[Rétrospective] Les Evadés de la Planète des Singes, Don Taylor, 1971

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Les Evadés de la Planète des singes, film de science-fiction de Don Taylor. Avec Kim Hunter, Roddy McDowall, Bradford Dillman, Natalie Trundy…
La note du Koala : 3/5

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Ce film est la suite du Secret de la Planète des Singes (Ted Post, 1970).
Il est suivi par La Conquête de la Planète des Singes (Jack Lee Thompson, 1972).

Le pitch : Un des deux vaisseaux envoyés dans l’espace deux ans plus tôt revient sur Terre avec à son bord Zira (K. Hunter), Cornélius (R. McDowall) et le docteur Milo (Sal Mineo). Ces trois singes ont réussi à voyager dans le passé et à revenir sur Terre à l’époque où elle est encore dominée par les humains. Peu à peu, leur présence est perçue comme une menace pour l’espèce humaine et pour la Terre et ils deviennent une cible.

La critique : Après un second épisode qui manquait d’originalité par rapport à son prédécesseur malgré des idées intéressantes dans la deuxième partie du film, ce troisième opus vient redonner du souffle à la saga en lui apportant une nouvelle ouverture et, surtout, une nouvelle perspective.

Car c’est bien là l’un des piliers essentiels des Evadés de la Planète des Singes : faire basculer les points de vue. Il ne s’agira donc plus de voir des hommes empêtrés dans une planète dominée par les simiens mais l’inverse, trois singes en exil qui se retrouvent au milieu de nos contemporains. Cela permet deux choses, la première étant la possibilité de renouveler un peu les différents axes scénaristiques que l’on peut développer. En s’affranchissant du schéma « singes dominants/humains dominés », ce troisième épisode s’offre l’opportunité de composer de nouvelles choses, d’autant que nous avions le sentiment dans Le Secret de la Planète des Singes qu’il y avait des difficultés à apporter de nouvelles propositions scénaristiques dans ledit schéma. (mais j’y reviendrai un peu plus tard). La seconde chose que permet ce basculement des points de vue, c’est d’apporter de nouvelles pistes de réflexion. Cette fois-ci, le film coupe définitivement les ponts avec les thèmes précédemment abordés (le nucléaire, la ségrégation, la religions et j’en passe…) pour mieux recentrer sa pensée sur une question aussi intéressante que vaste : la civilisation. Dans les deux premiers films, le spectateur pouvait difficilement quitter la projection avec un sentiment autre que celui qui consiste à croire que notre civilisation était plus évoluée et moins barbare que celle des singes qui dominent la Terre. Et c’était bien là le but, cette société simiesque ayant été conçue de manière à créer une énorme métaphore de notre propre civilisation et à pointer du doigt ses plus gros travers. Mais cette fois-ci, Les Evadés de la Planète des Singes propose au spectateur de se poser une nouvelle question que l’on pourrait résumer ainsi : vous avez estimé que la société des singes, véritable synthèse exacerbée des déviances de notre civilisation, était on-ne-peut-plus critiquable mais êtes-vous certain que notre civilisation vaut mieux que celle-ci ? En changeant le point de vue, en mettant le spectateur du côté des singes par la simple mais bonne idée de faire des deux chimpanzés Zira et Cornélius (pour lesquels ont ne peut qu’avoir un affect certain), ce film-ci réoriente le regard vers les humains que ces deux singes vont croiser et, plus globalement, vers nous-mêmes. Sans réellement s’en rendre compte, le spectateur assiste à son propre portrait ou, tout du moins, à celui de la société dans laquelle il vit et à laquelle il contribue. Et les conclusions sont loin d’être brillantes. Encore une fois, je développerai ces questions plus tardivement dans cette rétrospective mais l’on peut déjà dire sans problème que non, cette société humaine n’est pas forcément mieux que celle des singes. Capable de se montrer au moins aussi cruelle, elle souffre sans s’en rendre compte de failles qui remettent carrément en question le modèle de ce monde libre où chacun fait ce qu’il veut et aime tout le monde (pour caricaturer) que le bloc de l’Ouest défendait corps et âme pendant la Guerre Froide (n’oublions pas que nous sommes alors en 1971). Les Evadés de la Planète des Singes s’impose donc comme l’ingénieux second départ de cette saga, celui où tout bascule et où le spectateur s’aventure dans sa propre critique.

Lle traitement auquel ont droit les singes à leur arrivée sur Terre ne peut que faire analogie avec celui réservé à Taylor et Brent avant eux.

Le traitement auquel ont droit les singes à leur arrivée sur Terre ne peut que faire analogie avec celui réservé à Taylor et Brent avant eux.

Pour en revenir maintenant au scénario à proprement parler, je pense que l’on peut honnêtement dire que l’on a retrouvé, après un deuxième volet en demi-teinte donc, un épisode construit, équilibré et rythmé. A l’instar du premier film, Les Evadés de la Planète des Singes alterne très agréablement phases d’action et phases plus propices au texte et à la réflexion. Attention cependant à l’interprétation donnée à l’expression « phases d’action ». Au contraire des deux volets précédents, ce troisième film n’est pas aussi riche en action pure avec de la tension et du suspense. Je pense plutôt ici à des séquences où le dialogue s’efface relativement derrière une succession d’événements qui rythment considérablement le tempo du film. Je pense en particulier au moment où j’écris ces lignes à la séance de shopping des deux singes Cornélius et Zira. Aussi hors-propos qu’elle puisse paraître, elle n’est pourtant pas dénuée de sens et se veut être un passage où les choses se succèdent efficacement et sans chichis. Reste cependant que ce sont encore une fois les séquences où le texte prime qui seront les plus importantes du film, pour les raisons évoquées dans le paragraphe précédent. Néanmoins, ne nions pas que Les Evadés de la Planète des Singes sait aussi offrir de l’action plus brute, en atteste la fin du film quand [Léger spoiler] Zira et Cornélius deviennent des fugitifs [/Léger spoiler]. Les événements se précipitent alors et la tension va crescendo vers un final aussi brutal et rude que lourd de sens et annonciateur des événements à venir. C’est sans doute, avec celui de La Planète des Singes et celui de La Conquête de la Planète des Singes, dont nous parlerons la semaine prochaine, l’une des trois fins les plus emblématiques de la franchise. Et c’est sur cette note que s’achève un film dont on aura trouvé du plaisir à le regarder tant il aura été capable de retenir l’attention du spectateur par sa construction tout en réussissant à mêler thématiques lourdes et, ponctuellement, un humour bienvenu. Un dernier mot sur la mise en scène pour évoquer le fait que nous quittons un peu la sphère de la science-fiction telle que l’abordaient les deux films précédents. Don Taylor abandonne presque totalement les effets de style qui faisaient la patte si particulière de La Planète des Singes et de sa première suite pour revenir à quelque chose de plus terre à terre. Cela se ressent dans la musique également, où les allures quasi psychédéliques de certains précédents morceaux sont à leur tour laissées de côté. Après tout, cela se tient. Nous ne sommes plus sur la planète des singes mais bien sur celle des humains.

La fin du film se veut beaucoup plus haletante.

La fin du film se veut beaucoup plus haletante.

Concernant enfin le casting, c’est avec le même plaisir que nous retrouvons Kim Hunter et Roddy McDowall. Les deux comédiens reprennent leurs rôles respectifs de Zira et Cornélius tels qu’ils les avaient laissés et continuent sur leur lancée. Toujours aussi efficaces, ils arrivent même à nous faire finalement penser que ces deux singes sont plus humains que les humains du film. A leur sujet, celui qui reviendra irrémédiablement en tête en pensant aux Evadés de la Planète des Singes, c’est sans aucun doute le haïssable docteur Otto Hasslein, incarné par Eric Braeden (oui, oui, le Victor Newman des Feux de l’Amour). L’acteur compose ici un véritable salopard comme on en trouve assez peu. Il le rend froid, glacial même, et d’une cruauté sans nom. A ses côtés, nous retrouvons Natalie Trundy et Bradford Dillman dans les rôles des docteurs Dixon et Branton, qui seront à l’égard de Zira et Cornélius ce que ces derniers ont été pour Taylor et Brent dans les films précédents. L’analogie est alors intéressante à observer et l’on retrouve dans le jeu de ces deux comédiens ce qui avait fait celui de Kim Hunter et Roddy McDowall puis David Watson auparavant, les mimiques simiesques en moins bien évidemment.

Les Evadés de la Planète des Singes se pose donc dans la saga comme un nouveau palier, plaque tournante entre deux axes, semblables mais tout de même différents. Initiant une nouvelle partie de la franchise, ce film lance également de nouvelles questions dans la tête des spectateurs et dont les réponses seront progressivement distillées dans les deux derniers films.

Le « Oh, au fait ! » :
Roddy McDowall retrouve son rôle de Cornélius. Il n’interprétait effectivement pas ce personnage dans le film précédent pour cause d’emploi du temps incompatible et avait été remplacé par David Watson. A noter également que Natalie Trundy apparaissait également dans Le Secret de la Planète des Singes mais dans le rôle d’Albina, une des mutantes de la communauté souterraine.

On notera quelques incohérences en VF et notamment le fait que Cornélius n’apprécie pas qu’on le traite de singe alors que Zira et lui utilisent le même mot pour se désigner. Cela vient du fait qu’il existe en réalité deux termes en anglais : ape, utilisé par les singes, et monkey, considéré dans le film comme une insulte. Cette différenciation disparaît en VF alors que le mot « macaque » aurait pu permettre de la retrouver…

Il s’agit ici de la dernière apparition au cinéma de l’acteur Sal Mineo. Il incarne ici le docteur Milo, troisième singe à arriver sur Terre au début du film. L’acteur sera en effet assassiné en 1976 par un toxicomane qui voulait lui prendre son argent sans savoir à qui il s’attaquait. Avant que le meurtrier ne soit arrêté, John Lennon avait même annoncé qu’il offrirait une récompense à qui trouverait le coupable.

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6 réflexions sur “[Rétrospective] Les Evadés de la Planète des Singes, Don Taylor, 1971

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  5. Hyper intéressant comme d’habitude, ça me donne de plus en plus envie de regarder à nouveaux ces films. Le retournement de situation est très intéressant, et fait un peu penser à ce que l’on peut voir dans le « reboot » de la planete des singes, avec les origines, même si je me doute qu’ici le parallèle avec la société des singes et la critique de notre civilisation, voir peut-être même de notre humanité, doit être bien plus importante que dans les deux derniers blockbuster hollywodiens.

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