Note de lecture n°20 – « Batman : Le Chevalier Noir – 2. Cycle de Violence », Gregg Hurwitz & David Finch

Vous l’aurez peut-être constaté, je lis beaucoup de Batman en ce moment. Entre Cataclysme et ce run ouvert avec Terreurs Nocturnes, sans compter les avis que je dois rédiger sur L’An Zéro ainsi que sur Sombre Reflet, le Chevalier Noir est au cœur de mes lectures ! Mais pour l’heure, je reviens à l’arc sobrement intitulé Le Chevalier Noir avec ce second volet : Cycle de Violence.

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Suite de Terreurs Nocturnes donc, ce nouvel opus des aventures de Batman voit David Finch revenir en tant qu’illustrateur. Ça tombe bien, j’avais plutôt apprécié son travail sur l’épisode précédent, malgré les quelques points que je soulignais pour dire que son style me surprenait (mais nous reviendrons en fin d’article si vous le voulez bien). Intéressons-nous plutôt à Gregg Hurwitz pour commencer, lui qui remplace Paul Jenkins en qualité de scénariste. Il s’agit là d’une des rares incursions de ce monsieur dans l’univers de Batman. En effet, hormis ces pages, Hurwitz n’a travaillé que sur deux numéros de Detective Comics mettant en scène l’Homme Chauve-Souris et sur le récit Penguin: Pain and Prejudice, consacré au Pingouin donc. Les aficionados de Marvel le connaissent un peu mieux en revanche puisqu’il a notamment exercé ses talents de scénaristes sur des séries comme The New AvengersPunisherWolverine et X-Men Forever. Auteur également d’une quinzaine de nouvelles, il a aussi signé des scénarios pour le récent reboot de la série télé de science-fiction V. A mon sens, Gregg Hurwitz aura fort à faire pour poursuivre le travail entamé par Paul Jenkins dans le premier volume de cet arc. Ce dernier mettait en scène une histoire dont tout l’intérêt résidait dans le traitement de certains thèmes et plus particulièrement celui de la peur. A Hurwitz donc de savoir reprendre le flambeau en évitant à tout prix de perdre cette patte, dont l’oubli créerait un manque de cohérence certain.

David Finch (à gauche) et Gregg Hurwitz (à droite) sont donc aux commandes de ce deuxième volet.

David Finch (à gauche) et Gregg Hurwitz (à droite) forment le duo aux commandes de ce deuxième volet.

Concernant maintenant le contenu de cet ouvrage, je m’attendais à deux choses : que ce soit une suite directe aux événements de Terreurs Nocturnes et que la question thématique soit aussi intéressante et (au vu du titre) porte sur la violence. En ce qui concerne la première attente, surprise, Cycle de Violence n’est pas une suite directe de son prédécesseur. S’il nous est permis d’imaginer que les événements décrits dans ce tome se déroulent effectivement après ceux du premier volume, rien ne nous permet de l’affirmer clairement (ni de l’infirmer d’ailleurs). Aucune référence n’est faite au combat de Batman contre Bane, à son jeu du chat et de la souris avec le Lapin Blanc, etc. Ce personnage inspiré de l’univers d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll est d’ailleurs totalement absent de ce livre-ci, autant que son alter ego Jaina Hudson. Rien donc ne permet de lier efficacement ces deux tomes et cette série prend soudain la forme d’une anthologie, savoir une succession d’ouvrages dont la cohérence tient plus par les thèmes abordés que par l’enchaînement continu des histoires racontées. Mais cela n’est pas un mal en soi, bien au contraire. Si l’on est dans une anthologie, cela signifie que ma deuxième attente devrait être satisfaite : les traitements thématiques que j’avais aimés dans Terreurs Nocturnes devraient logiquement se poursuivre ici. Et c’est le cas ! Tout ce qui a trait à la peur est de retour dans ce nouvel opus et, à mon sens, de manière encore plus forte qu’auparavant. L’effroi pur et simple est de mise grâce notamment à une mise en scène autour du personnage de l’Epouvantail qui est très bien menée. Plus encore que Batman, cet illustre antagoniste est au cœur du récit et finit presque par en devenir le personnage principal. Plus que la lutte de Batman contre l’Epouvantail, on aurait finalement l’impression d’assister à l’inverse. Ce personnage jouit en effet d’un travail et d’une construction toute particulière grâce à des flashbacks qui furent pour moi d’un intérêt certain, mes connaissances sur le docteur Crane (réelle identité de l’Epouvantail) étant assez limitées. La plongée dans le passé de ce personnage qui nous est proposée devient alors l’occasion d’approfondir encore le thème de la peur et vient même à créer, sinon de l’empathie, au moins de la pitié pour cet être torturé (dans tous les sens du terme, vous le découvrirez en lisant le livre). Et la violence dans tout ça ? Si je pensais qu’il s’agirait là du thème principal de ce volet, je me trompais à moitié. En effet, la violence est bel et bien abordée mais c’est au travers du prisme de la peur, dont on comprend finalement que cet arc pourrait bien viser à l’observer sous différentes coutures. Ainsi, là où Terreurs Nocturnes associait ce sentiment à la folie, Cycle de Violence la lie à cette dernière et cela de deux manières. D’abord par la mise en scène brutale de l’ouvrage mais aussi par les conséquences des peurs de chacun des personnages. Ceux-ci entrent en effet dans un effroi qui les pousse irrémédiablement à une violence brute. Réellement, je suis encore plus satisfait par la façon dont les choses sont ici abordées que je ne l’étais dans le premier tome.

La toute première planche de Cycle de Violence annonce la couleur sans détours.

La toute première planche de Cycle de Violence annonce la couleur sans détours.

Pour en revenir à une approche un peu plus terre-à-terre du scénario, je dirais qu’on se retrouve face à la même situation que dans Terreurs Nocturnes, c’est-à-dire qu’il brille essentiellement par sa thématique et la façon dont elle est abordée. L’histoire a proprement parler sert finalement plus d’écrin dans lequel les questionnements prennent forme, évoluent et se multiplient. Ce n’est donc pas dans le déroulé des événements en tant que péripéties qu’il faudra aller chercher l’essentiel du travail mais bien dans ce à quoi ils renvoient, ce dont ils parlent. Reste que nous avons tout de même ici affaire à une scénario qui tient la route. Pas réellement exceptionnel – les quelques ressorts d’action typique des aventures de Batman étant assez convenus – il reste néanmoins agréable à parcourir et bénéficie d’une rythmique plaisante. Mais encore une fois, ce n’est à mon sens pas l’essentiel de cet ouvrage et quiconque s’arrêterait à une approche en surface de cette histoire commettrait (toujours selon moi) une réelle erreur. A ce fond enfin s’ajoute une forme délectable, David Finch réalisant encore une fois un travail recommandable. Je lui adresserais toutefois les mêmes « reproches » qu’avec Terreurs Nocturnes, à savoir que je trouve qu’il vieillit Batman et qu’il ne touche pas assez à Gotham (qui aurait pu être si formidablement traitée dans ce contexte). Hormis ces appréciations au fond très subjectives, je trouve qu’il a su composer un ouvrage de qualité et que sa mise en scène est tout à fait exemplaire pour le coup.

Cycle de Violence se propose donc d’être plus une suite spirituelle de Terreurs Nocturnes qu’une réelle suite narrative. Créant ainsi le début d’une anthologie thématique autour de la peur, ce deuxième tome reprend les fondamentaux du travail effectué par Paul Jenkins dans le premier opus pour les approfondir encore et offrir une approche relativement brutale de ce sentiment, magnifiquement incarné par un Epouvantail mis en scène comme jamais. Reste donc à parcourir Folie Furieuse, dernier tome de cette trilogie.

Batman : Le Chevalier Noir – 2. Cycle de Violence, Gregg Hurwitz & David Finch, Urban Comics, 144 pages (15€)

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