Partenariat entre Nintendo et DeNA : jeux mobiles et grosse machine

Je ne sais pas vous mais, personnellement, je n’étais absolument pas au courant que Nintendo devait tenir une conférence de presse ce matin. Et encore moins que ladite conférence serait commune avec l’entreprise DeNA, l’un des « géants du jeu mobile », pour reprendre les termes de la plupart des journalistes à l’issue de cette matinée au cours de laquelle Nintendo a dévoilé des plans plus précis concernant son avenir et son intégration, jusqu’ici évoquée très timidement, dans le monde des smartphones. Petit tour d’horizon des annonces de ce matin. Pour les plus intéressés, vous pouvez retrouver l’intégralité de la conférence sous format texte en suivant ce lien (en anglais).

Les hôtes de cette conférence de presse sont Satoru Iwata, président de Nintendo, et Isao Moriyasu, président de DeNA.

Les hôtes de cette conférence de presse sont Satoru Iwata, président de Nintendo, et Isao Moriyasu, président de DeNA.

Un partenariat pour développer l’activité de Nintendo sur les smartphones et tablettes

La première question que je me pose en découvrant tout ceci est la suivante : c’est quoi DeNA ? Apprenant tout d’abord que cela se prononce en anglais DNA (ce qui donne ADN en français hein), je découvre qu’il s’agit d’une entreprise spécialisée dans le développement web et mobile. Isao Moriyasu, président de cette entreprise, évoque d’ailleurs ce qu’est cette dernière au cours de la conférence. Fondée en 1999, DeNA est une entreprise qui a su développer de nombreux services en ligne et qui a fait le choix de cibler son activité sur les mobiles dès 2004. Moriyasu estime d’ailleurs que cela lui a permis d’acquérir une expertise certaine en la matière (maîtrise de la technologie, capacité à développer des serveurs particulièrement stables mais aussi à s’adapter ou s’améliorer rapidement en fonction des usages des consommateurs…). En 2006, DeNA lance sa plateforme de jeux mobiles (c’est là que l’on commence à voir ce que l’entreprise vient faire avec Nintendo) puis, en 2014, sa première application native. Tel est donc brièvement le « pedigree » de ce nouvel acteur dans le monde très fermé de Nintendo. Il s’agit donc d’un acteur du online et nous allons voir dès maintenant, en nous recentrant sur l’objet de cette conférence de presse, en quoi il va s’avérer déterminant dans la stratégie de Big N. Satoru Iwata précise d’ailleurs les circonstances de sa rencontre avec Isao Miroyasu. C’était en Juin 2010 : Miroyasu a été à l’initiative de ce premier contact afin de proposer à Nintendo d’utiliser ses licences (ou IP, comme je les appellerai également au cours de cet article) dans ses jeux pour mobiles. Dès lors, les discussions ne se sont jamais interrompues et, Iwata percevant l’intérêt de développer l’activité de son entreprise sur ce secteur, le travail commun avec DeNA a commencé. Un travail qui a abouti à cette alliance dont le but est de combiner les forces respectives des deux entreprises. Et si Satoru Iwata reconnaît que l’on peut trouver cette annonce inattendue (après tout, rien n’avait filtré à ce sujet), il rappellera tout de même au cours de la conférence de presse que cette ambition d’explorer le marché des smart devices est évoquée chez Nintendo depuis Janvier 2014. Enfin bref, une nouvelle alliance est née et il est temps de revenir sur celle-ci.

DeNA est donc un acteur majeur du jeu sur smartphones et tablettes.

DeNA est donc un acteur majeur du jeu sur smartphones et tablettes.

Cette association toute neuve met donc en présence deux acteurs majeurs. Le premier des deux est bien entendu Nintendo. Afin d’expliquer ce rapprochement avec DeNA, Iwata revient tout d’abord sur le fait que Nintendo est un acteur majeur du paysage vidéoludique depuis 1983 et ses toutes premières consoles. Mais il n’omet pas de mentionner le fait que les dernières années et les évolutions qu’elles ont amenées ont conduit à se poser des questions quant à l’avenir du jeu vidéo et de Nintendo face à l’essor sans commune mesure des smart devices (comprenez smartphones et tablettes). En fait, Iwata le dit lui-même, on en est venu à adopter des approches particulièrement pessimistes concernant cet avenir. Cependant, en grand relativiste qu’il est, l’actuel président de Nintendo affirme que cette entreprise ne peut en aucun cas s’effacer devant cette nouvelle technologie. Pourquoi ? Parce qu’il est le plus gros développeur de jeux pour ses propres plateformes. Autrement dit, Nintendo se soutient elle-même et, en proposant continuellement du contenu exclusif pour les consoles qu’elle vend, elle ne peut pas être mise en danger par le départ d’éditeurs tiers vers les smart devices. En guise de piqûre de rappel, Iwata rappelle qu’en 2014, Nintendo a commercialisé 5 jeux qui se sont vendus à plus de 5 millions d’exemplaires en seulement 6 mois (dont les versions Saphir Alpha et Rubis Oméga de PokémonMonster Hunter 4GSuper Smash Bros. for 3DS…). Pour autant, Iwata est lucide et il voit très bien que le monde des jeux pour mobiles est en pleine expansion. La question qui se pose alors est la suivante : comment continuer à convaincre les consommateurs d’acheter Nintendo, jusqu’ici seulement implanté sur le marché des consoles, alors que les smart devices sont si bien démocratisés ? Iwata a une réponse : les licences de Nintendo. Les Super MarioThe Legend of Zelda et consorts constituent en effet une force indéniable pour Big N et sont encore des best sellers à chaque nouvel opus. Du coup, Satoru Iwata rebondit sur ce qu’il annonçait en Janvier 2014 : il faut exploiter les IP de Nintendo au maximum et commencer à s’implanter nettement dans le marché des smart devices. Nintendo a donc décidé d’exploiter ce marché de manière agressive, c’est-à-dire comme un secteur d’activité à part entière pour l’entreprise. De la bouche de Satoru Iwata, ne pas saisir cette opportunité serait du « gâchis ». C’est donc un point de vue intéressant que développe la firme nippone ici : sans pour autant considérer que le jeu vidéo « classique » est mort et en le conservant comme un axe majeur de ses activités, Nintendo compte développer un nouvel axe en s’intéressant de très près aux smartphones et aux tablettes. On notera qu’il n’est cependant pas question de créer du matériel qui leur serait propre mais bien de proposer du contenu pour nos appareils actuels. En gros, Nintendo veut saisir toutes les opportunités et si l’entreprise enregistre de bons scores dans le gaming classique, elle compte bien faire de même avec cette nouvelle branche.

Les IP de Nintendo font sa force. Zelda, Mario et les autres feront toujours vendre des consoles Nintendo.

Les IP de Nintendo font sa force. Zelda, Mario et les autres feront toujours vendre des consoles Nintendo.

Mais alors, comment faire ? Iwata l’a dit, les licences de Nintendo sont des atouts parmi les plus puissants. Elles ont un impact et une valeur des plus importants et il s’agit de les maximiser en étendant leur aire l’influence au-delà de leurs seules sphères habituelles (autrement dit les consoles de jeux). Iwata évoque ainsi l’usage de ces IP dans du contenu visuel (ce qui peut faire écho au projet de série The Legend of Zelda co-développé avec Netflix) et d’autres produits de merchandising.
De plus, Satoru Iwata considère que chaque joueur Nintendo (vous et moi) a ses propres habitudes de vie et de consommation. Il faut donc que l’entreprise soit capable de toucher tous ces joueurs avec ses IP, quels que soient leurs modes de consommation justement. Pour cela, Nintendo doit développer de nouveaux axes d’exploitation de ses licences (ce qui inclut ce que j’évoquais juste au-dessus). Or, les smart devices présentent une force indéniable dans ce domaine ! Pourquoi ? Mais tout simplement parce que tout le monde en a ! Combien de personnes connaissez-vous aujourd’hui qui n’ont pas au moins un smartphone, sinon une tablette numérique ? En se lançant dans ce secteur, Nintendo se donne toutes les chances de toucher un public très, très, très large. Et si cela passera d’abord par l’utilisation de ces appareils comme un média de communication, Nintendo compte bien y développer ensuite des jeux. Et à ceux qui se demandent pourquoi ce changement de politique, Iwata rappelle à juste titre que cette ambition est clairement affichée (bien que timidement évoquée depuis) par Big N et lui-même depuis Janvier 2014. Bref, l’arrivée de Link, Mario et tous les autres sur nos Samsung, Apple et autres Nokia, ce n’est plus qu’une question de temps.

Arrivé à ce stade de la conférence de presse, Iwata fait une nouvelle fois preuve de lucidité : le marché des smart devices est rude. Développer une activité JV sur ce secteur n’est pas chose aisée et rares sont ceux à enregistrer d’excellents résultats à terme ! Sans compter que Nintendo, même si ce n’est pas dit explicitement, n’a strictement aucune expérience en la matière. Comment alors arriver à supporter le poids d’une concurrence déjà forte ? C’est là que DeNA entre en jeu, dans une association qu’Iwata souhaite profitable pour les deux parties.
Il s’agit donc de combiner deux forces : les IP de Nintendo et l’expérience de DeNA, que j’évoquais en tout début d’article. Les deux groupes vont donc conjointement développer des jeux pour smartphones et tablettes. D’après Iwata, cela permettrait à Nintendo de toucher des centaines de millions d’usagers via les consoles et les smart devices. Bref, ratisser large quoi. Et ce ratissage sera d’autant plus large que toutes les IP de Nintendo seront utilisées, sans aucune exception. Ainsi, Nintendo compte bien faire venir avec lui dans cette nouvelle aventure l’intégralité du stock de fans dont elle dispose déjà. Cependant, afin d’éviter que les consommateurs ne se dispersent ou s’y perdent, le nombre de jeux proposés sera progressivement revu à la baisse. Là, soit c’est moi qui n’ait pas compris, soit c’est une logique que j’ai du mal à saisir…
Enfin, il n’est pas question de faire de simples portages de jeux existants mais bien de proposer des jeux propres à ces nouveaux supports qui sauront tirer parti des écrans tactiles, des potentialités de gameplay, etc. De plus, Iwata estime que se contenter de portages ne serait pas bénéfiques pour les IP de Nintendo. Les choses étant ce qu’elles sont, aucun détail supplémentaire ne filtrera concernant ces jeux, dont la présentation détaillée arrivera plus tard.

Je disais tout à l’heure qu’Iwata envisageait ce partenariat comme quelque chose qui puisse être profitable non seulement pour Nintendo mais aussi pour DeNA. On a vu ce que Big N a à gagner de cette association (l’expertise de DeNA dans le monde mobile) mais qu’en est-il de l’inverse ? Pour Isao Moriyasu, DeNA a besoin de licences fortes pour se démarquer de la concurrence. Or, celles de Nintendo ont une influence majeure, d’où l’intérêt de cette entreprise pour ces dernières et le fait que ces IP aient été l’objet de la première entrevue entre Moriyasu et Iwata en 2010. S’associer avec Nintendo constituerait alors une stratégie gagnante pour s’imposer en utilisant ces IP comme étendards. Sur cette base, Moriyasu revient sur le fait que cette association reposera finalement sur deux aspects :

  • Co-développement de jeux mobiles liés aux IP de Nintendo
  • Co-développement d’un nouveau service pour les joueurs

C’est donc bien une stratégie gagnant-gagnant que Nintendo et DeNA comptent développer ensemble. L’un apporte ses hégémoniques licences et l’autre son expertise dans le milieu des smart devices. Le tout pour créer un nouvel axe d’activité qui est voué à devenir une poule aux œufs d’or si l’affaire est rondement menée.

Mais ce n’est pas tout…

NX, ou quand Nintendo veut aller encore plus loin

En fait, ce n’est pas spécialement l’arrivée de Nintendo sur nos smartphones et tablettes qui fait le plus parler aujourd’hui. Cela aurait pu être le cas si Iwata n’avait pas évoqué ces deux lettres : NX. Mais qu’est-ce que c’est ?

Déjà, il faut se rappeler dans quel contexte Satoru Iwata nous lance cette nouvelle annonce. Alors qu’il explique toute la stratégie de Nintendo concernant ses futures incursions dans le monde des smart devices, il efface tout de même un doute qui aurait pu apparaître : quid du marché des consoles classiques ? Eh bien à ce sujet, Iwata est on ne peut plus clair : passer sur ces appareils ne signifie en aucun cas l’abandon du gaming classique. Nintendo veut « simplement » étendre son aire de chalandise en fait. Ainsi, il y en aura pour tout le monde désormais. Mais là où Big N cherche à faire la différence, c’est avec ce projet NX, quasiment sorti de nulle part (bien qu’il fasse écho au projet Fusion évoqué il y a quelque temps maintenant). Mais qu’est-ce que NX ? A première vue, il pourrait s’agir d’une nouvelle console mais, en y regardant de plus près, je penche plutôt pour l’hypothèse qui consiste à dire que c’est un tout nouveau type de matériel, bien que cela n’exclut pas la possibilité qu’il puisse lire des jeux étant donné qu’il est annoncé comme un « dedicated game system« , c’est-à-dire un support qui accueillera des jeux qui lui seront dédiés. Par ailleurs, Iwata le présente notamment comme, je cite, « un pont entre les smart devices et les consoles de jeux« . Un pont ? Comment ça ? Et c’est là que DeNA entre une seconde fois en scène. La boite de Isao Moriyasu est là pour co-développer avec Nintendo un tout nouveau service qui permettra de créer un lien direct entre plusieurs supports :

  • NX (qui pourrait peut-être consister en une sorte de pivot)
  • Wii U
  • 3DS
  • PC
  • Smartphones
  • Tablettes
Ce nouveau service permettra donc de réunir tout le monde autour d'un tronc commun.

Ce nouveau service permettra donc de réunir tout le monde autour d’un tronc commun.

A ceux qui envisagent déjà NX comme le remplaçant de la Wii U, cette image vient les rassurer : il s’agira d’un support tiers qui sera lié à l’actuelle console de salon de Nintendo mais aussi aux autres appareils évoqués via ce service commun encore peu clair (mais ça viendra en temps et en heure). Cependant, il est encore difficile d’imaginer en quoi tout ce système consistera, Iwata ne promettant des détails plus précis que pour 2016, et non une sortie de NX comme on peut le lire par endroits. Il est en tout cas légitime de considérer que ce nouveau service associé à NX sera le remplaçant du Club Nintendo, d’autant qu’Iwata oppose subtilement les deux plateformes. Ainsi, si NX ne doit pas sortir avant 2017 (sinon plus tard), il est imaginable de voir ce service dédié aux joueurs arriver bien plus tôt (2016 ?). Reste que Nintendo joue finement avec ce système car l’entreprise élude ainsi la possibilité de se concurrencer elle-même. En effet, avec des jeux pour smart devices d’un côté et des jeux pour consoles de l’autre, on aurait pu imaginer que les deux branches ne se croisent pas et, pire, s’opposent. Or, avec un système qui permette de créer un pont entre les différents supports, pas de concurrence puisque tous seront alors liés autour d’un tronc commun. Mieux encore, en réunissant ainsi ses différents usagers autour d’un service online unique tel que celui qui est ici envisagé, Nintendo se donne la possibilité de faire basculer les uns dans le camp des autres. Autrement dit, si les connexions sont suffisamment fortes et bien établies, les joueurs smartphones pourront devenir de nouveaux joueurs sur consoles et inversement.

Il y a donc finalement deux choses à retenir de cette conférence de presse. La première c’est l’annonce enfin officielle de l’arrivée de Nintendo sur le marché des mobiles. Cette nouvelle est d’autant plus facilement accueillie que Big N s’est associé avec un partenaire fort dans ce domaine encore inexploré, à savoir DeNA, fort d’une expertise reconnue par les 29 millions d’utilisateurs de sa plateforme de jeux mobiles sur l’archipel japonais. La seconde, c’est ce qui ressemble au remplaçant du Club Nintendo qui vit actuellement ses derniers jours et de ce mystérieux projet NX dont nous en saurons plus l’année prochaine.
Clairement, Nintendo ose. En s’avançant vers des secteurs qu’elle ne domine pas encore, la firme nippone compte surtout étendre sont aire d’influence et de chalandise en attirant toujours plus de consommateurs sous son aile. Mais surtout, elle cherche à proposer de nouvelles choses, signe que tout ne va pas si mal. J’ai à titre personnel réellement hâte d’en savoir plus sur toutes ces annonces d’aujourd’hui et je suis confiant. De mon point de vue, Nintendo est en passe de prendre un poids encore plus considérable.

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2 réflexions sur “Partenariat entre Nintendo et DeNA : jeux mobiles et grosse machine

  1. Pingback: Nintendo à l’E3 2015 : Le ménage par le vide | Dans mon Eucalyptus perché

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