[Rétrospective] Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, Chris Columbus, 2001

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Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, film fantastique de Chris Columbus. Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Alan Rickman…
La note du Koala : 3,5/5

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Ce film est suivi par Harry Potter et la Chambre des Secrets (Chris Columbus, 2002).

Le pitch : Harry Potter (D. Radcliffe) est un jeune orphelin qui vit dans le placard sous l’escalier de son oncle et de sa tante. Mais le soir de ses 11 ans, voilà qu’un semi-géant, Hagrid (R. Coltrane), arrive, lui apprend qu’il est un sorcier et l’emmène avec lui à l’école de sorcellerie Poudlard. Harry découvre peu à peu son véritable passé, les vraies causes de la mort de ses parents et la terrible menace qui pèse sur le monde des sorciers avec le possible retour du plus grand mage noir de tous les temps : Voldemort.

La critique : Nous y voilà, à cette première étape de la rétrospective sur Harry Potter dans laquelle je vous emmène avec moi et qui nous ramène (déjà) 14 ans en arrière. Sortie en 2001, l’adaptation du premier roman de J.K. Rowling coïncide plus ou moins avec la parution du quatrième volume (en 2000) : Harry Potter et la Coupe de Feu. Il y avait donc à l’époque toute une excitation autour de ce double-événement et c’est alors que l’on m’a offert non seulement les quatre premiers romans en coffret mais aussi ma place pour aller voir le film, un peu moins d’un an plus tard. Aujourd’hui, nous sommes en 2015, huit films sont passés par là et Harry Potter est devenu sans problème LE phénomène cinéma de la première décennie du XXIème siècle. Retour avec du recul donc sur cette saga et sur son premier opus.

Je me souviens tout particulièrement de cette photo, la 1ère que j'ai vue en amont de la sortie du film (la 1ère diffusée ?). Quelle impatience alors !

Je me souviens tout particulièrement de cette photo, la 1ère que j’ai vue en amont de la sortie du film (la première diffusée ?). Quelle impatience alors !

Chris Columbus, à l’époque où sort ce premier film, je le connais sans le savoir puisqu’il est le réalisateur de Madame Doubtfire – qui fut un de mes premiers émois cinématographiques – ou encore de Maman J’ai Raté l’Avion, que tous les gamins nés dans les années 1990 ont forcément vu au moins une fois. Depuis, j’ai également pu découvrir d’autres de ses œuvres comme le très bon L’Homme Bicentenaire. J’ai donc sur Chris Columbus un regard qui se porte en disant : ce gars-là fait des films pour enfants qui parlent aux grands. Comprenez par là qu’il me donne l’impression de composer des œuvres dans lesquelles la forme permet de s’adresser à un jeune public tout en séduisant les plus âgés d’entre nous, tandis que le fond, avec des thèmes parfois rudes, arrive à trouver le juste équilibre entre un propos destiné aux plus jeunes et un autre – à la seconde lecture – plus orienté vers les adultes de tous âges. Enfin bref (je ne sais pas trop si je suis clair), Chris Columbus figure à mon sens très bien dans cette liste de réalisateurs complètement « tous publics », au sens propre du terme. On ne pourra pas dire d’un de ses films (en tous cas pour ceux que j’ai vus) que c’est un film uniquement pour les enfants par exemple. Il réunit au contraire les différentes générations de spectateurs devant un même écran, pour suivre un même film mais en arrivant à capter les attentions sur différents points que les uns ou les autres saisissent ou non au vol selon leur âge. En ce sens, je crois avec le recul que cet homme-là était finalement un choix idéal – sinon évident – pour entamer la saga Harry Potter sur grand écran. Car là où J.K. Rowling a réussi à faire passer son œuvre du statut de littérature jeunesse à celui de phénomène de société que tout le monde (ou presque) apprécie, il fallait bien quelqu’un capable de faire de même avec l’adaptation ciné. Et il me semble finalement que ce pari-là est assez bien relevé par le cinéaste. Je vais développer ensuite mais Harry Potter à l’Ecole des Sorciers m’apparaît comme un film qui réussit à synthétiser tout ce que j’évoquais juste avant. Son univers fantastique fait de magie et d’enchantement parlera très bien aux enfants mais réussira également à plaire aux plus âgés car son propos n’est en aucun cas puéril, loin de là.

Que l'on soit Chris Columbus ou non, l'objectif reste le même : porter à l'écran un univers et une histoire dont les illustrations étaient rares !

Que l’on soit Chris Columbus ou non, l’objectif reste le même : porter à l’écran un univers et une histoire dont les illustrations étaient rares !

Harry Potter à l’Ecole des Sorciers semble donc prompt à répondre à ce défi. En mêlant son univers assez coloré mais surtout enchanteur (encore une fois) à des thématiques plus sombres qui se développent peu à peu, cette toute première aventure du jeune sorcier à la cicatrice sur grand écran répond à ces exigences. Mais si ce travail est payant, c’est surtout en raison de sa fidélité certaine au matériau original. Le roman trouve en effet dans cette adaptation une réplique ou un reflet qui en reprend tous ses traits. Ou presque cela dit car cela reste une adaptation. Et si le premier roman était aussi le plus court de la saga, sa transposition à l’écran a imposé des choix qui ont conduit à faire sauter certains éléments présents dans le livre. Le film se concentre alors sur les éléments essentiels de l’intrigue et ce ne sont (à mon sens) que des à-côtés de plus ou moins grande importance qui dégagent. Mais est-ce là l’essentiel ? Evidemment, les lecteurs souhaiteront trouver dans le film un portage fidèle qui les ramène à leur plaisir de lecture en leur proposant l’histoire telle qu’ils l’ont découverte. Certains furent déçus à l’époque, considérant le film trop plat et pas assez judicieux dans ses choix de coupes. Reste que si ce pan est évidemment important, il y en a un autre qui est essentiel à prendre en compte : la mise en image d’un univers jusqu’ici fait uniquement de mots et de pages. C’est à mon avis la difficulté première qui a attendu Chris Columbus et son équipe sur ce travail. Comment illustrer à l’écran le placard sous l’escalier, Poudlard, la voie 9 3/4, la forêt interdite ou encore le Chemin de Traverse ? C’est un défi immense, le même que celui qui a été relevé par Peter Jackson sur Le Seigneur des Anneaux par exemple ! Il ne s’agirait pas de dire que c’est plus important encore que de bien transposer le récit…mais presque. Il n’était évidemment pas question de foirer les décors et les costumes du premier Harry Potter ! Imaginez le scandale si cela avait été le cas. Et si je parle de cette éventualité en n’allant pas plus loin que la seule éventualité justement, c’est bien parce qu’au contraire, tout ce travail-ci a été admirablement réalisé. Dès le départ et la banale maison des Dursley, on retrouve un environnement que l’on avait l’impression d’avoir toujours connu. Ce minuscule placard est tel qu’on l’imaginait, le Chemin de Traverse et le Chaudron Baveur également et le château de Poudlard est encore mieux que cela. L’esthétique était un enjeu majeur de Harry Potter à l’Ecole des Sorciers et tout se passe parfaitement bien. Ajoutez à cela une mise en scène qui vient justement mettre l’accent sur le merveilleux et le fantastique de cet univers et de ses décors et vous avez une recette qui permet au moins de séduire à 100 % sur la forme. Je n’insiste pas trop sur la question de la mise en scène d’ailleurs mais nous en parlerons plus amplement dans l’article sur Harry Potter et la Chambre des Secrets, réalisé lui aussi par Chris Columbus.

Cette séquence était aussi attendu qu'elle fut réussie.

Cette séquence était aussi attendu qu’elle fut réussie.

Mais toute cette reconstruction de l’univers du jeune Potter et de ses amis n’aurait pas été aboutie sans une distribution minutieuse. Et si l’on compte en son sein quelques noms bien connus – en particulier outre-manche à l’époque pour la plupart – comme Richard Harris, Robbie Coltrane, Maggie Smith, Richard Griffiths ou les plus connus Alan Rickman et John Hurt, c’était bien entendu sur la question du trio de tête que l’attente était la plus grande. Et lorsque les jeunes Daniel Radcliffe, Rupert Grint et Emma Watson furent présentés au public, on a eu le sentiment que l’on prenait le bon chemin. Les similitudes physiques entre ces trois acteurs débutants et leurs personnages respectifs étaient bien évidemment là, de la tignasse rousse de Rupert/Ron à celle brune et au côté chétif de Daniel/Harry. Chacun d’entre eux correspond déjà physiquement très bien à ces trois protagonistes mais la question n’est pas là, pas uniquement en tous cas. Il leur faut maintenant jouer Harry, Ron et Hermione et lorsque l’on regarde les expériences passées des trois acteurs, on peut légitimement se poser des questions. Nulle pour Rupert Grint et Emma Watson, la jeunesse aidant bien sûr, elle se limitait à un film de John Booman (Le Tailleur de Panama) et un téléfilm (David Copperfield) pour Daniel Radcliffe. On peut alors dès le départ sentir le manque d’assurance et d’automatismes qui font le naturel d’un jeu d’acteur. Et c’est hélas le principal défaut de ce premier Harry Potter selon moi, un défaut que les trois concernés reconnaissent volontiers aujourd’hui d’ailleurs. Cruellement bateau, les interprétations de ces trois jeunes comédiens manquent affreusement de spontanéité. J’ai lu il y a peu un article qui allait jusqu’à comparer tout cela à une pièce de théâtre de fin d’année dans une école primaire. Si la comparaison peut sembler rude et éventuellement exagérée, elle n’en est pas moins justifiée. Daniel Radcliffe n’oscille qu’entre trois états : Harry content, Harry pas content et Harry surpris. Emma  Watson, sans doute inspirée par le côté forte tête de son personnage, en rajoute toujours une couche de plus que le nécessaire et surjoue Hermione. Quant à Rupert Grint, il a tellement bien compris ce qu’est un faire-valoir en littérature (le personnage un cran en-dessous du héros, souvent auteur de ressorts comiques…) qu’il s’investit au maximum dans cette direction et livre un Ron Weasley qui frôlerait presque la caricature. Non, le plus sérieusement du monde, il y avait à l’époque encore énormément de boulot à fournir pour que ce trio de tête – pourtant très vite adopté par le public – arrive à donner le meilleur. Reste qu’ils ont réussi au moins un coup : donner les bases à leurs personnages. Sans doute la direction d’acteurs de Chris Columbus (que l’on sait généralement très attentif à ce genre de choses) a-t-elle permis cela mais même si l’on trouve que Radcliffe, Grint et Watson sont vraiment en-dessous d’un très bon niveau dans ce premier film, on retirera de leurs interprétations des éléments qui collent parfaitement à l’écriture de leurs alter ego par J.K. Rowling et qui, on le sait désormais, ont conduit ces personnages et leur développement sur l’ensemble de la saga au cinéma. Concernant les autres personnages, c’est certainement Alan Rickman qui m’a le plus convaincu. Avec les longs cheveux bruns, son visage aussi froid que crispé et son allure fine, il est exactement le Rogue que j’imaginais en lisant les livres. Livrant très certainement la meilleure prestation du film, il incarne à la perfection ce personnage essentiel dans ce premier film. Je suis en revanche un peu plus surpris par Richard Harris qui compose un Dumbledore aussi fidèle aux romans qu’il en est un peu éloigné. Je m’explique. Dans les livres, Dumbledore est un personnage d’une sagesse extrême, attentif au possible pour Harry et toujours porteur de conseils avisés. Mais en parallèle, il m’a toujours donné l’impression de dégager une énergie débordante, même si elle s’exprime assez peu dans les tous premiers ouvrages. Or, si Richard Harris colle idéalement aux premiers aspects que j’évoque ici, il se distancie un peu du second. Très posé et excessivement calme, il privilégie le côté « grand sage » de Dumbledore, sans pour autant oublier de lui donner son côté humoristique que J.K. Rowling lui a toujours subtilement donné. Une interprétation de très bonne facture néanmoins, sans aucun doute. Il en va de même pour Maggie Smith (McGonagall), Richard Griffiths (oncle Vernon), Robbie Coltrane (Hagrid, idéal) ou encore Ian Hart (Quirrell), lesquels s’engagent volontairement dans leurs rôles respectifs et contribuent à la qualité de l’adaptation en se rapprochant aux maximum de la construction qu’en a faite l’auteure des romans.

De toute façon, Alan Rickman a toujours été non seulement un excellent acteur mais en plus d'un charisme fou.

De toute façon, Alan Rickman a toujours été non seulement un excellent acteur mais en plus d’un charisme fou.

En définitive, je crois sincèrement qu’on pouvait difficilement espérer mieux pour cette entame de la saga. Si l’adaptation en tant que telle en satisfera plus d’un, on ne pourra tout de même pas oublier tous ces déçus (à plus ou moins grande échelle) qui regrettent les coupes faites dans le synopsis original. Mais quand on voit que le film dure déjà près de 2h40, on peut quand même se dire que, globalement, les choix faits furent les bons. Harry Potter à l’Ecole des Sorciers préserve l’essence-même du roman d’origine, conserve habilement les éléments fondateurs du récit et de l’intrigue et réussit en somme à être une adaptation peut-être pas idéale mais au moins parmi les meilleures possibles. Chris Columbus pose des fondations solides pour la licence et l’on comprend ainsi pourquoi son contrat fut prolongé pour réaliser le deuxième opus.

Le « Oh, au fait ! » :
Avec un projet d’une telle ampleur, un immense jeu de chaises musicales était inévitable en amont de la réalisation. C’est ainsi en premier lieu Steven Spielberg qui voulait gérer tout ce travail mais comme J.K. Rowling n’a pas voulu de Haley Joel Osment pour jouer Harry, il laissa tomber. Candidatèrent alors au poste de réalisateur : Jonathan Demme, Mike Newell, Robert Zemeckis, Peter Weir, Tim Robbins, Terry Gilliam ou encore M. Night Shyamalan… Côté acteurs, Tim Roth faillit obtenir le rôle de Rogue finalement confié à Alan Rickman et Hagrid aurait pu être campé par Robin Williams.

Rick Mayall, qui nous a quittés l’année dernière, a tourné un certain nombre de scènes dans le rôle de l’esprit frappeur Peeves. Le fantôme n’apparaît finalement dans aucun des films de la saga, ce qui fut une critique récurrente.

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8 réflexions sur “[Rétrospective] Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, Chris Columbus, 2001

  1. Pingback: Rétrospective « Harry Potter  – Préambule | «Dans mon Eucalyptus perché

  2. Jolie petit pavé ! Entièrement d’accord, même si je ne trouve pas si catastrophique que ça la performance du trio de tête, mais si elle est évidemment en dessous du reste du casting.En tout cas j’ai hâte de lire la suite de cette rétrospective, plus tu vas avancer plus il y aura sujet à débat 😀

    • Merci camarade sucré !
      Au début, je trouvais aussi que ce n’était pas si terrible que ça pour les trois garnements mais avec le recul et en regardant le film justement dans le but d’observer ce genre de détails, il y a des évidences qui te sautent aux yeux, c’est fou. Cela dit, je suis peut-être un peu sévère dans ma critique mais c’est pour mieux valoriser leur évolution par la suite. 😉

      Pour ma part j’ai hâte d’écrire la suite et j’espère bien que tu viendras me dire que j’ai raison ou tort ! 😀

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  4. Après une si belle et si juste critique, je ne sais qu’ajouter à un « Bravo, c’est tout à fait ça ». En fait, voilà: c’est tout à fait ça. Les mimiques surjouées du trio me font rire, maintenant. Mais à l’époque, j’avais des milliers d’étoiles dans les yeux!
    Vivement les rétrospectives des autres films, notamment du 3 qui a toujours été mon préféré!

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