Deux Jours à Tuer, Jean Becker, 2008

Deux Jours à Tuer, drame de Jean Becker. Avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck, Alessandra Martines…
La note du Koala : 4/5

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Le pitch : A l’évidence, Antoine Méliot (A. Dupontel) a tout pour lui : un job qui rapporte, une femme qui l’aime, des enfants adorables, une belle baraque… Mais quelque chose ne va pas, ou ne va plus et Antoine veut tout claquer, à commencer par son travail et sa famille. Cette vie confortable n’a plus de sens et, en deux jours, Antoine va chercher à la détruire.

La critique : Jean Becker, c’est un cinéaste familier, même sans savoir son nom. Réalisateur des Enfants du Marais ou encore d’Effroyables Jardins, il donne l’impression d’avoir toujours été là, quelque part au milieu de votre cinéphilie. Avec Deux Jours à Tuer, ce cinéaste de grand talent poursuit sa riche carrière avec un film dont on peut dire qu’il est dans la droite lignée de ses précédentes œuvres.

Jean Becker m’a toujours donné l’impression de savoir manier des thèmes graves avec une forme de légèreté, ou plutôt de douceur qui contrebalance avec son propos. C’est le sentiment que j’avais déjà eu devant plusieurs de ses films et Deux Jours à Tuer n’échappe pas à cette règle. Le cinéaste pose alors un fond relativement lourd par ce qu’il exprime plus ou moins explicitement mais l’insère dans une façon de filmer qui, sans cesse, semble comme chercher à nous dire que malgré tout, ça va bien se passer. Pourtant, très vite et même dès l’entame du film, le spectateur ne peut pas se permettre le doute : rien ne va plus dans le monde d’Antoine, personnage principal de ce grand déballage. Dès cette réunion de travail et les cinglantes répliques qu’il envoie à la face de son client, nous savons que quelque chose ne tourne pas rond. Becker construit alors son film, ou tout du moins la première partie de celui-ci sur ce sentiment mitigé qui nous partage entre une envie de rire quand on voit la qualité des piques qu’Antoine lance à tout-va et une sorte d’appréhension lorsque l’on commence à sentir que tout peut déraper à n’importe quel moment. Le scénario se ponctue alors de quelques pièces qui serviront à former le puzzle de l’explosion d’Antoine, celle-ci arrivant au terme d’une ascension progressive dans la tension et qui, peu à peu, provoque chez le spectateur un sentiment de malaise face à la rudesse des propos qu’il tient. Ce sentiment devient particulièrement pesant lors de la scène du dîner d’anniversaire, où le puzzle reçoit ses ultimes pièces, celles qui feront que le tableau de la destruction de la vie d’Antoine sera achevé. Au cours d’une longue séquence à table où ce dernier envoie ses quatre vérités à ceux qui semblaient être ses meilleurs amis (et à sa femme), le spectateur assiste impuissant à cette désintégration. Mais Becker trouve les mots justes, ceux qui font que l’on pourrait presque être d’accord avec ce que dit Antoine malgré la cruauté de ses propos et l’inélégance de ses actes. A ce moment-là du film, il y a deux types de spectateurs : ceux qui ont compris et ceux qui cherchent encore.

La scène du dîner partage le spectateur entre un sentiment de malaise et l'envie de rire grâce à la qualité d'écriture des répliques remarquablement lancées par Dupontel.

La scène du dîner partage le spectateur entre un sentiment de malaise et l’envie de rire grâce à la qualité d’écriture des répliques remarquablement lancées par Dupontel.

Puis vient la seconde partie, celle de l’exil d’Antoine, fuyant les ruines de son champ de bataille et apportant implicitement (puis explicitement à la toute fin du film) toutes les réponses aux questions que l’on pouvait encore éventuellement se poser. Ici, Becker nous amène dans une nouvelle ambiance et si des tensions continuent de marquer le cheminement d’Antoine, cela n’a aucune mesure avec ce qui s’est produit précédemment. Le film s’achève ainsi sur ce double-sentiment d’incrédulité et de compassion pour ce personnage plutôt hors-normes. Le réalisateur a alors réussi le pari de nous emmener dans cette histoire un peu folle avec tout le tact dont il sait faire preuve, nous rappelant constamment toute la valeur qu’il accorde à la vie et aux gens. Car, si cela peut sembler un peu paradoxal au premier abord, c’est bien là l’un des messages de ce film, l’envie de faire le bien autour de soi, de faire en sorte que ses proches souffrent le moins possible quitte à agir de manière complètement incompréhensible pour eux. Jusque dans sa mise en scène, empreinte d’une douceur encore une fois qui tranche considérablement avec la dureté de ce qu’elle met en images, Becker semble ne vouloir que dire de belles choses.

Jamais une partie de pêche ne m'a semblé aussi importante.

Jamais une partie de pêche ne m’a semblé aussi importante.

Et puis il y a Albert Dupontel. Si je n’apprécie pas plus que ça l’humoriste qu’il est, je dois évidemment dire que l’acteur m’apparaît bien plus grand. Dupontel a ce quelque chose que je n’ai jamais réussi à définir mais qui rend sa présence dans des rôles dramatiques tels que celui-ci inestimable. Oscillant comme le scénario entre douceur et brutalité, l’acteur semble donner tout ce qu’il peut pour ce cinéaste qui, en retour, lui offre à mon sens un de ses plus beaux rôles. Un Dupontel comme celui-là, j’en veux tous les jours à chaque repas. A ses côtés, Marie-Josée Croze tente de marquer le film de sa présence mais n’y arrive selon moi pas aussi bien qu’elle le souhaiterais. Elle compose pourtant plutôt bien autour de son personnage mais reste en retrait, toujours effacée par l’impérieuse présence d’Albert Dupontel. Il n’y aura finalement guère que Pierre Vaneck pour faire jeu égal avec ce dernier. Le regretté comédien, qui livre ici son dernier rôle, répond idéalement aux assauts de Dupontel par une fermeté qui correspond parfaitement non seulement à la situation mais également à la construction de la relation entre leurs deux personnages respectifs.

Une fois de plus, Jean Becker me touche avec un film comme lui seul semble savoir les faire. Attendrissant mais aussi dur, doux mais brutal, Deux Jours à Tuer est une de ces oeuvre ambivalentes qui ravissent le spectateur, ce dernier n’ayant plus qu’à en demander encore.

Le « Oh, au fait ! » :
Ce film est une adaptation du roman éponyme de François d’Epenoux, paru en 2001.

La chanson du générique de fin est Le Temps qui Reste, qui a la particularité d’être l’ultime chanson enregistrée par Serge Reggiani avant que celui-ci ne s’éteigne. Jean Becker considère que cette chanson fait partie intégrante du film et, lors des projections presse, la lumière ne se rallumait qu’à la fin de la chanson. Quand on écoute les paroles du morceau, on comprend pourquoi.

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