Un jour, un album n°19 : « Dynasty », Kiss

Cela fait un petit moment que je n’avais pas rédigé d’article dans cette série. La dernière fois c’était fin Avril avec le mythique Imagine de John Lennon. Quittons à présent la Grande-Bretagne pour retourner une nouvelle fois aux Etats-Unis et plus précisément à New York. C’est ici que nous allons trouver le groupe du jour : Kiss. Et pour parler d’eux, j’ai choisi de m’intéresser à leur septième album.

Dynasty

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Kiss est un groupe formé à l’origine par deux mecs : Paul Stanley et Gene Simmons. Plus exactement, ces deux amis ont d’abord fait partie du groupe Wicked Lester mais ce dernier est passé à 100 % inaperçu, leur premier album n’ayant d’ailleurs jamais été commercialisé ! Face à cet échec cuisant, Stanley et Simmons décident d’abandonner ce premier combo pour en former un nouveau plus inscrit dans la mouvance hard rock du moment. Nous sommes en 1972. Très vite, ils sont rejoints par le batteur Peter Criss puis, au tout début de l’année 1973, par le guitariste Ace Frehley. Ensemble, les quatre boys vont former Kiss, premier du nom. Radicalisant leur approche de la musique et de la scène, le groupe décide d’arborer un look des plus provocateurs. Cela passera alors par les costumes hors normes des membres du groupe mais également par leurs inoubliables maquillages. Chacun des garçons de Kiss décide alors de se peindre le visage afin de se créer un personnage particulier, le tout dans une inspiration comics. Paul Stanley (guitare rythmique et chant) sera alors The Starchild, Gene Simmons (bassiste) devient The Demon, Ace Frehley (guitare solo) s’identifie comme The Spaceman et Peter Criss (batterie) choisit enfin de devenir The Catman. Mais comme pour de nombreux groupes, les débuts sont difficiles et l’on fait avec les moyens du bord. Pour leur premier concert (devant trois personnes…), Kiss arrive ainsi maquillé mais aussi et surtout avec des costumes achetés à la va-vite dans une boutique sadomasochiste juste avant l’entrée en scène. Le groupe tâche alors déjà de travailler son jeu de scène, notamment avec les crachats de sang et de feu de Gene Simmons ou encore avec Paul Stanley qui brise sa guitare sur le sol en fin de concert. Mais cela eut pour conséquence d’avoir nombre de clubs qui refuseront de les engager ou encore plusieurs groupes qui n’accepteront pas de les prendre en première partie. Mais le vent commence à tourner lorsque le groupe arrive à signer son premier contrat chez Casablanca Records et à enregistrer et distribuer son tout premier album, sobrement intitulé Kiss. Il faudra cependant insister : l’album ne se vend pas très bien et le groupe ne jouit pas encore de la moindre renommée. L’année suivante, ils sortent Hotter Than Hell, plus hard et même plus heavy sur certains titres. Kiss commence alors à se faire connaître, grâce notamment à une immense tournée américaine durant laquelle les shows deviennent de plus en plus spectaculaires (effets pyrotechniques, pluies de confettis, Ace Frehley qui enflamme sa guitare sur scène…).

En 1975, c’est au tour de Dressed to Kill de paraître. Malgré de bons morceaux tels que Rock’n’Roll All Nite, l’album a encore et toujours du mal à se vendre et le projet Kiss commence à tourner à la catastrophe, faute de réels retours sur investissements. Neil Bogart, directeur de Casablanca Records joue alors tapis et va jusqu’à puiser dans toutes ses économies pour financer une nouvelle tournée du groupe ainsi que des enregistrements sur différents concerts pour produire un premier album liveAlive! sort à l’automne 1975 et, deux semaines après, devient disque d’or. La Kissmania est alors lancée, quasiment du jour au lendemain, avec notamment les fans qui vont s’organiser en « Kiss Army » et le développement d’un merchandising à outrance. Souhaitant continuer sur cette excellente vague, Kiss fait appel au producteur Bob Ezrin, qui a entre autres travaillé avec Pink Floyd et Alice Cooper, afin de sortir leur quatrième opus : Destroyer. Paru en 1976, il est marqué par l’absence d’Ace Frehley sur certains morceaux, le guitariste ayant été mis de côté (volontairement ou non selon le cas) en raison de ses relations difficiles avec Ezrin. Cet album sera celui qui fera de Kiss un des plus grands groupes de rock du moment. Les tournées deviennent encore plus folles et traversent pour la première fois l’Europe. Puis retour en studio, cette fois-ci avec le producteur Eddie Kramer (celui de Jimi Hendrix et plus tard des Twisted Sisters). Rock and Roll Over sort fin 1976 et est un nouveau grand succès malgré son caractère macho à peine voilé. C’est alors que la Kissmania s’emballe. Kiss devient même le groupe héros d’une BD Marvel pour laquelle les quatre membres du groupe iront jusqu’à accepter de donner un peu de leur sang pour l’encre rouge ! Le numéro 1 de cette BD restera le plus grand succès de l’éditeur pendant près de dix ans. Au Japon, Kiss surfe sur la même vague, remplissant notamment le fameux Budokan de Tokyo pendant cinq soirs d’affilée ! Mais tout n’est pas rose au pays des Toupoutous et Ace Frehley ainsi que Peter Criss, déjà en difficulté en raison de leurs problèmes de drogue et d’alcool, commence à mal vivre cette overdose de succès. L’ambiance devient moyenne mais le groupe sort tout de même Love Gun et, suite à la tournée consécutive, Alive II, tous deux en 1977. Et si le succès est encore et toujours là, ça devient clairement n’importe quoi : nouvelle BD Marvel, goodies à outrance et même un projet de parc d’attractions ! En 1978 sort Kiss contre les Fantômes, téléfilm qui sera une excellente affaire pour NBC mais qui affectera la réputation du groupe. Trop, c’est trop…

Kiss au Japon en 1977.

Kiss au Japon en 1977.

En 1979 sort Dynasty sans Peter Criss à la batterie, remplacé par un batteur de studio en raison de son état de santé. Criss sera définitivement viré de Kiss peu après la sortie d’Unmasked l’année suivante. Eric Carr (The Fox) prend alors sa place. Il est à noter qu’avec ces deux albums, Kiss a pris un certain virage musical, orientant sa musique vers un mélange particulier entre le hard rock et le disco, qui fait alors fureur. Les fans de la première heure boudent des albums et la presse ne se prive pas de dire tout le mal qu’elle pense de ce groupe un peu trop immense. Afin de changer un peu le cours des choses, Kiss imagine sortir (avec Bob Ezrin de retour à la production) un album concept qui sera lié à un film (un peu à la The Wall de Pink Floyd), lequel ne sortira finalement jamais. Music from « The Elder » sort néanmoins en album en 1981 mais c’est un échec absolument total, le groupe ne pouvant même pas se permettre de partir en tournée pour le soutenir ensuite ! C’est la première fois en huit ans que cela arrive et certains annoncent déjà la mort de Kiss. Ace Frehley est quant à lui sur le point de quitter le groupe mais il se retrouve peu après immobilisé suite à un accident de voiture. Sans compter que la drogue et l’alcool continuent de marquer son quotidien. En studio, Kiss le remplace par Vinnie Vincent pour enregistrer Creatures of the Night, sorti en 1982. Frehley figure sur la pochette du disque mais quitte officiellement le groupe avant la tournée et Vincent le remplace définitivement. L’année suivante sort Lick It Up, lequel sera surtout marqué par le fait qu’il est le premier album pour lequel les Kiss apparaissent sans maquillages, ni costumes extravagants. Cela n’empêchera pas ce nouvel opus de bien marcher et de rendre à Kiss sa gloire des années 1970. La même années, Vinnie Vincent (un peu trop investi dans la direction musicale du groupe aux yeux de Simmons et Stanley) est à son tour viré et remplacé par Mark St. John, qui ne participera qu’à un seul album : Animalize. St. John est en effet contraint de se retirer de Kiss peu de temps après en raison d’une paralysie qui amènera Bruce Kulick à le remplacer en urgence pour la tournée.

En 1985 et 1987 sortent respectivement Asylum puis Crazy Nights et si le succès demeure, le groupe semble près à se dissoudre : le courant glam qu’ils ont quasiment créé s’essouffle, Gene Simmons s’éloigne de plus en plus de Kiss et Paul Stanley tourne carrément en solo. Les doutes sont relancés en 1989 quand Hot in the Shade ne rencontre pas vraiment son public. En 1991, la batteur Eric Carr meurt d’un cancer, le même jour que le chanteur de Queen Freddie Mercury, ce qui ne manquera pas de laisser les trois membres restant hésiter quant à leur avenir. Ils choisiront néanmoins de poursuivre l’aventure avec Eric Singer derrière les fûts et d’enchaîner avec la sortie de Revenge en 1992, disque qui marque un retour certain à un son plus heavy que sur les dernières productions. Et si le groupe se prête en 1995 au jeu du MTV Unplugged, c’est sur Carnival of Souls qu’il travaille essentiellement. La sortie de ce nouvel album est cependant repoussée pour laisser place à autre chose : la même année, Kiss annonce la réunion des membres d’origine du groupe (depuis un porte-avion de l’US Navy, rien que ça…), le tout avec le style des débuts ! Carnival of Souls est finalement mis un peu de côté et ne sortira que deux ans plus tard sous le titre Carnival of Souls: The Final Sessions. Il sera suivi en 1998 par Psycho Circus, lequel est surtout un moyen de gagner de l’argent en masse, en parallèle d’un merchandising aussi fleuri qu’à la grande époque du groupe. Ace Frehley ne restera pas bien longtemps dans cette formation réunie et il sera remplacé par Tommy Thayer, juste après le nouveau départ de Peter Criss (de nouveau remplacé par Eric Singer), qui revient encore une fois en 2002 pour mieux être ré-exclu en 2004 et encore remplacé par Singer (vous suivez ?). La deuxième moitié des années 2000, Kiss se contente de faire quelques concerts de par le monde, sans réellement assurer une tournée dans les formes (excepté Alive 35 en 2008), ni sortir le moindre album jusqu’à Sonic Boom en 2009, lequel est considéré comme un véritable retour aux sources pour le groupe et est excellemment accueilli par le public et la presse. La dernier album en date de Kiss est Monster, paru en 2012 à l’occasion des 40 ans du groupe qui, depuis, n’est pas encore retourné en studio mais continue de se produire un peu partout dans le monde.

Kiss tel qu'apparaissant sur le poster compris avec l'album Dynasty (de gauche à droite) : Ace Frehley, Gene Simmons, Paul Stanley et Peter Criss.

Kiss tel qu’apparaissant sur le poster compris avec l’album Dynasty (de gauche à droite) : Ace Frehley, Gene Simmons, Paul Stanley et Peter Criss.

Mais parlons à présent plus en détail de ce fameux Dynasty. Sorti en 1979 donc, c’est avec cet album que Kiss signe son virage vers un « hard disco » inédit qui ne manquera pas de diviser. Si certains estiment (à tort) que c’est dans cet album que se trouve le son typiquement kissien, reste que les fans purs et durs n’ont pas apprécié la chose, vécue quasiment comme une trahison de l’esprit du groupe. La grand public croit que c’est l’album le plus Kiss de Kiss en raison notamment du succès incommensurable de la chanson phare qu’est I Was Made for Lovin’ You mais c’est au contraire dans les disques précédents que l’on trouvera la réelle identité musicale de Kiss. Ici, le mélange hard rock/disco donne finalement un résultat audacieux mais assez particulier, on ne peut le nier. Cependant, et avec le recul, on se rend compte que Dynasty est loin d’être un mauvais album. Au contraire, la plupart des titres qui y figurent sont d’excellentes compositions. En voici d’ailleurs la liste :

1- I Was Made for Lovin’ You
2- 2,000 Man
3- Sure Know Something
4- Dirty Livin’
5- Charisma
6- Magic Touch
7- Hard Times
8- X-Ray Eyes
9- Save Your Love

Globalement, Dynasty jouit d’une homogénéité intéressante. En effet, on ne peut que sentir la façon dont tous les morceaux se rapprochent les uns des autres en raison d’une construction relativement semblable pour chacun. Si cela ira jusqu’à créer un sentiment de manque d’originalité parfois (à mon sens Dirty Livin’Charisma et Magic Touch sont un peu trop dans la même veine), on appréciera tout de même le rythme de l’album, ses sonorités travaillées et, finalement, son caractère un peu à part dans le monde du rock’n’roll (même si c’est ce qu’on lui reprochait à l’origine). A noter enfin que si Peter Criss est crédité en tant que batteur sur cet album, c’est en réalité Anton Fig qui officiait derrière les fûts en studio (sauf sur Dirty Livin’), Criss souffrant de ses problèmes de santé.

Ecoutons maintenant les trois chansons retenues pour cet article !

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Premier titre : 2,000 Man
Seule et unique reprise présente sur ce disque, 2,000 Man est en effet à l’origine une chanson des Rolling Stones présente sur leur album Their Satanic Majesties Request (à écouter ici). Rendue plus hard par les Kiss, cette chanson est également identifiable par le fait que c’est Ace Frehley qui officie au chant et non Paul Stanley, comme à l’accoutumée. Ce morceau est tellement associé au guitariste de Kiss que le groupe ne la jouera jamais sans lui.

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Deuxième titre : X-Ray Eyes
Huitième piste de Dynasty, cette chanson illustre assez bien le mélange que Kiss a choisi de faire entre leur son rock d’origine et les tendances musicales de cette fin des seventies. Si les guitares et le rythme ne manquent pas de rappeler l’esprit hard qui anime encore le groupe malgré tout, on ne pourra en aucun cas nier que ce morceau est largement influencé par un caractère pas encore disco mais déjà très pop qui dénote par rapport aux compositions habituelles du groupe, usant même d’effets au synthétiseurs typique de la pop de l’époque et du disco. On notera enfin que c’est le bassiste Gene Simmons qui chante ici.

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Troisième titre : Save Your Love
Ultime piste du disque, Save Your Love est peut-être la chanson la plus identifiable comme étant marquée par cette volonté de changer de style. Si les guitares sont toujours bien présentes, le rythme et le chant (assuré une nouvelle fois par Ace Frehley) ne manquera pas cette fois-ci de constater l’influence du disco dans la composition de Dynasty. A titre personnel, j’apprécie énormément la voix de Frehley et, surtout, le refrain de cette chanson, dont les chœurs m’emballent à chaque fois que je l’écoute.

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Bonus track : I Was Made for Lovin’ You

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Une réflexion sur “Un jour, un album n°19 : « Dynasty », Kiss

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