L’Eveil, Penny Marshall, 1990

L’Eveil, drame de Penny Marshall. Avec Robin Williams, Robert De Niro, Julie Kavner, Penelope Ann Miller…
La note du Koala : 4/5

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Le pitch : En 1969, le docteur Malcolm Sayer (R. Williams) est engagé dans l’unité psychiatrique de Bainbridge. Là, il découvre tout un groupe de patients en état léthargique parmi lesquels Leonard Lowe (R. De Niro) et se donne pour objectif, après avoir découvert qu’il ne sont pas totalement « éteints », de les sortir de cet état de sommeil constant.

La critique : J’étais doublement enthousiaste à l’idée de regarder L’Eveil. D’abord parce qu’il y a Robin Williams dedans et ensuite parce qu’il y a également Robert De Niro. Les deux acteurs font en effet partie de ces comédiens qui, à mes yeux, justifient à eux seuls de regarder les films dans lesquels ils apparaissent. Alors si en plus ils jouent dans le même, pourquoi bouder son plaisir ?

Avec L’Eveil, la réalisatrice Penny Marchall, à qui l’on doit également Big et Une Equipe Hors du Commun dans lesquels joue Tom Hanks, a tâché d’adapter au cinéma le livre L’Eveil (Cinquante Ans de Sommeil) d’Oliver Sacks. Ce dernier – médecin – racontait dans cet ouvrage sa propre expérience avec des patients atteints des symptômes décrits dans le film, le rôle du docteur Sayer dans ce dernier étant en réalité celui d’Oliver Sacks. L’on peut alors s’attendre à plusieurs choses quand on a, comme moi, à peine lu le résumé du film. Un biopic ? Sans doute en partie, puisqu’il s’agit d’un pan de vie (professionnelle) d’un personnage réel. Un drame ? Certainement quand on voit le sujet de base. Les deux à la fois ? Absolument. De mon point de vue initial, L’Eveil ne pouvait être qu’un croisement entre ces deux genres. Un film qui, au travers du prisme d’un scénario fondé sur une histoire vraie, ira chercher à éveiller les émotions du spectateurs. Et c’est ce qu’il fait. Globalement, L’Eveil se veut être un récit pas réellement atypique mais qui saura aller toucher celui qui le regarde. Relatant les faits avec, sans doute, un certain goût pour l’exagération des émotions – ce qui n’est pas vain en l’occurrence – ce film arrive à amener le spectateur dans son univers, fait de science et de médecine par une humanisation forte mais jamais outrancière de ses personnages et des péripéties qui ponctuent le scénario. C’est ainsi en jouant sur ce côté humain (humaniste ?) de l’histoire que Penny Marshall réussit à éviter les écueils d’un film qui aurait pu se vouloir trop ancré dans l’univers qu’il décrit (celui de la neurologie et de la psychiatrie), quitte à en devenir alors indigeste pour les néophytes que nous sommes pour la plupart en la matière.

Le film s'inspire de l'expérience du docteur Oliver Sacks, incarné à l'écran sous le nom de Malcolm Sayer par Robin Williams.

Le film s’inspire de l’expérience du docteur Oliver Sacks, incarné à l’écran sous le nom de Malcolm Sayer par Robin Williams.

Le scénario ne brille alors pas tant par son originalité que par sa capacité à nous toucher. Quand on le regarde avec recul et un minimum d’objectivité, on ne pourra jamais nier que cette histoire n’est pas absolument exceptionnelle. Oh bien entendu, elle l’est pas les événements qui en sont le cœur mais son déroulement se veut extrêmement classique, ce que l’on imputera très certainement au fait qu’il s’agit d’une histoire vraie à la base, ce qui nous affranchit alors de tous les tours de magie dont le cinéma est capable pour rendre un scénario excitant. Non, plutôt que cela, L’Eveil a surtout pour ambition de nous raconter des personnages et comment leur rencontre peut faire bouger les choses. Sur ce plan-là, je crois que Penny Marshall a fait du bon boulot. On se plait en effet à découvrir les différents protagonistes de L’Eveil, tant du côté du corps médical que de celui des patients. Chez ces derniers, ce sont des histoires qui se développent progressivement et qui contribuent à une construction de leurs identités respectives qui donne parfois un tout autre sens au propos tenu par le film. Car si l’objectif que se fixe le docteur Sayer est louable (sortir des patients d’une sorte d’état catatonique dont ils sont prisonniers depuis plusieurs décennies), il pose également plusieurs questions : comment les réinsérer ensuite ? Comment leur faire prendre conscience de la façon dont les choses ont évolué en leur « absence » ? Comment gérer ce choc ? Diverses réponses sont alors subtilement apportées à ces questionnements dans le film en donnant à différents patients différentes réactions. Mais ce sera bien entendu le cas de Leonard Lowe qui intéressera le plus et qui sera le fil rouge de cette histoire. C’est à travers ce personnage et sa relation au docteur Sayer que tout le travail de composition dramatique du film prend son sens. Cela est notamment permis par une mise en scène de ce dernier qui se veut léchée et pertinente. Sans grandiloquence, elle met simplement en lumière un homme face à sa propre situation, à son caractère précaire et à ses difficultés. Extrêmement bien écrit, ce personnage est, plus encore que celui du docteur Sayer, le pivot du film. C’est par lui que passent tous les changements de situation, toutes les péripéties qui rythment plutôt bien le long-métrage, soit dit en passant.

Robin Williams et Robert De Niro forment un tandem impeccable.

Robin Williams et Robert De Niro forment un tandem impeccable.

Mais tout cela ne serait sans doute pas aussi prenant sans l’excellence d’un Robert De Niro tel que je ne l’avais jamais vu auparavant. Enfin je pense pouvoir dire avoir vu De Niro dans tous ses états au cinéma mais aussi touchant, jamais. Il fait preuve dans L’Eveil d’une douceur qu’on ne lui connaît que trop peu, servie par une justesse exemplaire. Idéal tant dans ses séquences seuls que lors de ses échanges avec ses partenaires de jeu, il compose un personnage aux multiples facettes dictées par l’évolution de sa maladie dans le film. Reste que c’est dans le duo qu’il forme avec Robin Williams que l’on trouvera la plus grande qualité du film. Les deux comédiens se livrent en effet à un échange constant mais surtout équilibré qui ne fait que rendre leurs interprétations respectives exquises. Williams quant à lui fait preuve dans son rôle propre d’une justesse indéniable qui donne à mon sens la mesure du film mais qui trouvera son paroxysme dans sa relation avec De Niro. Aux côtés de ces deux immenses acteurs, plusieurs seconds rôles valent à mon avis d’être soulignés, à commencer par Julie Kavner et Ruth Nelson qui arrivent à trouver leur juste place dans ce film. Soutiens inconditionnels des deux têtes d’affiches, elles arrivent à tenir leurs rôles respectifs avec la mesure qu’il convient. Un mot enfin sur Penelope Ann Miller qui n’a certes pas le rôle le plus important du film (bien qu’il ne soit pas anodin) mais qui arrive à faire de chacune de ses apparitions une séquence intéressante.

Au final, L’Eveil se présente comme un drame calibré et prenant. On se laisse aller aux doutes et aux espoirs en accrochant vivement aux peines et aux joies des personnages. S’il est à voir essentiellement pour le plaisir de voir évoluer Robin Williams et Robert De Niro ensemble, on trouvera sans aucune difficulté plein d’autres arguments pour vous pousser à regarder L’Eveil.

Le « Oh, au fait ! » :
Bien que non crédité dans le film, l’acteur Vin Diesel y fait sa tout première apparition cinématographique dans le rôle (fugace) d’un infirmier.

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Une réflexion sur “L’Eveil, Penny Marshall, 1990

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