« Broadchurch », saison 2 : affaires de familles

Quand j’ai appris qu’une saison 2 de Broadchurch était prévue, j’ai eu un doute. Comprenons-nous, la saison 1 m’avait plus qu’enthousiasmé. Idéalement écrite, magistralement mise en scène et admirablement interprétée, elle avait tout pour elle et particulièrement le mérite de se suffire à elle-même, ce qui n’est pas rien. On aurait même pu en rester au stade de la mini-série en une saison unique que cela n’aurait même pas été choquant. Mais voilà, des perles comme celle-là, on en veut tous les jours. D’où le doute. Une saison 2 pourrait prendre le risque d’être celle de trop mais pourrait également être la possibilité du retour d’une fiction plus que recommandable. Ou les deux.

broadchurch

Remettons-nous dans le contexte. A l’issue de la saison 1 nous avions tout ce qu’il nous faut. Un coupable, une affaire résolue et son lot de conséquences. Mais, mais, mais, il y avait aussi tous ces petits trucs habilement distillés au fil des épisodes, ces détails qui n’en étaient pas tant que ça et qui annonçaient déjà une saison 2. Ces éléments liés au passé du personnage d’Alec Hardy (l’un des deux personnages principaux de la série) qui demandaient encore et toujours plus d’éclaircissements, même si – encore une fois – on se serait contenté d’un mystère plein et entier, histoire de donner tout son caractère à ce qui aurait été une très courte mais excellente série. Mais que voulez-vous ? Les lois de la télévision sont ce qu’elles sont et une saison 2 est arrivée. Celle-ci part, au contraire de celle qui la précède, sur deux axes. Le premier se situe dans la droite lignée des épisodes précédents en nous narrant le procès qui fait suite à l’affaire Danny Latimer. Le second s’empare des éléments évoqués précédemment et nous emmène dans une enquête officieuse visant à éclaircir la mystérieuse affaire de Sandbrook dont nous avions entendu quelques petits trucs dans la saison 1 et qui, avouons-le, nous intriguait assez. Du coup, on est quand même bien content de retrouver tout ce petit monde. On est curieux de voir comment le procès va se dérouler et satisfait d’avance à l’idée d’en découvrir plus sur le passé qui hante Hardy depuis la saison 1.

C'est le procès dans le cadre de l'affaire Danny Lattimer qui ouvre cette deuxième saison.

C’est le procès dans le cadre de l’affaire Danny Lattimer qui ouvre cette deuxième saison.

Mais attention, cette saison 2 prend d’office un risque en choisissant cette construction : celui de se disperser et de ne pas réussir à équilibrer ces deux aspects. Risque qu’elle évite au final plus ou moins. En effet, si elle arrive d’un côté à ne pas privilégier un arc sur l’autre, les deux ayant – à vue de nez – les mêmes proportions dans le temps qui leur est accordé bien que cela varie selon les épisodes et l’intensité que chacun leur confèrera à l’un comme à l’autre, on lui reprochera cependant de ne pouvoir – la faute au fait qu’une saison de Broadchurch ne compte que 8 épisodes – aller jusqu’au bout des choses. Ce qui avait fait la force de la première saison, c’était sans aucun doute sa capacité à explorer tous les personnages qui y intervenaient, sans aucune exception. En raison des choix effectués sur cette suite, ce travail-ci est bel et bien présent mais n’est qu’à moitié achevé. Privilégiant alors le déroulement des événements, cette saison élude une part importante de la découverte des protagonistes, en particulier les nouveaux. Exit alors toute possibilité d’explorer tout la complexité apparente du personnage de Jocelyn Knight (Charlotte Rampling) et de sa relation avec son ex-associée Sharon Bishop (Marianne Jean-Baptiste) ou d’en savoir plus sur la jeune avocate Abby Thompson (Phoebe Waller-Bridge)… Il y avait pourtant beaucoup à faire là-dessus mais ce n’était plus possible puisqu’il fallait en parallèle de l’arc du procès développer tout l’arc Sandbrook. Ce dernier aurait pu faire l’objet d’une saison à part entière d’ailleurs. Pourquoi alors l’aborder en profondeur ici ? Pour répondre aux questions de la saison 1 ? Pourquoi pas mais il aurait à mon sens été préférable de consacrer l’intégralité de la saison 2 au procès lié à l’affaire Danny Latimer tout en continuant à distiller des éléments de Sandbrook dans les dialogues puis de développer cette ultime affaire dans la saison 3, dont on sait aujourd’hui qu’elle aura bel et bien lieu mais qu’elle devrait également être la dernière.

Il y avait énormément à faire autour du personnage de Jocelyn Knight. Idem pour Sharon Bishop.

Jocelyn Knight est un personnage charismatique sur lequel on aurait voulu en savoir plus.

Mais tâchons tout de même de relativiser. Car loin d’être la nullité que certains dénoncent avec véhémence, cette saison 2 de Broadchurch reste tout à fait honorable malgré les défauts que je pointais ci-dessus. Question mise en scène et photographie notamment, on a le plaisir de retrouver la même patte et tout le travail effectué auparavant sur la saison 1, ce qui n’est pas rien. Broadchurch retrouve ainsi toute sa délectable atmosphère faite de tension(s) paradoxalement associée à une douceur qui se retrouve dans une mise en scène léchée qui temporise assez bien l’ensemble. Et puis ces décors du Dorset et du Somerset sont magnifiques, nul doute qu’ils jouent un rôle essentiel dans l’esthétique générale de la série. Le scénario pour sa part reste recommandable malgré son incapacité à créer une unité ferme dans l’ensemble, les deux axes proposés ne communiquant absolument jamais au cours des huit épisodes. Pour autant, dans leurs cadres respectifs, ces deux intrigues fonctionnent efficacement. Le procès aura le mérite de créer une tension constante tout au long de la saison jusqu’à un final saisissant dont certains critiquent la trop forte de dose de pathos mais dont je préfère apprécier la tournure. En parallèle, l’affaire Ashworth permet à cette seconde saison de retrouver un peu du souffle policier que la précédente connaissait. A la différence près que le cercle des suspects est immédiatement établi sur un groupe restreint d’individus. La question qui se pose n’est alors plus de savoir qui est suspect mais plutôt de se demander lequel de cette poignée d’individus est effectivement coupable. Je reprocherai cependant à cette affaire de ne pas réussir à tenir les mêmes promesses que la première car si son écriture reste convenable, elle perd en qualité par son caractère quelque peu prévisible. La fin offre néanmoins une explication qu’on ne reniera pas.

Le mystère de Sandbrook s'épaissit progressivement avec Claire et Lee.

Le mystère de Sandbrook s’épaissit progressivement avec Claire et Lee.

Quant au casting enfin, je retrouve avec joie David Tennant et Olivia Colman dans les rôles principaux d’Alec Hardy et Ellie Miller. Les deux forment un duo toujours aussi bon, renouant avec les thématiques et dynamiques qui animaient leur relation au cours de la première saison tout en donnant un plus large champ à leurs potentialités dramatiques en explorant pour Hardy son passé et pour Miller sa situation via-à-vis du procès. A leurs côtés, la plupart des acteurs de la première saison sont également de retour : Jodie Whittaker, Andrew Buchan, Matthew Gravelle, Carolyn Pickles ou encore Arthur Darvill reprennent donc leurs rôles respectifs et assurent par l’égalité de leur jeu une continuité désirée. Un mot sur les nouveaux venus maintenant, à commencer par le couple formé par Eve Myles et James D’Arcy, qui incarnent Claire Ripley et Lee Ashworth, deux protagonistes essentiels de l’affaire Sandbrook. Si j’ai eu un affect particulier pour James D’Arcy, dont le personnage m’a troublé tout au long de la saison, laissant osciller mon opinion à son sujet entre « il est coupable » et « ou pas », je dois en revanche dire qu’Eve Myles m’a bien plus laissé froid. Surjouant souvent son personnage, elle lui donne une dimension bien trop exacerbée qui l’amène à la limite de la caricature. Elle souffre cependant de la mauvaise écriture de son personnage à la base. D’Arcy s’en sort mieux de son côté en composant un personnage obscur (ténébreux ?) qui arrive comme je le disais juste avant à laisser un doute permanent dans l’esprit du spectateur. Au rayon des nouveautés, nous retrouvons également une Charlotte Rampling très intéressante dans le rôle de l’avocate Jocelyn Knight, qui fut d’ailleurs écrit spécialement pour elle. L’actrice apporte alors une bonne dose de classe et de prestance qui contrebalance avec la brutalité calculée de Marianne Jean-Baptiste qui joue son adversaire au procès, l’ambitieuse Sharon Bishop. Les deux actrices ont alors toute latitude pour se livrer un duel combatif et agréable à voir évoluer.

Cette photo du casting fut la première à être révélée au public, enthousiasmé par ce qu'il y trouvait alors.

Cette photo du casting fut la première à être révélée au public, enthousiasmé par ce qu’il y trouvait alors.

Globalement, cette saison 2 de Broadchurch affiche des prétentions claires qui visent à en faire une suite au moins aussi bonne que la première. Hélas, les promesses sont plus ou moins bien tenues et si les deux intrigues développées sur ces huit nouveaux épisodes sont intéressantes et même prenantes, l’ensemble manque de cohésion, ce qui lui fait perdre quelques points. La saison reste sur une qualité honorable et la série ne pâtit en rien de sa relative faiblesse vis-à-vis de la précédente mais on ne saurait nier que l’on a quelque peu perdu en intensité et en écriture ici. J’attends tout de même avec envie la saison 3, qui devrait être la dernière. Un saison dont on ne sait pas trop où elle nous mènera – peut-être vers un spin off sur lequel j’aurais déjà ma petite idée – doute symbolisé par l’ultime réplique de cette saison-ci, adressée à Alec Hardy : « Vous allez où monsieur ?« .

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2 réflexions sur “« Broadchurch », saison 2 : affaires de familles

  1. Je pensais que tu avais été emballé par la saison 2, du coup je suis surpris de lire un avis pas forcément mitigé mais moins enthousiaste que prévu.
    Honnêtement, je n’attend pas du tout la saison 3, je la regarderais peut être par curiosité mais c’est tout.
    La saison 2 ne m’a pas plu. Pourtant j’étais content de retrouver les personnages et l’idée de faire tourner l’intrigue autour du procès était bonne. Au final, ce procès je le trouve ridicule, chaque épisode sert de prétexte pour trouver un nouveau coupable tiré par les cheveux pour l’avocat de la défense. Autant, il y a des scènes intéressantes, autant la plupart du temps je trouve ça souvent tiré par les cheveux et absolument pas bien écrit.
    Pareil, pour l’autre enquête qui sonne comme une redite de la première mais avec deux personnages que je n’ai jamais su apprécier (le couple dont j’ai déjà oublié les prénoms).

    Finalement, j’ai regardé cette saison sans déplaisir parce que j’aime toujours le duo Tennant/Coldman mais elle était loin d’être nécessaire.

    • Si je devais donner un seul adjectif entre « nul » et « excellent » pour cette saison, ce serait « bon ». On n’est pas au niveau de la première mais ça reste de qualité et bien cousu malgré les défauts que j’évoque dans l’article. Le procès, je l’ai bien aimé mais comme je le disais, j’aurais préféré qu’on ne tourne qu’autour de lui et des personnages qui y sont impliqués.
      Quant à l’enquête de Sandbrook (les noms des personnages, ce sont Claire et Lee au fait) j’en aurais bien fait l’objet seul et unique de la saison 3.
      Comme toi j’aime en tous cas énormément le duo Tennant/Colman, qui fonctionne très très bien. 🙂

      Pour la saison 3, j’ai envie de la voir mais j’ai « peur » de ce qu’on va nous proposer.

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