L’Art dans le Jeu Vidéo : ma visite à l’expo du Musée Art Ludique

Depuis le 25 Septembre dernier et jusqu’au 6 Mars 2016, le musée Art Ludique accueille l’exposition L’Art dans le Jeu Vidéo – L’inspiration Française. Une exposition qui se propose avec un lot de plus de 800 œuvres et installations de revenir sur le processus de création qui se fait en amont de la réalisation d’un jeu vidéo. Entre croquis, dessins préparatoires et autres sculptures, l’expo se propose de revenir sur tout le travail des artistes qui participent à la création d’univers tels que ceux d’Assassin’s CreedFar CryRayman et autres Remember Me… Une exposition que je suis allé voir alors ça valait bien un petit article. Et par avance, je vous prie de m’excuser pour la qualité incertaine de quelques photos mais, que voulez-vous, j’ai fait ce que j’ai pu.

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C’est donc au musée Art Ludique que se tient cette exposition, un lieu qui a déjà accueilli au cours des mois et années passées diverses expos telles que L’Art des Super-Héros Marvel (2014), Pixar : 25 Ans d’animation (2013) ou plus récemment Aardman : L’Art qui prend Forme (2015). A chaque fois, ce sont des expos qui tâchent de mêler astucieusement art et culture populaire avec l’envie d’attirer tous les publics, de ceux qui s’intéresseront vraiment aux procédés artistiques présentés à ceux qui veulent simplement explorer un peu plus leurs univers favoris. Avec L’Art dans le Jeu Vidéo, l’ambition affichée n’est pas de s’interroger sur la dimension artistique du jeu vidéo en tant que tel mais plutôt de plonger dans ses coulisses, dans les ateliers des artistes qui composent tous les décors, costumes et autres bestiaires de nos licences favorites. Cela n’empêchera cependant pas à […], fondateur du musée et commissaire de l’exposition, de déclarer dans un texte introductif appliqué sur un mur de la première salle que le jeu vidéo est selon lui « un Art Total » en ce sens qu’il fait se côtoyer et travailler ensemble divers artistes et travailleurs de tous horizons, allant même jusqu’à comparer les studios de développement de jeux aux ateliers d’artistes de la Renaissance et à imaginer que Léonard De Vinci – qui maniait aussi bien l’art que la technique – n’aurait sans doute pas renié le média vidéoludique pour ces aspects-ci. C’est là en tous cas le premier socle de l’exposition. Le second c’est l’inspiration française, comme l’indique son sous-titre. Nulle mention ne sera alors faite des œuvres japonaises, américaines ou européennes notamment. Enfin disons plutôt que l’expo part sur l’idée d’aborder les jeux issus soit de créateurs français, soit de studios d’origine française. Ainsi, l’on ne se privera pas par exemple de dévoiler des artworks d’Assassin’s Creed III notamment alors qu’il nous vient de Montréal. Mais comme Ubisoft est un studio français, ça passe. Le présupposé est donc que l’enracinement plus ou moins direct des créateurs dans la culture française de création artistique aurait une influence certaine sur leurs travaux. Ce sont donc là les deux idées que l’on nous demande de conserver en tête tout au long de notre visite.

Le bâtiment du musée Art Ludique, pour ceux qui ne verraient pas ce que c'est.

Le bâtiment du musée Art Ludique (quai Austerlitz) pour ceux qui ne verraient pas ce que c’est.

Concrètement, l’expo s’articule autour de sept thématiques réparties en tout autant de salles. Je n’ai plus les noms exacts mais en gros il s’agit de :

  • L’atelier des artistes
  • Dessiner les villes et cités
  • L’invitation au voyage
  • Réécrire l’Histoire
  • Imaginer de nouveaux héros et des créatures
  • Hommage au 7ème Art
  • Magie, poésie, contes et féerie

Dans chacune des salles donc, artworks et autres compositions s’articulent autour des différents thèmes proposés. Pour vous donner une idée, la première salle propose ainsi de revenir sur tout le travail qui prédomine à la moindre composition, sur la réflexion a porté sur tel ou tel univers pour savoir quelle formes ou quelles couleurs ont va lui donner par la suite. Pour cela, carnets de croquis et divers crayonnés, dont certains absolument superbes de Laurent Gapaillard pour Dishonored viennent illustrer un propos également soutenu par des entretiens avec plusieurs créateurs et projetés sur les écrans dispersés un peu partout dans la pièce mais aussi dans les suivantes. Aleksi Briclot (Remember Me…), Michel Ancel (Rayman…) ou encore Benoît Sokal (Syberia…) viennent ainsi apporter un intéressant regard sur ce travail de création originale. La deuxième salle laisse la part belle à de très nombreux travaux préparatoires illustrant les villes et paysages urbains donc de jeux comme Assassin’s Creed III, Remember Me ou encore le prochain The Division. A titre personnel, et en raison de mon goût prononcé pour les représentations d’espaces urbains de manière générale, cette salle fut l’une de mes favorites et offre – toujours selon moi – parmi les plus belles œuvres que le musée propose. Les amateurs d’artworks savent de quoi il en retourne mais le fait d’avoir ces dessins sous les yeux et en grand format est un plaisir des plus délectables dans lequel on apprécie la qualité du détail. On se laissera même aller à penser que si les jeux vidéo étaient systématiquement de qualité égale à ces travaux, on aurait affaire à de sacrées pépites !

Des pans de murs entiers recouverts d’artworks dont certains laissent songeurs (AC III, je pense à toi).

La salle suivante s’oriente ensuite plus vers la nature, les décors sauvages et/ou le patrimoine naturel ou culturel ancien. L’idée d’invitation au voyage se fait réellement sentir avec des forêts luxuriantes, des représentations d’animaux plus vraies que nature et des compositions qui toucheraient presque au romantisme (au sens artistique du terme s’entend). L’occasion également d’en voir un peu plus sur Wild, le prochain jeu de Michel Ancel. Les plages de Far Cry sont également mises à l’honneur avec notamment une vidéo revenant – entretiens à la clé encore – sur la construction du quatrième épisode. Mais c’est dans la salle « Réécrire l’Histoire » que l’on va trouver la principale attraction de l’expo. Entre travaux préparatoires de Soldats Inconnus, portraits de Louis XVI et de Lucrèce Borgia pour la licence Assassin’s Creed et affiches dignes des meilleures propagandes pour The Technomancer; un grand écran incurvé offrant une vue à 180° propose de déambuler dans les rues du Paris d’Assassin’s Creed – Unity. Assis sur un banc, vous vous plongez alors dans une sorte de visite des rues sales mais animées des quais de Seine puis de l’Ile de la Cité jusqu’à pénétrer dans Notre-Dame. Je vous avouerai cependant que la chose donne un peu le vertige et j’ai moi-même eu un peu mal au cœur pendant la poignée de minutes que dure la vidéo…

Je me rends compte que ma photo ne rend finalement pas bien honneur à l’installation qu’est cet écran… Une chouette expérience en tous cas bien que non recommandée si vous venez de manger.

Suivent alors les salles sur les héros et créatures, où l’on pourra notamment admirer les bustes en argile réalisés par Lucie Minne – laquelle est d’ailleurs en entretien dans une vidéo – pour Dishonored 2 ; et la salle qui revient sur le lien qui existe entre jeu vidéo et cinéma. L’occasion alors de revenir – on s’y attendait un peu – sur les jeux de David Cage et notamment sur Beyond – Two Souls dans lequel figuraient, rappelons-le, Willem Dafoe et Ellen Page. Une vidéo revient notamment sur le travail de ces acteurs dans les studios parisiens de [éditeur Beyond] et sur leur numérisation. Quelques clins d’œil sont également glissés dans la salle à Heavy Rain avec notamment de très jolies illustrations en noir et blanc ainsi qu’à White Night. La dernière salle de l’exposition enfin veut porter un regard plus poétique et féérique sur le jeu vidéo en insistant sur la création de mondes fantastiques et colorés. Je découvre alors le jeu Abraca pour lequel des ébauches et rendus finaux de personnages sont proposés. On y trouvera également des crayonnés et artworks des trois premiers Rayman ainsi que de Rayman Legends et enfin une petite section de la salle consacrée à Child of Light (le thème principal du jeu résonne d’ailleurs en ces lieux). Un écran est d’ailleurs spécialement installé pour proposer une succession de décors du jeu qui forment autant de tableaux animés. Mais on aura surtout remarqué cette installation suspendue centrale qui renvoie au jeu Child of Eden et qui est vraiment jolie. Les quatre panneaux sont déjà très beaux individuellement mais ils forment ensemble un jeu de couleurs et de reliefs qui est vraiment somptueux.

L’installation des quatre panneaux aux couleurs de Child of Eden est vraiment très agréable à observer. En faire tout le tour est intéressant pour constater les effets de la lumière sur ces tableaux.

La visite s’achève alors. Conclue par une boutique de souvenirs aux prix variés (cartes postales à 3€, cahiers à 10 ou 14€ selon le format, catalogue de l’expo à 39€ – il me semble -, Monopoly Assassin’s Creed à 70€ le bordel…), l’expo m’a vraiment plu. Véritable régal pour les yeux, cette immense sélection d’œuvres est un plaisir que partageront les aficionados des jeux mais aussi les amateurs d’une culture populaire qui dévoile ici tout son potentiel créatif et surtout artistique. Une belle occasion de comprendre tout le processus qui précède la mise en forme technique du jeu et de découvrir des illustrateurs de grand talent. J’ai aussi trouvé un peu dommage que ce soit sur la grosse production vidéoludique française que l’accent ait été mis (Ubisoft est tout simplement PARTOUT dans l’expo, de Far Cry à Red Steel 2 en passant par les Assassin’s Creed ou même For Honor). Il aurait été très intéressant de se pencher un peu aussi sur la scène indé française, laquelle regorge aussi de talents divers et variés. Pas avec les mêmes moyens ni la même renommée sans doute mais ce n’est pas cela qui fait la qualité. Personnellement, j’aurais également sans doute apprécié un chouïa plus d’interactivité, histoire de coller vraiment au média dont il est question. J’ai aussi regretté que le musée Art Ludique applique de pareils tarifs. A 15,50€ l’entrée (12,50€ pour les tarifs réduits), on se sucre allègrement ai-je envie de dire… A noter qu’un audioguide est inclus dans le prix (bien qu’il soit facultatif) et que ce dernier apportera quelques détails et explications d’un intérêt certain tout au long de la visite. Reste que je recommande néanmoins l’exposition à ceux qui aiment le jeu vidéo au-delà du simple média qu’est le produit fini car il y a vraiment de très très belles pièces dans ces murs.

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5 réflexions sur “L’Art dans le Jeu Vidéo : ma visite à l’expo du Musée Art Ludique

  1. L’expo me donnait vraiment envie, c’est cool de mettre en avant les arts appliqués dans le processus de développement de JV. La plupart des artworks font tellement rêver ! Mention spéciale aux sculptures de Dishonored 2

    • S’il y a un truc dont tu peux être sûr que ça sera de qualité chez Ubi par exemple, ce sont bien leurs artworks. Les travaux sur Assassin’s Creed m’ont toujours énormément plu et le fait de les voir en grand et si près lors de cette expo, c’était vraiment génial !

      Franchement si tu as l’occasion de passer sur Paris d’ici Mars 2016, non seulement tu me préviens mais en plus tu passes au musée Art Ludique !

  2. Pingback: Parlons jeu, parlons bien n°29 – Soldats Inconnus [Xbox One] | Dans mon Eucalyptus perché

  3. Pingback: TFGA n°14 – « Back in 2014  | «Dans mon Eucalyptus perché

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