Carnage, Roman Polanski, 2012

Salut la compagnie ! Après une petite semaine loin de tout (comprenez « en Auvergne »), je suis de retour ! Cette petite coupure montagnarde aura fait du bien par où elle est passée. Mais il est temps maintenant de revenir aux affaires afin de préparer tout ce qui reste à préparer : la reprise (enfin) du boulot le mois prochain, le déménagement à Paris en premier lieu, tout ça… Mais hors de question de me focaliser uniquement sur ces choses-là et je compte bien continuer à alimenter le blog pendant cette fin d’été (et même au-delà, bien entendu). Et pour reprendre l’écriture, je vous propose un remake. Oui oui, vous avez bien lu. Au cours de la semaine écoulée, j’ai eu l’occasion de revoir Carnage de Roman Polanski, un film sur lequel j’avais déjà écrit une critique en 2013. Suite à ce second visionnage, il m’a pris l’envie de réécrire ma critique, agrémentée de quelques ajouts et de menues modifications et c’est elle que je vous propose de lire aujourd’hui. Allons-y.

Carnage, comédie dramatique de Roman Polanski. Avec Christoph Waltz, Jodie Foster, Kate Winslet, John C. Reilly…
La note du Koala : 4/5

Carnage-Affiche-française

Le pitch : Après une altercation entre deux enfants (où le premier casse les dents du second), les parents des deux garçons se rencontrent afin de discuter du problème et de s’arranger à l’amiable. Si tout se passe bien au départ, les questions d’éducation vont commencer à faire monter la tension, suivies par d’autres critiques qui vont fuser de part et d’autre. Jusqu’au carnage…

La critique : A la base, ce Polanski là a tout pour me plaire. Je suis un amateur de ce genre de films en huis-clos où tout dérape, sans doute parce que je trouve ça salvateur (thérapeutique ?). Et si Carnage a tout pour lui au prime abord, j’avoue être un peu resté sur ma faim…

L’histoire en elle-même répond aux critères que l’on pourrait fixer à ce type de film et d’ambiance et cela dès les premiers instants. Disons même de manière plus appropriée que le contexte pré-établi se prête admirablement à l’exercice de style auquel il s’agit ici de se frotter. Des personnages (ici des couples) relativement opposés sur plusieurs points (éducation, morale, etc.), un point de départ déjà conflictuel (il y a quand même un gamin qui a pété les dents de l’autre) et une proximité rendue nécessaire (contrainte même, c’est finalement ce qui en fait tout le sel et même le poivre) et qui conduit toujours à exacerber des tensions qui de latentes deviennent on-ne-peut-plus explicites. Roman Polanski et Yasmina Reza posent donc ces bases avec un talent certain. C’est tout un socle de circonstances qui est ainsi construit et solidement fixé pour mieux servir à supporter les difficiles et même houleux méandres dans lesquels la rencontre dont il est ici sujet va tâcher de se faufiler. Et il pousse le travail plus loin en les amplifiant de plus en plus dans les premiers instants du film. Ainsi, si la discussion est d’abord cordiale, chacun des éléments cités ci-dessus devient peu à peu plus mis en avant pour finalement conduire à un conflit.

carnage-7

Hormis le différent auquel leurs enfants les ont conduit, rien ne prédisposait ces deux couples à s’engager dans telle lutte.

Le conflit d’ailleurs, puisque c’en est un, est formidablement conduit. A mesure que la discussion progresse, on avance puis on se heurte à un premier problème de morale (la question du sentiment de culpabilité en l’occurrence). La tension monte alors puis conduit à identifier un nouveau problème, puis un autre, etc. Le spectateur se trouve alors pris dans un flot quasiment ininterrompu de critiques et autres sous-entendus qui vont crescendo et qui brillent par leur côté familier. En effet, les quatre protagonistes en présence abordent finalement des sujets et des argumentaires qui nous sont connus et même communs et c’est selon moi ce qui rend cet échange aussi intéressant. Reste que dès lors, la dispute s’enlise et, paradoxalement, permet au film de garder un rythme intéressant en reposant sur différents ressorts qui relancent agréablement la machine à des moments tout à fait opportuns. Ce qui est agréable aussi, c’est la manière dont le conflit s’élargit peu à peu et déforme les camps initialement formé. Ainsi, d’une dispute couple contre couple, on arrive à une dispute morale contre morale ou même hommes contre femmes. Les rapports de force évoluent, restent constamment en mouvement et brisent régulièrement leur équilibre. La situation ne peut alors que dégénérer et cela est amené avec un talent certain, on ne saurait le nier.

carnage

Il est amusant de constater comment les rapports de force s’inversent ou comment les binômes se font et se défont.

En revanche, ce qui est dommage, c’est que le carnage annoncé par le titre n’arrive pas réellement. La cause ? Le film est trop court. Moins d’une heure et demie ! Je n’ai évidemment rien contre les films qui sortent un peu du moule et du carcan des durées communément admises (bien au contraire, un peu de fraîcheur de fait jamais de mal) mais du coup, l’on assiste ici à une gradation progressive des tensions et alors que l’on sent que ça va réellement exploser…c’est déjà fini. La première fois que j’ai vu ce film, j’ai ressenti une sorte de frustration et cela m’est bel et bien revenu cette fois-ci en dépit de ma connaissance préalable des faits. Roman Polanski et Yasmina Reza ne sont pas allés assez loin. Oh bien entendu on le voit bien le climax de Carnage, ce point d’orgue voulu par le scénario et où tout semble voler en éclats mais il demeure considérablement minime par rapport à ce qu’il aurait pu être. Côté casting en revanche, je suis aux anges. John C. Reilly, Kate Winslet, Christoph Waltz et Jodie Foster ! Que demander de plus ? Polanski a réuni ici un casting tout bonnement exceptionnel. J’aurais tendance à dire que ma préférence va vers Waltz et son incroyable flegme mais il n’y a pas à tergiverser : ils sont excellents tous les quatre. Ils participent grandement au rythme et à l’intensité du film en réalisant des échanges maîtrisés et justes. Jodie Foster et Kate Winslet notamment brillent par un jeu construit sur un colère contenu et maîtrisée qui finit néanmoins par éclater au grand jour à mesure que les événements se déroulent. John C. Reilly enfin s’inscrit ici dans cette volonté marquée de s’exercer également à l’interprétation de rôles moins comiques que ceux dans lesquels on aura pu le voir évoluer également (Frangins Malgré Eux, Walk Hard, etc.). Le comédien prouve alors dans Carnage une capacité déjà révélée avec Gangs of New York entre autres à jouer également sur une corde plus dramatique.

carnage

Le nombre réduit de personnages imposait un choix minutieux des interprètes. Mission accomplie.

Ce Carnage part donc sur les meilleures bases possibles et est idéalement construit. Servi par des acteurs sans aucune faille, on ne peut que lui reprocher d’être trop court et de nous offrir un climax d’une envergure trop inférieure à ce que l’on était en droit d’attendre. Mais c’est sans doute là son seul réel défaut.

Le « Oh, au fait ! » :
Ce film est l’adaptation de la pièce de théâtre Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza montée en 2008 et dans laquelle jouaient Valérie Bonneton, Isabelle Huppert, Eric Elmosnino et André Marcon.

Matt Dillon a été le premier envisagé pour le rôle de Michael Longstreet, finalement tenu par John C. Reilly.

En plein dans ses ennuis judiciaires, Roman Polanski ne pouvait pas aller aux Etats-Unis à l’époque du tournage. Carnage a donc été réalisé en France.

Publicités

3 réflexions sur “Carnage, Roman Polanski, 2012

  1. Aaaaah ! Un amateur de Waltz, dans mes bras !
    J’ai lu cette critique avec attention, comme tu peux t’en douter donc, et (encore une fois), je rejoins parfaitement ton avis. « Rester sur sa faim » fut tout à fait mon ressenti. Le film se déroule, la tension monte, les acteurs excellent (Foster peut-être un peu trop pleureuse, mais c’est un peu son rôle d’ancienne alcoolo, aussi ; Winslet en parfaite bourge est excellente !), mais… la fin déçoit. Pas tant parce qu’il n’y a pas vraiment de fin, mais parce qu’en effet, il n’y a pas de réel « climax ». Ou plutôt si, mais paradoxalement, il dure trop longtemps : les crises de larmes/fous rire/rage à la fin traînent un peu en longueur, à mon goût. Et puis, ce téléphone, on savait déjà comment il allait terminer.

    Mais bon, dans l’ensemble, ça reste tout de même un bon film. Si moi aussi je me décidais enfin à mettre une note à ce que je critique, et en reprenant ton système, je lui accorderais 4/5.

    • Oui, j’adore Christoph Waltz. C’est sans doute la meilleure révélation que j’ai eue au cours des dernières années. Dans « Inglourious Basterds », il m’a impressionné, vraiment ! Et dans « Django Unchained », idem. J’ai vraiment hâte de le revoir ! Et savoir qu’il était dans le jury de Cannes cette année a été pour moi une excellente nouvelle. Il mérite amplement cette place.

      Pour en revenir au film, je trouve que ta façon de voir un climax trop long est intéressante, je ne l’avais pas vécu comme ça. Il faudra que je le regarde à nouveau pour me refaire une idée en ayant ce point de vue en tête. 🙂

      • Ah ben Waltz, c’est clairement ma révélation de cette année avec Django (je n’avais vu ni Inglourious, ni Carnage avant, ni ses travaux précédents d’ailleurs). Je l’ai évoqué en clin d’oeil pour l’ambiance farwest de Call of Juarez, mais je me sentirais indigne de ne pas en parler dans un article dédié pour inaugurer mon blog !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s