Un jour, un album n°18 : « Imagine », John Lennon

Quittons si vous le voulez bien les Etats-Unis où nous avons laissé Joey Ramone et retournons une nouvelle fois au Royaume-Uni. Là, nous allons parler d’un des plus célèbres chanteurs/auteurs/compositeurs de la musique britannique du XXème siècle : John Lennon. Deuxième Beatle en solo auquel on va s’intéresser après George Harrison il y a quelque temps maintenant, Lennon fut sans doute le plus iconoclaste du lot. Et pour évoquer son oeuvre aujourd’hui, j’ai choisi de faire dans la simplicité.

Imagine

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Comme pour Harrison, je vais tâcher de vous parler de John Lennon sans trop en dire sur les Beatles mais plutôt en me concentrant sur sa vie avant, pendant et après le groupe. Lennon est né en 1940 à Liverpool, la ville qui le verra éclore en tant qu’artiste. D’un point de vue familial, la petite enfance de John fut complexe : son père, engagé dans la marine marchande, passe énormément de temps éloigné de son foyer et en 1944, après une absence de près d’un an sans subvenir aux besoins de sa femme Julia et de son tout jeune fils, Alfred Lennon est repoussé par son épouse, alors enceinte d’un autre homme. Face à la situation, la famille Lennon est dénoncée aux services sociaux par Mary « Mimi » Smith, la tante de John, et cette dernière se voit confier la garde de l’enfant. Quant à la deuxième grossesse de Julia, elle donnera naissance à Victoria, que sa mère confiera sans attendre à l’Armée du Salut et que John ne retrouvera jamais. Le père de John tentera bien de le reprendre avec lui mais le jeune garçon restera malgré tout avec sa tante. Bien que curieux, inspiré et intelligent, le jeune John Lennon est aussi un enfant turbulent qui se bagarrera régulièrement au cours de sa scolarité. Arrivé au lycée, il travaille cependant de moins en moins mais se bat toujours autant. Ses résultats deviennent médiocres et il va carrément louper son General Certificate of Education. Il pourra cependant entrer aux Beaux-Arts grâce à un professeur (monsieur Pobjoy) qui aura remarqué ses talents de dessinateur. En grandissant, John revoit sa mère plus régulièrement et c’est avec elle qu’il s’initie à la musique puisqu’elle lui offrira sa première guitare acoustique et lui apprendra à jouer du banjo, principalement des morceaux de Fats Domino ou Buddy Holly.

C’est en 1956 qu’il fonde son tout premier groupe, les Quarrymen, accompagné de ses amis Eric Griffith, Pete Shotton, Nigel Walley et Ivan Vaughan, rejoints peu de temps après par Paul McCartney, rencontré au cours d’une kermesse où se produisaient les Quarrymen. En parallèle, Lennon va donc aux Beaux-Arts, où il rencontre Stuart Sutcliffe et Cynthia Powell, qui deviendra plus tard sa femme. En 1958, la mère de John meurt renversée par une voiture, un événement qui le marquera à vie et qui, à l’époque, renforcera considérablement ses liens avec McCartney, qui avait perdu sa mère aussi deux ans plus tôt. La même année, George Harrison rejoint le groupe, qui devient les Beatles en 1960, année de leur départ pour Hambourg. L’année suivante, ils rencontrent Brian Epstein, lequel devient leur fameux manager. En 1962, Cynthia annonce à John qu’elle est enceinte et le jeune homme décide de l’épouser tandis que Ringo Starr rejoint les Beatles en remplacement de Pete Best, leur premier batteur. Le mariage ne sera en tous cas réellement connu de tous qu’en 1963 lorsque naît Julian Lennon, premier fils avec lequel John ne tissera que peu de liens. On arrive alors à l’époque où les Beatles commencent à se faire connaître mais plutôt que de vous retracer tout l’historique de leur carrière, je vous renvoie à cet autre article consacré au White Album et dans lequel je revenais succinctement sur cette aventure. Sachez en tous cas que John a mal vécu la Beatlemania, se réfugiant alors dans le sarcasme, la nostalgie de leurs concerts au Cavern Club ou à Hambourg et la boulimie, ce qui donnera lieu à ce qu’il appelait lui même sa période « Elvis gros ». Il la vit mal comme il vécut mal la fin des tournées du groupe en 1966. C’est également à partir de la deuxième moitié des sixties que Lennon commence à exprimer ses opinions politiques, notamment contre la Guerre du Vietnam. Il choisit également d’évoluer en changeant considérablement de look : lunettes enfin assumées, amaigrissement, cheveux longs plus tardivement… La drogue devient également un élément du quotidien, le LSD servant à John pour trouver l’inspiration pour ses compositions les plus psychédéliques.

Les Quarrymen furent la première véritable expérience musicale de John (ici à droite).

Les Quarrymen furent la première véritable expérience musicale de John (ici à droite).

En parallèle de tout ceci, Lennon s’engage dans une voie spirituelle en Inde avec le Maharishi Mahesh Yogi mais aussi et surtout en se rapprochant de plus en plus de Yoko Ono, qu’il fréquentera officiellement après son divorce en 1968. Une relation qui créera toute l’animosité que l’on sait au sein du groupe, l’investissement de Yoko dans le travail des Beatles étant mal perçu par les autres membres. Les tensions grandissent alors et Ringo quittera même les studios en plein enregistrement du White Album. Il faut dire aussi que depuis sont retour d’Inde, Lennon se désintéresse des Beatles. Il enregistre et sort de son côté Unfinished Music n°1: Two Virgins en 1968 puis Unfinished Music n°2: Life with the Lions et Wedding Album en 1969, année où se marient John et Yoko. Progressivement, les choses s’enveniment avec les Beatles et le groupe finit par se dissoudre. En 1970, John Lennon sort son tout premier album solo : John Lennon/Plastic Ono Band, auquel ont notamment participé Ringo Starr et Billy Preston. Puis l’année suivante sort Imagine. En 1973, John et Yoko se disputent souvent et cette dernière finit par mettre son mari à la porte. Lennon partira alors s’installer plus d’un an à Los Angeles avec une nouvelle compagne : May Pang. Période d’errance qu’il appellera son « week-end perdu », cette étape sera néanmoins marquée par ses retrouvailles avec son fils Julian, duquel il va commencer à se rapprocher, lui apprenant même à jouer de la musique sur divers instruments qu’il lui offre. Renouant un peu avec McCartney, il se rapproche également de David Bowie et Elton John. Deux albums sont issus de cette période : Walls and Bridges (1974), sur lequel Julian jouera de la batterie, et Rock’n’Roll (1975). Ce dernier est cependant enregistré à contre-cœur en raison d’obligations contractuelles. Début 1975, John retourne vivre avec Yoko, laquelle tombe enceinte quelque temps après. Souhaitant avorter, hantée par le souvenir de ses fausses-couches à répétition, elle donnera finalement naissance au second fils de John : Sean. Lennon est en tous cas à l’époque dans une forme de retraite musicale au cours de laquelle il enregistrera quelques morceaux mais ne sortira aucun album. Ce n’est qu’en 1980 qu’il revient sur la scène publique avec le morceau Watching the Wheels puis, en Novembre, avec son ultime album : Double Fantasy. Le 8 Décembre 1980, John Lennon est assassiné au pied du Dakota Building où il vit par Mark David Chapman, un fan déséquilibré.

John Lennon en concert en 1972.

John Lennon en concert en 1972.

Pour en revenir à Imagine, il s’agit donc du deuxième album solo de Lennon. Paru en 1971, il est construit à la fois dans la continuité et en opposition avec son précédent opus, John Lennon/Plastic Ono Band. Là où ce dernier était un album très personnel, dans lequel John avait souhaitait mettre des compositions qui lui ressemblent le plus plus possible, Imagine constitue un disque sur lequel l’ex-Beatle revient justement vers un style proche de son travail des années 1960 au sein du groupe qui l’a rendu célèbre et en offrant des chansons dans lesquelles sont utilisées un grand nombre d’instruments. Là est l’opposition des deux albums. En parallèle, la continuité se trouve dans le propos, fait d’amour, de revendications et de critiques. C’est avec Imagine que Lennon trouvera sa véritable crédibilité en tant qu’artiste solo, lui-même estimant que cela vient du fait que les chansons de l’album sont « enrobées de chocolat pour le grand public« , faisant référence à l’usage des violons notamment. Imagine compte 10 morceaux :

1- Imagine
2- Crippled Inside
3- Jealous Guy
4- It’s So Hard
5- I Don’t Want to Be a Soldier
6- Gimme Some Truth
7- Oh My Love
8- How Do You Sleep?
9- How?
10- Oh Yoko!

Dans l’ensemble, Imagine est un album tout ce qu’il y a de plus travaillé. Et, il faut bien le reconnaître, toutes ces chansons auraient pu figurer sur les différents opus des Beatles. On est en plein dans ce que Lennon proposait au cours de la carrière du groupe, quelques nuances venant cependant donner aux morceaux une texture particulière qui ne manquera pas de rappeler l’émancipation entière et définitive de John vis-à-vis de son ex-quartet. Quelques rythmes bluesy comme dans It’s So Hard, une orchestration léchée avec par exemple Imagine, des expérimentations plus ou moins prononcées telles que I Don’t Want to Be a Soldier… On se croirait en plein dans la seconde période des Beatles (après la fin des tournées). Mais on est bel et bien chez John Lennon et How Do You Sleep?, virulente critique à l’égard de McCartney, ne manquera pas de nous le rappeler.

Venons-en maintenant à la sélection de ce dimanche !

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Premier titre : Crippled Inside
Deuxième morceau d’Imagine juste après le titre éponyme, on pourrait dire de Crippled Inside qu’il tombe à point nommé. Contrebalançant avec les douces et même mélancoliques mélodies du plus fameux morceau de Lennon en solo, cette chanson est bien plus enjouée, influencée par la country music. On notera notamment la présence d’un dobro sur lequel joue un type que l’on connaît bien puisqu’il ne s’agit de nul autre que George Harrison. Pourtant, malgré son rythme entraînant, Crippled Inside n’est pas vouée à être particulièrement joyeuse dans le texte : anti-religion, anti-capitaliste, anti-conventionnelle et anti-nationaliste, d’après les propres mots de son auteur. En cela, Crippled Inside se pose en parfait exemple de cette caractéristique d’Imagine qui consiste à mêler des rythmes et sonorités « grand public » avec des textes qui le sont moins. A les enrober de chocolat.

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Deuxième titre : Jealous Guy
Troisième piste du disque, Jealous Guy est sans doute l’un de mes morceaux favoris sur Imagine. D’un douceur incroyable, cette chanson jouit d’une composition impeccable soutenue par une interprétation et une orchestration sans fausse note. La mélodie fut composée en Inde, lors du séjour des Beatles auprès de Maharishi Mahesh Yogi. McCartney et Lennon composèrent tous deux une chanson sur le thème du « fils de la mère nature ». Le morceau de Paul (Mother Nature’s Son) fut retenu par le groupe pour le White Album tandis que le Child of Nature de John fut rejeté. Ce n’est qu’en travaillant sur Imagine que ce dernier repris la chanson et en modifia les paroles pour donner Jealous Guy.

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Troisième titre : Oh My Love
Septième titre d’ImagineOh My Love est une chanson écrite à deux puisque John et Yoko travaillèrent de concert sur ce morceau qui est à mon sens l’une des plus belles chansons d’amour qui ait pu être faite. Autour d’un piano limpide et d’une guitare électrique encore une fois maîtrisée par George Harrison, la voix de Lennon se pose avec une délicatesse incroyable pour que le tout forme au final un ensemble à l’équilibre exemplaire, à la rythmique idéale et aux sonorités parfaites.

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Bonus track : Imagine

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Une réflexion sur “Un jour, un album n°18 : « Imagine », John Lennon

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