Note de lecture n°14 – « La Révolution Française – 1. Le Peuple et le Roi », Max Gallo

Une note de lecture un peu particulière aujourd’hui puisqu’on va s’éloigner des types de livres dont je me propose de parler habituellement. Il ne s’agira donc pas d’un roman de SF ou – de manière plus générale – de fiction pure, ni de comics. Non, au lieu de cela, je vais aujourd’hui évoquer un auteur que nombre d’historiens connaissent et parfois repoussent autant qu’ils le peuvent : Max Gallo. Et c’est avec son premier tome sur la Révolution Française que nous allons parler de ce monsieur aujourd’hui.

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C’est alors que je préparais les premières ébauches de mon dossier sur Assassin’s Creed et la Révolution Française que je me suis attaqué à la lecture de ce pavé. Attaqué seulement puisque, les circonstances aidant, j’en touche seulement à la fin, plusieurs mois après avoir parcouru assidûment les premiers chapitres. Mais avant toute chose, parlons de Max Gallo dont certains de mes lecteurs, historiens de leur état, m’ont déjà fait part de leur « méfiance » quant à la qualité de ses écrits. Le CV de Max Gallo a pourtant de quoi rassurer : agrégation d’Histoire en 1960, doctorat d’Histoire… A l’évidence, le monsieur semble savoir de quoi il parle. Et pourtant, cela ne l’empêche pas d’avoir une certaine réputation dans le domaine, les critiques les plus courantes accusant son style romanesque de fausser la réalité des faits. Sans compter qu’on pointe souvent du doigt sa capacité à affirmer sans toujours prouver. Mais enfin, reste que ses deux tomes sur La Révolution Française sont régulièrement présentés comme étant des ouvrages parmi les plus accessibles sur cette dense période. Aussi, en curieux et amateur que je suis, j’ai choisi de me plonger dans les 470 pages du premier volume.

L'auteur, Max Gallo.

L’auteur, Max Gallo.

J’entame donc ce volume avec une réelle curiosité et l’envie de me faire enfin un avis propre au sujet de Max Gallo. D’ailleurs, vous noterez que le terme de « volume » est judicieux étant donné que ce premier tome compte quand même, comme évoqué précédemment, près de 470 pages (471 en fait). Ce n’est pas rien et c’est aussi la promesse d’un sujet abordé de manière approfondie et détaillée. Surtout que l’on sait en regardant le sommaire que ce livre traite des événements qui se sont déroulés de 1774 (arrivée sur le trône de Louis XVI) à Janvier 1793 et l’exécution de celui dont on pensait qu’il serait le dernier roi de France. Ce n’est donc qu’une partie de la Révolution Française qui est abordée ici, celle de la chute de Louis XVI. En tout état de cause, nous sommes finalement en droit d’imaginer que Le Peuple et le Roi sera un ouvrage des plus complets, affranchis qu’il est des contraintes de place grâce à cette division du récit en deux tome. Et c’est le cas, indéniablement. Max Gallo nous propose avec ce premier volume une plongée dans la Révolution qui se propose d’être à la fois globale – intégrant ainsi tous ses aspects, y compris les plus complexes – et accessible. Car on ne pourra pas nier que Gallo sait raconter les histoires. Sa prose se veut parfaitement intelligible et permettra même à ceux d’entre nous qui rechignent à lire un bouquin aussi épais de trouver un intérêt certain dans cette lecture.

Des premiers temps du règne de Louis XVI à son exécution, en passant par l'appel aux armes de Desmoulins, la Bastille ou la bataille de Valmy, ce livre retrace tous les événements de 1774 à 1793.

Des premiers temps du règne de Louis XVI à son exécution, en passant par l’appel aux armes de Desmoulins, la Bastille ou la bataille de Valmy, ce livre retrace tous les événements de 1774 à 1793.

Et finalement, grâce à cette façon d’écrire, Max Gallo nous livre un véritable roman et Le Peuple et le Roi se lit comme tel. Gallo s’approprie les différentes figures historiques qui parsèment son ouvrage et les remanie de façon à en faire des héros de littérature. Ainsi Louis XVI devient-il une sorte de héros romantique (au sens littéraire du terme) dont nous suivons la vie comme nous suivrions les (més)aventures d’un Julien Sorel ou autre personnage emblématique du genre. Un mot d’ailleurs pour souligner que Max Gallo prend le pari de largement raconter les événements ud point de vue du monarque, quitte à se faire taper sur les doigts par les plus ardents défenseurs de la Révolution. Car, se faisant, il crée une empathie pour ce souverain qui ne voulait pas l’être et renvoie les révolutionnaires à leurs cruautés. Max Gallo se veut être celui qui rappelle que le sort connu par la famille royale en cette fin de XVIIIème siècle fut, pour reprendre les grandes lignes de son propos, non seulement rude à l’extrême mais également injuste. Et c’est là que ce premier tome consacré à la Révolution Française prend une tournure particulière. Sans s’en rendre compte, le lecteur se prend à reconsidérer les événements. Oh, bien sûr, je trouve cela intéressant. Observer les choses dont on est persuadé sous un autre angle ou à travers un nouveau prisme d’analyse est toujours quelque chose de recommandable pour mieux conforter ses idées ou, au contraire, les faire évoluer. Mais l’Histoire est une discipline stricte. Ici, nous nous retrouvons bel et bien à opérer cette remise en question mais on ne peut que regretter le fait qu’elle se fasse sur la base d’un propos qui prend irrémédiablement parti. Très vite, en s’exprimant quasiment au nom du roi, Max Gallo s’engage aux côtés de ce dernier, le défend et s’en fait l’avocat du procès qu’il aurait dû avoir. La lecture este intéressante mais elle est aussi piégeuse car trop peu objective. Une objectivité que des sources auraient pu renforcer. Or, de celles-ci nulle trace dans cet ouvrage. Que ce soit au cours du récit ou en fin d’ouvrage, rien. Pas une seule trace des travaux et documents dans lesquels l’auteur s’est plongé pour composer cet imposant volume. Comment peut-on alors prêter de l’authenticité aux propos que rapporte Max Gallo quand il ouvre les guillemets pour citer Louis XVI, Marat ou Robespierre dans des propos qu’ils auraient tenus oralement ? Alors oui, tout ceci sert admirablement bien l’aspect romanesque du livre mais, d’un point de vue méthodologique, il y a de quoi dire. Le Peuple et le Roi se base sur l’idée que l’on va prendre toutes ses lignes pour acquises, sans doute en vertu du statut de leur auteur. Mais ça ne marche pas comme ça, voyez-vous… Et finalement, si l’on n’ira évidemment pas renier le livre à 100 %, on ne pourra que pointer du doigt ce que je considère être une véritable lacune. En dehors de cela, Max Gallo nous narre les événements de manière somme toute assez correcte. Le déroulé des différentes étapes de la Révolution, des moins grandes aux plus importantes, se veut efficace et marqué par un rythme qui ne fait que souligner l’intensité de ces dernières. Historiquement, il ne manque rien. Méthodologiquement, on se pose des questions.

Finalement, je me retrouve à l’issue de ce livre avec un sentiment un peu ambivalent. D’un côté, j’ai trouvé la lecture très agréable, digne d’intérêt et prenante. J’ai parcouru Le Peuple et le Roi comme un bon roman, rythmé, riche et saisissant. D’un autre côté, je suis face à un livre qui se veut être historique mais qui pêche méthodologiquement parlant par un parti-pris incontestable (bien que plus soft que d’autres que j’ai pu lire sur le même sujet…) renforcé par une absence systématique de sources. Roman d’histoire ou Histoire romancée ? Ce volume 1 sur la Révolution Française de Max Gallo est sans doute quelque part entre les deux. Complet mais pas irréprochable, il est cependant recommandable pour les néophytes qui souhaitent acquérir une connaissance générale des événements sans se plonger dans des ouvrages trop académiques.

La Révolution Française – T.1 Le Peuple et le Roi, Max Gallo, Pocket, 471 pages (7,70€)

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6 réflexions sur “Note de lecture n°14 – « La Révolution Française – 1. Le Peuple et le Roi », Max Gallo

  1. Ah Max Gallo, un romancier historique ou un historien ayant su vulgariser à l’extrême et rendre accessible l’Histoire au plus grand nombre. Deux points de vue différents et un sempiternel débat pour savoir si oui ou non il est un historien ^^.
    Pour moi la réponse est claire, sans l’appareillage critique avec les citations des sources et leurs références, ce n’est pas un travail scientifique. Mais ce n’est pas son but recherché, il est avant tout un romancier.
    Enfin bon, je vais pas développer car j’en aurais pour des heures ^^.
    En tout cas, merci pour cette petite note de lecture qui sort des sentiers battus !

    • Historien, si, je pense qu’on peut dire qu’il l’est. Mais pas quand il fait ce genre de choses. Là c’est clairement le romancier qui prend le dessus au détriment de toute la rigueur scientifique que l’Histoire impose.
      Reste que ça se lit très agréablement tout de même, bien que parfois il en fait des caisses avec ses phrases à rallonges…

      Et oui, j’ai eu envie de proposer un autre type de lecture pour une fois, histoire de diversifier. Je suis content que ça plaise. 🙂

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