Un jour, un album n°17 : « …Ya Know? » – Joey Ramone

De la France d’Izia, traversons une nouvelle fois l’Atlantique pour nous rendre dans le Nord-Est des Etats-Unis, quelque part vers New York. Là nous allons retrouver un homme qui, après une carrière en groupe aussi culte que tumultueuse, a sorti deux albums solo malheureusement posthumes tous les deux. Cet homme, c’est Joey Ramone. Et l’album du jour, c’est son dernier.

…Ya Know?

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Sans trop insister sur toute la partie de sa vie où il fut le chanteur des Ramones, revenons tout de même sur la vie de Jeffrey Hyman, a.k.a Joey Ramone. Né en 1951 à New York, qui restera sa ville de cœur toute sa vie, Joey Ramone grandit dans le Queens au milieu d’une famille dont l’instabilité conduire au divorce de ses parents alors qu’il n’a que 8 ans. Plutôt marginal, sinon asocial, Joey a une enfance assez morose et une adolescence qui l’est tout autant, surtout qu’on lui diagnostique vers ses 18 ans des troubles obsessionnels compulsifs ainsi que la maladie de Marfan, qui se caractérise notamment par une croissance anormale des os, celle-ci expliquant ici la grande taille de Joey Ramone (1m98). Comme si tout ceci ne suffisait pas, Joey devient rapidement accro à la drogue et relativement alcoolique… Inscrit à Forrest Hills High School, il y fait la rencontre de Douglas Colvin et de John Cummings, plus tard respectivement connus sous les noms de Dee Dee et Johnny Ramone et avec lesquels il fondera en 1974 les Ramones. Néanmoins, Joey avait déjà rejoint un groupe en 1972 : Sniper. Avec cette formation, il a notamment partagé la scène avec les New York Dolls. Enfin bref, les Ramones sont créés en 1974 avec Joey à la batterie mais il replacera bien vite Dee Dee car celui-ci n’arrivait pas spécialement à jouer de la basse et chanter en même temps. Cela conduira à l’embauche d’un nouveau batteur : Thomas Erdelyi, a.k.a Tommy Ramone. Au sein des Ramones, Joey impose son style, associant à l' »uniforme » blouson noir-jean troué-baskets-cheveux longs une attitude sur scène qui se résume à tenir le micro d’un main, le pied de l’autre et s’appuyer en avant sur sa jambe gauche. Ultra caractéristique du chanteur, cette posture restera la sienne toute sa vie.

Joey Ramone est souvent reconnu dans les différents témoignages d’époque ou posthumes comme un homme doux, gentil mais perturbé, notamment par ses différentes addictions, qui l’ont poursuivi jusqu’au bout. Un caractère qui fit des étincelles avec celui, beaucoup plus chaud, de Johnny Ramone qui se moquait régulièrement de lui en raison de ses origines juives en particulier. Les deux hommes finirent par ne plus s’adresser la parole de toute leur carrière commune lorsque Johnny réussit à séduire la copine de Joey. Enfin, c’est le 15 Avril 2001 que Joey Ramone meurt des suites d’un cancer des ganglions (ou lymphome) avec dans les oreilles la chanson In a Little While de U2, dont le chanteur Bono a pris la décision d’interpréter la chanson à tous les concerts du groupe pour honorer Joey. Les hommages furent nombreux et, chaque année, est organisé un concert en sa mémoire auquel les anciens Ramones encore vivant ne sont plus invités (sur décision de Mickey Leigh, frère de Joey au sujet duquel j’avoue avoir un avis particulièrement négatif). A New York, une place Joey Ramone a été inaugurée en 2003 à l’angle de Bowery Street et de la 2ème Rue. Le panneau indiquant cette place reste encore aujourd’hui le plus volé de tous les panneaux indicateurs de New York.

Joey Ramone dans les années 1970.

Joey Ramone dans les années 1970.

Pour en revenir à l’album qui nous intéresse aujourd’hui, sachez que …Ya Know? est sorti à titre posthume donc, le 22 Mai 2012, soit 11 ans après le décès de Joey Ramone. Comment peut-on faire un album posthume me demanderez-vous. Tout simplement en piochant dans les travaux non utilisés car non achevés du chanteur ! Ô magie ! Sous la houlette du profiteur désagréable insupportable dévoué Mickey Leigh, frangin de Joey comme je le disais plus haut, tout un travail a ainsi été réalisé sur la base de différents rushs enregistrés par le chanteur entre la fin des Ramones et sa disparition. Si la la complétion des différents morceaux était inégale, une fouille approfondie dans les archives et une excellente connaissance des souhaits artistiques de Joey Ramone permirent de livrer une oeuvre la plus fidèle possible à la vision de ce dernier. C’est facile de dire cela maintenant qu’il n’est plus là pour le contester mais très sincèrement, je crois que cet album aurait été identique si Joey avait pu le faire lui-même. S’entourant notamment de Joan Jett, Andy Shernoff, Richie Ramone ou encore Steve Van Zandt, Leigh a réussi à terminer l’oeuvre inachevée de son frère et l’on ne peut que souligner la qualité cet ensemble qui compte 15 titres :

1- Rock ‘n Roll is the Answer
2- Going Nowhere Fast
3- New York City
4- Waiting for that Railroad
5- I Couldn’t Sleep
6- What Did I Do to Deserve You?
7- Seven Days of Gloom
8- Eyes of Green
9- Party Line
10- Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight)
11- 21st Century Girl
12- There’s Got to Be More to Life
13- Make Me Tremble
14- Cabin Fever
15- Life’s a Gas

Globalement, la totalité des morceaux me semble illustrer parfaitement la volonté qu’avait Joey Ramone d’aller vers des compositions plus personnelles, éloignées du punk mais plus proches d’ambiances rock, pop même un peu… Les reprises de Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight) et Life’s a Gas – à l’origine écrites, composées et interprétées par les Ramones dans leur style punk habituel – sont particulièrement révélatrices. A noter enfin qu’il existe une version Deluxe de l’album. Incluant un DVD dans lequel nous retrouvons des témoignages récents ou d’époque de Kirk Hammett (Metallica), Elvis Costello, Anthony Kiedis (Red Hot Chili Peppers) ou encore Joe Strummer (The Clash), cette version n’a été éditée qu’à 500 exemplaires à l’occasion du Record Store Day de Novembre 2012.

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Premier titre : Rock n’ Roll is the Answer
Premier morceau de la sélection du jour mais aussi de l’album, Rock n’ Roll is the Answer constitue pour moi une excellente ouverture. Rock’n’roll à souhait, imbibé des influences Ramones que l’on ne pouvait pas éviter, il arrive cependant à se détacher de ces dernières pour revenir à un style plus personnel. Brut, Rock n’ Roll is the Answer ne manque pas pour autant d’être mélodieux à souhait, se posant presque comme un hymne dont on entonnerait le refrain dans les concerts que Joey n’aura jamais eu l’occasion de faire. On notera la présence sur ce morceau du guitariste Richie Stotts qui avait notamment co-composé avec Dee Dee Ramone la chanson Punishment Fits the Crime présente sur l’album Brain Drain que les Ramones ont sorti en 1989.

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Deuxième titre : I Couldn’t Sleep
Cinquième chanson de …Ya Know?I Couldn’t Sleep puise entièrement ses formes dans les racines purement rock’n’roll que Joey Ramone, en fan de Chuck Berry et autres grands noms de cette sphère musicale, a toujours revendiquées. Sorte de mélange aussi audacieux qu’astucieux entre un rock’n’roll déchaîné, un rockabilly calé et un soupçon de punk ineffaçable, I Couldn’t Sleep est un titre dynamique et particulièrement efficace. On notera au passage les qualités vocales de Joey, idéal en crooner rock.

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Troisième titre : Party Line
Confortablement installé à la neuvième piste sur …Ya Know?Party Line est un morceau particulièrement intéressé à mon sens, en raison notamment de son considérable éloignement vis-à-vis de tout ce que les Ramones auront pu produire. Rejoignant ainsi sur cet album l’ambiance de morceaux comme Merry Christmas ou Life’s a GasParty Line est une chanson d’une douceur incroyable sur laquelle la voix de Joey fait encore une fois des merveilles et où les chœurs, assurés par Holly Beth Vincent – chanteuse de Holly & The Italians qui avait notamment interprété le tube de Sonny & Cher I Got You Babe en duo avec Joey en 1982 – apportent une toute autre dimension à la chanson. Très équilibrée, cette composition est sans doute l’une des meilleures de tout l’album. On y retrouve la participation d’Ed Stasium aux claviers (il a produit les Ramones, Talking Heads, Motörhead…) et de Steven Van Zandt (membre du E Street Band de Bruce Springsteen et interprète de Silvio Dante dans la série Les Sopranos) à la guitare.

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Bonus track : Life’s a Gas

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