Note de lecture n°13 – « Batman & Robin – 2. La Guerre des Robin », Peter J. Tomasi & Patrick Gleason

Quatre mois après avoir découvert le tome 1 de cette série portée par le tandem Tomasi/Gleason, je retourne (Noël aidant) à Batman & Robin avec ce volume 2 dont le titre me laissait espérer de grandes choses. Un deuxième opus dans lequel le jeune Damian Wayne/Robin va tâcher de prouver sa valeur auprès des précédents porteurs du costume rouge et vert mais également auprès de son Batman de père. Un pitch qui laisse envisager une poursuite du travail entamé dans Tueur Né autour de la construction du personnage de Damian.

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Tueur Né s’achevait à l’époque sur un constat important : Damian n’est peut-être pas aussi insupportable que ça. Et je dis cela du strict point de vue de lecteur que je suis. Jusqu’alors, le fils de Bruce Wayne et Talia al Ghul m’avait toujours agacé par son comportement et ses attitudes vis-à-vis de tout un tas de chose. Arrogant, beaucoup trop sûr de lui, il ne m’était jamais apparu comme un Robin valable. Mais cet épisode 1 m’avait fait revoir mes positions sur son sujet en développant tout un travail autour de son personnage qui permettait de mieux le saisir et de mieux appréhender sa façon de voir les choses. S’il découvrait que son père était faillible dans Tueur Né, nous découvrions quant à nous que le petit Damian l’était tout autant, tiraillé entre son apprentissage au sein de la Ligue des Assassins et les valeurs que Bruce Wayne essayait tant bien que mal de lui inculquer. C’est donc avec cette image du jeune garçon que j’entame la lecture de La Guerre des Robin. Néanmoins, les premières pages de me surprirent car, contrairement à ce que j’imaginais, ce tome 2 ne commence pas directement dans la suite logique de son prédécesseur. Non, au lieu de cela, Tomasi et Gleason nous proposent d’abord un court récit intitulé Les Origines, retraçant l’enfance et l’entraînement de Damian auprès de sa mère. S’en suit un autre chapitre qui s’inscrit quant à lui dans l’arc de La Nuit des Hiboux, dont j’avais déjà parlé sur ce blog. Complétant ce dernier, ce chapitre nous permet de voir quelle a été l’implication de Robin dans la lutte contre les Ergots de cette sombre société secrète. Ce n’est qu’ensuite que débute l’arc de La Guerre des Robin à proprement parler. Si ce récit occupe la majeure partie du volume édité par Urban Comics, il n’en demeure pas moins qu’il ne le conclut pas puisque les dernières pages de l’ouvrage sont occupées par deux chapitres indépendant de cette histoire et intitulés Manger pour Vivre. C’est sur cette nouvelle enquête que le livre se termine, annonçant sans aucun doute possible la teneur du tome 3. La Guerre des Robin n’est donc pas un volume se concentrant uniquement sur l’arc éponyme mais qui va plutôt tâcher d’explorer un peu plus le cas de Damian Wayne en proposant des récits annexes qui permettent de compléter les connaissances du lecteur sur le garçon. Une idée intéressant et peut-être même judicieuse mais qui aura cependant le double-effet de donner à ce livre un aspect décousu, allant et venant entre différents récits. Fort heureusement, la question du personnage de Damian sert de fil directeur et le tout se veut tout de même cohérent.

La série a beau s'appeler Batman & Robin, c'est bien Damian qui est au cœur du récit.

La série a beau s’appeler Batman & Robin, c’est bien Damian qui est au cœur du récit.

Je ne reviendrai pas sur la carrière de Tomasi et Gleason, que j’ai déjà présentés dans l’article consacré à Tueur Né mais vais plutôt entrer directement dans le vif du sujet, à savoir les récits que nous propose ce volume 2. Et je vais faire cela un peu dans le désordre et commencer par le chapitre qui s’inscrit dans le cadre de La Nuit des Hiboux. Pourquoi ? Parce qu’en dehors de servir à compléter ledit arc, il n’est pas le chapitre qui présente le plus grand intérêt dans ce livre selon moi. Nous y retrouvons le Damian habituel, violent et arrogant mais fin stratège à la limite d’être une machine de guerre. Au fond, rien qui vienne chambouler notre vision du personnage outre mesure. Il est en revanche plus intéressant de se pencher sur le chapitre Les Origines, qui ouvre ce tome 2. Ceux qui, comme moi, ne savent rien ou presque de l’enfance de Damian auprès de Talia al Ghul y font alors une découverte enrichissante. Nous savions évidemment que cette période de la vie du garçon avait forcément été difficile mais nous avons ici l’occasion de voir les choses telles qu’elles se sont déroulées. Et comment ne pas éprouver finalement de l’empathie pour ce petit bonhomme qui, dès sa naissance, a été formaté par sa mère afin de devenir un engin de mort ? Comment ne pas comprendre qu’il soit dans un état psychologique (mais aussi physique) pareil ? C’est en voyant ainsi les épreuves par lesquelles il a dû passer que nous prenons toute la mesure des dégâts causés par la fille de Ra’s al Ghul sur son rejeton. Et en cela, le travail de construction du personnage de Damian se poursuit de belle manière, cet épisode continuant de consolider le point de vue que Tueur Né avait commencé à esquisser de manière efficace.

Mais c’est bien sûr dans l’arc La Guerre des Robin à proprement parler que le travail est fait afin de suivre la lancée initiée par le tome 1 de la série. Et c’est encore une foi autour de la question des rapports sur le dernier des Robin entretien avec les autres que l’histoire tourne, tout en s’intégrant évidemment dans une enquête sur laquelle je reviendrai ensuite. Dans Tueur Né, Tomasi et Gleason s’étaient intéressés à la relation que Damian entretient avec Bruce et, cette fois-ci, c’est sur le rapport que le garçon a avec les anciens Robin que l’on se penche. Nous savions déjà que ce n’était pas vraiment l’entente cordiale qui régnait, Damian se considérant facilement au-dessus du lot mais c’est ici l’occasion de développer un peu plus autour de ça avec cette idée de défi qu’il lance à ses trois prédécesseurs, à savoir Dick Grayson/Nightwing, Jason Todd/Red Hood et enfin Tim Drake/Red Robin. Damian se considère nettement comme le meilleur des Robin et il est intéressant de voir comment cette haute estime qu’il a de lui-même peut être confortée ou au contraire complètement être écrasée par cette « confrontation » avec les trois autres. L’écueil aurait alors été d’apporter une réponse tranchée à base de oui ou de non. Fort heureusement, ce n’est pas vraiment le genre des auteurs de Batman, quels qu’ils soient. Tomasi compose alors son scénario de façon à ce que l’issue de cette comparaison à laquelle Damian tient à toutes fins ne soit pas aussi radicale qu’elle aurait pu l’être. Si ce n’est pas non plus d’une subtilité absolue, il est intéressant de voir que ce défi ne repose pas uniquement sur la question de savoir qui est le meilleur. Non, Robin va au-delà de cet aspect et va également chercher à révéler à chacun ses failles. Au fond, je crois que son objectif n’est pas tant de montrer qu’il est le meilleur mais plutôt de révéler aux trois autres (s’ils n’en avaient pas déjà conscience) qu’ils ne valent pas nécessairement mieux que lui non plus. Et, par extension, le lecteur ne se pose plus seulement la question de savoir comment Damian va s’y prendre pour relever son défi mais il va aussi s’interroger sur une question somme toute assez bête : et si, finalement, tous les Robin n’avaient pas été toujours les mêmes ? A travers l’espère d’analyse que Damian fait de Red Hood et de Red Robin, on se rend bien compte que ces deux-là sont beaucoup plus proches du fils Wayne qu’ils ne voudraient l’admettre (et nous avec eux). Cela pose la question du statut de Robin et du rôle qu’il a joué, joue et jouera plus tard, quel que soit celui qui porte le costume. On notera cependant que le cas de Dick Grayson est un peu à part dans ce récit mais cela me renvoie à ma propre vision du personnage, que je considère comme un Robin bien différent des autres. Bref, Tomasi construit principalement son scénario autour de cette guéguerre pas si ridicule qu’on aurait pu l’imaginer mais tâche tout de même de l’intégrer dans une enquête, comme il y en a toujours dans les aventures de Batman, dont on notera d’ailleurs qu’il est finalement très en retrait dans cette histoire. Il faut dire aussi que son rôle s’inscrit ici principalement dans le cadre de ladite enquête. Or, celle-ci n’est pas essentielle au récit et se veut assez banale. Mettant en scène des méchants de seconde zone (même leur chef est sans réel intérêt), elle fait plus office de background dans lequel la guerre des Robin prend place et évolue que de réel enjeu scénaristique.

Il est amusant de voir comment Damian se donne raison rien qu'en voyant la réaction des anciens Robin.

Il est amusant de voir comment Damian se donne raison rien qu’en voyant la réaction des anciens Robin.

Concernant enfin les deux chapitres de clôture de ce tome 2 (Manger pour Vivre), je m’étonne de les trouver ici. Etant donné la façon dont il sont construit et le fait qu’ils annoncent globalement le contenu du tome 3 et le principal antagoniste qu’il mettra en scène, il me semble que leur place aurait plus été en ouverture de ce prochain volet, en guise d’introduction à la prochaine enquête de Batman et Robin. Sans compter que son contenu n’est pas non plus immense. Par là, je veux surtout dire que ces deux chapitres lancent une histoire et sont en cela assez peu intéressants. Sans être non plus dignes du plus grand désintérêt, il n’en demeure pas moins que leur aspect introductif n’apporte que peu de choses. On leur reconnaîtra au moins le mérite de vendre le tome 3. Eh oui car, au terme de ces pages, on n’a plus qu’une envie : lire la suite. C’est toujours ça.

La Guerre des Robin poursuit donc habilement le travail entamé avec Tueur Né. Continuant de s’interroger sur ce qui fait Damian Wayne et la façon dont il endosse le costume du plus fameux des sidekicks de super-héros, ce volume 2 contribue à son tour à faire évoluer la vision que l’on a du personnage et arriverait presque à finaliser le façonnage d’une nouvelle perception de ce Robin. Le tome dans son ensemble apparaît un peu décousu, la faute à l’ajout en parallèle de l’arc principal de quelques chapitres complémentaires, mais on y retrouve tout de même le fil directeur de cette série Batman & Robin. Encore une fois, la conclusion de l’ouvrage sur Manger pour Vivre me chagrine un chouïa mais ne fait qu’accentuer cependant ma hâte de lire le prochain tome. Un dernier mot enfin pour expliquer que je n’ai pas évoquer le travail graphique de Patrick Gleason ici mais étant donné que c’est du même tonneau que dans Tueur Né, il me semblait inutile de me répéter.

Batman & Robin – T.2 La Guerre des Robin, Peter J. Tomasi & Patrick Gleason, Urban Comics, 176 pages (17,50€).

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4 réflexions sur “Note de lecture n°13 – « Batman & Robin – 2. La Guerre des Robin », Peter J. Tomasi & Patrick Gleason

  1. J’ai toujours eu du mal avec les tomes regroupant divers récits qui ne sont pas forcément connectés entre eux, cet aspect décousu m’à toujours gêné. Mais je ne connaissais pas cette arc chez Batman, et me donne envie de m’y interesser (une fois que j’aurai terminé Knightfall). Mais il me semblait que Jason Todd était mort. A quelle occasion ils l’ont ressuscité déjà?

    • Disons que si tu le prends tel quel, l’ouvrage reste cohérent dans son ensemble mais que la lecture des autres arcs implémentés ici peut s’avérer nécessaire pour bien tout saisir des contextes.

      Quant à Jason Todd, il a été ressuscité dans l’arc « Under the Red Hood » en 2005, où il prend donc l’identité de Red Hood pour se venger du Joker et lutter contre Black Mask.

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