Un jour, un album n°21 : « Inferno », Motörhead

Après environ deux mois d’absence sur cette rubrique, je vous propose de rester un peu en Grande-Bretagne – où nous avions parlé de Led Zeppelin la dernière fois –  et de fouiller le Londres sale et sordide pour y dénicher l’un des plus grands groupes de heavy que le monde connaisse. Le plus culte sans doute, notamment en raison de l’aura de son charismatique chanteur et bassiste : Motörhead ! Et c’est avec leur 18ème album que nous allons parler d’eux.

Inferno

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Mais commençons comme toujours par l’histoire du groupe. A la moitié des années 1970, Lemmy Kilmister, ex-roadie de Jimi Hendrix qui s’est déjà fait un petit nom avec le groupe Hawkwind, est viré dudit groupe en raison de sa trop grande consommation d’amphétamines qui a causé son arrestation à la frontière canadienne et l’annulation de plusieurs concerts (voilà une histoire qui commence bien). Nous sommes donc en 1975 et Lemmy décide de fonder son propre groupe : Bastards. L’objectif est simple : faire de la musique « fast and vicious, just like MC5 » . Incité par son manager Douglas Smith, Kilmister change finalement le nom du groupe afin de ne pas se faire refouler de certains médias, dont l’émission Top of the Pops. C’est ainsi que Motörhead prend son nom, en référence à la dernière chanson que Lemmy a écrite pour Hawkwind. Un nom tout désigné aussi puisque ce terme désigne un accro aux drogues les plus dures. Mais un groupe en solo, ça ne marche pas et Lemmy engage le guitariste Larry Wallis et le batteur Lucas Fox. Mais lors de l’enregistrement du premier album, ce dernier est viré et remplacé par Phil Taylor. Reste que United Artists, chez qui Motörhead a signé, n’aime pas le son du groupe et refuse de sortir leur album. En 1976, Eddie Clarke (dit « Fast » Eddie) est recruté comme second guitariste. Il sera néanmoins le seul à ce poste puisque Wallis quitte le combo peu de temps après pour se consacrer entièrement à son autre formation : Pink Fairies. Motörhead connaît alors celle qui sera considérée comme la composition originale du groupe. C’est en effet à trois qu’il enregistrent et sortent leur premier single en 1977 : Leaving Here. Très mal accueillie par le public et la critique, la chanson vaudra à Motörhead d’être nommé « Meilleur pire groupe du monde » par le magazine NME. Les débuts sont difficiles et tant Clarke que Taylor veulent lâcher l’affaire. Un dernier concert doit être donné au fameux Marquee Club et Lemmy demande à son ami Ted Carroll de leur fournir un studio mobile afin d’enregistrer ce qui devrait être l’ultime prestation de Motörhead. Ne pouvant faire cela, Carroll leur offre à la place deux jours dans un vrai studio pour enregistrer un single. Au lieu de cela, Kilmister, Clarke et Taylor composent et enregistrent pas moins de onze chansons ! Carroll leur laisse le studio quelques jours de plus et deux autres morceaux viennent s’ajouter à la liste. Motörhead signe avec Cheswick Records et sort son album éponyme (leur premier) en Juin 1977. Mais rien n’est joué : le manager d’alors de Motörhead se sépare de Cheswick Records et Clarke comme Taylor jouent encore avec d’autres groupes.

Motörhead dans sa formation initiale (de gauche à droite) : Lemmy Kilmister, Phil Taylor et Eddie Clarke.

Motörhead dans sa formation initiale (de gauche à droite) : Lemmy Kilmister, Phil Taylor et Eddie Clarke.

En 1978, Motörhead remplace son manager par Douglas Smith, qui les fait signer chez Bronze Records, qui les laisse sortir un single (Louie, Louie) dans la foulée et les fait apparaître à Top of the Pops. Le groupe commence donc à se faire un nom et retourne en studio pour donner naissance à Overkill, sorti en 1979 et suivi dans le courant de l’année par un autre opus : Bomber. Le succès est au rendez-vous, le groupe part en tournée dans toute l’Europe avec Saxon et un EP enregistré live sort en 1980 : The Golden Years. A la fin de l’année, le groupe – qui est revenu en studio – sort un nouveau single, le culte de chez culte Ace of Spades, lequel sera suivi par un album du même nom quelques semaines plus tard. Premier énorme succès de Motörhead, cet album finit de les installer sur la scène heavy. En 1981, tout va pour le mieux : un EP en collaboration avec le groupe Girlschool (St. Valentine’s Day Massacre) et le premier album live officiel (No Sleep ‘Til Hammersmith) se classent et se vendent très bien à leur tour. Motörhead enchaîne avec une tournée américaine en compagnie d’Ozzy Osbourne puis sort en Avril 1982 Iron Fist.

Le mois suivant cependant, Eddie Clarke quitte le groupe qui l’accuse de trop boire. Il sera remplacé par l’ex-Thin Lizzy Brian Robertson, qui participe donc à l’enregistrement de Another Perfect Day, paru en 1983, année de la premier tournée japonaise de Motörhead. Mais les relations avec Robertson sont tendues, le guitariste refusant notamment de jouer les anciens morceaux du groupe… Ni une, ni deux, Robertson quitte la formation et est remplacé non pas par un mais bien par deux nouveaux guitaristes : Phil Campbell et Würzel (de son vrai nom Michael Burston). Mais les changements ne s’arrêtent pas là puisque Phil Taylor quitte à son tour le groupe et est remplacé par le batteur de Saxon Pete Gill. Face à toute cette agitation, Bronze Records craint que le groupe ne soit plus aussi productif qu’auparavant et lance la sortie d’une compilation, à laquelle Lemmy fera finalement ajouter une chanson inédite : Killed by Death. Ce double album No Remorse sort en 1984 et marque le début d’une période difficile puisque le groupe sera en procès jusqu’en 1986 avec Bronze Records pour une histoire de promotion plus ou moins bien assurée. Sans label, le groupe tourne et tourne encore mais finit par signer en 1986 avec GWR Records, qui les fait entrer immédiatement en studio pour enregistrer Orgasmatron, leur septième opus. L’année suivante, Pete Gill s’en va et laisse les fûts à Phil Taylor, qui retrouve donc sa place. Toujours à 4, Motörhead sort à l’automne 1977 Rock’n’Roll puis, en 1988, un nouvel album live intitulé Nö Sleep at All. Le succès n’est cependant plus trop au rendez-vous, sans compter que des tensions apparaissent entre le groupe et son label quant au choix des singles. GWR prend finalement la décision seule, Motörhead refuse la commercialisation du live ailleurs que sur les stands de tournée et c’est un nouveau procès qui débute pour mieux se terminer dans les années 1990, alors que le groupe a signé chez Sony.

Fin de la période britannique, Lemmy et sa bande s’en vont pour les Etats-Unis. En 1991 sort 1916, suivi par March ör Die l’année suivante et sur lequel Slash ou Ozzy Osbourne viennent faire des apparitions. Les ventes sont plutôt bonnes et Motörhead semble avoir le vent en poupe mais cela n’empêche pas Phil Taylor de quitter le groupe une seconde fois, remplacé alors par Mikkey Dee, un batteur suédois. Bastards sort en 1993 et Sacrifice en 1995, deux albums qui finissent de ramener Motörhead au sommet des charts. Würzel quitte à son tour le groupe juste après l’enregistrement de Sacrifice et Motörhead se retrouve alors à nouveau à trois. Le groupe décide de rester ainsi et entame alors une période marquée par une sortie d’album tous les deux ans. Se succèderont alors Overnight Sensation en 1996, Snake Bite Love en 1998, We Are Motörhead en 2000, Hammered en 2002, Inferno en 2004, Kiss of Death en 2006 et Motörizer en 2008. Motörhead prend ainsi rendez-vous avec ses fans et chaque album est très attendu. Les ventes fluctuent mais restent cependant de qualité.

Viennent enfin les années 2010, durant lesquels Motörhead sort The World is Yours (non seulement l’album mais aussi le box set avec DVD). Tournant toujours autant, le groupe doit néanmoins interrompre sa vie sur les routes après la sortie d’Aftershock en 2013 en raison des problèmes santé de Lemmy, lequel en sort d’ailleurs très amaigri. Il faudra alors attendre 2014 pour les voir de nouveau sur scène. Actuellement en tournée, Motörhead prépare la sorti de son 22ème album, Bad Magic, dont la sortie est prévue pour le 28 Août prochain.

Motörhead en studio pour l'enregistrement de Bad Magic (de gauche à droite) : Lemmy Kilmister, Phil Campbell et Mikkey Dee.

Motörhead en studio pour l’enregistrement de Bad Magic (de gauche à droite) : Lemmy Kilmister, Phil Campbell et Mikkey Dee.

Motörhead a donc eu une carrière très dense. Pas moins de 22 albums en 40 ans d’existence, ça laisse en effet assez songeur. Et sur cette immense discographie, j’ai choisi de m’arrêter aujourd’hui sur Inferno, leur 18ème opus, daté de 2004. A 100 % heavy (ou presque), il s’agit selon moi d’un excellent choix pour qui veut s’initier à Motörhead, bien qu’un passage par Ace of Spades ou Overkill ou même No Sleep ‘Til Hammersmith paraisse plus que judicieux. Reste que je retrouve dans cet opus-ci tout ce qui fait selon moi le sel du style Motörhead : une guitare énergique, une basse écrasante et une batterie qui donne un rythme des plus dynamiques à l’ensemble. Le tout chapeauté évidemment par l’inimitable voix de Lemmy. Inferno comprend 12 morceaux, dont voici la liste :

1- Terminal Show
2- Killers
3- In the Name of Tragedy
4- Suicide
5- Life’s a Bitch
6- Down on Me
7- In the Black
8- Fight
9- Year of the Wolf
10- Keys to the Kingdom
11- Smiling Like a Killer
12- Whorehouse Blues

Globalement, Inferno présente une homogénéité certaine avec le son caractéristique du heavy made in Motörhead. La seule nuance (remarquable qui plus est) réside dans l’ultime morceau du disque, Whorehouse Blues, qui – comme son nom l’indique – est un blues que je trouve d’ailleurs très réussi. Avec seulement deux guitares, la voix de Lemmy et un harmonica, cette chanson offre une conclusion aussi agréable qu’inattendu à un album pourtant très lourd. Il est à noter qu’en 2005, à l’occasion des 30 ans du groupe, l’album fut réédité dans une version incluant un DVD contenant un concert de 30 minutes, un documentaire d’un peu plus d’une heure sur le groupe, le clip de Whorehouse Blues et son making of et enfin un reportage intitulé About Joe Petagno.

Et maintenant, musique.

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Premier titre : Killers
Deuxième titre de l’album, Killers est aussi un de mes favoris. Entamé par un riff brutal et efficace, le morceau envoie sur tout sa longuer. Au chant, Lemmy fait preuve d’une justesse certaine et l’ensemble se tient comme un tout très cohérent et très équilibré. Comme toujours, la batterie de Motörhead fait des merveilles et assure à Killers un rythme intenable. Reprenant tout les ingrédients de la recette heavy idéale (rythme donc mais aussi solo enlevé quoique somme toute assez basique notamment), cette chanson est à mon sens la plus révélatrice du ton d’Inferno.

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Deuxième titre : Fight
Huitième piste d’Inferno, Fight correspond à ce qui semble être le point culminant de l’album. Encore plus lourd que des titres comme In the Black ou In the Name of the Tragedy, cette chanson assure du hard rock en puissance avec un brio certain. Certains trouvent que ce morceau manque légèrement de cohérence avec le reste du disque mais je trouve au contraire qu’il en est la parfaite synthèse. Reprenant l’ensemble des éléments faisant l’identité d’InfernoFight les réunit et les assemble idéalement dans un tout certes très brut de décoffrage mais néanmoins très maîtrisé.

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Troisième titre : Whorehouse Blues
Ultime pièce du disque, Whorehouse Blues est – je le disais plus haut – la seule véritable nuance à apporter au caractère heavy d’Inferno. Débranchant les guitares et laissant sa basse et la batterie sur le banc de touche, Lemmy compose ici avec ses comparses un blues qui rappelle les goûts et les influences du chanteur. Ce n’est pourtant pas la première fois que Motörhead s’essaie à un style plus posé et l’on se souvient notamment de l’excellent I Ain’t No Nice Guy sur l’album March ör Die de 1992 (chanson sur laquelle le guitariste Slash et Ozzy Osbourne sont venus participer). Reste en tout cas que Whorehouse Blues est un merveilleux titre qui clôt parfaitement un Inferno déchaîné. Le morceau, qui s’inspire de la vie du groupe au cours de ses 30 ans d’exitence d’alors, est également connu pour son clip dans lequel figure bon nombre de sosies de personnalités telles que Brad Pitt, Tony Blair, Catherine Zeta-Jones, Eminem ou encore Michael Keaton.

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2 réflexions sur “Un jour, un album n°21 : « Inferno », Motörhead

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