Seul sur Mars, Ridley Scott, 2015

Seul sur Mars, film de science-fiction de Ridley Scott. Avec Matt Damon, Jessica Chastain, Jeff Daniels, Chiwetel Ejiofor…
La note du Koala : 3,5/5

1014639_fr_seul_sur_mars_1443430838115Le pitch : Alors que l’équipe d’astronautes Arès III réalise différents relevés dans le cadre de sa mission sur Mars, une tempête se lève sur la planète rouge et Melissa Lewis (J. Chastain), chef de mission, prend la décision de quitter la planète pour revenir sur Terre. Mais au cours de l’évacuation, le biologiste Mark Watney (M. Damon) est heurté par un débris et disparaît. Il est finalement abandonné sur le sol martien par son équipe qui le croit mort. Mais Watney est bel et bien vivant et il doit désormais survivre seul sur une planète hostile à toute forme de vie humaine.

La critique : Soit dit entre nous, je ne connais pas suffisamment Ridley Scott pour pouvoir dire que je m’attendais à quoi que ce soit en allant voir Seul sur Mars. Oh bien sûr, j’ai vu Alien, Gladiator et Blade Runner par exemple et j’ai apprécié les trois mais je serais bien incapable de disserter pour autant sur le cinéma de Ridley Scott, sur sa patte, son style, sa mise en scène… Aussi je suis allé voir Seul sur Mars totalement vierge de tout a priori, ce qui – pour une fois – n’est pas plus mal.

Maintenant que j’y pense, Seul sur Mars est un peu un cas à part dans la liste des films que j’ai vus au cinéma. En règle générale, je ne me rends pas dans une salle obscure sans avoir une connaissance relative de ce que je vais y découvrir. Mais ici, c’est tout juste si je sais que Matt Damon joue dedans et que c’est Ridley Scott qui réalise. Je ne me rappelle qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman que quelques jours après, ledit roman ayant envahi les rayons de littérature SF, et je n’ai connu le reste de la distribution qu’en découvrant les affiches du film dans le métro (et encore, j’en avais oublié la moitié au moment où le film commençait). Quant au pitch, lui je maîtrisais. Faut bien dire aussi qu’on fait difficilement plus simple comme base de scénario : un astronaute coincé sur Mars tandis que son équipe le croyant mort revient sur Terre et finit par se décarcasser avec la NASA pour savoir comment le récupérer. J’ai remarqué sur les internets au passage que certains craignaient une histoire d’une fadeur impossible en raison de la solitude complète du héros sur la planète rouge. Franchement, ce n’était pas une de mes craintes. Après tout, Seul au Monde racontait en son temps l’histoire d’un employé de FedEx coincé sur une île déserte avec pour seule compagnie un ballon de volley. Et je ne vous parle pas de Robinson Crusoé, œuvre fondatrice des aventures solitaires… Non, je suis plutôt du genre à penser qu’un film mettant en scène la solitude – en milieu hostile qui plus est – peut être au contraire particulièrement prenant. Cela peut donner un film intelligent, porteur de thèmes forts et capable (surtout dans le contexte martien qui est celui de Seul sur Mars) de se montrer particulièrement cohérent. En revanche, je craignais que Ridley Scott n’en fasse trop, qu’il s’essaie au sensationnel comme Gravity le faisait (mais ça s’y prêtait) ou au contraire qu’il tente une réflexion métaphysique à la Interstellar qui n’aurait pas eu sa place ici selon moi. Quant à Matt Damon, je me demandais vraiment ce qu’il pouvait donner dans un rôle pareil mais on touche là plus à la curiosité qu’à la crainte (j’ai confiance en Matt Damon).

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Si je ne me rappelais pas de l’intégralité de la distribution de Seul sur Mars, je savais que quelques valeurs sûres s’y trouvaient : Matt Damon, Jessica Chastain, Kate Mara…

Et finalement, que dire de Seul sur Mars ? Pour ne rien vous cacher, j’ai eu du mal à formaliser ce que je pense de ce film une fois la séance terminée. En fait, je l’ai autant apprécié que j’ai regretté certains aspects. Mais globalement, c’est du bon. Ridley Scott livre en effet ici un long-métrage intéressant et prenant qui réussit justement à ne pas tomber dans les écueils que j’évoquais dans le paragraphe précédent. Préférant prendre le large et s’affranchir de ce que Gravity ou Interstellar auraient pu imposer comme des codes, Seul sur Mars se compose comme une œuvre à part entière, capable de développer sa propre dimension. Malheureusement, ce n’est pas la mise en scène de Ridley Scott qui permet cela… Bien au contraire, et sans la trouver de mauvaise qualité pour autant, je l’ai trouvée plutôt feignante. Pas dans le sens où elle ne donne rien de bon et ne cherche pas réellement à le faire mais plutôt dans le sens où elle se cale sur un style très générique que les blockbusters actuels (et notamment les films Marvel) ont popularisé et imposé. En voyant Mark Watney se prendre un morceau de l’antenne sur Mars au début du film, j’ai eu l’impression de voir Iron Man se prendre une mandale par Iron Monger dans le premier film de la série par exemple. Quand j’ai vu les effets de style utilisés dans l’espace pour jouer sur la gravité ou son absence, je me suis dit qu’on joue à ça depuis 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Et ainsi de suite, Seul sur Mars ne pouvant clairement pas prétendre à de quelconques éloges quant à l’originalité de sa mise en scène. Même pour illustrer la solitude de Watney, Scott se contente de quelques plans éculés et – pire encore – il ne jamais chercher à t’imposer cette solitude dans la face. Mais si l’originalité n’est pas franchement au rendez-vous, n’allons pas me faire dire ce que je ne pense pas pour autant : le film est très joli. Les décors martiens sont très bien rendus (on sent que les clichés diffusés par la NASA au cours des mois durant lesquels le film a été produit ont joué un rôle dans tout cela) et les séquences spatiales également. Quant aux effets spéciaux, ils ne jurent à aucun moment dans le tableau et contribuent bien au contraire à sa qualité strictement esthétique. Au final, je crois que l’on peut dire que Seul sur Mars me laisse de ce point de vue là un goût bizarre, celui de l’amertume d’un film qui manque de patte mais qui réussit quand même de jolies choses.

Le film ne manque pas de trucs un peu gros comme ce rafistolage de la base martienne ou la séquence "Iron Man" de la fin.

Le film ne manque pas de trucs un peu gros comme ce rafistolage de la base martienne ou la séquence « Iron Man » de la fin.

Pour ce qui est du reste, Seul sur Mars ne s’en tire pas mal non plus mais ne révolutionne encore une fois pas grand-chose, sinon rien. Tout ce qui touche à l’histoire de Watney sur Mars m’a bien plu, que cela soit dit, mais j’ai trouvé qu’on manquait là encore d’une véritable originalité. Je faisais tout à l’heure une analogie avec Seul au Monde et je crois qu’on peut la répéter ici. Le personnage de Watney connaît exactement la même situation que celle du personnage campé par Tom Hanks dans ce film de Robert Zemeckis. Même pour ce qui est de continuer à communiquer malgré le fait d’être seul, la différence étant que Watney tient un journal de bord en lieu et place du fameux Wilson. Mais on se prend néanmoins au jeu de voir comment cet homme va se débrouiller pour allonger son espérance de survie sur Mars car cela reste une formule qui marche assez bien, d’autant que le scénario est suffisamment bien tourné pour rendre le tout assez dynamique. Si ses mécaniques sont sensiblement les mêmes que dans plus ou moins n’importe quel gros film d’aujourd’hui (et je pense encore une fois aux Marvel), l’histoire que l’on m’a racontée là m’a tout de même tenu attentif de A à Z et s’il était parfois aisé de voir venir une péripéties à des kilomètres, cela restait tout de même divertissant. Après tout c’est ce que Seul sur Mars veut être avant tout, un divertissement. Et cela se sent à travers non seulement un schéma très classique dans sa construction et sa mise en scène mais aussi dans sa volonté de ne pas embrouiller le spectateur dans ses réflexions. Ainsi, le film abordera différentes questions sans pour autant pousser son raisonnement aussi loin que Christopher Nolan aura pu le faire avec Interstellar. Comment survivre sur Mars ? Le peut-on ? Comment sauver un camarade naufragé sur cette planète ? Ces questions font partie des interrogations que pose Seul sur Mars et à laquelle le film tente de répondre certes sans préchis-préchas mais avec une cohérence intéressante qui laisse à croire que ce qui nous est dit et/ou montré est assez réaliste. N’étant ni astrophysicien, ni ingénieur de la NASA, ni botaniste, je ne saurais vous dire si c’est réellement le cas mais on m’a vendu la chose comme telle est c’est essentiel pour que le film ne sombre pas dans les écueils de l’invraisemblable. Ajoutons à cela que Ridley Scott a su diluer son propos sans le noyer dans une forme de détachement bienvenu dont l’humour est l’arme principale. Entre les saillies de Watney, ses blagues et autres silences pleins d’ironie face caméra quand il doit se farcir du disco, il y a de quoi sourire et même rire parfois comme lorsque Rich Purnell (incarné par Donald Glover) explique son plan de sauvetage à la NASA (au passage, j’ai bien aimé le petit clin d’œil au Seigneur des Anneaux lors de cette scène). Sur ce plan, je crois que l’on peut dire que Seul sur Mars est un divertissement intelligent. Si seulement sa mise en scène avait plus osé et tenté des choses, on aurait pu avoir quelque chose de vraiment chouette à tous points de vue.

Même des choses très banales comme la culture de pommes de terre prend, en raison du contexte, une toute autre dimension et c'est vraiment plaisant. En plus j'adore les patates.

Même des choses très banales comme la culture de pommes de terre prend, en raison du contexte, une toute autre dimension et c’est vraiment plaisant.
En plus j’adore les patates.

Concernant enfin la distribution du film, Matt Damon fait le job à la perfection tout d’abord. Comme je m’y attendais, il gère parfaitement bien le fait de jouer seul et s’il n’a pas la tâche de porter tout le film sur ses seules épaules (le reste du casting étant quand même largement mis en avant), il donne à Watney tout ce qu’on aurait pu attendre de lui. Je l’apprécie d’autant que Damon arrive à intervenir sur l’ensemble de la palette d’émotions que ce personnage implique avec un naturel certain qui rend ce dernier assez touchant dans l’ensemble. Oh, là non plus il n’y a pas de révolution mais le travail est fait et c’est bien là l’essentiel. Je n’évoquerais pas l’intégralité du reste des acteurs (puisqu’ils sont nombreux mine de rien) et me contenterai d’en aborder quelques uns seulement, à commencer par Jessica Chastain qui renoue ici je trouve avec le personnage de Murphy Cooper dans Interstellar. Il m’apparaît en effet que Melissa Lewis est composée de la même manière et le fait que ce soit Chastain qui incarne les deux personnages me conforte encore plus dans cette idée. Il s’agit là de deux protagonistes au caractère assez fort mais sensibles, intelligents et dont la place dans l’intrigue se veut finalement être quasiment aussi importante. De plus, Jessica Chastain campe Melissa Lewis comme elle incarnait Murphy Cooper justement, avec une sensibilité semblable mais aussi de côté femme forte essentiel dans les deux cas. Un mot également sur Jeff Daniels qui m’a très agréablement surpris, moi qui ne le connais que pour Dumb & Dumber. Je le découvre donc avec plaisir dans un tout autre registre qui – je dois bien le dire – lui sied à merveille. Il donne à son directeur de la NASA un pragmatisme qui colle bien au personnage et qui me rappelle un peu ce qu’en faisait James Cromwell dans Space Cowboys de Clint Eastwood. J’ai en tous cas bien envie d’en découvrir plus sur la palette plus dramatique de cet acteur désormais. Rapidement j’ai aussi beaucoup apprécié les prestations de Donald Glover, lequel s’inscrit idéalement dans la dimension divertissement du film et apporte une plus-value humoristique nette, et de Chiwetel Ejiofor, tout en justesse comme toujours. Mais entre nous il n’y a pas grand-chose à redire sur le travail des acteurs de Seul sur Mars dans leur ensemble, franchement.

C’est donc une assez bonne surprise qui m’attendait dans cette salle obscure. Seul sur Mars se compose en un divertissement spatial intéressant et plutôt intelligent que je n’hésiterai pas à qualifier d’enthousiasmant même mais qui pêche par un défaut d’audace qui aurait pourtant été la bienvenue. Ridley Scott réalise en effet un bon film mais n’arrive pas à suffisamment s’affranchir des codes du blockbuster d’aujourd’hui, en tous cas en termes de mise en scène et de mécanique scénaristique. Un bon moment néanmoins, on ne va pas se mentir.

Le « Oh, au fait ! » :
Seul sur Mars est l’adaptation du roman d’Andy Weir, le premier de celui-ci. D’abord édité uniquement en format numérique en 2011, il obtient ses premiers tirages papier en 2014.

A l’origine, le rôle tenu par Jessica Chastain avait également été envisagé pour Kristen Wiig et Kate Mara, lesquelles obtinrent finalement les rôles respectifs d’Annie Montrose (responsable des relations publiques à la NASA) et de Beth Johanssen (une des astronautes d’Ares III).

Les scènes d’extérieur sur Mars ont été tournées dans le désert de Jordanie.

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