[Rétrospective] Le Secret de la Planète des Singes, Ted Post, 1970

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Deuxième étape dans cette rétrospective consacrée à La Planète des Singes, la saga de science fiction culte des années 1970. Après avoir parlé du tout premier épisode la semaine dernière (vous avez un lien juste en dessous de l’affiche), nous allons aujourd’hui évoquer sa suite. Paré ? Alors retour sur la Planète des Singes immédiat.

Le Secret de la Planète des Singes, film de science-fiction de Ted Post. Avec James Franciscus, Maurice Evans, Kim Hunter, Linda Harrison…
La note du Koala : 2,5/5

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Ce film est la suite de La Planète des Singes (Franklin J. Schaffner, 1968).
Il est suivi par Les Evadés de la Planète des Singes (Don Taylor, 1971).

Le pitch : Quelque temps après Taylor (C. Heston) et ses coéquipiers, un autre groupe d’astronautes est envoyé à leur recherche. Lorsque leur vaisseau s’écrase à son tour sur la planète des singes, seul Brent (J. Franciscus) survit. Très vite, il rencontre Nova (L. Harrison) et parvient à échapper aux singes grâce à l’aide de Zira (K. Hunter) et Cornélius (D. Watson). Lancés à la recherche de Taylor, Brent et Nova s’enfoncent dans la Zone Interdite, où ils vont faire une nouvelle dangereuse découverte.

La critique : Le Secret de la Planète des Singes reprend la plupart des éléments qui ont fait le succès du premier opus de la saga, et notamment l’ambiance pesante. Pour autant, ce deuxième volet tranche en quelque sorte avec son illustre prédécesseur par le simple fait qu’il est moins bon.

Il est toujours difficile de passer après un premier épisode réussi comme l’était La Planète des Singes de Schaffner. Certains s’en sortent honorablement (L’Empire Contre-AttaqueRetour vers le Futur 2 pour ne citer que ces deux-là) mais être un n°2 n’est pas toujours facile. Car se pose alors la question de savoir comment assurer la continuité, non seulement dans l’histoire mais aussi dans les thèmes. Et parlons justement du scénario du Secret de la Planète des Singes. Question mise en scène au passage, je ne dirai pas grand-chose de plus que ce que j’ai pu souligner dans ma précédente critique tant ce film est semblable au premier. Mais niveau scénario, c’est une autre paire de manches. Au fond, j’ai le sentiment que cet épisode 2 a été construit quasiment comme un ersatz du précédent. Le déroulé des événements reprends quasiment la même trame ! C’est notamment vrai dans toute la partie du film qui va de l’arrivée de Brent sur la planète jusqu’à son départ du village des singes (une bonne moitié du film en somme) : il est seul, il trouve Nova, il va au village des singes et y rencontre Zira et Cornélius, ceux-ci l’aident à en repartir. C’est clairement du déjà-vu, hélas. Ce n’est finalement qu’à partir du moment où Brent se retrouve seul à errer avec Nova que ce nouvel épisode nous propose du nouveau et, par la même occasion, la possibilité d’aborder les thèmes qu’il a choisi de développer (mais nous y reviendrons ensuite). Dès lors donc, le scénario se construit autour d’une découverte peut-être aussi importante (et choquante) que celle faite dans les dernières minutes de La Planète des Singes, deux ans plus tôt. Sans trop en révéler, pour ceux qui n’auraient pas vu le film ou n’en auraient qu’un souvenir partiel, cette seconde moitié de l’histoire ici développée est beaucoup plus intéressante que la première car elle s’affranchit enfin du précédent film pour construire un axe qui lui est propre et qui se veut en plus être particulièrement important. Beaucoup plus dynamique et rythmée, bien que jouant sur des temps morts propices au développement de la réflexion, la fin du film emmène le spectateur dans une ambiance très particulière, point culminant d’une tension qui atteint ici le sommet d’une gradation qui s’est faite tout au long du film, jusqu’à un final des plus marquants.

Il est à noter que les singes n'ont pas une place aussi importante dans cette suite. Leur présence reste cependant essentielle étant donné qu'ils seront l'élément déclencheur du grand final.

Il est à noter que les singes n’ont pas une place aussi importante dans cette suite. Leur présence reste cependant essentielle étant donné qu’ils seront l’élément déclencheur du grand final.

Mais aussi et surtout, c’est dans cette deuxième moitié du film que Le Secret de la Planète des Singes développe ses thèmes. Plusieurs nous reviennent tout droit du film de 1968 comme la question de la ségrégation, de la légitimation à outrance d’actes belliqueux, guerriers et cruels par la religion… Mais aussi et surtout, Le Secret de la Planète des Singes se veut être un dur réquisitoire contre la guerre (rappelez-vous qu’on est alors en plein dans la Guerre du Vietnam à l’époque) et contre l’arme atomique. C’est sans aucun doute cette thématique-ci, reprise du film précédent et approfondie dans cette suite, qui est la plus importante pour cet épisode de la saga, les autres étant globalement éclipsées. Et c’est tout particulièrement à la fin du film que la question est posée, à partir du moment où [Léger spoil] Brent découvre la communauté souterraine et l’objet de leur culte [/Léger spoil]. Dès lors, Le Secret de la Planète des Singes prolonge le questionnement annoncé dans le film précédent. Là où nous nous interrogions alors sur les risques que nous encourions avec l’arme atomique et sur ses conséquences, nous nous posons ici la question de notre rapport à celle-ci. Arme de dissuasion, la bombe nucléaire a souvent cette image d’objet tout-puissant contre lequel on ne peut rien et qu’on est toujours ravi d’avoir dans son camp. Or, c’est exactement sur cette représentation que joue le scénario de ce film-ci mais nous en parlerons plus longuement dans le dossier thématique final de cette rétrospective. Sachez en attendant que cette façon d’aborder cette problématique est très ingénieuse et, à travers une métaphore certes exagérée, qu’elle nous renvoie à notre propre situation. Car, malgré ses 45 ans cette année, ce film aborde ici une question qui reste encore malheureusement d’actualité (il n’y a qu’à penser à l’Iran ou à la Corée du Nord…).

La critique de la guerre par les chimpanzés ne peut que faire écho aux manifestations contre la Guerre du Vietnam que l'Amérique connaît alors.

La critique de la guerre par les chimpanzés ne peut que faire écho aux manifestations contre la Guerre du Vietnam que l’Amérique connaît alors.

Reste maintenant à parler du casting. J’évoquerai d’abord, l’interprétation de Brent par James Franciscus, beaucoup trop théâtrale. Son personnage est dramatisé à l’extrême et rappelle un style qui n’est pas sans évoquer ces acteurs de théâtre que l’on prend toujours plaisir à caricaturer dans leur gestuelle ample et leur éloquence toujours pleine de pathos. Sans doute Franciscus cherche-t-il à faire de son Brent le nouveau Taylor mais, hélas, n’est pas Charlton Heston qui veut. Ce dernier est d’ailleurs de retour dans ce second volet sous les traits de Taylor, pour un rôle de moindre envergure mais qui reste cependant décisif. Mais comme je le dis souvent, Heston n’avait pas forcément d’être longtemps à l’écran pour faire opérer tout son talent. Il n’y a qu’à voir Wayne’s World 2 pour s’en convaincre. Chez les singes, Kim Hunter reprend son rôle de Zira, toujours avec la même grille de composition, tandis que Roddy McDowall laisse sa place à David Watson. Celui-ci arrive cependant à faire oublier ce changement (temporaire) d’acteur en calquant son jeu sur celui de McDowall. Le spectateur ne voit alors que très peu la différence (le maquillage aidant, cela va sans dire). Linda Harrison fait encore figure de pâle second rôle et Maurice Evans donne encore une fois à son docteur Zaïus toute la dramaturgie que le personnage exige.

On se retrouve donc ici avec un nouvel opus qui, malgré quelques bonnes idées et le mérite de ne pas s’éterniser (environ 1h30, plus et ça aurait été trop selon moi), demeure bien inférieur à son illustre prédécesseur. Le Secret de la Planète des Singes poursuit ainsi le travail initié par Franklin J. Schaffner en 1968, en particulier en matière de thématiques, mais souffre d’un scénario en deux temps inégaux. Ainsi, le film de Ted Post est à voir malgré tout mais j’imagine sans mal que certains le trouveront plus que dispensable.

Le « Oh, au fait ! » :
Le Secret de la Planète des Singes est le seul épisode de la saga pour lequel ne tourne pas Roddy McDowall, alors pris sur un autre tournage. Le personnage de Cornélius, qu’il interprétait dans La Planète des Singes, est ici repris par David Watson. McDowall apparaît tout de même dans le film, dans les toutes premières séquences, dont les images sont en réalité tirées du premier film, puis il reviendra dans Les Evadés de la Planète des Singes, sorti l’année suivante.

Charlton Heston, qui ne souhaitait pas apparaître dans une éventuelle suite à La Planète des Singes ne fait qu’une courte apparition dans ce film, par amitié pour le producteur Richard D. Zanuck et à la condition que ce soit sa dernière apparition dans la saga. Il reversera par ailleurs l’intégralité de son cachet à l’école de son fils.

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7 réflexions sur “[Rétrospective] Le Secret de la Planète des Singes, Ted Post, 1970

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  2. Vraiment sympa la suite de cette rétrospective. Il me semblait bien que les autres films étaient en dessous du 1er. C’est dommage finalement qu’il n’y ait qu’une moitié de film qui amène de nouveaux éléments, surtout que tu les as enchainés dans leur visionage et ça a donc du te sembler particulièrement frappant.

    • Pour avoir enchaîné, j’ai enchaîné, ça oui. Le premier le 3 Janvier et le 2 le lendemain. :’D
      Et, effectivement, ça m’a réellement frappé, le souvenir étant tellement frais. J’avais réellement l’impression qu’on avait simplement changé trois lignes de dialogue et le nom de Taylor en celui de Brent. Heureusement que la 2nde moitié du film fait l’effort de proposer autre chose. Le final est vraiment bon d’ailleurs mais tellement expéditif…

      Et effectivement, les 4 films qui suivent le premier sont en-dessous de ce dernier. Cela n’empêche pas qu’il y en a 2 qui s’en sortent tout de même très (très) bien ! 😉

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