Nintendo fait le point : vers la transition

C’est ce 29 Octobre que Nintendo a révélé ses résultats financiers semi-annuels et ses plans pour l’avenir, sous l’égide de Tatsumi Kimishima, nouveau président de l’entreprise depuis le décès de Satoru Iwata. En règle générale, je me contente de commenter les résultats annuels lorsqu’ils sont donnés en Mars de chaque année mais il y a dans cette présentation suffisamment de choses intéressantes à dire pour que je me fende d’un article exceptionnellement. A ceux qui ignorent un peu à quoi cela va ressembler, pas d’inquiétudes, je ne vais pas vous noyer sous des chiffres et des analyses financières mais simplement commenter les différentes annonces faites.
Pour les plus intéressés, vous pouvez retrouver l’intégralité de la présentation du 29 Octobre (en anglais) directement sur le site de Nintendo.

nintendologo

Wii U, 3DS et Amiibo : entre fin de course et succès

Un petit point d’abord sur l’état de santé de Nintendo qui, sans être digne d’un Popeye ayant avalé une boite d’épinards, était revenue vers de meilleurs horizons au cours des années passées, grâce notamment aux Amiibo ou à quelques gros titres comme Super Smash Bros. ou Mario Kart 8. Mais que voulez-vous, cela n’a pas suffi et au 29 Octobre 2015 les ventes de la Wii U stagnent encore et toujours avec seulement 10,73 millions d’unités vendues dans le monde, un chiffre qui continue de faire de cette console le plus cuisant échec de Nintendo devant la GameCube (21,74 millions d’unités vendues) et la Nintendo 64 (32,93 millions de consoles écoulées). Concernant les jeux, ce sont un peu moins de 70 millions d’unités qui ont été vendues, soit (à peu de choses près) sept jeux par console. C’est peu. C’est terriblement peu. Du côté de la 3DS, la console portable n’en finit pas de crier sa fin de vie. Avec des ventes qui stagnent elles aussi, elle dépasse finalement d’assez peu la barre des 50 millions d’unités (53,34 millions pour être exact) tandis que ses jeux tournent autour de 244,86 millions d’unités distribuées dans le monde. Qu’il est loin là encore le temps des DS, des Game Boy et des Game Boy Advance…

Mais allez, ressaisissons-nous ! Kimishima l’a dit lui-même : « nous allons continuer à faire d’importants efforts sur ce que nous devons faire pour revenir aux bénéfices, en équilibrant la balance des revenus et des dépenses » . Il y a du boulot, soit dit entre nous. Et puis ont a beau dire que les ventes de Wii U et de 3DS, stagnent, ce n’est pas totalement vrai. Enfin, disons que c’est un constat fait à l’échelle d’une vie de console. Mais si l’on observe les situations de ces deux consoles sur une temporalité plus courte, des nuances sont à apporter. A noter avant toute chose que l’on va ici parler du marché japonais. Celui-ci étant la cible première de Nintendo (ça semble logique), c’est sur son cas que le président de l’entreprise va s’attarder en premier lieu. Et pour cela, Kimishima revient d’abord sur le cas de la console portable. S’il est flagrant que la croissance des ventes de la 3DS est bien plus faible qu’auparavant (et l’on mettra ça sur le dos d’un catalogue de jeux moins intéressant qu’au cours des années passées), il n’en demeure pas moins qu’elle persiste un peu. Et si 2014 avait vu une fin d’année intéressante pour le secteur 3DS, c’est essentiellement grâce à la sortie de la New 3DS, laquelle connut un succès certain dès son arrivée dans les boutiques. Néanmoins, le soufflé est vite retombé (dès le début 2015 en fait) pour mieux laisser les ventes de 3DS (et de New 3DS du coup) reprendre un cheminement très (très) pépère. Pour être clair, Nintendo a écoulé 1,5 millions de 3DS depuis le début de l’année 2015 alors qu’il en avait vendues un peu plus de 3 millions à l’issue de 2014 (cinq jeux vendus à 2 millions d’exemplaires ou plus, ça aide), un chiffre que l’on n’atteindra pas cette année, sauf miraculeux miracle. Ce dernier pourrait prendre la forme d’un jeu mais peut-on réellement espérer d’un The Legend of Zelda : Tri Force Heroes ou d’un Mario & Luigi : Paper Jam Bros qu’ils viennent rapporter l’équilibre dans la Force ? C’est peu probable malheureusement mais il ne faut pas non plus tout de suite enterrer ces jeux qui pourraient tout de même créer la surprise. Après tout, Animal Crossing : Happy Home Designer en a été une à son niveau. Déjà écoulé à plus d’un million d’exemplaire sur le sol nippon, le spin off de la série Animal Crossing ne s’en sort pas si mal. Et ce jeu est d’autant plus une bonne surprise pour Nintendo qu’il a permis à l’entreprise de commencer à atteindre un de ses objectifs : séduire un public encore plus féminin sur le marché japonais. Or, ce jeu – qui bénéficie aussi de l’engouement autour des Amiibo grâce à ses cartes à l’effigie des personnages de la licence (plus d’un million de packs vendus là encore) – a été acheté à près de 70 % par ou pour des joueuses. Les filles sont une cible prioritaire de Nintendo sur le marché japonais depuis l’année dernière et Big N semble prendre la bonne voie pour les séduire en grand nombre.

Plus que des objectifs en termes de ventes (quoi que), ce sont des objectifs en termes de nouveau public qui sont atteints avec Happy Home Designer. Une logique que l'on retrouvera sous d'autres aspects ensuite.

Plus que des objectifs en termes de ventes (quoi que), ce sont des objectifs en termes de nouveau public qui sont atteints avec Happy Home Designer.
Une logique que l’on retrouvera sous d’autres aspects ensuite.

Concernant les marchés européens et américains, la situation est un chouïa différente. L’aplomb connu par les ventes de New 3DS au Japon fin 2014 ne s’est fait ressentir chez nous et nos amis américains qu’au début de l’année 2015 (la console est sortie en Février dernier dans nos contrées). Il est cependant intéressant de constater que l’essor des ventes suite à la sortie de cette nouvelle itération de la 3DS n’a pas connu la même tendance qu’au Japon puisqu’elles sont bien plus vite revenues « à la normale ». Pendant un peu moins d’un mois, les ventes ont augmenté (et encore, pas significativement) puis elles ont repris leur rythme habituel. Les ventes de jeu connaissent le même sort sans aucun sursaut, quel qu’il soit, au cours de l’année 2015. Kimishima mise néanmoins sur l’arrivée prochaine de Yo-Kai Watch en Occident pour relancer un peu la machine. Néanmoins, et malgré ces constats plutôt gris, le président de Nintendo tient à rassurer ses actionnaires en leur rappelant le line up de jeux prévus (voire même déjà sortis) pour la fin de l’année 2015 et pour 2016 sur 3DS :

Tri Force Heroes, Yo-Kai Watch, Hyrule Warriors 3DS, un prochain Pokémon Rumble et un nouveau Monter Hunter ainsi que Final Fantasy Explorers font partie des jeux qui doivent soutenir la 3DS dans les mois à venir.

Tri Force Heroes, Yo-Kai Watch, Hyrule Warriors 3DS, un prochain Pokémon Rumble et un nouveau Monter Hunter ainsi que Final Fantasy Explorers font partie des jeux qui doivent soutenir la 3DS dans les mois à venir.

Vient ensuite le cas ô combien épineux de la Wii U. Toujours en s’intéressant d’abord au marché japonais, Kimishima souligne que l’année 2015 s’est globalement mieux déroulée que la précédente avec des ventes de jeux supérieures grâce à deux gros succès : Splatoon et Super Mario Maker, lesquels ont vu leurs sorties respectives suivies de sursauts dans le nombre de jeux écoulés. Sans avoir atteint le million pour le moment au Japon, le premier de ces deux jeux devrait très certainement dépasser ce seuil d’ici la fin de l’année (on en est à plus de 900 000 exemplaires vendus) en particulier grâce au soutien de Nintendo qui continue de l’alimenter en contenu (niveaux, armes, etc.) et en événements (les fameux Splatfests). Kimishima estime carrément que Splatoon devrait sans problème être un des principaux fers de lance de la Wii U sur le long terme, pour ne pas dire jusqu’à sa fin. Quant à Super Mario Maker, on a déjà dépassé le million. Reste que tout ceci n’a pas aidé à vendre plus de Wii U qu’à l’accoutumée, cette dernière conservant ses tendances habituelles même après les sorties de ces deux jeux. Mais c’est encore un peu précipité et il faudra attendre la fin de l’année pour voir de quoi il en retourne, la Wii U ayant été tout de même un peu mieux vendue que l’an passé à la même époque. Mais tout ceci se joue à si peu de choses près que son destin n’en demeure pas moins funeste. Et si les ventes de jeux surpassent celles de l’année dernière en Occident, le constat concernant les ventes de console reste le même qu’au Japon. Et concernant les jeux qui doivent venir soutenir la Wii U dans les moins à venir, en voici un aperçu :

Animal Crossing : Amiibo Festival, Guitar Hero Live, Skylanders Superchargers, Star Fox Zero ou encore LEGO Dimensions figurent sur le catalogue de la Wii U pour cette fin d'année et 2016.

Animal Crossing : Amiibo Festival, Guitar Hero Live, Skylanders Superchargers, Star Fox Zero ou encore LEGO Dimensions figurent sur le catalogue de la Wii U pour cette fin d’année et 2016.

Plus rapidement maintenant, histoire qu’on passe un peu à la suite, je vais revenir sur le cas des Amiibo. Depuis la sortie des premières figurines en accompagnement de Super Smash Bros. l’année dernière sur Wii U et 3DS, ce ne sont pas moins de 21,10 millions d’Amiibo qui ont trouvé acquéreurs dans le monde. On l’a toujours constaté mais le succès de ces figurines NFC est bel et bien là. Une manne que Nintendo ne compte pas laisser tomber puisque l’on commence à entrevoir de nouvelles formes d’Amiibo (cartes – dont une seconde série pour Animal Crossing lancée jeudi dernier au Japon -, Yoshi de laine…) pour continuer à soutenir cette gamme de produits dont les principaux destinataires sont les Américains (ils reçoivent 56 % des figurines distribuées) puis les Européens (23 %). Il est à noter également que certaines figurines se vendent mieux que les autres. Ainsi, si Link est l’Amiibo le plus vendu en Occident devant le Mario de la série Super Smash Bros., ce sont les cartes Animal Crossing qui dominent désormais au Japon. Il faut aussi noter que les itérations lancées le plus récemment occupent des places très intéressantes dans les totaux de ventes d’Amiibo (en particulier au Japon), comme le révèle le tableau suivant :

27l

Un succès qui ne devrait pas se démentir avec les prochaines vagues d’Amiibo dont la collection Animal Crossing et les Méga-Yoshi de laine.

Concernant enfin l’évolution des pratiques dites digitales (entendez pas là tout ce qui touche au dématérialisé), Nintendo confirme les constats faits en Mars dernier en appuyant sur la nette augmentation de l’utilisation du online chez ses usagers. Depuis 2013, les achats de jeux et contenus en dématérialisé ont connu une hausse constante pour dépasser les 30 milliards ¥ en 2014 (soit près de 230 millions € si je ne m’abuse). En 2015, la tendance reste la même et le dématérialisé continue d’être l’objet d’un engouement certain. A l’issue des six premiers mois de cette année fiscale, nous en sommes déjà à 21 milliards ¥ (un peu moins de 160 millions €) avec néanmoins un léger recul sur le deuxième quart de l’année.

En six mois, Nintendo a déjà fait deux fois mieux sur les ventes dématérialisées que sur les six premiers mois de 2014.

En six mois, Nintendo a déjà fait deux fois mieux sur les ventes dématérialisées que sur les six premiers mois de 2014.

Des résultats somme toute très satisfaisants qui s’expliquent essentiellement par l’offre de DLC payants que Nintendo a proposée à ses joueurs. En effet, les principales sources de revenus sur cette tranche viennent d’abord des DLC pour Super Smash Bros. pour Wii U, de Mario Kart 8 et en troisième position de la version 3DS du jeu de combat de la firme. Pokémon Rumble World et les mini-jeux de la Place Mii complètent ce top 5.

En conclusion de cette première partie, il y a plusieurs choses à retenir. Tout d’abord, la 3DS est vraisemblablement en fin de course. On annonce le terme de son règne depuis un moment mais la situation des ventes – lesquelles peinent à trouver un véritable second souffle sans pour autant être catastrophiques – laisse entrevoir l’approche de sa retraite. Quant à la Wii U, son cas est toujours aussi désespéré malgré les coups de fouet finalement très relatifs qu’ont apportés Splatoon et Super Mario Maker. Dans les deux cas, on ne peut que sentir la fin approcher, une idée que l’on avait déjà en Mars dernier lorsque Satoru Iwata nous parlait pour la première fois de ce qui allait obtenir le nom de code NX puis au cours de l’été dernier lors d’un E3 particulièrement pauvre.
A retenir également, l’envie de Nintendo de continuer à capitaliser sur ses Amiibo et à les développer sous de nouvelles formes, que ce soit avec les cartes – dont on imagine déjà voir le modèle appliqué à la série Pokémon – ou avec des versions spéciales de certaines figurines comme le Méga-Yoshi de laine. Le « jouet connecté » a désormais toute sa place dans la stratégie de Nintendo, lequel applique en cela cette idée qui avait été formulée en amont du lancement des Amiibo : capitaliser sur les licences et personnages emblématiques de la firme.
Enfin, l’idée d’une expansion du public de Nintendo se retrouve très brièvement dans les propos tenus autour de Happy Home Designer, où Kimishima exprime clairement son intention de diversifier la cible de l’entreprise. Et si cela passe par une plus forte féminisation de celle-ci au Japon, Nintendo a également d’autres plans plus ambitieux dans son sac.

Sortir de son carcan

Pour cette seconde partie, Tatsumi Kimishima rappelle comme le faisait Iwata il y a encore peu de temps que l’une des forces majeures de Nintendo, ce sont ses licences. Des séries fortes avec des personnages emblématiques dont certains comme Mario ou Link sont connus de tout le monde ou presque. La logique établie derrière ce constat est simple : ces licences fonctionnent (les jeux Super Mario ou The Legend of Zelda se vendent toujours bien), donc si l’on multiplie le nombre de personnes qui peuvent accéder à ces dernières, on va pouvoir palper un max. Ce n’est certes pas dit comme ça mais l’idée est là, cachée derrière son sobre intitulé « Gaming population expansion » . Le hic me direz vous c’est qu’il est difficilement envisageable de réussir cet exploit dans l’état actuel des choses. Comment voulez-vous vendre des consoles que les joueurs ont déjà du mal à acheter à des gens qui ne sont même pas susceptibles de se laisser tenter de base ? Eh bien tout simplement en quittant sa zone d’action habituelle et en allant chercher les consommateurs là où ils sont : sur les PC, sur les tablettes et sur les smartphones. Une stratégie déjà présentée par Iwata au début de l’année et qui se trouve un écho ici via la vignette suivante :

Ça vous rappelle quelque chose ?

Ça vous rappelle quelque chose ?

Deux choses à noter concernant cette diapo au passage. Premièrement, la NX reste toujours un système placé en parallèle de la Wii U et de la 3DS, ce qui maintient encore le flou autour de ce futur engin qui ne serait donc peut-être pas un remplaçant immédiat de l’une ou l’autre de ces deux consoles. La seconde : les parcs à thèmes font concrètement leur apparition dans la stratégie de Nintendo après plusieurs rumeurs et non-dits qui ont laissé parler au cours des derniers mois. M’enfin laissons ça de côté pour le moment car on aura l’occasion d’y revenir un peu après.

Nintendo veut donc optimiser l’influence de ses licences en s’attaquant au marché des tablettes et mobiles et en s’inscrivant aussi durablement dans les environnements PC. En gros, il ne faut plus que Mario et compagnie demeurent uniquement sur leurs consoles dédiées, un choix déjà entériné par le partenariat avec DeNA pour les jeux mobiles. Pour cela, Kimishima en dévoile enfin un peu plus sur ce qui sera le successeur du Club Nintendo et qui permettra de relier tous ces environnements et systèmes : le Compte Nintendo qui sera commun à l’ensemble de ces appareils. L’objectif est d’en faire un outil facile à utiliser et difficile à oublier, pour reprendre les termes utilisés lors de la présentation. Le compte pourra être créé à partir de l’identifiant Nintendo Network en ce qui concerne les joueurs déjà installés chez Nintendo ou bien à partir d’un compte Google+, Facebook ou Twitter (ou tout simplement avec une adresse mail et un mot de passe), ce qui permet finalement d’établir un large champ de possibles concernant le public capté par ce nouveau système. Ainsi, les joueurs Nintendo pourront s’y retrouver mais aussi ta mère habituée à errer sur les jeux Facebook ou ton patron qui suit les actus de son domaine sur Twitter. Nintendo s’immisce partout en employant des réseaux sociaux déjà établis et solides (pour la plupart parce que bon, Google+…enfin voilà quoi, tu piges l’idée).

La question qui se pose maintenant, c’est de savoir à quoi correspondra ce futur service. Tout d’abord, le Compte Nintendo inclut la possibilité d’acheter des jeux Wii U et 3DS directement depuis son smartphone ou son PC. Ainsi, le catalogue complet de jeux téléchargeables de Nintendo sera accessible depuis le site officiel du constructeur et vous pourrez à loisir choisir d’acheter un jeu sans avoir à allumer votre console. Le téléchargement sera automatiquement lancé sur votre Wii U ou votre 3DS. Pour le coup, je suis un peu le cul entre deux chaises si vous me passez l’expression. Car si cela signifie d’une part un accent mis de manière très appuyée sur le dématérialisé, cela permettra aussi d’avoir enfin la possibilité de consulter l’intégralité des jeux disponibles chez Nintendo sans avoir à allumer sa console, une possibilité intéressante si l’on veut par exemple simplement se renseigner sur tel ou tel jeu et sur son prix sans avoir à fouiller dans l’eshop, lequel n’est pas forcément toujours très pratique à explorer.

A la façon dont on peut déjà télécharger un jeu ou un appli sur son smartphone directement depuis son PC et le site internet Google Play (par exemple), Nintendo proposera un service similaire via son Compte Nintendo.

A la façon dont on peut déjà télécharger un jeu ou une appli sur son smartphone directement depuis son PC et le site internet Google Play (par exemple), Nintendo proposera un service similaire via son Compte Nintendo.

Par ailleurs, le Compte Nintendo prendra bien évidemment en compte votre collection de jeux (lesquels seront enregistrés par vos soins selon une méthode que j’avoue ignorer pour l’instant) et pourra alors vous envoyer diverses informations et notifications (et même des cadeaux) ciblées en fonction de vos jeux. Kimishima prend un exemple que je vais faire mien si vous le voulez bien : en admettant que vous jouiez à Animal Crossing, vous pourrez recevoir des notifications liées au jeu tandis que ceux qui n’ont pas ce dernier ne les recevront pas (mais pourront plutôt recevoir des messages destinés aux joueurs de Mario Kart 8 ou de Splatoon entre autres). Kimishima évoque également des offres très ciblées puisque les joueurs inscrits (peu importe la façon, au choix parmi celles évoquées juste avant) pourront notamment recevoir des promotions sur certains jeux pour leur anniversaire. Par exemple, si vous êtes né(e) le 24 Août (au pif) et que l’on est justement le 24 Août (joyeux anniversaire), vous pourrez peut-être acquérir le dernier né de la série Super Mario à prix réduit.

Et puisque l’on parle des jeux, il convient aussi de parler de la succession du Club Nintendo en matière de cumul de points. Un système semblable à celui des étoiles du précédent Club sera en effet mis en place mais d’une manière que je trouve à titre personnel plus intéressante puisqu’il sera désormais possible d’obtenir des points non seulement en acquérant des jeux mais également en y jouant. Plus qu’tu joues, plus qu’tu cumules en gros. Là encore, la volonté d’élargissement du public de Nintendo s’observe à travers l’idée que le cumul des points concernera également les utilisateurs tournant sur smartphones et tablettes. Et les points pourront bien entendu être utilisés sur tous ces supports. Comment ? Eh bien vous pourrez obtenir des DLC, des goodies ou des bons de réduction pour obtenir de nouveaux jeux ou de nouvelles applications Nintendo, ce qui donne finalement un champ d’intérêt bien plus vaste au Compte Nintendo qu’à son prédécesseur de Club.

Voilà qui résume très bien le nouveau système de points que Nintendo va mettre en place.

Voilà qui résume très bien le nouveau système de points que Nintendo va mettre en place.

Au-delà des aspects strictement orientés sur la fidélisation des joueurs, le Compte Nintendo se voudra être également un moyen de monter une sorte de réseau social. Il s’agit là d’un élément qui avait été longtemps évoqué du temps du Club Nintendo, tant et si bien que l’on avait eu droit pendant pas mal de temps à une annotation « En développement » accolée à un onglet plus communautaire dudit Club, onglet qui n’a finalement jamais été ouvert au public. Tout ceci se fera d’une manière assez similaire à celle de Facebook puisque ne pourront être ajoutés à votre liste d’amis que des personnes que vous connaissez réellement (oui enfin ça c’est ce qui est dit dans la présentation mais on se doute que personne n’ira vérifier vos véritables liens hein) et la mise en relation ne pourra se faire que si les deux personnes concernées y consentent. En gros, si un contact refuse de t’ajouter à sa liste d’amis, inutile d’insister tu ne pourras rien y faire. Avec un Compte Nintendo, les joueurs auront également la possibilité de sauvegarder des données dans le cloud. Nintendo rompt avec la logique des mémoires locales et rejoint ainsi la concurrence sur ce point en proposant donc de conserver ses sauvegardes (qu’elles viennent de consoles ou de smartphones ou tablettes) sur un serveur en ligne. Il est au passage indiqué que cela permettra entre autres de conserver des données de personnages : peut-on imaginer que les données enregistrées sur les Amiibo pourront bénéficier de ce système ? Cela permettrait d’éviter d’effacer lesdites données lorsque l’on veut en ajouter de nouvelles sur notre figurine. Pour rappel, un Amiibo (dans le cas où il faille enregistrer des données dessus) ne peut contenir les données que d’un seul jeu à la fois ! Ce serait donc une bonne chose. Mais entre nous, l’utilisation du cloud en est déjà une. Enfin, Kimishima affirme que la création d’un Compte Nintendo permettra aussi de bénéficier de quelques avantages concernant les parcs à thèmes, les films et les boutiques de goodies. Hop hop hop, on s’arrête une minute sur ce dernier point. On a bien lu « parcs à thèmes » et « films » ? Eh bien oui, Nintendo officialise enfin que ces deux éléments font désormais partie de sa stratégie pour l’avenir. Encore une fois, Big N s’ouvre des portes pour étendre son public et capitaliser au maximum sur ses licences. Aucun détail précis ne filtre ici concernant ces deux nouveaux piliers de ses activités et il est encore tôt pour savoir si Nintendo compte ouvrir ses propres parcs par exemple ou « seulement » proposer des attractions dans des parcs pré-existants, un peu comme c’est déjà le cas avec Universal aux Etats-Unis. Quant aux films, on avait bien eu les échos de Sony à l’époque où tout avec leaké mais rien depuis. On peut s’attendre à en entendre de nouveau parler dans le bilan annuel que Nintendo tiendra en Mars 2016.

Le cloud permettra surtout de créer un lien beaucoup plus simples entre consoles et tablettes/smartphones.

Le cloud permettra surtout de créer un lien beaucoup plus simples entre consoles et tablettes/smartphones.

Enfin bref, tout ceci se fera sur la base de la création d’un Compte Nintendo qui permettra donc de devenir membre de My Nintendo. Car si tout a été présenté en prenant le Compte comme pivot absolu du système, c’est bien sur My Nintendo qu’il nous permettra de s’inscrire et sur lequel nous retrouverons donc toutes les nouveautés annoncées ici. Et pour accompagner ce nouveau modèle, Nintendo va progressivement balancer bon nombre d’applications issues de son partenariat avec DeNA. Et Kimishima en avait justement une sous la main à nous présenter : Miitomo. Comme son nom l’indique, il s’agit là d’un appli qui mettra en scène nos Miis. C’est-à-dire nous. L’objectif est simple : créer du relationnel avec les amis que l’on aura ajouté dans My Nintendo. A noter avant d’entrer dans le détail du fonctionnement de Miitomo que Kimishima la présente comme une application free-to-start, reprenant ainsi l’expression que Satoru Iwata souhaitait voir remplacer free-to-play pour plus d’honnêteté envers le consommateur. Autrement dit, le téléchargement sera gratuit mais il y aura des achats in-app (facultatifs, très certainement). Pour faire simple, Miitomo vous invite en premier lieu à créer votre Mii, lequel vous posera ensuite des questions afin de mieux vous définir et, à terme, mieux vous présenter auprès des Miis des amis que vous aurez préalablement ajouté à votre liste. Miitomo se veut donc être un conversation starter comme le dit Kimishima, un moyen d’entamer une discussion avec vos amis et éventuellement de mieux les connaître.

Oui bon, entre nous, ce n’est pas folichon ce truc-là. Pour tout dire, je trouve carrément que ça sent le Nintendo familial ultra lisse que l’on a pris l’habitude de connaître depuis quelque temps maintenant… Et j’ai énormément de mal à imaginer comment ils comptent attirer de nouveaux usagers avec cette appli, sachant que celle-ci sera la première lancée. Ce qui m’interpelle aussi, c’est cet argument de Kimishima qui affirme que près de 200 millions de Miis ont été créés depuis leur apparition sur Wii et que, par conséquent, cela signifie que les gens ont compris leur intérêt. Oui enfin c’est un peu bancal comme argument. Dans le lot, il y a déjà tous ces Miis créés parce qu’on n’a pas le choix (il faut nécessairement s’en faire un quand on lance sa Wii/Wii U/3DS…). Alors de là à dire qu’on va s’en créer un spécialement pour cette application dont l’intérêt est a priori très limité… Mais je ne demande qu’à me tromper. Pour les intéressés, vous pouvez retrouver la présentation spécifique de Miitomo en suivant ce lien (en anglais).

Des Miis qui discutent. Voilà, voilà...

Des Miis qui discutent. Voilà, voilà…

Mais n’allons pas mettre la charrue avant les bœufs, tout ceci ne constitue que les prémices de la stratégie commerciale de Nintendo sur les smart devices et il serait idiot de dire que ça va mal se passer dès maintenant. Là encore, Kimishima insiste sur la nécessité de s’appuyer sur l’influence des licences de Nintendo afin que ce nouveau pan d’activité connaisse le succès et rapporte, comme pour toute bonne entreprise, du profit. Une idée qui trouve un écho lorsque Kimishima parle de proposer un contenu « Nintendo-esque » tout en s’appuyant sur les caractéristiques de ces appareils mobiles. Toutes les franchises de Big N pourront ainsi être mises à contribution dans cette logique et Kimishima confirme l’annonce précédemment faite de cinq lancements sur smartphones et tablettes d’ici Mars 2017. On regrettera juste que rien ne filtre sur le contenu de ces cinq prochaines sorties mobiles (Jeux ? Applications ? Quels personnages ?). Néanmoins, le service My Nintendo/Compte Nintendo voit sa sortie quelque peu repoussée puisque nous ne pourrons en bénéficier qu’en Mars 2016. Oh ce n’est pas un report bien violent, même si un lancement fin 2015 eut été le bienvenu pour soutenir les fêtes de fin d’année. On aurait en effet pu imaginer Nintendo tenter de miser et communiquer sur ce nouveau système pour vendre des consoles (il faudra bien assurer un gros soutien de toute façon puisque le grand public qui n’est pas encore installé chez Nintendo constitue ici une cible essentielle). Il est intéressant également de noter que dans le cadre de cette vaste opération séduction, Nintendo ira même jusqu’à proposer des applis et contenus localisés et exclusifs à certaines régions du monde afin de coller au mieux aux habitudes de consommation et aux demandes des futurs clients.

Avec ce compte-rendu à la moitié de l’année fiscale, Nintendo tâche donc d’abord de faire un bilan des six mois écoulés. Et l’on ne pourra pas dire que les résultats sont brillants, la Wii U étant toujours à la peine et la 3DS poursuivant sa lente descente vers la retraite. Il convient néanmoins de nuancer tout cela et de nous souvenir des objectifs que Satoru Iwata et Tatsumi Kimishima avaient fixés lors de l’annonce des résultats financiers de Mars dernier. Concernant la Wii U, ils souhaitaient en vendre 3,6 millions de plus d’ici la fin de l’année fiscale 2015-2016 (pour Mars 2016 quoi), histoire d’approcher les 10 millions d’unités vendues. Mission accomplie ici puisque l’on est – comme je le disais plus haut – à 10,73 millions de consoles installées chez les joueurs du monde entier. C’est peu encore une fois mais l’objectif est atteint, contrairement à la 3DS. En Mars dernier, Nintendo fixait son objectif de vente à 12 millions de consoles supplémentaires vendues pour dépasser les 55 millions d’unités totales. A l’heure qu’il est, nous en sommes à 54,34 millions. Bien sûr, il reste encore à passer les fêtes de fin d’année et l’on peut assez sereinement envisager cet objectif comme atteint d’ici le prochain bilan financier annuel. Des ambitions satisfaites a priori donc mais qui ne masqueront tout de même pas les difficultés que Nintendo connaît pour installer ses deux gammes de consoles actuelles. Seuls les Amiibo constituent une véritable fierté finalement (et imaginez ce que cela donnerait si les Wii U et 3DS se vendaient mieux que ça…).
Une situation qui pousse donc la firme de Kyoto a sortir de nouvelles cartes de son jeu, dont certaines sont complètement inédites pour l’entreprise. Entre accent mis sur le dématérialisé, orientation des activités sur les appareils mobiles et diversification de l’utilisation des licences (cinéma, parcs à thèmes…), le Nintendo de Kimishima (mais on se doute qu’Iwata a eu le temps de préparer tous ces plans avant son décès) veut aller de l’avant en considérant que si les joueurs « classiques » ne suffisent plus à faire du bénéfice, il faut désormais aller chercher ceux qui ne jouent pas encore ou peu. Et pour cela, il faut aller s’immiscer dans la vie de tous les jours en s’installant sur les smart devices de façon remarquée grâce aux personnages et franchises les plus emblématiques du constructeur.
Tout ceci reste néanmoins encore assez flou. Une seule application présentée (Miitomo, dont on peut se demander si ce sera un succès ou non), pas encore d’officialisation de jeux pour mobiles, des pistes à peine évoquées (cinéma et parcs, encore et toujours eux)… On peut légitimement se demander si ces annonces ne sont pas là que pour attiser la curiosité et rassurer les investisseurs. Ces derniers n’ont cependant pas semblé très réceptifs à ces nouvelles informations puisque la cotation de Nintendo en bourse a chuté au Japon juste après la présentation de ce 29 Octobre. Il faudra encore un peu de temps pour que Kimishima établisse solidement les fondations de cette nouvelle stratégie et finisse de convaincre les investisseurs et le public le plus large possible. On peut finalement espérer en apprendre davantage en Mars prochain, lors de l’annonce des résultats financiers annuels, que je vous résumerai également sur ce blog. D’ici là, nous avons appris il y a quelque jours qu’au moins un Nintendo Direct serait présenté d’ici la fin 2015. Si l’on peut s’attendre à une émission venue seulement soutenir les sorties de jeux pour Noël et éventuellement donner des détails sur les sorties du premier semestre 2016, on peut néanmoins espérer voir Nintendo en profiter pour évoquer « directement » avec les joueurs le cas des développements pour smartphones et tablettes et – on peut toujours rêver – la NX. Cette dernière ne fera cependant l’objet d’une véritable annonce et/ou présentation qu’à l’E3 2016, sinon au printemps prochain.

Nous verrons bien mais on peut être sûrs d’une chose : Nintendo tâche de se reprendre en main et c’est une bonne initiative. La question qui demeure est de savoir si ces évolutions vont être aussi bouleversantes qu’elles semblent vouloir l’être.

Publicités

Une réflexion sur “Nintendo fait le point : vers la transition

  1. Pingback: Nintendo Direct du 12 Novembre 2015 : dans la continuité | Dans mon Eucalyptus perché

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s