Parlons jeu, parlons bien n°25 – Batman : Arkham Knight [Xbox One]

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Si l’on a longtemps cru que Batman en jeu vidéo serait toujours synonyme d’échec relatifs (ou cuisants, ça dépend), Rocksteady a su nous prouver que rien n’est acquis. Relançant la machine en 2009 avec Arkham Asylum, le studio a su prouver que Batman – dans la foulée de la trilogie de Christopher Nolan – pouvait être grand sur n’importe quel support, y compris vidéoludique. Cet opus initial fut suivi par un Arkham City en 2011 (2012 pour l’excellent portage Wii U) que j’ai trouvé un chouïa meilleur mais que de nombreux autres ont critiqué pour la sous-exploitation de son monde ouvert (ça se conçoit) puis par un Arkham Origins délégué en 2013 à Warner Bros. Games Montréal, épisode à peu de choses près correct mais bien en dessous de ses prédécesseurs. Un jeu pour patienter quoi. En attendant quoi ? Arkham Knight tout simplement, conclusion tant espérée d’une série qui aura su faire revivre avec brio le Chevalier Noir sur nos consoles et PC. Et voilà qu’en 2015 la boucle est bouclée.

Recontextualisons un peu les choses si vous le voulez bien. Un an après les événements d’Arkham City, Batman doit faire face à une plus terrible menace : l’Epouvantail menace de relâcher sur Gotham sa pire création, un gaz capable de semer une telle peur chez la population que tout pourrait être détruit dans la ville. Celle-ci est alors évacuée et laissée aux mains des criminels les plus fameux sur batverse et de leurs hommes de main. L’objectif est alors clair : Batman doit arrêter l’Epouvantail et remettre de l’ordre dans sa ville. Vaste programme. Mais avant de parler du jeu en lui-même, un mot vite fait sur ce que l’on est en droit d’attendre de cet ultime épisode de la saga Arkham. Repris en main par Rocksteady, cet épisode devrait être la conclusion haletante et dantesque de la série. Je m’attends a priori à y retrouver tout ce qui a fait le sel d’Asylum et de City, à savoir un univers sombre servi par un scénario qui devrait l’être tout autant. Je m’attends à être Batman tel que je l’ai toujours été : vif, robuste, armé de ses gadgets. Je m’attends enfin également à la Batmobile, annoncée comme LA grosse nouveauté de ce jeu et qui excite le fan que je suis comme une glace au chocolat qui sortirait du congélateur en plein été. Bref, j’espère finalement ce que l’on m’a vendu lors des différentes présentations du jeu.

Arkham Knight tire son nom du nouveau méchant intégré dans le jeu : le Chevalier d'Arkham.

Arkham Knight tire son nom du nouveau méchant intégré dans le jeu : le Chevalier d’Arkham.

Lorsque j’entame Arkham Knight, je me dis sincèrement que ce que je vais y trouver correspondra à toutes ces attentes. L’introduction me plonge directement dans le bain anxiogène de l’Epouvantail et fait pétiller mes mirettes avec des graphismes léchés. Les premiers a priori de jeu sont donc très bons, sinon excellents. Très vite, on se retrouve enfin dans le costume de Batman et les choses sérieuses commencent. Je découvre progressivement l’environnement de jeu, composé par une Gotham City plus grande que jamais, divisée en secteurs reliés par des ponts qu’il faudra faire abaisser au fur et à mesure du jeu. Néanmoins, je suis agréablement surpris par le fait que ces ponts relevés n’empêchent pas de progresser dans les différentes zones. Seule la Batmobile (au sujet de laquelle je reviens dans un instant) devra attendre pour enfin avoir droit de cité dans chacune d’entre elles. Reste que le Chevalier Noir peut à sa guise arpenter toutes les rues de Gotham afin de progresser dans le scénario et dans les quêtes annexes. D’ailleurs parlons de tout cela. Arkham Knight est, à l’instar de ses prédécesseurs, construit sur un équilibre difficile à obtenir entre son histoire principale et ses missions supplémentaires. Le plus souvent dans le monde du jeu vidéo (hormis pour ceux qui maîtrisent la chose mais aucun exemple ne me vient en tête à l’instant…), les quêtes annexes sont régulièrement laissées de côté pour privilégier un scénario qui ne donne aucune latitude à ces à-côtés qui pourraient pourtant parfois être intégrés dans le déroulé naturel du jeu. Arkham Knight tente cela néanmoins en découpant son histoire en grandes phases bien précises et délimitées qui laissent au joueur des occasions régulières de s’adonner à la résolutions de crimes qui n’ont pas de lien direct avec le fil rouge qui nous conduire du début à la fin du jeu. Alfred ne se privera d’ailleurs pas de nous inviter à enquêter sur différentes affaires avant de passer à l’étape suivante. C’est bien je trouve mais il faut porter un regard attentif sur ce qui nous est alors proposé. En réalité, Arkham Knight ne propose rien de bien original dans ses quêtes annexes. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : certaines d’entres elles sont plutôt agréables à suivre, sinon intéressantes. Mais il faut bien avouer que la plupart souffre d’un manque de renouveau qui aurait été le bienvenu. Ainsi, entre la recherche de cadavres disséminés dans tout Gotham, le destruction de certains postes de contrôle des routes, les trophées de l’Homme Mystère (hélas…) ou encore la recherche de pompiers disparus, les enquêtes de cet ultime jeu de la série reposent sur des mécanismes vus et revus, pour ne pas dire épuisés par les précédents opus. Le pire réside encore dans le fait que le cœur même de certaines missions est figé et empêche tout changement subtil d’un acte à l’autre. Ainsi, toutes les banques où vous devrez intervenir pour empêcher les hommes de Double-Face de les piller reposeront sur la même mécanique stricte et carrément rébarbative. La seule différence repose alors sur une difficulté plus ou moins accrue à mesure que l’on progresse…

Par exemple, la quête mettant en scène Azrael se résume finalement à une succession de défis de combat très classiques...

Par exemple, la quête mettant en scène Azrael se résume finalement à une succession de défis de combat très classiques…

En ce qui concerne le scénario, je l’ai trouvé plus intéressant à suivre que la plupart des joueurs sont j’ai lu les avis. S’il usait certes de ressorts un peu trop connus et même faciles, il n’en demeure pas moins qu’il proposait à mon goût une aventure aussi sombre que je l’attendais, mettant en scène deux grands méchants : l’Epouvantail et le mystérieux Chevalier d’Arkham. Si le premier faisait figure de grand chef et reposait finalement sur une construction somme toute très classique du personnage, le second a bien plus attiré mon attention, en protagoniste inédit qu’il est. Je me suis longtemps demandé qui pouvait bien être derrière le masque de cet ennemi à premier vue implacable mais si bien renseigné sur Batman. Si une séquence dans les studios m’aura finalement mis la puce à l’oreille, reste que j’ai apprécié cette idée de combattre un ennemi de cette trempe. Avec le recul, je trouve que son traitement au cours du jeu aurait pu être mieux amené (plutôt que de tout miser sur la révélation finale) mais c’est – je crois – assez symptomatique de cet Arkham Knight. En effet, j’ai plutôt apprécié ce qui se déroulait sous mes yeux au moment où cela arrivait mais une fois arrivé au terme de l’aventure je me rends compte que certaines choses laissent finalement à désirer. Quelques séquences brillent par un dynamisme certain mais d’autres – plus nombreuses malheureusement – se contentent d’utiliser des mécanismes très (trop) habituels pour tenter de relancer une intrigue qui n’est pas sans saveur mais dont on sent indéniablement qu’elle a du mal à trouver comment se prolonger sur la durée. Le problème, c’est que cette sensation nous la retrouvons également dans le gameplay. Effectivement, Arkham Knight a fait ce choix de se construire pour l’essentiel sur les bases (solides, comment leur enlever ça ?) des précédents jeux et de proposer des nouveautés dont le potentiel sera vite bridé. Pour ce qui est des bases, nous retrouvons évidemment la fulgurance des combats, toujours aussi impeccables et agréables à jouer, mais également les nombreux gadgets. Du côté de ces derniers, on regrettera cependant que l’utilisation de certains soit plus que minime. Pour tout vous dire, j’ai fini le jeu en ayant encore un de ces outils de haute technologie à débloquer… Mais bon, c’est ce qui a fait une partie du succès des épisodes d’avant alors pourquoi se priver de pareil attirail ? Au rayon des nouveautés, il n’y en a en fait qu’une seule véritable (on omettra volontairement le scanner utilisé dans l’analyse des cadavres par exemple) : la Batmobile. Dès le départ, on nous a vendu le fameux véhicule de Batman comme la plus grosse innovation d’Arkham Knight. Il faut bien dire aussi qu’elle avait été réclamée. Rocksteady nous propose donc ici de nous mettre au volant d’un véhicule très inspiré par le Tumbler de la trilogie de Nolan. Assez facile à manier en tant que voiture (faut quand même s’y adapter dans les premiers temps), elle peut également passer en mode combat et devenir alors un véritable tank avec tout un éventail d’armes (non létales, toujours). A première vue, c’est cool. J’irai même jusqu’à dire que Batman était enfin complet avec son indissociable engin ! Mais voilà, trop de Batmobile tue la Batmobile. Le véhicule est en effet utilisé à outrance dans le jeu et je me suis plusieurs fois fait la remarque « Mais je suis encore en train de bousiller des drones à coup de canon ?« . Car oui, c’est bien quelque chose que l’on va très (très !) régulièrement faire dans ce jeu. On sent que les développeurs ont été tellement content de poser la Batmobile dans leur jeu qu’ils n’ont plus pu s’en passer et ont multiplier à l’infini les missions qui impliquent de la piloter. En soi, ça ne me dérange pas mais si c’est pour tout le temps faire la même chose…

La coolitude absolue de la Batmobile est hélas submergée par un flot de répétitivité. Dommage...

La coolitude absolue de la Batmobile est hélas submergée par un flot de répétitivité. Dommage…

Au final, Arkham Knight a sans doute plein de qualités mais elles sont noyées dans une répétitivité dommageable pour l’ensemble. Il y avait pourtant de bonnes choses à faire. Ou plutôt, il y a de bonnes choses de faites mais leur multiplication liquide tout leur charme… Alors il faut quand même souligner les bons aspects du soft car il y en a. J’ai particulièrement apprécié la mise en scène notamment, même si cela servait parfois un propos trop propre sur soi. Le traitement du Joker était notamment impeccable. Idéal même ! J’ai également apprécié ces phases (trop peu poussées cependant) de combats à deux avec Catwoman, Nightwing ou encore Robin. C’était le dynamisme du corps-à-corps de la licence mais multiplié par deux. On regrettera cependant que cela se limite à des très courtes phases de jeu très limitées et qu’on ne puisse pas incarner ces différents personnages comme on le faisait avec Catwoman dans Arkham City

Plutôt que de se limiter à des combats en duo très sympas mais assez banals, on aurait apprécié d'incarner les différents acolytes de Batman dans des missions permettant d'appliquer leurs compétences propres.

Plutôt que de se limiter à des combats en duo très sympas mais assez banals, on aurait apprécié d’incarner les différents acolytes de Batman dans des missions permettant d’appliquer leurs compétences propres.

Conclusion.

Faut-il nécessairement avoir joué aux épisodes précédents pour attaquer Arkham Knight ?
Oui et non. Oui dans le sens où c’est toujours sympathique de faire une histoire dans son intégralité et dans sa continuité, d’autant que Asylum et City sont très bons. Et non en revanche puisqu’Arkham Knight (hormis quelques références très rapides et le cas du Joker) s’affranchit quasi totalement de ses prédécesseurs pour proposer une histoire qui se suffit à elle-même.

La fin en apothéose annoncée est-elle au rendez-vous ?
Non, pas dans les formes que l’on espérait. Si Rocksteady conclut assez bien sa série, il n’en demeure pas moins qu’Arkham Knight ne se démarque pas tant que ça du reste des jeux de la licence. Il est au niveau, peut-être quelque peu inférieur, mais n’est en aucun cas le grand spectacle annoncé.

Batman : Arkham Knight est-il un jeu de qualité finalement ?
Oui, sans doute possible. S’il souffre de quelques défauts qui lui font perdre de son charme et s’il semble incapable d’atteindre les objectifs qu’il se fixe, il n’en demeure pas moins que le jeu jouit d’une finition remarquable. Il est fluide, il est beau, il est chiadé de tous les côtés. C’est un épisode calibré (trop parfois) qui donne au joueur des sensations de jeu très agréable. Et la catastrophe du portage PC n’enlève rien à l’excellente qualité du soft sur console, y compris sur Xbox One, où j’en ai réellement pris plein les yeux.

C’est ainsi que se conclut cet article et cette saga de Rocksteady. Sur le constat qu’on aura eu affaire à une licence de qualité, à quelques détails près et dont l’achèvement reste cependant en deçà de nos espérances. Arkham Knight fait très bonne figure pourtant mais n’est pas exempt de défauts. Ces derniers ne sont heureusement pas rédhibitoires mais laissent un peu un sentiment de frustration chez le joueur et le fan. Le plaisir d’incarner encore une fois le Chevalier Noir est évidemment là, celui de piloter la Batmobile également mais le jeu semble se limiter dans ses potentiels. On est donc face à Arkham Knight tel que l’on serait face à un clafoutis mijoté par un apprenti cuistot qui aurait fait ses classes chez le meilleur des pâtissiers : c’est beau, c’est appétissant, on sait que c’est construit sur des bases plus que solides mais il lui manque ce petit quelque chose que le grand chef aurait su mettre afin d’en faire le meilleur des desserts.

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6 réflexions sur “Parlons jeu, parlons bien n°25 – Batman : Arkham Knight [Xbox One]

  1. Et bien, quel article ! Je l’avais sous le coude sans l’avoir lu depuis un moment mais alors là, j’ai franchement apprécié ma lecture, et sans spoil avec ça 🙂

    Ton avis me conforte dans l’idée d’attendre sagement une baisse de prix ainsi qu’une occasion spéciale pour l’acquérir. Nul besoin de courir après.

    Merci d’ailleurs pour ton objectif dans la rédaction de cette critique, c’était un vrai plaisir à lire 🙂

    • Hey, merci ! 😀

      Pour ce qui est de l’absence spoil, je mets toujours un point d’honneur à ne rien révéler d’important vis à vis de l’intrigue dans mes critiques. Si cela m’arrive, c’est parce que je ne peux vraiment pas faire autrement ou que ça sert mon propos. 🙂

      Je suis ravi que la lecture t’ait tant plu. 😀

      • Je salue ton habitude de ne pas spoiler 😀
        Je n’ai pour ma part pas encore eu le temps de me procurer le titre (je n’ai surtout pas le temps d’y jouer) et au vu de ton article, tout comme celui de Cinemax d’ailleurs, j’attendrai finalement quelques temps pour me le procurer en occasion. J’ai tout de même hâte d’y jouer car j’avais vraiment aimé les deux précédents et tu connais mon amour pour le chevalier noir 😉

      • Cet amour pour Batman on le partage et c’est ce qui fait que je n’ai pas voulu attendre pour jouer à Arkham Knight !
        Mais effectivement, tu peux te permettre d’attendre un petit peu et de le prendre à un prix un peu réduit. Il est bon mais les deux précédents restent les meilleurs, clairement !
        Ça reste un jeu sympa cela dit et puis le gameplay est toujours aussi chiadé. 🙂

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