel Albus Dumbledore (M. Gambon) sollicitera l’aide de Harry pour accomplir une mission primordiale.

La critique : Jusqu’en 2009, la courbe de la hype autour de Harry Potter a toujours été assez élevée chez moi. Elle l’était d’autant plus que le cinquième opus avait été une réussite globale et qu’il promettait – surtout si on avait lu les romans suivants – de très belles choses pour conclure la licence. Sauf qu’en 2009 est sorti Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, adaptation aussi bonne que ratée, dont les atouts sont aussi présents que les défauts et qui m’abandonne là avec le cul entre deux chaises.

Les a priori que j’avais concernant ce sixième film étaient excellents. Je me souviens du roman et il me revient en tête que c’est sans doute l’un des plus prenants de la saga de J.K. Rowling. Approfondissant incroyablement le background autour de Voldemort notamment, ce sixième livre était une pépite certes parfois un peu longue mais qui constituait une suite idéale à L’Ordre du Phénix et une entrée en matière parfaite pour ce qui serait Harry Potter et les Reliques de la Mort. Alors tu penses, je l’attendais de pied ferme cette adaptation du sixième volume. Surtout quand j’ai appris que David Yates rempilait à la réalisation. On ne va pas refaire l’article de la semaine dernière mais comme je l’y expliquais, il me semble que ce monsieur a fait de très bonne chose sur L’Ordre du Phénix en composant un film d’une cohérence assez folle tant sur le fond que sur la forme. Rythmé, équilibré et même beau à regarder, ce film était une réussite comme on n’en avait plus vraiment eue depuis Le Prisonnier d’Azkaban selon moi. Alors de savoir qu’il revenait me mettait en joie et je m’attendais à un long-métrage qui sache habilement adapter le roman d’origine en donnant certes la part belle aux événements autour de Harry et Dumbledore dans leurs explorations du passé de Voldemort (rappelons qu’il s’agit d’un pan essentiel du roman, sinon le plus important…) mais en sachant aussi encore une fois trouver cet équilibre entre gravité et légèreté grâce aux histoires de cœur qui ponctuent le livre et à un humour qui a toujours su trouver sa place dans les différentes adaptations. Voilà dans quel état d’esprit j’étais quand je suis allé voir Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé au cinéma il y a de ça six bonnes années maintenant. Et vu ce que j’ai vu alors, croyez-moi que quand j’ai dû me refaire le film l’autre jour pour cette rétrospective, je ne partais pas du bon pied.

David Yates et une partie de la distribution sur le tournage du film.

David Yates et une partie de la distribution sur le tournage du film.

Mais un film c’est comme tout le reste, il faut y goûter une deuxième fois avant de dire qu’on est certain de ce qu’on en a pensé. Or, je n’avais jusqu’à présent pas revu Le Prince de Sang-Mêlé depuis sa projection au cinéma. Ainsi, si je restais dubitatif au moment d’insérer le DVD dans mon lecteur, je gardais tout de même quelques réserves quant à mon propre jugement et étais totalement ouvert à la possibilité d’être agréablement surpris lors de cette deuxième fois. Et effectivement, j’ai trouvé à ce sixième film de la franchise un certain nombre de qualités évidentes et celle qui me revient immédiatement en tête en y réfléchissant, c’est clairement son esthétique. Largement construite sur les bases que L’Ordre du Phénix avait posées, elle n’hésite cependant pas à les consolider et à aller plus loin. Un choix logique étant donné que le fond-même de l’œuvre va également repousser ses limites et si l’on avait observé dans l’épisode précédent avec quel talent David Yates avait uni fond et forme, on ne peut que constater qu’il poursuit ce travail ici. Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé est marqué par un assombrissement encore plus profond de son background ? Fort bien, sa mise en image le sera tout autant ! Que ce soit dans cette obscure colorimétrie ou dans la mise en scène, le travail de Yates met à mon sens parfaitement en exergue le fait que les choses vont de plus en plus mal dans le monde des sorciers. Que dire par exemple de cette scène d’introduction où les Mangemorts s’attaquent au Ministère de la Magie, profitant de leur cheminement pour causer quelques dégâts chez les moldus de Londres ? Celle-ci comme cette séquence de l’attaque du Terrier des Weasley constituent deux exemples de mise en scène remarquable qui confirment que Yates est un bon choix. Mais il ne faut pas oublier de mentionner le travail du directeur de la photographie, le français Bruno Delbonnel, qui a notamment travaillé sur Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Un Long Dimanche de Fiançailles ou encore Inside Llewyn Davis qui sont autant d’arguments pour parler du talent de ce monsieur. Enfin vous avez saisi l’idée quoi, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé a des qualités et le nier serait faire preuve d’une mauvaise foi certaine.

Ce duel entre Harry et Malefoy était aussi un bon moment.

Ce duel entre Harry et Malefoy était aussi un bon moment.

Le seul problème finalement c’est que ces qualités se trouvent contrebalancées par des défauts que je trouve personnellement cuisants. Oh ils ne sont pas rédhibitoires mais tout de même… Alors oui, la photo n’est pas mal du tout, la mise en scène également, la cohérence entre fond et forme aussi mais, franchement, il y avait autre chose à faire avec ce que venait nous raconter le roman original. Pour rappel, ce pavé pouvait en quelque sorte être vu comme divisé en deux pans : un consacré aux prémices de la lutte contre Voldemort, à la découverte de son passé et aux nombreuses sessions dans la Pensine ; un second où Rowling venait parler plus directement des romances qui se tissent depuis La Coupe de Feu en gros avec Ron et sa Lavande Brown, la jalousie d’Hermione et le difficile flirt entre Harry et Ginny. Seulement voilà, il y a un truc qui est passé au cinéma entre L’Ordre du Phénix et Le Prince de Sang-Mêlé et qui a à mon sens pas mal rebattu les cartes : Twilight. Oui, tout à fait, je reste intimement persuadé que les aventures vampiresques et amoureuses d’Edward et Bella ont eu une influence plus ou moins considérable sur le scénario du sixième Harry Potter qui a finalement assez bien traité les instants importants de l’intrigue générale de la saga (tout du moins ceux qui sont effectivement développés…) mais qui a mis un accent beaucoup trop prononcé sur lesdites romances. Et cela se ressent dès l’arrivée de Harry chez les Weasley peu après le début du film avec notamment Ron en mode « trop des BFF quoi » qui dit du haut de l’escalier « Quoi ? Je le saurais si mon meilleur ami était à la maison » puis qui fait remarquer à Hermione qu’elle a un peu de dentifrice au coin des lèvres en mode « oh là là, je suis tout chose, c’est très excitant mais faut pas que ça se remarque ». C’est une ambiance un peu trop LOL pour moi, un truc auquel je ne m’attends pas, ni ne veux m’attendre en regardant un Harry Potter. Et la chose se poursuit tout le long du film avec évidemment le cas Lavande Brown, dont chaque apparition est une gifle à chaque fois un peu plus forte infligée à mes pauvres petites joues rougies par l’agacement. C’est d’une mièvrerie ahurissante et c’est là mon drame dans ce film. Je dis « mon drame » car je sais que certains l’auront mieux vécu que moi… Mais franchement, pourquoi nous imposer ça alors qu’il y avait tant et tant à faire d’autre et de mieux ? Et puis quitte à faire de la romance (je ne suis pas contre hein, j’ai déjà défendu ces aspects-là dans les précédents films), pourquoi ne pas avoir pris modèle sur celle établie entre Harry et Ginny, dont la sobriété est bien plus touchante que l’exubérance de la relation entre Ron et Lavande, dont les seules conséquences sont finalement de révéler assez tristement la jalousie et les sentiments d’Hermione et de profondément m’ennuyer. J’ai parfois trouvé dommage certains choix faits dans les précédents épisodes de la licence mais jamais je n’avais ressenti une telle déception. Et quand à côté de ça tu vois comment ils expédient l’arc autour de Dumbledore… Je ne me suis jamais remis de ce choix-là.

STOP !

STOP !

Pour conclure en évoquant la distribution comme toujours, j’avoue que je n’ai pas grand-chose à ajouter sur ce que je disais dans le précédent article au sujet du trio principal. J’estimais en effet que l’on avait atteint une sorte de sommet en matière d’interprétation dans le cas de Daniel Radcliffe, Rupert Grint et Emma Watson et je maintiendrai ici cet avis. Les trois me semblent en effet avoir totalement fini de construire leurs personnages et leurs interprétations respectives, avec leurs qualités et leurs défauts. J’aurais quand même tendance à noter peut-être un sursaut d’assurance bienvenu chez Radcliffe et Watson, lesquels m’ont paru plus justes encore. Quant à Rupert Grint, il poursuit sur sa lancée en continuant de jouer en mêlant le côté faire-valoir des premiers épisodes et une sorte de nonchalance qui va assez bien au personnage. Un mot rapide également sur Evanna Lynch et Helena Bonham-Carter, toujours aussi idéales dans leurs rôles respectifs de Luna Lovegood et Bellatrix Lestrange. J’ai également énormément apprécié la performance de Michael Gambon, plus en retenue que dans La Coupe de Feu et finalement assez proche de ce qu’il livrait déjà dans L’Ordre du Phénix. La séquence dans la grotte avec Harry à la fin du film et ce qui suit m’a évidemment pas mal ému notamment et c’est essentiellement grâce à lui (m’a presque fait chialer ce con…). Ensuite si Alan Rickman s’en sort quant à lui honorablement en accentuant le pathos autour de son personnage, c’est quand même du côté de Bonnie Wright et de Tom Felton que j’ai été cherché deux vraies satisfactions. Celle d’abord de voir l’interprète de Drago Malefoy avoir enfin toute latitude pour donner une vraie ampleur à son personnage. L’acteur arrive enfin à prouver de quel bois il se chauffe après avoir passé cinq épisodes à jouer les vilains garnements de seconde zone. Quant à  Bonnie Wright, c’est plus ou moins la même chose. Après avoir été la petite rousse retirée des opus précédents, elle a enfin l’occasion de développer son personnage et elle le fait plutôt bien. Je pense sincèrement que si la romance entre Harry et Ginny passe aussi bien et mieux que les autres, c’est en grande partie de son fait. Un mot furtif enfin sur Jim Broadbent qui incarne ici un nouveau personnage, le professeur Horace Slughorn, et qui introduit assez bien ce personnage pas si secondaire que ça et que l’on retrouvera (si je ne dis pas de bêtise) dans la deuxième partie des Reliques de la Mort.

En guise de conclusion, je ne sais pas trop quoi vous dire ? Je ne peux pas vous dire que j’ai été ravi mais pas non plus que j’ai été totalement déçu. Je suis totalement entre deux chaises, incapable de mettre une note trop basse parce que je me trouverais injuste mais pas plus capable d’en mettre une trop haute parce que je me trouverais trop gentil. Il n’y avait donc pas d’autre choix pour moi que de couper la poire en deux et de mettre pile-poil la moyenne, un 2,5/5 qui – je l’espère – sera révélateur de l’ambivalence de mon avis au sujet de ce film.

Le « Oh, au fait ! »:
L’acteur qui incarne Voldemort enfant s’appelle Hero Fiennes-Tiffin est n’autre que le neveu de Ralph Fiennes, a.k.a Voldemort adulte.

Alfonso Cuarón, après avoir préféré ne pas rempiler suite au Prisonnier d’Azkaban, s’était dit intéressé pour réaliser ce sixième épisode. Parmi les autres intéressés finalement non retenus devant ou derrière la caméra, on peut également citer Clémence Poésy (Fleur Delacour), Chris Rankin (Percy Weasley), Christian Coulson (Voldemort adolescent dans La Chambre des Secrets) ou encore Bill Nighy, qui incarnera finalement Rufus Scrimgeour dans la suite des aventures du sorcier à la cicatrice.

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6 réflexions sur “[Rétrospective] Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, David Yates, 2009

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  3. Bon alors. Oui, mais pas trop. Je comprends ce que tu dis, et moi-même en sortant du cinéma j’avais cette même impression. Mais en rematant toute la saga, ce choix de narration sur cet épisode fait parfaitement sens. Il prend le pari de se centrer principalement sur les personnages et leur relation, et au final c’est ce qui permet aux 7 de fonctionner. Le film évite d’assommer le spectateur d’infos et d’éléments (qui sont certes cruciaux, mais ils se démerdent avec après) pour aller à l’essentiel, et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui c’est un de mes films préférés. Il est très humain, très sobre au final, et offre une dernière année plus légère aux personnages. Explorer cet aspect là des personnages les rend encore plus attachants et permet de sublimer la noirceur et le ton du suivant, et même des éléments plus sombres de ce film là.

    Au final, je comprends complètement la deception de ce sixième film, l’ayant moi-même ressenti. Mais replacé dans l’ensemble de la saga, il a une place à part et, je trouve, primordiale.

    • Là où je suis d’accord avec toi c’est qu’il me semblait moi aussi intéressant de parler des relations des personnages. C’était fait dans le roman et j’avais pris plaisir à suivre ces éléments-là puisqu’ils y étaient très bien écrits. Mais là c’est essentiellement la forme qui me gêne. C’est trop…je ne sais pas en fait. Trop guimauve je dirais. Et trop imposant aussi. Jusqu’ici la saga avait toujours réussi à trouver un très chouette équilibre entre son propos grave et la légèreté des « autours ». Mais là il m’a semblé que l’équilibre était rompu et qu’on a voulu surfer sur une vague inappropriée. Si on m’avait parlé du triangle amoureux Ron/Lavande/Hermione comme on m’a parlé de la relation Harry/Ginny, je n’aurais sûrement pas été aussi gêné, tu vois ?
      Après c’est vrai que pour ce qui n’a du coup pas été mis en scène dans ce livre, les deux parties du 7 font suffisamment le job pour permettre de conserver de la cohérence, rien à redire là-dessus.
      Ce n’est pas une déception complète quoi mais je reste intimement persuadé qu’il y avait mieux à faire (et le 7 que j’ai revu hier soir me conforte dans cette idée…).

      Cela étant je comprends tout à fait ton point de vue et je dois dire que je le partage sur certains points.
      J.K. Rowling également estime qu’il s’agit de son film préféré dans toute la saga d’ailleurs.

      • Il y avait très certainement mieux à faire, oui. Surtout sur tout le délire du Prince de Sang-Mélé dont on n’a au final que faire. Hâte de lire tes pensées sur les 7.1 et 7.2 🙂

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