[Rétrospective] Harry Potter et la Chambre des Secrets, Chris Columbus, 2002

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Harry Potter et la Chambre des Secrets, film fantastique de Chris Columbus. Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Richard Harris…
La note du Koala : 4/5

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Ce film est la suite de Harry Potter à l’Ecole des Sorciers (Chris Columbus, 2001).
Il est suivi par Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (Alfonso Cuarón, 2004).

Le pitch : Harry Potter (D. Radcliffe) est sur le point d’entrer à Poudlard pour sa deuxième année mais Dobby, un elfe de maison, surgit chez lui pour l’en dissuader en raison d’un grand danger qui le menacerait. Au château, de sombres événements surviennent et plusieurs élèves sont retrouvés pétrifiés. La Chambre des Secrets construite par Salazard Serpentard aurait été ouverte et le monstre qu’elle enferme relâché.

La critique : Après un premier épisode plutôt réussi dans l’ensemble, il était important pour la saga Harry Potter de transformer l’essai en réalisant une suite, sinon meilleure en tous points, au moins de nature à prouver que l’on cherche à faire de mieux en mieux tant pour fidéliser les spectateurs néophytes que pour rassurer des fans parfois déçus (à tort ou à raison) par les choix faits par Chris Columbus sur le film précédent.

Pour commencer au sujet de Harry Potter et la Chambre des Secrets, je crois qu’il serait vain de parler à nouveau de la concrétisation visuelle de l’univers du jeune sorcier. En effet, ce deuxième épisode est – sur ce point – très semblable à son prédécesseur, pour ne pas dire identique. Nous retrouvons avec plaisir la charte visuelle appliquée à Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, du Chemin de Traverse au château de Poudlard en passant par la cabane de Hagrid. Seules véritables nouveautés : le Terrier – maison de la famille Weasley – et la Chambre des Secrets bien sûr, qui s’offrent ici une allure très fidèle aux descriptions de J.K. Rowling, histoire de ne pas faire exception. Inutile également d’évoquer les costumes et maquillages qui donnent aux personnages et créatures toute l’apparence qu’on leur imaginait volontiers en parcourant les pages des romans originels. Non, au lieu de cela je préfère revenir sur le travail de mise en scène de Chris Columbus. Si je l’ai peu évoqué dans mon précédent article, préférant alors insister sur le travail de création (ou adaptation) visuelle de l’œuvre, je me suis permis d’attendre cette partie-ci de la rétrospective pour revenir sur ce pan du travail du cinéaste. Ce dernier étant à nouveau aux commandes, cela permet en plus de créer du lien entre les deux articles et je vous invite alors vivement à lire le précédent, histoire d’avoir une vue d’ensemble. Mais passons… Je ne faisais donc que l’évoquer lors de ma critique sur Harry Potter à l’Ecole des Sorciers mais le travail de mise en scène de Chris Columbus est tout ce qu’il y a de plus léché. Saisissant l’importance d’accorder à l’univers créé par J.K. Rowling toute une dimension de fantastique dans tous les sens du terme, il s’applique à faire naître chez le spectateur un sentiment d’ébahissement peut-être, de plaisir toujours. Renouant avec une tradition du fabuleux qu’on aurait cru perdue mais que les années 2000 ont fait revivre non seulement avec Harry Potter mais également avec Le Seigneur des Anneaux, Columbus fait par exemple de chaque plan large une occasion de contemplation qui nous ramène inlassablement à la dimension fantastique de cette série. Bref, on en prend plein les mirettes. Cela est d’autant vrai pour Harry Potter et la Chambre des Secrets que pour son prédécesseur et l’on prend d’ailleurs plaisir à observer cette continuité. Visionnés pour ma part à trois jours d’intervalle dans le cadre de cette rétrospective, je ne peux que noter cette saine similarité et apprécier la façon dont Columbus consolide les fondations de la licence. Je profite également de ce passage qui vaut pour les deux films pour dire un mot sur la musique. Composée dans les deux cas par l’immense John Williams, elle devient automatiquement un élément plus qu’emblématique. Tout en réussissant à parfaitement se lier aux péripéties et ambiances qu’ils accompagnent (on connaît le talent de Monsieur Williams), les différents morceaux ainsi créés constituent autant de pièces indissociables de Harry Potter et qui nous renvoient systématiquement à ces films des les premières notes. Le thème principal est un pan important de l’identité de la licence au cinéma et John Williams a ainsi fait pour Harry Potter ce qu’il a déjà pu faire pour Star Wars ou Indiana Jones.

La difformité du Terrier des Weasley correspond idéalement à l'image que je m'en faisait en lisant les livres.

La difformité du Terrier des Weasley correspond idéalement à l’image que je m’en faisait en lisant les livres.

Mais venons-en maintenant au fond du film. Avec Harry Potter et la Chambre des Secrets, nous tenons – je pense – à l’origine un roman plus sombre que le précédent. Pas plus travaillé, le premier étant déjà (bien que plus court) un exemple de ce que devrait être un volume 1, mais plus sombre. Ce second opus puise en effet toute sa construction dans le modèle de son aîné mais aborde plus précisément les prémices de ce qui fera la trame principale de la saga. En ressort donc une histoire qui se lance réellement dans l’élaboration d’un background dont on sent déjà toute la richesse potentielle. En fait, tout semble prendre un degré d’importance supplémentaire dans cette suite : Voldemort, son lien avec Harry, son irrémédiable retour… Plus encore que dans Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, c’est à mon sens ici que la saga débute vraiment, cette première aventure m’ayant toujours donné l’impression d’être un immense et excellent prologue à une intrigue qui prend tout son sens sur les six ouvrages restants. Et tout ce que je viens d’évoquer là se retrouve dans l’adaptation cinématographique par les choix de coupes faits. Passant à la trappe un certain nombre d’éléments (mais on a encore la chance d’être dans les aventures les plus courtes de la série…), Columbus met judicieusement l’accent sur ces prémices que je mentionnais plus haut. De plus, il mise particulièrement sur ce côté sombre dont nous parlions tout à l’heure. Si l’on n’en est pas encore au niveau des Reliques de la Mort ou même du film suivant Harry Potter et le Prisonnier d’Azakaban, il n’en demeure pas moins que l’on évoque déjà bien plus directement le danger et la mort, auxquels on fait constamment face dans cet épisode et qui nous rappellent encore et toujours que ces films s’adressent aussi aux plus grands. Sérieusement, le coup de la menace de mort écrite avec du sang, c’est glauque. Et ce n’est pas la seule chose de cet acabit dans le film (rien que l’architecture de la Chambre des Secrets a de quoi faire frémir). Mais Columbus préserve tout de même un équilibre certain entre ces aspects-ci et d’autres plus posés comme le personnage du professeur Lockhart, à vocation certes ambivalente mais également humoristique. On notera également un rythme plus maîtrisé et évitant l’effet trampoline du premier film (ça monte, ça descend, ça monte, ça descend…). Au lieu de cela, Harry Potter et la Chambre des Secrets se construit selon une gradation marquée par des obstacles toujours plus importants que les précédents et évite aussi les quelques temps morts dont pouvait éventuellement souffrir son prédécesseur.

Finalement, c'est bien un peu ce bon vieux Dobby (doublé par Tobby Jones en VO) qui lance la saga. En quelque sorte...

Finalement, c’est bien un peu ce bon vieux Dobby (doublé par Tobby Jones en VO) qui lance la saga.
En quelque sorte…

Ne reste plus maintenant qu’à évoquer le casting et j’entamerai ce paragraphe par une très brève évocation de Maggie Smith (McGonagall), Richard Harris (Dumbledore), Alan Rickman (Rogue) et enfin Robbie Coltrane (Hagrid), lesquels livrent une prestation du même calibre que celle proposée dans Harry Potter à l’Ecole des Sorciers où ils excellaient déjà (en particulier Alan Rickman). Concernant maintenant le trio de tête, on a du mieux, indéniablement. Emma Watson tout d’abord semble avoir pris plus de recul vis-à-vis de son personnage et compose ici une Hermione certes toujours aussi entêtée et forte mais néanmoins relativement plus…décoincée dirons-nous. Là où je trouvais que son jeu dans le premier film était parfois un peu exagéré, je la trouve ici bien plus relâchée, comme si elle s’était mieux approprié le personnage et avait décidé de la jouer plus naturellement. Car c’était bien le naturel qui manquait cruellement auparavant. Or, il ne fait ici plus défaut du tout. Au sujet de Rupert Grint, il poursuit sur sa lancée du faire-valoir humoristique initiée dans le film précédent et accentue encore un peu cette orientation. Il n’y a qu’à regarder deux scènes pour s’en convaincre : l’arrivée de Harry et Ron à Poudlard puis leur rencontre avec Aragog. Hormis cette accentuation, Rupert Grint ne renouvelle pas son jeu et se repose amplement sur les acquis du premier film. Quant à Daniel Radcliffe, il est à l’image d’Emma Watson plus naturel dans son interprétation de Harry Potter. S’il manque toujours quelques notes sur sa palette d’émotions, rendant son jeu assez répétitif, on ne pourra cependant pas nier les efforts faits pour livrer un Harry faisant meilleure figure quand dans le film précédent. Dans le cas des trois acteurs cependant, le meilleur reste à venir et leur jeu dans La Chambre des Secrets n’est pas encore des plus remarquables. Mais il y a du mieux, je ne dirai pas le contraire. Côté nouvelles têtes, Kenneth Branagh campe un Gilderoy Lockhart de très bon ton. Grotesque au possible (mais c’est bien justement !), il donne à ce personnage toute l’exagération (et la théâtralité parfois) qu’il mérite. Chez les Weasley, si Bonnie Wright n’a pas vraiment l’occasion de travailler sa Ginny, on ne peut pas dire que Julie Walters n’a pas saisi le coche pour imposer sa Molly Weasley. Avec sa bonhomie, elle entre parfaitement dans le carcan fait par J.K. Rowling pour ce personnage : une mère-poule des plus gentilles mais qui sait mettre les points sur les « i » quand il le faut. Franchement, elle est impeccable et c’était à mon sens l’un des personnages secondaires qu’il fallait le moins rater étant donnée toute l’importance qu’elle revêt petit à petit dans la saga. Un joli coup.

Kenneth Branagh est impeccable dans le rôle ambivalent du professeur Lockhart.

Kenneth Branagh est impeccable dans le rôle ambivalent du professeur Lockhart.

Chris Columbus réussit donc à reprendre les bases solides de son premier épisode pour en livrer un deuxième encore un cran au-dessus. Harry Potter et la Chambre des Secrets figure encore aujourd’hui parmi les épisodes les plus appréciés des spectateurs de la saga et ce n’est sans doute pas pour rien. Fidèle au roman d’origine, il arrive à faire passer ses coupes de manière très délicate en conservant les éléments les plus essentiels du récit. Ne reste alors plus qu’à attendre Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban pour voir la série réellement commencer.

Le « Oh, au fait ! » :
Bien que ce soit Chris Columbus qui officie derrière la caméra, la réalisation devait à l’origine être confiée à Frank Oz, lequel refusa étant donné que le projet ne l’intéressait pas.

Harry Potter et la Chambre des Secrets fut le deuxième plus gros succès au cinéma de l’année 2002 derrière Le Seigneur des Anneaux – Les Deux Tours.

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