Un jour, un album n°20 : « Led Zeppelin IV », Led Zeppelin

Après être allés à New York la dernière fois pour parler de Kiss et de leur album Dynasty, retournons cette semaine en Grande-Bretagne et plus précisément à Londres pour y (re)découvrir l’un des groupes les plus cultes de tous les temps, ponte du psychédélisme, père du hard rock aussi : Led Zeppelin. Et si j’ai hésité à parler de Led Zeppelin II pour cet article, j’ai finalement jeté mon dévolu sur un autre opus.

Led Zeppelin IV

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Avant de parler de cet album, il nous faut remonter au début des années 1960, dans une Grande-Bretagne en pleine ébullition rock’n’roll. A l’époque, un jeune homme d’une vingtaine d’années fait énormément parler de lui dans le milieu musical puisqu’il est considéré comme le meilleur guitariste de studio du moment. Les Who, les Rolling Stones, Marianne Faithfull ou encore les Kinks feront appel à lui pour leurs enregistrements. Ce jeune homme, c’est Jimmy Page mais en 1966, il part jouer pour lui-même mais aussi et surtout pour les Yardbirds, peu avant le départ de Jeff Beck du groupe. Deux ans plus tard, les Yardbirds se séparent et Page se met en tête de monter son propre groupe, en particulier pour assurer les concerts que les Yardbirds devaient encore faire. Dans cette recherche, il recrute le bassiste et claviériste John Paul Jones, lui aussi musicien de studio assez prisé qui avait de lui-même contacté Page pour participer à ce tout nouveau groupe. Ensuite c’est une succession d’événements qui amènent au recrutement des deux membres manquants. Jimmy Page souhaite d’abord engager comme chanteur Steve Marriott des Small Faces puis Terry Reid, lequel refuse mais lui recommande un certain Robert Plant. Ce dernier saura faire forte impression auprès de Page et sera vite engagé. Et c’est Plant lui-même qui recommandera à Page d’engager John Bonham comme batteur. Nous sommes en Août 1968 et les New Yardbirds viennent d’être formés, nom qu’ils conserveront le temps de faire les concerts que les Yardbirds d’origine n’avaient finalement pas assuré. En Novembre de la même année, il se renomment finalement Led Zeppelin et signent un contrat de cinq ans avec Atlantic Records.

L’année suivante sort Led Zeppelin, tout premier opus du groupe, enregistré en une trentaine d’heures seulement pendant que le groupe tournait en Grande-Bretagne. Puis vient le départ pour les Etats-Unis, où Led Zeppelin va remplacer le Jeff Beck’s Group sur une tournée commune avec Vanilla Fudge et Iron Butterfly. Vous ne vous souvenez pas de ces groupes ? Il faut bien dire que Led Zep’ a considérablement marqué les esprits sur cette tournée en réalisant des concerts d’anthologie avec des morceaux pouvant durer jusqu’à 30 minutes (Dazed and Confused notamment) et certains groupes refusent tout simplement de monter sur scène ensuite, la vedette ayant été volée par ce jeune combo. Pendant cette tournée, Led Zeppelin enregistre Led Zeppelin II (pourquoi faire compliqué ?), album dans la même veine que le précédent et souvent considéré comme étant le meilleur du groupe. L’album sort en fin d’année 1969 et finit d’installer Led Zep’ comme une formation phare de cette fin des sixties. L’année suivante c’est au tour de Led Zeppelin III d’arriver dans les bacs mais celui-ci ne bénéficie pas d’un accueil aussi favorable et la presse ne manque pas de faire savoir sa déception, d’autant qu’elle a choisi de révéler tous les mauvais aspects du groupe en lui forgeant un réputation sulfureuse justifiée par des chambres d’hôtel saccagées et l’abus de drogue et de groupies. Néanmoins, le sommet de la carrière de Led Zeppelin est encore à venir et, en 1971, sort un album communément appelé Led Zeppelin IV. Rien ne figure sur la pochette de l’album : pas de nom de groupe, pas de titre… Plus gros succès du quartet, ce quatrième opus compte nombre d’énormes tubes mais nous y reviendrons plus tard. En attendant, Led Zep’ est arrivé au sommet et sort Houses of the Holy en 1973. Led Zep’ y oriente sa musique vers de nouveaux horizons comme le prouvent des morceaux comme D’yer Mak’er notamment, influencé par le reggae. Après la sortie de ce cinquième opus, le groupe entame une pause quelque peu forcée par l’opération des cordes vocales que doit subir Robert Plant (trop de concerts, trop de tabac…) et qui le laisse littéralement sans voix pendant plusieurs semaines. De plus, le contrat avec Atlantic Records arrive à son terme en 1974 et Led Zep’ choisit de créer son propre label, Swan Song Records. L’année suivante, le groupe revient aux affaires avec Physical Graffiti.

Led Zeppelin en 1968.

Led Zeppelin en 1968.

Puis vient le début de la fin. Une fin qu’on aurait pu croire prématurée en raison de l’accident de voiture de Robert Plant et de sa femme, laissant le chanteur en fauteuil roulant plusieurs mois et avec le doute quant à sa capacité à remarcher un jour. Mais en 1976, Led Zeppelin est toujours debout et enregistre puis sort Presence, son septième album sur lequel figure une chanson atypique : Achilles Last Stand, qui dure plus de 10 minutes ! Reste qu’en 1977, Led Zep’ a fort à faire. Alors que Robert Plant est enfin complètement remis sur pieds, le groupe doit faire face aux conséquences de sa relative inactivité forcée : de nouveaux groupes occupent désormais le devant de la scène : The Clash, AC/DC, Kiss, les Ramones… La musique qu’ils ont largement contribué à façonner a fait des émules et de très nombreuses formations se sont lancées à leur tour, profitant de la vague que Led Zeppelin a initiée. Il faut donc pour le groupe repartir à la conquête de son public et pour cela, une immense tournée américaine est lancée. Mais le sort s’en mêle encore une fois puisque la série de cinquante concerts est annulée peu avant sa fin, Robert Plant ayant appris la mort par infection pulmonaire de son très jeune fils Karac (5 ans). Nouvel arrêt forcé pour Led Zeppelin, qui ne recommencera à travailler qu’un peu plus d’un an plus tard, à la fin 1978.

En Mai de l’année suivante, Led Zeppelin se rassure avec l’annonce de sa venue au festival de Knebworth en Août suivant : l’engouement est tel qu’il faudra ajouter une seconde date pour satisfaire tout le monde ! Led Zep’ jouera ainsi en deux jours devant un public de 405 000 personnes, un record pour le festival et le groupe. Quelques semaines après, In Through the Out Door arrive dans les bacs. Ce huitième album sera également le dernier véritable disque du groupe, d’autant que Jimmy Page a du mal à travailler et composer en raison de son addiction à l’héroïne, à laquelle il goûte depuis 1976. En 1980, Led Zeppelin s’apprête à partir pour tourner en Europe et aux Etats-Unis mais le 25 Septembre John Bonham est retrouvé mort, asphyxié suite à une trop grande consommation d’alcool la veille. Jugé irremplaçable par ses camarades de Led Zeppelin, John Bonham ne sera jamais remplacé et le groupe annonce sa dissolution en Décembre de la même année. En 1982 sortira tout de mêle Coda, mêlant chansons inédites et enregistrements live. Depuis, les différents membres du groupe ont continué à travailler dans le monde de la musique. Si Jimmy Page ne fera jamais d’album solo, Robert Plant en sortira quelques uns et John Paul Jones ira notamment fonder le groupe Them Crooked Vultures avec Josh Homme (Queens of the Stone Age, Eagles of Death Metal) et Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters). Et si le groupe se reforme en 2007 le temps d’un concert unique à Londres et lors duquel le fils de John Bonham, Jason, officie à la batterie, Led Zeppelin n’est vraisemblablement pas prêt de repartir malgré les rumeurs.

Les quatre membres de Led Zeppelin, de gauche à droite : John Bonham (batterie), Robert Plant (chant), Jimmy Page (guitare) et John Paul Jones (basse).

Les quatre membres de Led Zeppelin, de gauche à droite : John Bonham (batterie), Robert Plant (chant), Jimmy Page (guitare) et John Paul Jones (basse).

Led Zeppelin IV donc est sorti en 1971. Comme son nom officieux l’indique, il est le quatrième album du groupe et est également son plus grand succès commercial, le disque figurant parmi les albums les plus vendus de tous les temps (onzième entre Shania Twain et Madonna). La chose la plus marquante avec cet album est sans aucun doute le fait qu’il n’ait pas de titre, choix que Jimmy Page expliquait à l’époque ainsi :

Nous avons décidé de minimiser délibérément le nom du groupe sur le quatrième album, et qu’il n’y aurait aucune information, quelle qu’elle soit, sur la jaquette extérieure. […] Les noms, les titres et tout ça, ça ne veut rien dire.

Une attitude que certains chez Atlantic jugeront anti-commerciale et n’apprécieront que peu. C’est avec cet album également que les quatre fameux logos représentant les quatre membres du groupe font leur toute première apparition, ceux-là même qui auront largement contribué à donner une réputation satanique à Led Zeppelin. Mais tout ceci reste du domaine du mythe plus ou moins vérifiable et revenons-en plutôt à l’album en lui-même et à son contenu, composé de huit chansons :

1- Black Dog
2- Rock and Roll
3- The Battle of Evermore
4- Stairway to Heaven
5- Misty Mountain Hop
6- Four Sticks
7- Going to California
8- When the Levee Breaks

Huit morceaux donc qui sont finalement d’une qualité égale mais qui ne manquent pas de se démarquer les uns des autres. Ainsi, là où Black Dog ouvre l’album avec un son particulièrement lourd, Rock and Roll lui succède idéalement en allant puiser au plus profond des racines rock du groupe (à noter que le claviériste des Rolling Stones Ian Stewart joue du piano sur ce morceau, bien qu’il n’y soit pas crédité). Led Zeppelin IV passera également par une ballade à double-face avec Stairway to Heaven, d’abord très très douce puis bien plus rock en conclusion. L’album jouit donc finalement d’un contenu dense et relativement hétérogène mais qui se rejoint toujours dans les racines rock et blues du groupe.

Il est temps de passer aux trois morceaux choisis pour cet article !

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Premier titre : Black Dog
Chanson d’ouverture de Led Zeppelin IVBlack Dog est l’une des chansons les plus connues du groupe aux côtés des autres tubes que sont Whole Lotta Love et Stairway to Heaven (ou même Heartbreaker). C’est également le tout premier single édité pour accompagner la sortie de l’album avec, en face B, Misty Mountain Hop. Reconnaissable dès les premiers sons émis par la Les Paul de Jimmy Page associée à une pédale wah-wah, Black Dog est un morceau rock à souhait mais dont les influences blues se retrouvent notamment dans les parties vocales de Robert Plant et la construction de la rythmique générale du titre. Pour l’anecdote, le titre a été inspiré par un chien noir (un labrador) qui errait souvent dans les alentours du studio où Led Zeppelin enregistrait cet album.

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Deuxième titre : Rock and Roll
Comme je le disais dans le corps de l’article, Rock and Roll est le deuxième morceau de l’album et fait selon moi office de successeur idéal à Black Dog. Libérant totalement leur musique, les quatre membres de Led Zeppelin reviennent ici à un rock’n’roll sans chichis, rapide et simple mais efficace. Là encore, l’introduction est reconnaissable entre mille avec les cymbales de John Bonham puis l’arrivée de cet excellent riff de guitare. Sortie en single, c’est Four Sticks qui faisait alors office de face B. A noter enfin comme je l’évoquais précédemment la présence de Ian Stewart au piano après le solo de Page.

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Troisième titre When the Levee Breaks
Ultime pièce de Led Zeppelin IVWhen the Levee Breaks est sans conteste ma chanson favorite de tout le répertoire de Led Zep’. Il ne s’agit cependant pas d’une chanson écrite par le groupe mais par Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie en 1929. Cet air blues faisait référence à la crue dévastatrice du Mississippi qui avait eu lieu deux ans auparavant, d’où le titre (When the Levee Breaks Quand la Digue se Brise). Cinquante ans plus tard donc, Led Zeppelin reprend le morceau et si lui confère une toute nouvelle dimension, bien plus sombre et inquiétante que dans la chanson originale. Si cela est marqué par la tonalité générale de la chanson, l’impression est renforcée par un harmonica au tremolo facile et qui se veut volontiers plaintif. Une chanson d’anthologie si vous voulez mon avis exact, à la composition et aux arrangements parfaits.

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Bonus track : Stairway to Heaven

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4 réflexions sur “Un jour, un album n°20 : « Led Zeppelin IV », Led Zeppelin

  1. Le meilleur album du monde avec la plus belle musique au monde (Stairway to Heaven) ?
    Qu’est-ce que j’ai pu l’écouter en boucle au lycée et lors de mes premières années de fac …
    Un album légendaire tout simplement 🙂

    • C’est amusant (si l’on veut) mais même si « Led Zeppelin IV » est un chef-d’oeuvre et qu’il contient celle que je considère comme étant la meilleure chanson de tout le répertoire de Led Zep (« When the Levee Breaks »), je lui préfère – en tant qu’album dans sa globalité – le non moins excellent « Led Zeppelin II ». J’ai failli parler de celui-ci d’ailleurs mais rien que pour balancer « When the Levee Breaks », j’ai choisi le IV. :3

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