Un jour, un album n°22 : « Black Holes & Revelations », Muse

Après un hors-série consacré à la bande originale du film Les Gardiens de la Galaxie, je vais reprendre le cours normal de cette rubrique avec un 22ème numéro consacré à un groupe qui nous fait traverser l’Atlantique pour passer des Etats-Unis d’adoption de Motörhead à la Grande-Bretagne de Muse, groupe dont je vais parler aujourd’hui en évoquant leur quatrième album.

Black Holes & Revelations

Muse - Black Holes & Revelations

Mais avant toute chose, petite biographie du groupe, comme toujours. Au début des années 1990, les trois jeunes garçons que sont Matthew Bellamy, Dominic Howard et Christopher Wolstenholme se rencontrent très banalement au Community College de Teignmouth, ville dans laquelle ils participent chacun à un groupe différent. Ensemble, ils forment en 1992 leur premier groupe qu’ils nomment d’abord Gothic Plague avant de changer son nom en Carnage Mayhem, Young Bloods ou encore Rocket Baby Dolls… En tous cas, c’est après l’audition de Matthew Bellamy en tant que guitariste dans le groupe d’alors de Dominic Howard que les trois se réunissent pour créer leur propre formation pour laquelle Chris Wolstenholme (qui était alors batteur) prendra des leçons pour tenir le rôle de bassiste. C’est sous le nom de Rocket Baby Dolls qu’ils participent en 1994 à un concours organisé à Teignmouth et, alors que la plupart des autres groupes concurrents jouent dans un style plus funk ou pop, le trio remporte la victoire après un show que Bellamy n’hésite pas à qualifier de violent et agressif. Vainqueurs, ils rebaptisent une énième (mais dernière) fois leur groupe : Muse est enfin né et a bien l’intention de se faire entendre. Les garçons abandonnent l’idée de faire des études en université et cherchent des contrats qui les conduiront à jouer dans plusieurs clubs locaux sans grand succès. L’année suivante, ils enregistrent une toute première démo sur cassette et dont les compositions sont apparemment impossibles à trouver autrement que par extraits sur internet aujourd’hui. En 1997, ils sortent Newton Abbot Demo, une deuxième démo donc sur laquelle figure plusieurs chansons qui seront réutilisées sur leurs albums officiels par la suite comme Sober et Agitated. Progressivement, le groupe commence néanmoins à se construire une base plus ou moins solide de fans et arrive à jouer dans des salles de meilleure facture. Ils vont notamment aller jouer à Manchester et Londres en première partie de Skunk Anansie, ce qui leur donnera l’occasion de rencontrer Dennis Smith, propriétaire de la maison de disques Sawmills et grâce auquel ils vont notamment pouvoir sortir un EP sobrement intitulé Muse chez Dangerous Records, mini-album qui sera suivi d’un second : Muscle Museum. C’est ce dernier qui va réellement les lancer et attirer sur eux l’attention de journalistes spécialisés tels que Steve Lamacq, signe d’un engouement naissant auquel Dennis Smith répondra en créant tout spécialement pour Muse la maison de disques Taste Media qui leur permettra de signer avec plusieurs labels pour tourner en Europe, en Australie et aux Etats-Unis. Mais surtout, c’est avec cette maison que Muse enregistre et sort son premier véritable album Showbiz en 1999 et qu’ils soutiendront en assurant notamment les premières partie des Foo Fighters et des Red Hot Chili Peppers. Showbiz répond à l’identité de Muse en proposant une musique à la fois « agressive » et mélancolique, un style qui sera leur fer de lance pour les années à venir.

Muse à New York en 1999 (de gauche à droite) : Matthew Bellamy (chant et guitare), Dominic Howard (batterie) et Christopher Wostenholme (basse).

Muse à New York en 1999 (de gauche à droite) : Matthew Bellamy (chant et guitare), Dominic Howard (batterie) et Christopher Wolstenholme (basse).

La carrière de Muse est alors lancée et ce n’est pas Origin of Symmetry qui viendra l’arrêter. Sorti en 2001, ce deuxième opus est marqué par l’influence revendiquée par Bellamy de Tom Morello (Rage Against the Machine) et de Jimi Hendrix sur son jeu, plus fondé sur les arpèges notamment. Pour l’anecdote, le distributeur américain du groupe – Maverick – leur a demandé de réenregistrer certaines chansons de l’album pour leur diffusion sur les ondes aux Etats-Unis, considérant que la voix de Bellamy sur cet album et ces compositions n’était pas idéale pour la radio. Le groupe refusa bien entendu et rompit tout contact avec Maverick. En 2002 vient Hullabaloo, leur premier live distribué en CD et DVD. Ce dernier avait d’ailleurs été capté au Zénith de Paris lors de la tournée qui suivit la sortie de Origin of Symmetry. A l’époque, Muse continue également de se forger une solide réputation de bêtes de scène qui passait notamment par le refus systématique du playback. Mais c’est l’année 2003 qui finit complètement de les installer avec la sortie d’Absolution, album qui comprend quelques uns des morceaux les plus cultes de leur répertoire : HysteriaApocalypse Please ou encore Stockholm Syndrome… L’Absolution Tour qui suivit fut également déterminant dans cette hégémonie et fut une tournée au succès flamboyant qui donna notamment naissance à un CD/DVD enregistré au Festival de Glastonbury auquel était venu assister le père de Dominic Howard qui décède malheureusement au cours de la soirée.

La tournée terminée, le groupe entre au studio Miraval dans le Var (connu pour avoir notamment accueilli Pink Floyd pour The Wall, les Cure pour Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me ou encore AC/DC pour Blow Up Your Video) pour travailler sur Black Holes & Revelations, qu’ils enregistreront finalement à New York et sur lequel je reviendrai plus en détail dans un instant. Sachez pour le moment qu’il est sorti en 2006 et qu’il s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires en un peu plus de six mois. C’est aussi cet album qui fait connaître Muse du très grand public grâce notamment à Starlight, très largement diffusé sur les ondes (j’avoue d’ailleurs faire partie de ceux-là). Le HAARP Tour fut la tournée qui suivit la sortie de l’album et fut une nouvelle fois distribué par la suite en CD et DVD. La tournée s’achève en 2008 et Muse se remet immédiatement au travail pour commencer à révéler son prochain album dès le début de l’été 2009 avec notamment United States of Eurasia et Uprising. Entre temps, le groupe s’est vu honoré d’un doctorat d’honneur en arts à l’Université de Plymouth pour leur contribution à la musique et Chris Wolstenholme a dû entrer en cure de désintoxication pour combattre son alcoolisme. Il est à noter d’ailleurs que le groupe a très rarement fait parler de lui pour de quelconques travers mais bien plus pour son rapport avec ses fans (venir déguisés sur scène pour Halloween, organiser des chasses au trésor pour découvrir un nouveau single…). The Resistance sort finalement en Septembre 2009 et divise un peu les fans en raison des orientations musicales prises. Muse jouit en tous cas d’une reconnaissance qui dépasse la seule sphère des fans et autres amateurs de musique. Devenu un groupe majeur de la scène britannique, ils sont même choisis pour composer l’hymne des JO de Londres en 2012 et pour porter ensemble la flamme olympique jusqu’à leur ville d’origine, Teignmouth. Pour ce qui est de diviser, leur album suivant, The 2nd Law ne manquera pas de le faire non plus. Sorti en 2012, il se démarque encore plus que son prédécesseur du style habituel de Muse en allant chercher encore plus loin vers des sons électroniques. Depuis, Muse a sorti cette année Drones, leur septième album dont j’avoue ne pas l’avoir encore écouté, et est actuellement en tournée. Ils passeront notamment par Bercy en Février/Mars 2016.

Muse en concert à Wembley en 2015.

Muse en concert à Wembley en 2015.

Maintenant que nous avons vu un peu quel fut le parcours de Muse, revenons-en au sujet de cet article et parlons un peu de Black Holes & Revelations. Sorti en 2006, il est le quatrième album du groupe et certains considèrent qu’ils s’agit de leur dernier vrai bon opus (d’autres considèrent que c’était Absolution, ça dépend des points de vue). C’est donc au studio français Miraval que les trois garçons de Muse s’enferment pour continuer à travailler sur les chansons ébauchées au cours de leur précédente tournée. Là, ils utilisent de nouveaux instruments tels que de vieux synthétiseurs mais ils regretteront peu à peu le côté isolé du château et préféreront finalement partir finir le travail à New York, afin d’être moins coupés de la réalité. Les thèmes de Black Holes sont inspirés par la science-fiction, un genre qui a déjà été la source d’inspiration du groupe sur leurs albums précédents, et abordent des sujets assez sombres comme la corruption dans les sphères politiques, la destruction de l’environnement, la révolution, la théorie du complot et même une invasion d’aliens. Le côté SF trouve également un écho dans une orientation musicale qui se tourne encore un peu plus vers des soupçons d’électro, notamment à base de synthés que j’évoquais juste avant. Au final, tout ce travail donne lieu à onze pistes dont voici la liste :

1- Take a Bow
2- Starlight
3- Supermassive Black Hole
4- Map of the Problematique
5- Soldier’s Poem
6- Invincible
7- Assassin
8- Exo-Politics
9- City of Delusion
10- Hoodoo
11- Knights of Cydonia

Il est à noter cependant qu’un douzième titre existe, proposé en guise de morceau bonus sur la version japonaise : Glorious. La chanson a depuis été mise à disposition sur iTunes. Avant de passer aux trois morceaux choisis pour cet article, un mot sur la pochette de l’album, inspirée de la chanson Kinghts of Cydonia mais surtout réalisée par Storm Thogerson, qui nous a quittés en 2013. Si son nom ne vous dit rien, un de ces autres travaux va forcément vous parler puisque c’est lui qui a composé les pochettes de quasiment tous les albums de Pink Floyd à l’exception de The WallThe Piper at the Gates of Dawn, The Final Cut et évidemment The Endless River puisque celui-ci est sorti après son décès. Avec Muse, il avait déjà travaillé sur la pochette d’Absolution mais il a aussi mis ses talents au service d’autres grands groupes tels que Led Zeppelin (In Through the Out Door et Presence).

Ceci étant dit, voici les trois chansons retenues pour aujourd’hui !

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Premier titre : Supermassive Black Hole
Troisième morceau de l’album après un Take a Bow idéal en introduction et le fameux Starlight qui a très largement envahi les radios à l’époque, Supermassive Black Hole est à mon sens le plus révélateur des orientations musicales de ce disque. Mêlant le rock assez dur de Muse à ces sonorités plus électro/électro-pop que le groupe recherchait, il en devient un titre un peu à part mais néanmoins d’excellente facture. Enlevé et puissant, il est également marqué par des chœurs travaillés et la voix de Bellamy, ici particulière aiguë. La chanson a notamment été utilisée dans les séries Dr. Who, Supernatural et Noob ainsi que dans le jeu vidéo FIFA ’07.

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Deuxième titre : Invincible
En sixième position sur cet album se trouve Invincible, morceau qui vient prolonger la rupture avec le rythme soutenu de Black Holes and Revelations, rupture initiée par le titre précédent (Soldier’s Poem). Invincible nous renvoie aux aspects les plus mélancoliques de la musique de Muse. Plus engagée aussi, cette chanson est un appel du groupe à tout un chacun pour soutenir ses convictions et surtout essayer de s’unir pour avancer dans la bonne direction. Une sorte de réponse aux travers évoqués dans les pistes précédentes comme la corruption avec Take a Bow. Le clip réalisé pour ce morceau fait écho à cette idée en faisant se succéder plusieurs étapes marquantes de l’histoire de l’humanité jusqu’à une invasion extra-terrestre futuriste face à laquelle les humains s’unissent pour riposter. Il est à noter cependant que la version clip est plus courte d’une minute que la version studio, aussi je vous propose d’écouter cette dernière en suivant ce lien.

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Troisième titre : Knights of Cydonia
Ultime morceau de l’album (sauf si vous avez la version japonaise évidemment), Knights of Cydonia est sans conteste la chanson la plus imprégnée des références SF de Muse mais également la plus marquée par les choix électro du groupe sur cet album. En effet, ces sonorités prennent bien plus le dessus dans cette chanson sur les airs plus hard néanmoins présents et constituant la ligne de fond du titre. Le côté science-fiction se retrouve également dans le clip qui accompagne Knights of Cydonia, lequel est presque un court-métrage mettant en scène un western futuriste et post-apocalyptique bourré de références à des œuvres comme Il Etait une Fois dans l’OuestLe Bon, La Brute et le TruandMatrix ou encore les films de kung-fu.

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3 réflexions sur “Un jour, un album n°22 : « Black Holes & Revelations », Muse

  1. J’adore cet album ! Son seul bémol pour moi est la présence de Starlight, qui fut pendant plusieurs années la seule chanson de Muse que je ne supportais pas (malheureusement, la suite de leur carrière en a rajouté d’autres…). Je trouve Glorious nettement supérieure à cette dernière, donc j’aurais préféré qu’elle soit incluse dans toutes les éditions de l’album. Mais le marketing est ce qu’il est.

    J’y ai senti une vraie sublimation du travail à trois qui avait été initié sur Absolution (le premier album composé par les trois), notamment avec des éléments rythmiques clairement dus aux influences de Dominic et Chris (Map Of The Problematique, Take A Bow, Knights Of Cydonia), et une entrée de Matthew dans la recherche vocale polyphonique, esquissée par le passé (Butterflies & Hurricanes, Blackout), mais vraiment révélée ici sur Soldier’s Poem.

    • « Starlight », je continue de l’apprécier même si elle a eu tendance à chuter dans mon classement des chansons de cet album. Mais il est clair que comparé à « Supermassive Black Hole » ou « Map of the Problematique », j’ai vite fait mon choix !

      Tu as raison en tous cas, on peut voir dans « Black Holes & Revelations » une forme d’aboutissement du travail accompli par le groupe à partir de « Absolution ». Il faudrait que je me replonge plus attentivement dans ce dernier d’ailleurs, ça fait longtemps que je ne l’ai pas écouté d’une traite.

  2. Pingback: Un jour, un album n°23 : « In Utero , Nirvana | «Dans mon Eucalyptus perché

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