Bellflower, Evan Glodell, 2011

Bellflower, drame de et avec Evan Glodell. Avec aussi Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes, Vincent Grashaw…
La note du Koala : 4,5/5

bellflower-affiche

Le pitch : En Californie, Woodrow (E. Glodell) et Aiden (T. Dawson) sont deux amis d’enfance qui, en grands fans de Mad Max rêvent d’apocalypse, de lances-flammes et de voitures dignes de l’Interceptor de leur film de chevet. Mais lorsque Woodrow commence à fréquenter Milly (J. Wiseman), les événements prennent une tournure inattendue et l’apocalypse n’est finalement pas celle que l’on croit.

La critique : Acclamé à l’époque de sa sortie par les amateurs de ciné indépendant, auréolé d’un excellent accueil au Festival de Sundance 2011, Bellflower restait jusqu’à récemment une curiosité pour moi. Un film que je ne connaissais que de nom, dont le pitch ne me disait pas grand-chose sinon rien. Et soudain, la révélation.

Bellflower suit donc ces quelques êtres qui, parfaitement sains au premier abord, vont se percuter dans ce qui sera finalement un choc aux échos monstrueux, comme un séisme aux répliques tout aussi violentes que le point de départ. Pourtant, rien au début de ce film ne laisse envisager cela. On se demande même bien ce qui va bien pouvoir arriver pour lancer un peu la machine. Parce que bon, dans les premiers instants, on s’interroge. Quel peut bien être ce film ? Une sorte de comédie romantico-dramatique ? C’est un peu l’impression que l’on a. Deux semblants de geeks s’essaient à la construction d’un lance-flammes et à la customisation d’une voiture pour se préparer, plus pour rigoler qu’autre chose bien sûr, à l’apocalypse en peaufinant leur gang imaginaire Medusa. Puis cette fille qui mange des criquets avec l’un des deux gusses précédemment cités lors d’un concours pour du pognon. C’est rigolo comme ça peut l’être, ça picole, ça se dragouille. Et après ? Eh bien après, c’est là que tout commence. Ce n’est pas au cours des premiers instants, malgré l’avertissement que le film nous glisse subtilement au tout début, mais bien ensuite, quand Milly est enfin entrée dans la vie des deux garçons (et surtout celle de Woodrow, acteur principal des événements à suivre). Alors on laisse tout tomber et on recommence. Progressivement, le film s’assombrit, s’enfonce dans une drôle d’atmosphère faite d’illusions, de faux-semblants et de trahisons. Le tout est idéalement symbolisé par la transformation physique de Woodrow qui passe peu à peu du statut de petit gars sympathique et même un peu timide, relativement geek sur les bords, à celui de barbu tout vêtu de noir aux airs de type défoncé et démoli dont on ne sait pas trop si sa prochaine intention sera bonne ou mauvaise. Cette transformation s’inscrit finalement idéalement dans cette évolution des situations, celles-ci ne faisant qu’accumuler tension sur tension jusqu’à un paroxysme incroyable, un climax comme je rêve d’en voir plus souvent et qui ne manquera pas, si tant est que vous ayez accroché à l’univers fou d’Evan Glodell, de vous retourner dans tous les sens.

Le personnage de Milly est au cœur des événements du film.

Le personnage de Milly est au cœur des événements du film.

Par ailleurs, si le propos du film est de nature à se suffire à lui seul pour marquer les mémoires, il ne faut pas pour autant oublier d’évoquer tout l’aspect esthétique de Bellflower, dont la mise en image soutient admirablement le fond. La plupart des plans déjà sont extrêmement soignés, jouant sur les perspectives, les lumières et les couleurs pour donner à Bellflower une identité visuelle propre et efficace. Comprenons-nous bien : quelle qu’elle soit, si une image vient de ce film, vous la reconnaîtrez nécessairement. Peu importe qu’il y a des personnages ou autre chose qui permette de l’identifier automatiquement, l’aspect général du film est tellement travaillé que tout devient une partie de ce tout. Chaque plan, chaque séquence, chaque screenshot est identifiable à la seconde. Il faut dire aussi qu’Evan Glodell et Joel Hodge (directeur de la photographie) ont visiblement mis un point d’honneur à ce travail-là. Au final, l’image sert tout à fait le propos, conférant par ses couleurs notamment cette ambiance apocalyptique dont le film se réclame. Evoluant sur la durée du long-métrage, la photo accompagne en effet le propos et, dès que les choses tournent au vinaigre, il suffirait de regarder le film sans le son pour s’en rendre compte. Il est à noter enfin la qualité de la bande originale, essentiellement composée de morceaux de Jonathan Keevil, qui s’inscrivent parfaitement eux aussi dans l’atmosphère globale de Bellflower, mais également de morceaux de Lykke Li (Dance, Dance, Dance) ou Kate Bush (Running Up That Hill)…

Evan Glodell (Woodrow, à gauche) et Tyler Dawson (Aiden, à droite) forment un duo intéressant et équilibré.

Evan Glodell (Woodrow, à gauche) et Tyler Dawson (Aiden, à droite) forment un duo intéressant et équilibré.

Un mot enfin sur le casting pour conclure. J’ai été absolument bluffé par l’interprétation d’Evan Glodell, autant vous le dire de suite. J’ai du mal à comprendre comment ce type a pu abattre un tel boulot. Ou plutôt, disons que j’ai le sentiment qu’il a tout mis dans ce projet et que Bellflower doit sa grande qualité à l’investissement complet de cet homme qui l’a réalisé, écrit, monté, interprété et produit. Un investissement total qui se ressent dans cette interprétation dingue. Si j’ai d’abord cru à un jeu plutôt classique, j’ai évidemment dû revoir mon jugement en découvrant la suite des événements. Il y a une gradation dans l’évolution du personnage de Woodrow qui a impliqué la même évolution dans l’acting de Glodell. A ses côtés, Jessie Wiseman m’a en revanche laissé une impression plus en demi-teinte. Son jeu me paraît en effet parfois forcé, à la limite du « trop » mais je dois cependant reconnaître qu’elle brille en d’autres instants dont l’importance est par ailleurs capitale dans l’intrigue du film. En somme, j’ai le sentiment qu’elle sait répondre présent quand il le faut mais qu’elle n’a pas réussi ici à offrir une qualité de jeu qui soit égale sur la durée du film. De leur côté, Tyler Dawson et Rebekah Brandes constituent deux seconds rôles très intéressants et tout en justesse. Mention spéciale pour Tyler Dawson d’ailleurs.

En bref, Bellflower fut pour une moi une totale mais également très (très) agréable surprise. Assumant complètement son parti-pris de départ, ce film d’Evan Glodell offre un rendu impressionnant que je ne suis pas près d’oublier. Un film à voir au moins deux fois à mon avis, histoire d’être certain de l’avoir saisi dans sa totalité.

Le « Oh, au fait ! » :
Le lance-flamme que s’amusent à fabriquer Woodrow et Aiden est en fait une réalisation d’Evan Glodell. Ce type a tout fait.

Lors de la scène du concours qui consiste à avaler le plus de grillons vivants possible, Evan Glodell et Jessie Wiseman ont réellement mangé lesdits grillons vivants.

Pour les amateurs de voitures, celle de Bellflower est une Buick Skylark 1972. Si jamais ça vous dit de faire la même chose que Woodrow et Aiden…

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2 réflexions sur “Bellflower, Evan Glodell, 2011

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