A Bord du Darjeeling Limited, Wes Anderson, 2007

A Bord du Darjeeling Limited, comédie dramatique de Wes Anderson. Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Amara Karan…
La note du Koala : 4,5/5

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Le pitch : A l’initiative de leur frère Francis (O. Wilson), Jack (J. Schwartzman) et Peter Whitman (A. Brody) partent pour un voyage en Inde afin d’accomplir une sorte de quête spirituelle qui sera également l’occasion de se retrouver un an après la mort de leur père. Le voyage sera ponctué de péripéties qui mettront leur relation à l’épreuve.

La critique : Pitcher un film de Wes Anderson une chose qui peut être plus ou moins maladroite. Les scénarios du cinéaste, malgré leur apparente accessibilité, ont en effet la réputation d’être toujours à même de proposer un contenu si dense qu’on ne sait trop par où commencer. Enfin bref… Pour ceux qui l’ignorent, je suis en retard sur la filmo d’Anderson. Très en retard. C’est pour cela qu’après avoir revu The Grand Budapest Hotel la semaine dernière, je me suis fait La Famille Tenenbaum puis A Bord du Darjeeling Limited dans la foulée.

Jusqu’à présent et pour le peu que j’en ai vu, le cinéma de Wes Anderson ne m’a jamais déçu. C’est donc avec un enthousiasme certain que je lance A Bord du Darjeeling Limited. Avec l’envie aussi de découvrir de nouveaux personnages au moins aussi hauts en couleurs que les décors et la photographie du film. Car c’est bien cela qui fait tout le style du cinéaste, même si les décors de La Famille Tenenbaum m’auront cependant moins marqué que ceux – inoubliables – de The Grand Budapest Hotel. Mais rien à redire à ce sujet dans Darjeeling Limited (on va dire ça ainsi, pour gagner du temps si vous le voulez bien). Ce road trip jouit en effet d’un environnement de toute beauté, imprégné autant que possible de l’esthétique que l’on associe souvent à l’Inde. Une patte graphique que l’on retrouve tant dans les décors en tant que tels mais également dans les couleurs vives, éclatantes, chatoyantes qui font de ce film une merveille visuelle de chaque instant. Comment ne pas apprécier tout le travail effectué sur le train qu’empruntent les trois frangins Whitman ? Mêlant des tons et des nuances qui se marient idéalement, il est époustouflant mais c’est certainement à l’image du film tout entier. Wes Anderson réalise en effet une oeuvre qui se veut percutante pour les mirettes et c’est une réussite de ce point de vue, comme le laissait augurer la seule affiche du film qui, à elle seule, vaut déjà le coup d’œil. Associé au talent de Robert Yeoman, irremplaçable directeur de la photographie de Wes Anderson depuis Bottle Rocket (son premier film), tout ce travail prend alors une dimension supplémentaire lorsqu’il est si bien porté à l’écran. C’est finalement une succession de tableaux qui nous est donnée à observer au long de ces 91 minutes. Certaines séquences mériteraient presque que l’on se fende d’un arrêt sur image pour profiter de ce qui nous est donné à voir. Quoique, il faut bien avouer que même les mouvements sont excellemment mis en scène. J’apprécie tout particulièrement ces ralentis que Wes Anderson distille ponctuellement tout au long de son film et qui sont d’une beauté saisissante. Bref, A Bord du Darjeeling Limited est un film qui est amplement recommandable ne serait-ce que parce qu’il est un régal pour les mirettes, une explosion de couleurs et lumières.

C'est très exactement là que j'ai compris que j'allais avoir affaire à un film somptueux sur le plan visuel.

C’est très exactement là que j’ai compris que j’allais avoir affaire à un film somptueux sur le plan visuel.

Pour en revenir au fond de ce film, le scénario de Darjeeling Limited se veut tout à fait honorable. S’il semble a priori construit comme quasiment n’importe quel autre road movie, usant de certains codes propres à ce genre (un voyage, des rencontres, des obstacles…), il n’en demeure pas moins qu’il sait faire preuve d’une originalité certaine en mêlant avec talent émotion et…une sorte de burlesque dirons-nous. Les trois compères que nous suivons ici parcourent ainsi leur bonhomme de chemin avec un humour piquant souvent, légèrement décalé aussi. Mais ce n’est finalement pas tant par sa construction en tant qu’histoire que brille ce scénario mais plutôt par la façon dont il aborde ses différents thèmes et tout particulièrement la question des relations fraternelles. Faisant finalement écho à La Famille Tenenbaum (ayant vu ces deux films dans la foulée, le parallèle m’a semblé flagrant), Darjeeling Limited met en scène trois frangins qui cherchent à se retrouver, peut-être un peu malgré eux. Rarement ai-je vu de film qui arrive si bien à saisir les liens entre frères. L’on retrouve dans le trio que forment Jack, Peter et Francis l’envie d’être ensemble malgré tout, les petites trahisons, les confidences parfois amusantes et une solidarité (parfois forcée) qui font finalement tout le sel d’une fratrie. C’est très personnel au fond mais je me retrouve un peu dans ces trois personnages, tout comme j’y retrouve mon propre frangin. Wes Anderson me donne là un miroir déformant intéressant par la façon dont il exagère parfois, minimise à d’autres instants mais amuse toujours. Il se crée alors une sorte d’atmosphère entre ces trois frères qui touchera – je le pense vraiment – tous ceux qui connaissent les joies de fraternité.

Il y a une complicité malgré tout entre ces trois qui, je le crois, parlera à tous les frangins.

Il y a une complicité malgré tout entre ces trois-là qui, je le crois, parlera à tous les frangins.

Côté distribution enfin, le trio de tête de ce film n’est évidemment pas inconnu des inconditionnels de Wes Anderson. Si Adrien Brody faisait à l’époque sa première incursion dans l’univers du cinéaste (on l’a retrouvé ensuite pour The Grand Budapest Hotel et Fantastic Mister Fox), Jason Schwartzman avait quant à lui déjà joué dans Rushmore en 1998. Quant à Owen Wilson, il s’agissait tout simplement de sa quatrième participation à un film du réalisateur. Ensemble, les trois comédiens forment en tous cas un trio solide et cohérent, chacun répondant idéalement à ses partenaires. Un jeu rendu évidemment plus fluide par l’excellente écriture des personnages, bien entendu. Reste que les trois acteurs livrent chacun une prestation de qualité. Owen Wilson se livre finalement comme à l’accoutumée, dans une sorte de drôlerie mesurée et nuancée par quelques aspects plus terre à terre de son personnage. De leur côté, Jason Schwartzman et Adrien Brody font selon moi jeu égal en proposant des personnages très mesurés là aussi mais avec chacun leur part de comique. Cela donne finalement un jeu à trois très équilibré et homogène qui brille par sa cohérence. On notera au-delà de ces têtes d’affiche quelques seconds rôles parmi lesquels Amara Karan (dans le rôle de Rita, l’hôtesse du train), Anjelica Huston (Patricia Whitman, la mère des trois voyageurs) ou encore Irfan Khan (le père du jeune garçon mort dans le village un peu perdu, rôle assez minime mais interprétation efficace, comme toujours). Tous permettent d’ériger un background de qualité servant à merveille l’arrière plan d’une histoire portée par les trois acteurs principaux.

Il m'est assez difficile d'envisager parler de l'un sans parler des deux autres, les échanges étant la base absolue de l'interprétation de ces trois acteurs dans ce film.

Il m’est assez difficile d’envisager parler de l’un sans parler des deux autres, les échanges étant la base absolue de l’interprétation de ces trois acteurs dans ce film.

C’est une très bon moment – excellent même – que j’ai passé en découvrant A Bord du Darjeeling Limited. S’il ne détrône pas dans mon cœur l’impeccable The Grand Budapest Hotel, il n’en demeure pas moins qu’il jouit d’atouts indéniables qui la hissent sans difficulté dans mon Panthéon personnel, aux côtés d’autres grandes œuvres. Sa mise en scène est on-ne-peut-plus soignée, ses couleurs persistent encore dans ma mémoire et sa distribution fait un travail remarquable. Après ça, on ne peut qu’avoir envie de tout voir de Wes Anderson.

Le « Oh, au fait ! » :
Un court-métrage intitulé Hôtel Chevalier accompagne le film et revient sur la relation de Jack (Jason Schwartzman donc) avec son ex-femme, campée par la délicieuse Natalie Portman (que l’on aperçoit très brièvement dans le film). J’avoue n’avoir pas vu ledit court-métrage, c’est pourquoi il n’en est fait nulle mention dans cet article.

Bill Murray fait un caméo remarqué au tout début du film. Le comédien a joué dans sept des huit films de Wes Anderson et n’est donc absent que de Bottle Rocket.

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2 réflexions sur “A Bord du Darjeeling Limited, Wes Anderson, 2007

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