Note de lecture n°15 – « Batman : Le Chevalier Noir – 1. Terreurs Nocturnes », Paul Jenkins & David Finch

Parmi les nombreux arcs récents de l’univers Batman, il en est un que je ne connaissais que de nom : Le Chevalier Noir, par Jenkins et Finch. Autre que le fameux run de Grant Morrison ou celui de Snyder et Capullo, cet arc s’inscrit dans la continuité des New 52, initiée après les événements de Flashpoint mais j’avoue être bien incapable en l’état de vous dire où cela se situe exactement dans la chronologie du Batverse. Mais, de toute façon, ce n’est pas vraiment là le plus important.

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Avec ce premier volume (auquel font suite Cycle de Violence et Folie Furieuse, dont je tâcherai de vous parler plus tard), je découvre avant toute chose deux nouveaux noms parmi la longue liste des contributeurs à l’histoire de Batman. Paul Jenkis tout d’abord est le scénariste de cet opus. Connu tant des fans de DC que de Marvel, le britannique a notamment officié auprès de Spider-Man, Wolverine et Hulk mais aussi pour Batman dès 1989 (avec Legends of the Dark Knight) et Deadman. Si c’est à lui que l’on doit principalement le scénario de ce premier volume du Chevalier Noir, il est cependant à noter que l’histoire est également co-écrite par l’illustrateur David Finch et Joseph Harris (Uncanny X-MenJoker’s AsylumFirestorm: The Nuclear Man…). David Finch quant à lui est connu pour avoir travaillé sur diverses séries de comics dont Wonder WomanJustice League of AmericaAvengers ou encore Daredevil… Pour ce volume, il a notamment collaboré avec Ed Benes, illustrateur entre autres pour SupermanSupergirl ou Birds of Prey. N’oublions d’ailleurs pas de noter la présence d’un court chapitre en fin de volume, intitulé En Pleine Folie et que l’on doit à Joseph Harris et Ed Benes uniquement. Ce sont donc des habitués des super-héros que nous retrouvons au commande de ce tout premier tome, et si tous n’ont pas encore eu l’occasion de travailler spécifiquement sur Batman au moment où ils s’attaquent à ce récit, cela n’enlève toutefois rien à la confiance qu’il est possible de leur accorder au premier abord.

David Finch (à gauche) et Paul Jenkins (à droite) sont donc les deux principaux artisans de ce nouvel arc.

David Finch (à gauche) et Paul Jenkins (à droite) sont donc les deux principaux artisans de ce nouvel arc.

Si l’on cherche avant toute chose à s’intéresser à l’histoire que nous narre ce premier tome, il y a une chose à savoir : le thème de Terreurs Nocturnes est posé dès le départ. Dès le titre même. Ainsi ce récit – qui n’est pas divisé en chapitres comme pouvaient l’être La Cour et La Nuit des Hiboux ou les tomes 1 et 2 de Batman & Robin – s’ouvre comme souvent sur un off de Batman (qui n’en est pas vraiment un pour le coup, on le comprend à la sixième page) qui commence comme suit :

La peur est cannibale. Elle se nourrit d’elle-même. Elle se tapit dans l’ombre, attend à chaque coin de rue. Elle peut être en deux endroits à la fois. Devant vous, mais aussi derrière. Elle est dans chacune de vos décisions, vous faisant douter. Et c’est votre faute. C’est vous qui lui donnez vie.

Le maître-mot de cette aventure est donc lancé : la peur. Sans le savoir, c’est cette thématique qui va guider nos pas de lecteurs et ceux de Batman tout au long de ce récit. Et il faut bien admettre que Paul Jenkins a fait du bon boulot pour le coup. En fait, on observe à mon sens une réelle gradation, mesurée et calculée, qui nous fait partir d’une base solide où la peur est un concept que Batman semble pouvoir traverser et contourner comme il le veut à un stade beaucoup plus précaire où ce même sentiment prend finalement toute son ampleur. Le doute que Batman évoque dans ce monologue d’ouverture est là également. Il s’immisce progressivement dans l’esprit de l’homme chauve-souris mais on regrettera peut-être une absence de « jusqu’au-boutisme » qui aurait permis de conférer au final de cet épisode une dimension d’autant plus grande qu’elle aurait pu ébranler la vision que l’on a du Dark Knight. Au lieu de cela, Jenkins fait le choix, plus mesuré mais tout de même intéressant, de mettre Batman aux prises avec un ennemi des plus inquiétants dans une confrontation qui synthétise finalement assez bien tout le propos qui aura pu être développé auparavant, même si cela aura été parfois fait de manière plus implicite. Il apparaît en tous cas clairement que la situation dans laquelle il se trouve est très délicate, ce qui donne à ce récit un certain côté épique et sombre, propre aux histoires de Batman.. Faisant face à des ennemis à la fois familiers et nouveaux, le sauveur de Gotham a de quoi se faire des cheveux blancs dans cette aventure. Et puis que l’on parle de blanc, il est à noter que Terreurs Nocturnes est l’occasion d’intégrer un tout nouvel antagoniste dans le Batverse : le Lapin Blanc, (très) librement inspiré de l’univers de Lewis Carroll et avant tout caution « sexy » de l’histoire. Le chapitre final, En Pleine Folie ne mérite sans doute pas autant d’éloge que le récit principal de ce livre mais reste cependant agréable à la lecture. Un peu plus fouillis peut-être, manquant de connecteurs qui permettent de le lier efficacement à Terreurs Nocturnes, ce plus court récit aura en tous cas pour lui – et c’est déjà bien – de développer ce thème de la peur un peu plus en avant. Dépassant les « simples » stades de la peur et du doute, le récit de Joseph Harris évoque la folie que cette peur peut engendrer. Continuant également l’analogie avec l’univers d’Alice au Pays des Merveilles, il reste cependant un peu bancal et sans grande originalité.

Ce qui est certain, c'est que Batman morfle pas mal dans cet épisode !

Ce qui est certain, c’est que Batman morfle pas mal dans cet épisode !

Si l’on s’en tient à des aspects plus liés à la construction du récit, je ne crois pas que le travail de Paul Jenkins soit à blâmer. Au contraire, le scénariste a su ici composer une histoire vive, intense et dont les rebondissements suivent un rythme simple mais efficace. Si certains événements sont prévisibles à des kilomètres, il n’en demeure pas moins que Jenkins sait globalement ménager le suspense, usant habilement d’éléments perturbateurs successifs qui viennent agréablement relancer un récit qui, par instants, s’essouffle (sans pour autant réellement en pâtir).
Côté illustrations, je dois bien dire que le travail de David Finch m’a d’abord un peu surpris. Si l’on retrouve évidemment tous les codes qui font l’aspect graphique identitaire des Batman, à base d’obscurité notamment. Je remarque cependant que Finch privilégie moins le côté « sale et sordide » de Gotham City. Au fond, mis à part quelques détails dans certains décors, la ville de Batman jouit moins de son aura habituelle que dans d’autres comics. C’est dommage au fond car je crois qu’il aurait été plus qu’intéressant d’établir un réel parallèle entre cette omniprésente thématique de la peur et le fait que Gotham, tant dans ses ruelles sombres que sur ses grandes artères, est un véritable terrier de peur. En ce qui concerne ensuite le dessin des personnages, je le trouve très réussi bien qu’on ne m’enlèvera pas de l’idée que le style de David Finch vieillit énormément Batman. Et j’insiste bien sur le fait que c’est Batman qui me semble vieilli par ce trait à la fois buriné et fin. Bruce Wayne, lui, est épargné par cette impression. Reste en tous cas que j’aime énormément le travail que Finch réalise sur Flash, Superman et Wonder Woman (car oui, ils apparaissent tous les trois dans Terreurs Nocturnes).

Pour ce premier tome, Patrick Jenkins et David Finch composent donc un récit sombre renouant avec les thématiques de la peur et du doute, récurrentes chez Batman. En jouant sur ces questions, Terreurs Nocturnes devient à mon sens un exemple pour ceux qui souhaitent s’attarder sur l’univers du Caped Crusader en s’intéressant plus spécifiquement à toute la dimension glauque de cette sphère. Sans pour autant offrir un sentiment similaire à celui ressenti à la lecture de Sombre Reflet, ce tome 1 du Chevalier Noir reste tout de même un ouvrage intéressant et dense. Si le chapitre supplémentaire en fin de volume demeure relativement inégal par rapport au reste de l’oeuvre, on reste cependant ici face à un récit plutôt équilibré. Jenkins et Finch semblent vouloir engager une démarche particulière autour de Batman en privilégiant une psychologie sombre. Tout ceci est engageant pour la suite, que je compte du coup lire le plus vite possible !

Batman : Le Chevalier Noir – 1. Terreurs Nocturnes, Paul Jenkins & David Finch, Urban Comics, 176 pages (17,50€)

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5 réflexions sur “Note de lecture n°15 – « Batman : Le Chevalier Noir – 1. Terreurs Nocturnes », Paul Jenkins & David Finch

  1. Tu saoules un peu parce que je n’avais pas entendu que du bien de ce comics. Je n’avais pas prévu de l’acheter mais voilà que tu me donnes envie de le lire.
    J’attendrais peut être ton avis sur la suite pour voir si tes bonnes impressions se confirment. 🙂

    • Personnellement, je n’avais rien lu du tout sur ce run avant de me lancer dedans. Mais dans l’ensemble, il n’est pas mal. Bon, le Lapin Blanc ne demande qu’à obtenir un vrai rôle (parce que là, c’est juste une nana sexy sans plus d’intérêt quoi…) et si le scénario a – à mon sens – un bon rythme, il faut reconnaître qu’il est presque conventionnel. Mais il aborde si bien la question de la peur qui est la base-même de l’identité de Batman que je lui ai (presque) tout passé. Sur Sens Critique, je lui ai mis 7/10. Peut-être descendrai-je à 6 après une deuxième lecture cependant.
      Mais là comme ça, je maintiens que c’est un bon volume qui a en plus le mérite de se suffire à lui-même malgré sa fin qui demande une suite. 🙂

  2. non mais c’est pénible à la fin, à chaque fois que je lis un de tes articles sur Batman j’ai envi d’acheter le comics dont tu parles, alors même que ma connaissance du batverse n’est pas suffisante. Du coup j’achètes de vieux tomes « indispensable » pour rattraper mon retard en attendant, mais la liste ne cesse de s’allonger. je peux rajouter celui-ci sur ma liste maintenant 😉

    • Tu sais, ma connaissance du Batverse n’est pas si exceptionnelle que ça. Je découvre un peu tout au gré de mes lectures et j’approfondis certains points via Wiki et tout ça par la suite s’il le faut. 🙂
      Je suis content en tous cas de te donner envie de lire tout ça ! 😀

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